Je partage ici un texte de Roger Théodora (« Maison des civilisations, graphie 2001: outils modernes de déstructuration de l’identité réunionnaise. » tiré du site potomitan.info), ayant pour sujet l’ancien projet de la « Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise » (MCUR). Ce projet n’existe plus, mais la réflexion de Monsieur Théodora autour de l’identité réunionnaise étant d’une remarquable qualité, elle a toute sa place sur tikreol.re
Son analyse est structurée autour des 15 points suivants :

I – Émergence de la créolité

II – Son inadéquation avec le projet colonial

III- Une évolution confortée par la conjoncture géopolitique

IV- A la veille de l’abolition de l’esclavage, une ségrégation raciale doublée d’une ségrégation sociale

V- Abolition de l’esclavage et enrichissement de l’identité

VI – La politique d’immigration massive d’engagés indiens, africains et malgaches

VII- L’identité à l’épreuve de la récupération idéologique

VIII – 1870 1946: une période décisive pour la créolité

IX – Le piège du choix statutaire

X – La responsabilité du Parti Communiste Réunionnais

XI – Une reconnaissance régentée

XII – Les causes

XIII – … Et leurs conséquences

XIV – La créolité menacée par les nouveaux enjeux internationaux

XV – Quel est l’objectif de la MCUR ?

Source : http://www.potomitan.info/kabar/kabar2theo.html

 

Introduction

Pour comprendre l’importance politique du choix fait par le Conseil Régional de La Réunion d’initier le projet Maison des Civilisations et d’apporter tout son soutien financier à Tangol, il faut se remémorer dans quel contexte et à quelles conditions est née l’identité réunionnaise, comment elle s’est enrichie, quels avatars sont liés à son évolution, et en particulier à quelles attaques elle a eu à faire face aux périodes cruciales de l’Histoire de l’île, pourquoi elle n’a jamais été acceptée par les responsables du projet colonial et enfin seulement s’interroger sur l’opportunité qui a favorisé l’émergence de ces deux initiatives qui nous intéressent.

Au début des années soixante, une «Histoire de La Réunion» qui allait être une référence pour des promotions de linguistes, psychologues, géographes et historiens avançait une thèse qui fit son chemin et fut précisée par des universitaires à partir des années quatre-vingt: celle d’une société créole appartenant au passé et s’arrêtant à la période de l’engagisme massif pour laisser place à une société multi-ethnique, multiculturelle.

Si l’on raisonne sans tenir compte des conditions objectives dans lesquelles se sont déroulées les étapes de l’Histoire culturelle du peuple réunionnais, si l’on introduit les postulats et des grilles de lecture inadaptées à cette histoire, on peut souscrire à la thèse, sinon il s’agit là d’une construction voire une imposture qui mérite analyse.

L’importance et l’urgence de la question, le temps dont nous disposons aussi, ne nous permettent que d’effleurer certains aspects de notre sujet mais nous avons tenu à les aborder dans une vision globale car nous pensons que ce qui manque par ces temps incertains pour notre identité, c’est une analyse tenant compte de toutes les données et provoquant un sursaut de lucidité chez ceux qui aujourd’hui participent à ces choix sans en maîtriser les risques d’ouvrir en grand la porte à des dérives impossibles à contrôler.

I – Émergence de la créolité

Le grand débat, amorcé peu avant la parution de l’ouvrage, portait sur l’émergence d’une identité créole originale. En ces années de liquidation de l’empire colonial français, l’auteur, cadre métropolitain, partisan de la politique d’assimilation qui se mettait en place dans les DOM, affirmait sur un ton très polémique:

«Les étudiants autonomistes, qui ont formé leur propre association, ont entrepris de créer cette «personnalité réunionnaise» qui fait complètement défaut. Pour ce faire, ils essaient de démontrer qu’historiquement les Réunionnais sont tout sauf des Français et vont jusqu’à soutenir, sans rire, que le patois créole est un dialecte malgache. Il s’agit en fait de convaincre beaucoup plus la presse métropolitaine que les Réunionnais. La lutte pour l’autonomie de La Réunion se situe, non pas dans les champs de cannes ou sur les quais du port, mais dans les salles de rédaction des journaux parisiens et dans les brasseries du Quartier Latin.»1

Ce commentaire, en point d’orgue d’une subtile alternance de jugements entiers, d’insinuations, de réductions, d’exagérations sur l’Histoire de La Réunion venait prêter main forte aux politiques et contribuer à la mise en place d’une ère de désinformation et de manipulation de la conscience collective.

En ces temps-là, le grand public n’avait pas encore été incité à la recherche dans les fonds d’archives locales et étrangères, car la politique d’édition n’avait pas encore mis des fac-similés de documents originaux à sa disposition. Est-ce la raison de la facilité avec laquelle son argumentation fit mouche dans les milieux cultivés locaux?

Or, il n’est plus discutable aujourd’hui que dès le début du peuplement se mit en place une société originale dont les caractéristiques héritaient du contexte historique remontant à la période qui précéda l’arrivée des Européens dans l’Océan Indien. Par son immensité et l’ouverture qu’il présentait pour les terres qui le bordaient, cet océan avait permis, dès la plus haute antiquité, les contacts entre les peuples et civilisations de l’Afrique de l’Est, du sous-continent indien, de l’Insulinde et même la Chine et la Micronésie. Il en était résulté des passerelles linguistiques entre l’Arabie, le Gudjerat et son arrière pays à l’Est et à l’Ouest l’Afrique de l’Est, les Comores et une grande partie de Madagascar; des passerelles linguistiques, encore, entre les langues de l’archipel indonésien et les dialectes du Sud-Est malgache; des passerelles culturelles facilitées par des paramètres géographiques communs; enfin, un syncrétisme religieux visible encore aujourd’hui en Indonésie où dans une même cérémonie on constate des interférences entre l’Islam et les cultes animistes2.

Dans ce contexte, déjà favorable aux métissages et qui concernait une très grande majorité de ceux qui allaient, pendant trois siècles, peupler La Réunion, les conditions propres à l’île, à son environnement géographique immédiat et aux données historiques contemporaines furent décisives.

1. La donnée la plus importante fut la composition des groupes humains qui allaient constituer le premier noyau de la population:

  • les apports européens aux «repères parfois fragilisés » étaient « hétérogènes».
  • Les éléments malgaches étaient tous issus des environs de Fort Dauphin
  • d’où étaient aussi venus des familles de la colonie française constituée de couples mixtes.
  • Les éléments arrivant de l’Inde venaient de Goa, caractérisée par 100 ans de pratique de métissage indo-portugais.

2. les conditions géographiques ne furent pas négligeables:

  • la proximité de la Grande Île favorisa les acquis malgaches dans les domaines de la connaissance du temps, de l’agriculture, de la flore médicinale.
  • les régimes de vents encore mal maîtrisés pour cette région de l’Océan Indien conjugués avec les piètres qualités nautiques des navires de l’époque situèrent l’île dans un semi isolement.
  • L’autarcie obligée favorisa une économie de troc, et une agriculture de subsistance.

3. les conditions géopolitiques faisaient de Bourbon un appendice de Madagascar. En effet, l’île présentait peu d’intérêt, « trop loin de l’Inde, n’ayant que des mauvais ancrages, des courants affreux. », et n’entrait pas dans les projets de la Compagnie des Indes qui était plus intéressée par l’Inde.

4. Et puis dans une région dont la population était très ombrageuse, les conditions indispensables à la stabilité d’un comptoir commercial furent extrêmement intéressantes sur le plan de l’organisation de la colonie française de Madagascar et de Bourbon qui en dépendait. En effet, l’ordonnance faite et arrêtée au Bureau Général de la Compagnie des Indes Orientales à Paris le 26 Octobre 1664 disait:

art.III – Celui qui prendra par force une femme ou une fille, sera puni selon la rigueur des ordonnances.

art.V- Un français étant marié à une fille ou femme originaire de l’Isle, ne pourra quitter ou délaisser sa femme, sous quelque prétexte que ce soit, sinon aux cas de séparation qui se pratiquent dans le Royaume de France, et la séparation ayant été jugée, le mari pourra laisser sa femme, sans que pendant sa vie il puisse convoler en secondes noces.

art.VII – Il est défendu à tous français de faire aucun tort, de prendre ou d’emporter aucune chose appartenant aux originaires du pays, quelque petite qu’elle soit, à peine de restitution du double pour la première fois, et de punition exemplaire en cas de récidive.

art.VIII – Il est expressément défendu a toutes personnes de dérober, ou voler quelque chose à un autre sur peine d’être puni selon la rigueur des lois du Royaume de France, et en outre de restituer le double de ce qu’il aura dérobé.

art.IX- il est aussi très expressément défendu à toutes personnes de commettre aucun meurtre ou assassinat, soit en la personne d’un français, soit en celle d’un originaire du pays, à peine d’être puni selon la rigueur des lois, et les biens du condamné seront acquis et confisqués à la Compagnie.

art.XII- Il est très expressément défendu, de vendre aucuns habitants originaires du pays comme esclaves, ni d’en faire trafic, sur peine de la vie; et il est enjoint à tous les français qui les loueront ou retiendront à leur service, de les traiter humainement, sans les molester ni les outrager, à peine de punition corporelle.3

Pour la petite histoire, le premier couple réunionnais, Jean Mousso et Marie Caze, arrivés comme serviteurs en 1663, anticipèrent en «allant marron» jusqu’en 1665, car ils n’eurent connaissance de ce document qu’en 1665, avec l’arrivée de Regnault. Pour la grande histoire réunionnaise, ce document fondateur méconnu qui a régi les relations humaines à Bourbon pendant dix ans, extrêmement moderne pour l’équité qui s’en dégage, est une clé à la compréhension du comportement d’une grande partie de la population pendant toute la période de l’esclavage et même après.

Il permet aussi de comprendre pourquoi, comme en témoigne, dès 1709, le mémoire d’Antoine Boucher4, dans cette société métissée dès le départ, le terme créole a toujours désigné tout individu né sur l’île, indépendamment des origines de ses parents.

II – Son inadéquation avec le projet colonial

Elle allait se révéler très vite. A partir de 1674, avec l’arrivée du vice roi des Indes Jacob de Lahaye dans l’Océan Indien, la politique française dans la région changea du tout au tout.

Le nouveau contexte se précisa dans deux textes majeurs:

1. l’ordonnance de Jacob Delahaye du 1er décembre 1674

  • ce texte institue la ségrégation raciale par son article 20, mais l’application rigoureuse de cette directive est impossible d’autant plus que les rescapés du massacre de Fort Dauphin survenu le 4 décembre 1674, sont des couples mixtes.
  • Il prend également des dispositions contre les «Kivys»5 notamment dans son article 21. A ce propos, il faut souligner qu’il sera impossible de combattre efficacement cette tendance à marquer sa différence par rapport aux contraintes fixées par les autorités de la colonie, en allant coloniser des zones vierges, et à certaines époques, elle sera même mise à profit par les autorités.

2. Le deuxième texte, les Lettres Patentes de 1723, étend à Bourbon l’application du Code Noir. Cette mouture du Code Noir, dont s’inspirera la version de 1724 appliquée à la Louisiane apporte quelques modifications au code de 1685 dont l’article 9 est remplacé par l’article 5 des lettres patentes de 1723. Il n’est pas difficile de comprendre à la lecture de son contenu, qu’il entérine la situation existant à Bourbon. En effet, dans l’article 9 du code de 1685, il est question d’hommes libres qui sont maîtres et d’esclaves:

«les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamné en une amende de deux mille livres de sucre. Et s’ils sont les maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu les dits enfants, voulons qu’outre l’amende ils soient privés de l’esclave et des enfants, et qu’elle et eux soient confisqués au profit de l’hôpital, sans jamais pouvoir être affranchis. N’entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l’homme libre qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes observées par l’Église sa dite esclave, qui sera affranchie par ce moyen, et les esclaves rendus libres et légitimes ».

L’article 5 des Lettres Patentes de 1723 distingue, à l’intérieur du groupe des libres, les Blancs et les Noirs et la ségrégation se fait à ce niveau:

«Défendons à nos sujets blancs de l’un et l’autre sexe de contracter mariage avec les Noirs, à peine de punition et d’amende arbitraire; et à tous curés, prêtres ou missionnaires séculiers ou réguliers, et même aux aumôniers de vaisseaux, de les marier. Défendons aussi à nos dits sujets blancs, même aux Noirs affranchis ou nés libres, de vivre en concubinage avec des esclaves. Voulons que ceux qui auront eu un ou plusieurs enfants d’une pareille conjonction, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, soient condamnés chacun en une amende de trois cents livres. Et s’ils sont maîtres de l’esclave de laquelle ils auront eu les dits enfants, voulons qu’outre l’amende, ils soient privés tant de l’esclave que des enfants, et qu’ils soient adjugés à l’hôpital des lieux, sans pouvoir jamais être affranchis. N’entendons toutefois le présent article avoir lieu, lorsque l’homme noir, affranchi ou libre,qui n’était point marié à une autre personne durant son concubinage avec son esclave, épousera dans les formes prescrites par l’Église la dite es clave, qui sera affranchie par ce moyen, et les enfants rendus libres et légitimes».

Comme le souligne l’auteur du mémoire «Saint-Philippe 1735-1850» consacré à cette catégorie de la population:

«(…) quelles que soient les précautions prises dans la description détaillée des composantes de la population libre, «sujets blancs, même aux Noirs affranchis ou nés libres… » l’article, et avec lui tout le code, est pris dans la contradiction entre l’esprit qui prône une ségrégation totale entre les libres quels qu’ils soient et les esclaves, et, d’autre part, la dérogation qui, à la fin de l’article, permet le mariage entre «un homme noir, affranchi ou libre» et son esclave. En clair le code crée les conditions de l’exclusion à l’intérieur du monde des non-esclaves, de l’infériorisation de tout libre qui, dans sa chair ou dans ses moeurs, pourrait constituer un risque pour le plan qui se met en place. (…)Mais cette population, dite «blanche», n’appartient véritablement à aucune de ces catégories. Les Libres de couleur s’en rapprochent le plus physiquement, certes, mais ils sont passés par la condition d’esclave, si ce n’est personnellement, du moins par leur ascendance. Il y a donc chez eux le sentiment d’une progression, d’une mobilité qui leur fait franchir la barrière de l’asservissement. La population qui nous intéresse est, quant à elle, libre de tout temps. Aucun de ses membres n’a connu les affres de l’asservissement forcé et involontaire. Elle entretient par conséquent un rapport différent avec la liberté. Sa «blancheur» et sa liberté lui sont octroyées de droit, du moins l’affirme-t-elle, car jamais elle n’a été victime du système imposé par le Code Noir. Pourtant, d’origine, elle évolue en dehors des limites imposées par des textes qui laissent libre cours, à son sujet, à une sorte de perpétuelle épreuve de force tenant lieu de jurisprudence.»6

Pendant toute la période de l’esclavage, les non-esclaves classés dans cette catégorie constituèrent une gêne pour le projet colonial français à Bourbon:

  1. Sur le plan individuel, ceux d’entre eux qui s’inscrivirent dans le projet colonial entre 1674 et 1723 étaient les éléments qui, par leurs attaches familiales avec la catégorie, créaient une jurisprudence permettant à la catégorie de s’exclure des contraintes faites aux mulâtres dans l’article 5 du code de 1723. C’était donc une catégorie théoriquement ouverte vers le haut.
  2. Sur le plan économique, dès la mise en place du « plan café », au début du 18ème siècle, le mémoire d’Antoine Boucher, qui est d’une inestimable contribution à la connaissance détaillée de la population, fait ressortir que ceux qui allaient alimenter cette catégorie sociale avaient une notion de l’économie, de l’aisance, de la relation au travail, de l’importance de la main-d’œuvre servile (qui n’était pas à leurs yeux l’étalon objectif de richesse), les plaçant dans une situation qui aboutirait, par des plans de remembrement des terres successifs, à leur expulsion des zones économiques intéressantes au profit des nouveaux arrivants.
  3. Sur le plan social il en résulta une paupérisation massive et une marginalisation.
  4. Sur le plan des alliances, il n’y avait pas de barrière physique entre cette catégorie et les libres affranchis que le Code Noir excluait de la classe des blancs. C’était donc une catégorie ouverte vers le bas ou, suivant l’expression empruntée à Pérotin, d’une «classe perméable»7. A mesure que les plans se succèdèrent, elle accueillit donc les marginalisés.
  5. Tous ces paramètres faisaient que sur le plan culturel, les échanges pouvaient se faire tant avec les libres qu’avec les esclaves des plantations et les petits marrons. La langue allait en être influencée et trouver sa voie originale. La tendance à privilégier le s et le z aux dépens du ch et du j, les sons vocaliques en finale dévoisés jusqu’à la disparition totale: biby, mafana, mahafaty, benara née probablement avec les premiers habitants se précisèrent avec les esclaves venus majoritairement de Madagascar. Cette tendance est notée dans les écrits de l’époque relatant des propos tenus en créole ou traduisant des textes français en créole.8

III- Une évolution confortée par la conjoncture géopolitique

  1. La Réunion, terre d’accueil des royalistes.
    Colonie de rapport plus ou moins intéressante pendant la période du café, puis des épices, Bourbon présenta un intérêt certain surtout pour les royalistes qui y arrivèrent en nombre juste avant et pendant la révolution. En réalité, ces arrivants s’installèrent en majorité à Maurice, considérée depuis La Bourdonnais comme la plus importante des îles Mascareignes à cause de ses ports et de son mode de vie. A La Réunion qui gardait sa vocation agricole, avec comme principale mission l’approvisionnement de Maurice en vivres, ils renforcèrent numériquement l’oligarchie blanche et réalimentèrent son idéologie ségrégationniste.
  2. Conjoncture internationale et évolution de l’identité.
  • Les enjeux, à l’aube du XIXème siècle, se situaient au Nord de l’Océan Indien, en Inde et dans l’archipel indonésien. Mais, bientôt, l’Angleterre qui se heurtait à des résistances en Inde, lorgna sur les Mascareignes. Sur l’insistance de Farquhar9, les Anglais décidèrent de s’emparer de l’archipel. C’est ainsi que, sous prétexte de conflit avec Napoléon, ils entreprirent la conquête des trois Mascareignes à partir de 1809.
  • La Réunion passa sous domination anglaise en 1810. Mais dans le projet anglais, c’est l’île Maurice qui, bien que dernière à être conquise, pour des raisons tactiques, était destinée à devenir un relais insulaire performant pour maîtriser la situation en Inde.
  • Les conséquences pour La Réunion furent multiples:
    • En ne rendant pas Maurice à la France en 1815, l’Angleterre plaça La Réunion en position incontournable dans le dispositif colonial français de la zone Océan Indien.
    • La Réunion devint à partir de ce moment une colonie «à vocation multiple».
      1. C’était une colonie de plantation depuis que la canne y était devenue culture principale,
      2. et aussi une base avancée de la France dans l’Océan Indien.
      3. A partir de cette époque, on nota une recrudescence de l’utilisation de la population libre de l’île comme vivier pour les armées coloniales françaises, car la bourgeoisie terrienne de l’île dirigea les recruteurs vers les petits créoles.
      4. Les responsables de l’île pensèrent même, dès cette époque, à s’appuyer sur les petits créoles pour faire de La Réunion une colonie «colonisatrice», pour employer le terme utilisé plus tard par Marius et Ary Leblond10 .
  • En définitive, la dimension géopolitique l’emporta sur l’importance économique très incertaine. Elle devait imprégner la vie politique locale, et au gré de l’évolution de la conjoncture internationale et des intérêts français dans cette partie du monde, elle était amenée à peser plus ou moins dans les négociations de la classe dirigeante avec le gouvernement Français.

IV- A la veille de l’abolition de l’esclavage, une ségrégation raciale doublée d’une ségrégation sociale

Pendant la première moitié du XIXème siècle, une succession d’événements mit en présence les divers groupes humains appelés à aller dans le sens de la créolisation:

  1. Nécessitant des investissements importants en main d’œuvre et à partir de 1840 en matériel d’extraction de sucre, la culture de la canne entraîna un recul très important de la moyenne propriété au profit de la grande exploitation et de la petite propriété.
  2. il en découla une paupérisation accrue et marginalisation des petits créoles, et aussi l’intégration quasi impossible de la majorité des affranchis par suite de leur incapacité à s’adapter aux investissements nécessités par la canne.
  3. l’action de l’Angleterre pour fragiliser le relais français que représentait La Réunion se manifesta efficacement dans la chasse à ceux qui ne respectaient pas l’interdiction de la traite.
  4. La conséquence en fut, dès les années 1830, une traite interlope aléatoire.
  5. Cet appoint, insuffisant, obligea les propriétaires d’esclaves à avoir recours à «la reproduction d’esclaves créoles».
  6. Dans les micro-exploitations, la main d’œuvre servile n’avait plus lieu d’être car elle était moins rentable que la main d’œuvre familiale.
  7. Cela aboutit à la sortie de la majeure partie de la population libre du système esclavagiste. La proportion allait de 45% dans les régions les plus ancrées dans la société de plantation à 75% dans les parties les moins acquises aux cultures spéculatives.
  8. La population non esclave était analphabète dans sa quasi-totalité.

On ne peut conclure cette partie de l’exposé sans relever que ce dernier point a eu comme conséquence pendant quasiment trois siècles, l’entière main-mise de la bourgeoisie blanche et des cadres et administrateurs venus de métropole sur la production écrite. C’est ce qui a favorisé une présentation de l’Histoire de La Réunion faisant l’apologie de cette classe et légitimant l’idéologie dominante, aux yeux de l’observateur extérieur non averti.

Il a fallu attendre la deuxième moitié du vingtième siècle pour qu’à la dissimulation présentant un esclavage à visage humain à Bourbon se substitue une lecture de cette histoire plus conforme à la réalité. De la même manière, la diabolisation du marronnage à travers les rares écrits sans cesse présentés comme références a détourné de l’intérêt ethnologique que présentait certainement le phénomène, au point que la découverte de villages de marrons il y a deux ans est, depuis, l’objet de l’indifférence des historiens et archéologues. Quant aux relations entre petits créoles, marrons et esclaves, elles restent encore inimaginables aux yeux de beaucoup d’historiens.

Pourtant ! Une lecture attentive du regard porté sur cette catégorie des petits créoles par la bourgeoisie ne manque pas d’intérêt. C’est ce qu’a fait l’auteur du mémoire «Saint-Philippe 1735-1850» dont nous citerons la brève analyse dans son intégralité:

En 1710, Antoine Boucher les voit ivrognes, joueurs et libertins mais il leur trouve un certain sens de la communauté, souligne leurs habitudes de travail et le bon traitement qu’ils réservent à leurs serviteurs.
En 1768, Crémont et Bellecombe mettent l’accent sur le fait qu’ils n’ont que peu, voire pas d’esclaves. Il semble que dès cette époque, cette donnée soit vue comme un signe distinctif de cette population considérée comme pauvre justement parce que le nombre d’esclaves est devenu un étalon de l’état de richesse des colons.
En 1785, l’auteur anonyme du mémoire sur Bourbon porte un jugement contradictoire sur eux, les voyant tour à tour indisciplinés, individualistes et insubordonnés, mais en même temps animés d’un sens de la solidarité familiale très aigu.
En 1789, L’Arabit parle du choix d’une vie misérable, mais dit d’eux qu’ils sont travailleurs. Bancks remarque qu’ils sont « habitués à s’assimiler aux Noirs avec lesquels ils vivent dans la plus grande familiarité ».
Pour Chanvallon, en 1804, ils sont paresseux et familiers avec les noirs, étrangers à toute idée d’ordre et de travail et inutiles dans la société.
Pour Lagourgue, en 1816 ils sont indépendants, insoumis.
Pour Delcy Fin ce sont des rebelles
En 1821 Ricard les trouve dégénérés, paresseux, dépravés, orgueilleux.
En 1822, Billiard souligne leur fierté, leur hostilité au travail. Freycinet parle de population menaçante.
En 1828, Thomas trouve qu’ils ont peu de besoins, qu’ils aiment la chasse et la pêche, qu’ils ont peu de considération pour le travail, qu’ils ont le sens de la propriété et de la liberté, qu’ils sont endurcis à la fatigue, illettrés.
Jurien et Charles Desbassayns les juge paresseux, compromis avec des noirs, voleurs, dangereux, inaccessibles, vagabonds.
En 1836, Rosamel constate qu’ils ne craignent pas la fréquentation des Noirs ni le travail.
En 1841, Gibert des Molières fait grief à cette population du « commerce clandestin et frauduleux qu’elle entretient avec les esclaves ».
En 1847, Dejean de la Bâtie considère que les petits créoles sont braconniers, maraudeurs, complices des esclaves.

Est-il nécessaire de préciser qu’à partir du début du XIXème siècle, ces jugements de valeur négatifs ressassés à l’envi justifièrent plusieurs projets que les autorités de l’île élaborèrent pour se débarrasser de cette classe? Ils imprégnèrent les esprits et influencèrent l’opinion des villes dans toutes les couches sociales lorsque dans la deuxième moitié du XIXème siècle, un assez grand nombre de petits créoles perdirent en partie contact avec le reste de la population en migrant vers les cirques de Salazie, Cilaos et Mafate. Le terme «Yab» signifiant en dialecte sakalave «de peu d’importance», «petit», et qui remonte probablement au début du XIXème siècle, prit alors une connotation péjorative.

V- Abolition de l’esclavage et enrichissement de l’identité

C’est dans ce contexte qu’intervint l’abolition de l’esclavage. Une très grande partie des 60000 affranchis se retrouvèrent sur les mêmes propriétés, avec une situation à peu près identique à celle qu’ils avaient connue à la veille de l’abolition. Certains migrèrent vers les villes, surtout les femmes. On n’a pas fait le tour de toutes les causes de la très forte mortalité qui frappa les rangs des affranchis qui choisirent cette voie-là, à ce moment-là. Est-ce ce qui provoqua, l’instinct de survie prévalant, le retour à la condition de «Noir de pioche» de nombre d’entre eux ? De toute façon, ils durent passer par le système du livret et la mise en place de l’engagisme comme cadre d’utilisation de main d’œuvre agricole.

A l’abolition de l’esclavage, des 40000 non esclaves d’avant 1848, environ 27000 étaient classés dans le prolétariat. Le manque de main d’œuvre rendant critique la situation dans la plantation et l’usinage de la canne, on voulut, pour y faire face, leur appliquer le régime du livret de travail comme aux nouveaux affranchis. La lecture hâtive de l’Histoire dont s’emparèrent ceux qui rêvaient d’un communautarisme blanc retient le cliché suivant lequel ils partirent tous vers les Hauts. Et il est vrai que la révolte gronda. Un certain nombre d’entre eux refusant de se soumettre au régime du livret, on imagina une dérogation due à leur statut de «vagabonds de droit divin» qui bénéficia également à des affranchis.11

Mais il n’a été fait aucune analyse statistique fine de la répartition de la population non-esclave d’avant 48 dans la société d’après 1848. Et les documents officiels de 1847 semblent faire la distinction entre les micro-propriétaires et ces 27 000 prolétaires. En outre, leur nombre correspond à plus du double de la population des trois cirques réunis. Ce qui veut dire que bon nombre d’entre eux se fondirent dans la main d’œuvre des domaines agricoles et des usines sucrières ou échouèrent dans les faubourgs des villes. Enfin on peut penser qu’ils furent, comme les affranchis, décimés par une mortalité importante.

VI – La politique d’immigration massive d’engagés indiens, africains et malgaches

Lorsqu’on parle d’engagisme, il faut se garder de s’arrêter à ces deux clichés: la quasi-totalité des engagés furent des Indiens et l’immigration indienne à La Réunion fut de même nature qu’à Maurice.

  • En réalité, l’engagisme draina à La Réunion, dans la même période d’à peu près 35 ans, environ 35’000 Malgaches et Mozambicains et 80’000 Indiens. Mais les conditions des contrats de ces derniers n’ayant pas été respectées, environ 60’000 d’entre eux, refusant le sort qui leur était fait, repartirent. La politique d’immigration de travailleurs engagés se poursuivit, quant à elle, jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale.
    • En 1886, sur une population d’environ 150’000 habitants, les 25’000 indiens restants faisaient partie, dans leur quasi-totalité, des ouvriers d’usine, ou des journaliers des plantations. Ils étaient regroupés dans les camps ou les cours avec les engagés d’autres origines, les affranchis de 1848 et une partie des petits créoles prolétarisés.
    • Une petite minorité migra vers les Hauts et se fondit dans la population de ces quartiers.
    • Il y eut aussi des ressortissants Indiens qui, arrivés dans l’île dans la deuxième moitié du siècle, s’intégrèrent dans la catégorie des possédants. Mais leur nombre fut insignifiant et ils n’étaient pas issus du rang de ceux qui travaillaient dans les plantations. Car les conditions de vie faites à ces derniers, n’étaient guère différentes de celles des anciens esclaves et leur donnaient très peu de chances de sortir du rang.
  • Pendant qu’on se lançait sur les traces de Maurice en engageant des immigrants indiens, mais sans réelles perspectives indianocéaniques, Maurice devenait une plaque tournante, une véritable île relais entre l’Europe, l’Australie et l’Inde. Avec cette dernière, elle amorçait des relations commerciales, et l’engagisme indien, bien plus massif, structuré et stable12, n’y était pas comme à La Réunion une simple politique de renouvellement de main d’œuvre, mais une stratégie de conquête de l’Inde. Cette politique se situait dans le prolongement de ce que Farquhar avait préconisé dans son projet de conquête des Mascareignes. Nous savons aujourd’hui que si cette politique servit les intérêts de l’Angleterre, la situation créée fut à l’origine des problèmes engendrés par le communalisme dont Maurice a eu du mal à se débarrasser.

VII- L’identité à l’épreuve de la récupération idéologique

Avec le droit de vote accordé aux affranchis, la bourgeoisie était préoccupée par une possible redistribution des cartes politiques13. Commença alors, en direction d’une petite bourgeoisie urbaine naissante, une entreprise de récupération et d’aliénation idéologique s’appuyant sur le mirage de la «blanchitude».

Ce fut possible grâce à la conjonction de plusieurs paramètres:

  1. 23 ans après l’abolition de l’esclavage, un grand nombre de critères de ce régime étaient encore perceptibles sur les affranchis et immigrants dans les grands domaines et les usines. Cette situation provoqua dans les familles qui avaient été concernées par l’esclavage des réactions de rejet physique du milieu d’origine: «m’i frékant pa ti nwar» «rès pa dann solèy, ou’a vni nwar !»
  2. Dans la mémoire collective était présente la référence au Code Noir et en particulier à cette perpétuelle épreuve de force ayant tenu lieu pendant 130 ans de jurisprudence pour la grande majorité de non-esclaves;
  3. à cela il fallait ajouter la montée en puissance dans le projet colonial global d’une ethnographie mettant en avant une hiérarchie des races, des cultures, des civilisations.
  4. L’association étroite de l’église catholique au projet colonial ajouta au blanc et au noir une connotation morale .
  5. Les écoles catholiques lui servirent de relais efficace pour la formation idéologique des enfants de conditions modestes.
  6. L’école publique primaire au recrutement très sélectif coopta les meilleurs élèves.
  7. Le collège était réservé à la classe dirigeante.
  8. La production écrite fut accaparée et verrouillée par la seule bourgeoisie blanche.

La prise en mains de l’opinion se fit donc grâce à la diffusion de l’idéologie dominante par les éléments scolarisés. La grande masse des électeurs, jusqu’alors exclus de la vie politique, allaient laisser croire à la démocratie dans une comédie où les rivalités de la classe dominante pouvaient se donner libre cours sans risques de débordements. Mieux, l’albophilie étant une condition indispensable à l’ascension sociale, la caste au pouvoir pouvait compter, lors de ses bras de fer avec Paris, sur les relais efficaces dont elle disposait sur place pour garder la maîtrise du jeu mis en place de longue date par la population non esclave.

Elle ne parvient pas cependant à effacer les acquis culturels de deux siècles d’histoire.

La catégorie de la population la plus facilement récupérée fut celle qui, jusqu’à l’abolition, avait été la plus désignée du doigt par la grande bourgeoisie terrienne. Ceux qui, parmi les petits créoles, baptisés pour la circonstance «petits blancs» après l’abolition de l’esclavage, étaient restés dans les Hauts de l’Ouest ou qui s’étaient enfoncés à l’intérieur de l’île, (en 1880 on en recensait environ 8000 à peupler les îlets des gorges des grandes ravines et des cirques), firent l’objet de projets alléchants de la part des autorités civiles et d’une prévenance particulière de la part de l’Eglise.

Mais deux siècles de jugements de valeur avilissants avaient irrémédiablement marqué leur image. Pris en tenaille entre une littérature doudouiste les présentant comme la preuve «ethnique» du caractère français de La Réunion et les articles à sensation de journalistes métropolitains en mal de misérabilisme exotique, ils ne trouvèrent jamais une réhabilitation historique à la hauteur de leur réelle contribution à l’identité réunionnaise. Il faut dire que l’intoxication fut telle depuis la fin du XIXème siècle que leur modification psychique14 se traduisit, entre autres signes visibles, par l’adoption désordonnée de sons consonantiques prononcés à la française, c’est-à-dire avec affectation «chanzé, charzé, georz, vi veu, chonz». Ces comportements semblent être une concession inconsciente faite aux exigences d’une société dont ils n’avaient pas la maîtrise. Mais paradoxalement, là pas plus qu’ailleurs, la continuité de la construction identitaire n’en fut affectée.

VIII – 1870 1946: une période décisive pour la créolité

Et c’est un fait que l’identité réunionnaise se renforça de façon significative entre 1870 et 1946. Les causes en sont multiples: si La Réunion avait été jusque là un atout incontournable pour la politique coloniale française, son importance géopolitique avait chuté d’un seul coup.

  1. Il y eut d’abord l’expansion française en Afrique. Mais ouverte sur la Méditerrannée avec l’Algérie et sur l’Atlantique avec le Sénégal elle n’impliqua pas La Réunion.
  2. Evénement déterminant pour La Réunion: l’ouverture du canal de Suez eut comme conséquence la création d’une ligne directe loin au Nord vers l’Inde, la Cochinchine et le Cambodge. Avec Obok la France disposa même d’un relais sur cette route.
  3. La Réunion n’était même pas sur la route de l’Archipel de la Société et la Nouvelle Calédonie, puisque les clippers et à leur suite les vapeurs empruntèrent la voie directe des quarantièmes Sud.
  4. Autre conséquence de cette nouvelle distribution des zones d’intérêt pour les puissances coloniales, les rêves des aventuriers furent drainés au Nord de l’Océan Indien et la culture de la classe dominante cessa d’être alimentée. Mieux, elle ne se tint pas à l’écart de son environnement local.
  5. Il y avait enfin, entre la France et La Réunion, Mayotte et son mouillage de rêve et surtout Madagascar dont la conquête entreprise en 1885 et achevée en 1895, dressa un double barrage, géopolitique et culturel, sur la route de La Réunion:
    • barrage géopolitique parce que l’immensité de l’île et l’intérêt qu’elle représentait aux yeux du colonisateur ramenait La Réunion à la dimension d’un appendice de la grande île. Parce que la relative facilité avec laquelle la conquête s’était faite diminuait l’importance de la participation de La Réunion avec ses 600 volontaires et donc son importance géopolitique en tant qu’île relais.
    • Barrage culturel parce que le l’eldorado que représenta Madagascar pour les Réunionnais les réconcilia avec leur environnement indianocéanique. Malgré les dérives inhérentes à l’engagisme, à la participation de Réunionnais à la conquête et à la colonisation, les apports de Madagascar furent nombreux dans les domaines de la cuisine, de l’imaginaire, de la langue: zazakèl, zanak, tifine, veloum, morarour, ramato, soso, sakaf, vaza, romazav.

Depuis les années quatre-vingt, donc, La Réunion se trouva face à elle-même. Il fallait tout inventer et essayer de tout réussir.

Sur le plan économique, la majeure partie du territoire cultivable étant occupé par les grands domaines, deux modes de faire valoir prédominaient. Soit le faire valoir direct avec une masse de journaliers agricoles vivant dans des conditions proches de celles des anciens esclaves. Soit le colonat partiaire qui donnait à l’exploitant l’illusion de travailler pour son propre compte mais, en fait, l’attachait à la terre qu’il cultivait et le tenait en état de débiteur permanent vis-à-vis du propriétaire. Civilisation de la terre donc, avec pour la majorité de la population agricole regroupée, toutes origines confondues dans des hameaux ou des cours d’usines, une uniformisation des conditions de vie et de travail aboutissant à un rapprochement culturel entre colons et journaliers venus de divers horizons.

Le chemin de fer, en permettant la communication plus rapide entre l’Est, le Nord et le Sud de l’Ile, véhicula quotidiennement les informations d’un bout à l’autre du pays et permit aux habitants de prendre conscience de leur appartenance au même ensemble. Le chemin de fer encore, une fois son existence ressentie comme indispensable, fit prendre conscience au pays du rôle économique du bois comme source d’énergie. Dans les dernières années du XIXe siècle, on mena à bien, avec de très faibles moyens, un plan de reboisement audacieux. Pour compenser la stagnation de la production sucrière, on lança de nouvelles cultures: le vétiver, l’ylang ylang, le géranium.

L’afflux d’engagés venus de tout le pourtour de l’Océan Indien, réactiva le vécu culturel original. La population, dans sa grande majorité pour ne pas dire sa quasi-totalité accueillit favorablement ces apports culturels proches de ses pratiques. Elle en assimila certains d’autant plus vite que c’était pour elle une question de survie.

C’est ainsi que le manque criant de médecins et l’arrivée de nouvelles maladies tropicales liées à l’insuffisance de moyens sanitaires des services de l’immigration favorisa la vulgarisation dans les milieux populaires de la médecine des simples tropicaux. C’est le temps où les rares médecins n’avaient pas honte de consigner des médications par les plantes indigènes utilisées par les tizanèr yab, malgaches, iambanes ou malbar.

De nombreux apports s’adaptèrent. En cuisine, par exemple, en l’absence de certaines composantes, l’ingéniosité les remplaça par d’autres et contribua à la naissance de nouvelles saveurs. Le massalé prit ses distances avec le garam masala. Le bouillon larson n’était plus assimilable à la soupe de lentilles indienne. Ils sortirent peu à peu de la cuisine tamoule pour se mêler aux préparations d’autres cuisines.

Sur le plan religieux la situation était d’une originalité qu’il est difficile de décrire dans tous ses aspects en quelques lignes. On peut toutefois dire qu’à partir de 1860 l’Eglise catholique sembla dépassée par les évènements: en soutenant le parti monarchiste, elle s’était attiré l’opposition d’une grande partie des éléments des classes aisées. La tentative d’évangélisation des Indiens se solda par un échec jusqu’en 1900. Quant aux affranchis, il lui fut impossible de leur inculquer une morale conforme aux intérêts des propriétaires. Ce bilan négatif est souligné par Claude Prud’homme15 qui parle d’échec de la chrétienté pour la période allant de 1868 à 1914.

Est-ce à dire, pour autant, que la vie spirituelle était en recul dans le pays ? Pas du tout. On pourrait même dire que jamais les pratiques religieuses ne se sont aussi bien portées qu’à partir de 1880. Sur quatorze cultes populaires dans la mouvance du christianisme recensés par Eve Prosper, sept se sont implantés ou ont connu un développement irréversible entre 1880 et 194216 . Cette adaptation de la spiritualité au vécu concerne les milieux populaires de toutes religions et de toutes origines. La conversion des Indiens à partir de 1900 déboucha très souvent sur une double pratique: hindouisme, catholicisme. Indissociables du brassage ethnique, les pratiques cultuelles allèrent parfois jusqu’à des interférences entre hindouisme, christianisme, religions malgaches et africaines17 . Une manière de réunionnisation des dévotions.

Si, avec le recul, on peut dire aujourd’hui que sur le plan identitaire les aspects positifs de l’aventure humaine de cette période l’emportent sur les aspects négatifs, il ne faut pas oublier le racisme qu’eurent à subir, à la fin du XIXème et au début du XXème siècles, les immigrants venus de Chine et du Gudjerat. Commerçants, ils échappaient en effet à la main-mise idéologique et économique de la bourgeoisie sur la société réunionnaise. La presse fut mise à contribution pour une campagne de manipulation de l’opinion qui entraîna des actes regrettables notamment vis-à-vis de certains musulmans. Quant aux Chinois, jugés rebelles, réfractaires au travail par ceux qui avaient organisé dans un premier temps leur venue dans le cadre de l’engagisme, leur parcours illustra, dans le contexte de la première moitié du vingtième siècle, une contradiction majeure de la société réunionnaise: alors qu’à Saint Denis, la tentation de les ghettoïser faillit aboutir, leur intégration fut des plus réussies dans les Ecarts et les Hauts. Le terreau y était plus fertile.

IX – Le piège du choix statutaire

A partir de 1946, l’importance géopolitique retrouvée de La Réunion fut le prétexte à des conflits franco-français et réuniono-réunionnais dont le véritable enjeu était pour les premiers l’appoint de suffrages pour les forces politiques de l’Hexagone et pour les seconds le leadership au sein de la caste locale au pouvoir. Les mots d’ordre des revendications des uns et des autres écartèrent, parfois brutalement, parfois intelligemment, la question de l’identité.

Or, la non remise en cause des séquelles du Code Noir plaçait l’aspiration à la reconnaissance et à l’égalité au coeur du débat politique. L’ensemble des leaders d’opinion réunionnais s’inscrivant dans un jeu politique local assimilé sans nuances au débat national, la revendication de la départementalisation s’imposa comme le choix le plus logique, le plus conforme à ce besoin d’égalité.

C’était sans compter avec l’espace de manoeuvre qu’il ouvrait aux jacobins de Paris. Il ne fallut pas dix ans à ces derniers pour tirer les leçons des tribulations françaises à Madagascar, en Indochine, en Algérie, et comprendre qu’une des conditions pour tenir cette île relais était de s’aliéner sur place les couches sociales regroupant en leur sein tous les leaders d’opinion. Dès le milieu des années cinquante, le piège des «avantages acquis»18 favorisa l’émergence d’une caste favorable à l’intégration totale et repoussant l’identité par intérêt aveugle. Ainsi, une fois de plus, comme en 1723, en 1789, en 1848, la classe dirigeante fut revivifiée par l’absorption d’éléments issus d’autres couches de la population.

En même temps, à la marginalisation de l’identité par diabolisation, se substitua la mise en œuvre de moyens massifs et coordonnés d’effacement de l’identité:

  • chasse à la langue créole, suppression de l’Histoire de l’île dans les écoles, contribution de l’audio-visuel aux campagnes de déstabilisation de l’identité,
  • isolement de l’île de son contexte géographique immédiat,
  • verrouillage de toutes les instances de décision par le remplacement au sein de la fonction publique des cadres autochtones par du personnel métropolitain,
  • participation décisive du personnel non-autochtone peu impliqué dans les projets importants pour La Réunion,
  • importation d’un esprit communautariste et colonialiste métropolitain avec des fonctionnaires venus d’autres colonies à mesure que la France s’en retirait.

Pendant 30 ans, soit une génération et demie, l’action d’ethnocide avait en partie porté ses fruits: la conscience identitaire s’était fragilisée, sa transmission s’était beaucoup affaiblie avec la rupture culturelle provoquée par l’école entre les générations montantes et leurs aînés; une nouvelle lecture de l’Histoire avait été mise en place à grands frais avec le concours d’universitaires, de journalistes et d’écrivains ignorant les subtilités de notre histoire et dépendants des analyses fournies par la caste dominante. L’Histoire de La Réunion se ramena à un album souvenirs de la caste au pouvoir.

X – La responsabilité du Parti Communiste Réunionnais

A ce jeu de dupes, le Parti Communiste Réunionnais ne peut pas échapper, devant l’Histoire, à sa responsabilité: pendant toute la période d’opposition de 1959 à 1981 il s’appuya sur la revendication d’une reconnaissance identitaire parce que La Réunion avait fait un pas considérable dans la créolisation de l’ensemble de ses composantes. Mais cet accompagnement n’a jamais été clair. Tactiquement, il fallait voir quelles étaient les composantes susceptibles de donner plus de vigueur et de légitimité à la revendication.

Il se trouvait que les couches les plus nombreuses et les plus contestées par l’idéologie assimilationiste se rattachaient à la tradition du maloya. En focalisant la revendication identitaire sur cette seule forme d’expression, il joua la carte de la résistance subjective et spontanée à l’oppression. Mais il n’osa pas élargir progressivement la perception du problème jusqu’à une globalisation du débat à d’autres secteurs. Le Parti savait qu’il maîtrisait ainsi la situation.

Et lorsque l’analyse de militants les amena à poser le problème de la prise en compte de l’identité et de la langue à l’école, il biaisa. Il ne s’aventura jamais clairement sur le terrain identitaire et privilégia toujours le social et l’économique. C’était une dérive inévitable puisque ses cadres appartenaient dans leur très grande majorité à une couche sociale coupée à partir de 1955 du reste de la population et qu’ils adhéraient, du fait de leurs avantages acquis, à une logique assimilationiste.

A partir de là, les cartes étaient biseautées et l’on peut dire avec le recul que le mot d’ordre d’autonomie était plus destiné à installer le Parti sur l’échiquier politique qu’à aider le peuple à se souder autour d’un vrai projet de société tenant compte de sa spécificité. Et si des militants et alliés naïfs s’y laissèrent prendre, en face, on savait que le Parti, avec l’abcès de fixation que constituait le cabotinage sur la question du statut, était l’assurance-vie de la caste au pouvoir.

XI – Une reconnaissance régentée

À partir de 1981, avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir, certaines avancées furent évidentes:

  • la prise en compte officielle du 20 décembre comme date importante de l’Histoire réunionnaise, se traduisit par la promulgation de cette date comme jour férié,
  • on assista à l’explosion d’associations culturelles militant dans différents domaines: l’Histoire, la langue, la musique, la cuisine etc…
  • La musique réunionnaise eut le vent en poupe, le maloya passa les portes des salles de spectacles et «s’exporta».
  • la libéralisation des ondes permit la naissance de radio-libres dont certaines donnèrent toute sa place à l’identité réunionnaise. Les Réunionnais eurent l’impression qu’enfin on prenait en compte leur identité.

En réalité, la Gauche, pas plus que la Droite, n’accepta de donner à la question identitaire toute sa dimension. La mission Tamaya & Claude Lise, en fit la démonstration la plus éclatante19. Et lorsqu’on fait le bilan, on se rend compte que:

  • le pouvoir politique avait lâché du lest pour faire face à une situation sociale tendue,
  • cette reconnaissance était sectorielle, ramenée pour l’essentiel au domaine de la musique,
  • régentée, elle était rapidement devenue une opération de récupération dépouillant avec plus ou moins de succès une date comme celle du 20 décembre de son importance et de sa symbolique,
  • cette reconnaissance à dose homéopathique et ciblée masquait mal un dirigisme fâcheux marginalisant, par le poids de l’argent, les initiatives artistiques, pédagogiques, même économiques ne répondant pas à des critères culturels officiellement compatibles avec les intérêts du jacobinisme.
  • La télévision ne fut pas en reste. Le français fut et reste en effet toujours utilisé dans la quasi-totalité des interview et débats. Ce n’est qu’en 2001, une fois par semaine, le samedi à 12h 30, que fut mis sur pied un journal en créole. Sans doute pou donner le change lorsque la question de la reconnaissance de la langue et de l’identité réunionnaises fut posée au niveau national et européen.
  • Car c’est la consécration sur la scène internationale et la pression extérieure qui force la reconnaissance au plan local.
    L’exemple le plus éloquent c’est celui de la reconnaissance de la langue qui a été obtenue en 2000 par le combat mené au niveau européen et ministériel par une petite association.

XII – Les causes

Tenir compte du seul contexte français contemporain de l’exercice du pouvoir par la Gauche, ne permet pas de comprendre pourquoi l’entrée dans une phase de proposition pour le renforcement de la créolité n’a pu se faire en conformité avec la demande identitaire. Pour comprendre pourquoi cette reconnaissance a glissé petit à petit vers une dérive dans la voie choisie par la caste dominante de L’île en accord avec l’idéologie qu’avait toujours voulu imposer le pouvoir, il faut savoir que:

  1. Pendant trente ans, l’alternative politique a balloté l’opinion à coup de slogans à l’emporte-pièce, a perverti le contenu du terme identité, l’a rendu suspect et en a détourné les esprits.
  2. Ramenant l’intérêt pour l’Histoire à une période, celle de la Départementalisation, utilisant comme repoussoir la situation économique de 1946 en ayant soin d’occulter que ce fut le lot d’une île à cannes soumise à un blocus total de plusieurs années, elle a eu le même effet sur l’Histoire.
  3. La mémoire populaire est la première à en avoir fait les frais. Cette mémoire vivante, orale, est fragile car la plupart du temps elle est sollicitée par des interlocuteurs réduisant l’entretien aux mêmes questions mécaniques et incultes. Elle est de ce fait détournée de son rôle fertilisant, à cause des pollutions idéologiques qui amènent les vieux à s’autocensurer pour abonder dans le sens de l’idéologie dominante: «lontan nou té mizèr. Zordi nana »
  4. Et c’est une réalité que le Réunionnais ne connaît pas son histoire. 90% des Réunionnais, même des universitaires ayant eu besoin de références à l’Histoire de La Réunion pour des thèses de sociologie, d’ethnologie de linguistique n’ont pas une perception claire du synopsis de notre cheminement culturel; le jeune étudiant boude l’Histoire qu’il ne perçoit que comme matière à recherches fastidieuses et spéculations oiseuses. Mais il est vrai que l’écriture des pages essentielles de l’Histoire de notre identité manque de souffle, qu’elle s’est dispersée dans des compilations laborieuses, des productions sous contrôle mandarinal, des albums de famille et de la vraie fausse histoire pour tout public.
  5. La créolité ne peut donc pas aujourd’hui compter sur des universitaires natifs pour la porter. La frilosité, la démission voire le désintéressement de ces derniers a laissé dans ce domaine de recherche le champ libre aux intellectuels zorey.
  6. Or le contexte de la départementalisation favorisa la tentation d’un communautarisme zorey à La Réunion.:
    • l’implantation massive d’individus et de familles venant de Métropole mais aussi d’Algérie et d’Afrique lors de la décolonisation commença inévitablement sur le modèle colonial classique.
    • Arrivant dans une île dont la complexité les décontenançait, ils furent majoritairement réfractaires à une intégration, et se retrouvèrent dans des lieux de résidence avec un mode d’habitat rompant avec les habitudes locales.
    • Les facilités de déplacements sans cesse améliorées entre l’Europe et La Réunion favorisèrent une continuité culturelle.
    • Cet isolement fut conforté par la priorité donnée au renforcement d’infrastructures adaptées à leur modèle de vie, de travail et de consommation et accentua la distanciation à l’égard du vécu des autochtones.
    • Et parce que le sentiment communautariste se nourrit de la volonté de pouvoir de groupes idéologiquement sûrs d’eux et refusant de se mélanger aux autres, une concentration des actifs à des postes de décision dans des secteurs d’activité clé renforça un sentiment d’appartenir à une communauté forte et rattachée à un ensemble plus grand.
  7. Née dans ce contexte, l’université de La Réunion n’échappa pas à la pression idéologique dominante, particulièrement dans le secteur des lettres et sciences humaines. Les directeurs de recherche firent appel à des références susceptibles de contribuer à leur culture, mais qui ne leur étaient d’aucun secours dans leur analyse de la société réunionnaise. Ces universitaires métropolitains adoptèrent donc une approche déformée de l’identité réunionnaise à travers une grille de lecture ne correspondant pas à notre réalité. Et l’élite intellectuelle autochtone formée dans ce moule fut de ce fait sous influence. C’est ce qui explique qu’avec l’arrivée massive des zorey, sous l’ère Debré, apparut la théorie de la pluriethnicité justifiant la tentation communautarisme zorey par une projection doublée d’une inversion logique: Elle consista en une mise en place d’une classification arbitraire de groupes humains et une lecture de l’Histoire tenant compte de cette grille.
  8. Ce projet de découpage de la société réunionnaise en groupes «ethniques» fit l’objet d’une construction s’appuyant sur une terminologie de plus en plus affinée: les termes utilisés avant la départementalisation dans le cadre des descriptions ethnographiques firent place aux termes et expressions plus acceptables, plus «rassurants»: «multiplicité des races» fut remplacé par «pluri-ethnique», «pluri-culturel».
  9. Certains universitaires faisant autorité ne passèrent pas par quatre chemins pour jutifier la crédibilité de la grille, allant jusqu’à des manipulations statistiques. Lorsqu’en 1989, au colloque sur l’Identité, un universitaire métropolitain affirma que «l’Histoire créole de Bourbon s’est arrêtée en 1848», lorsqu’abordant la période de la fin du XIXème siècle, il parla de «l’altération de la nature créole de la société réunionnaise par cette implantation indienne de trop fort poids pour être négligée, de trop forte cohésion pour être digérée» lorsqu ‘il insinua que «l’adoption par les indiens des principaux signes extérieurs de l’intégration – le parler créole, la religion catholique – favorisent l’inattention et rassurent…», lorsqu’il anticipa sur le recensement de 1990 pour préciser que le groupe créole (qui obéit à des critères définis par lui) est devenu minoritaire:
    «Le Recensement Général de Population de mars 1990, dit-il, nous donnera peut-étre un effectif de résidents de l’ordre de 580.000 personnes. Accordez-moi qu’il y ait dans cette masse, trois petites minorités de 20.000 Musulmans, 30.000 Métropolitains, 40.000 Chinois accordez-moi que les Indiens forment un ensemble limité à 200.000 personnes, malgré certaines prétentions à plus; cela me suffit pour trouver sans effort et sans excès, les 290.000 personnes, les 50 % de la population étrangère au groupe fondateur « créole », dont j’ai besoin pour la portée symbolique et suggestive de mon propos…»,20
    dans une salle remplie d’universitaires, de représentants de la classe politique et de la société civile, un jeune intellectuel créole21, issu des rangs de l’université de La Réunion entreprit de disserter sur la société pluriethnique réunionnaise. Il ne se trouva que 3 personnes pour ne pas monter sur l’anneau de moebius: la première, par son exemple personnel battant en brèche la théorie formulée, et les deux autres par une communication sur les apports enrichissants du métissage à l’identité réunionnaise22.

XIII – … Et leurs conséquences

Toute l’analyse qui s’est développée depuis sur ce canevas a eu comme conséquences:

  • la mise en condition des jeunes autochtones dans le cadre universitaire,
  • leur contribution au brouillage et à la décrédibilisation «scientifique» de la mémoire collective,
  • la marginalisation de la perception d’étapes fortes de la construction identitaire inscrite dans cette mémoire collective.
  • Faut-il souligner le rôle de l’Ecole et de l’Université comme cadres pour préparer les esprits ? Faut-il y rattacher l’obstination du système éducatif et de ses partenaires à considérer la langue créole et l’identité réunionnaise authentique comme quantité négligeable ?

Dans cet esprit, la langue créole fut donc étudiée comme un appendice du français par des universitaires sous la pression de l’idéologie dominante.

  • Il est symptomatique que dans des thèses de doctorat on ait par méconnaissance de la langue ou par inféodation à des grilles de lecture arbitraires se référant au français, écarté l’hypothèse du « i » comme marqueur verbal du présent et d’une forme du passé.
  • Il est tout aussi révélateur qu’en trente ans, les seules productions utilisables pour le grand public furent deux dictionnaires dont le plus digne d’intérêt, parce que travaillé en équipe dans le cadre universitaire, a vu sa graphie dénoncée par le directeur de recherche lui-même sous la pression «d’amis éclairés»23. Cette graphie, dite de 83, se situait au cœur d’une partie de bras de fer qui dans un premier temps, prit prétexte de la dichotomie linguistique «acrolectal/basilectal» pour s’inscrire dans la même démarche: celle de l’éclatement de la société réunionnaise, cette fois-ci en référence à la langue française. Cette construction a donné une caution scientifique au mépris, voire racisme affiché par la bourgeoisie locale pour le «gro kréol» le «kréol nwar morès».
  • Comme elle s’essoufflait, peu avant la programmation du projet «structurant» de la Maison des Civilisations, le Conseil Régional mit à la disposition d’une association se voulant le Haut Conseil de la Langue des moyens très importants. Tangol, puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait comme objectif de mettre au point une graphie consensuelle. Se référant à la fameuse dichotomie linguistique «acrolectal/ basilectal» il faisait son opération de communication en lançant un troisième concept: le supralectal.
  • Curieusement, la graphie de Tangol, connue dans sa finalité avant même la naissance de l’association, fut mise en chantier alors que La Réunion entière apprenait que l’expérimentation réussie de la graphie 83 à Plateau Goyaves s’était poursuivie pendant quatre années scolaires, et avait été conclue par un livret pédagogique en même temps que la loi Deixonne était étendue à la langue et la culture réunionnaises.
  • La première conséquence de l’effet d’annonce de Tangol fut de donner au Rectorat le prétexte d’être pour le moins très discret sur la graphie 83. Les caractéristiques de la graphie 2001 balançant entre l’élitisme des lettres, d’une part, et des tolérances d’écriture rendant impossible une lecture dédramatisée avant un long, très long temps de pratique dans un contexte de sérénité, eurent pour conséquence la relance de la querelle Français/kréol. L’acrolectal et le basilectal ont de beaux jours devant eux mais la langue écrite ne risque-t-elle pas de marquer la pas, voire d’être boudée ? Et que dire alors de la contribution de cette confusion à la préférence pour «les langues ancestrales» ?

On ne saurait être complet sur cette question de l’entreprise de brouillage de l’identité réunionnaise si l’on ne parlait pas de l’entreprise de récupération. Par le biais de la médiatisation, le spectaculaire et le commercial ont pris le pas sur l’essentiel et le profond. Pour la diffusion de messages s’adressant à toute la population, la publicité a abondamment recours à des images se référant à des clichés empruntés à un découpage folklorique de la population: la danseuse indienne, le coupeur de cannes cafre, la chinoise avec le bol de riz et les baguettes et l’inévitable vieux yab. Nous avons connu depuis deux ans l’élection de Miss indienne ouverte à des jeunes filles «d’origine tamoule» avec comme marraine miss Inde24.

Tous ces éléments concourent à placer en position défensive les « partisans de la créolité » Insidieusement les atteintes à trois siècles de créolisation se glissent même dans des formules présentées par ceux-ci. Cette année, le collectif qui a organisé la semaine créole a choisi comme formule choc: «créolité et modernité»25. Imaginerait-on sans rire une formule semblable appliquée à la francophonie ? «Francophonie et modernité» ou encore «francité et modernité». La formule contient toute l’ambiguïté et le manque d’assurance, voire la mésestime de son parcours culturel qui caractérise le Réunionnais. Et il est vrai qu’à force d’avoir entendu les remarques du style «arèt manz patat èk la po !» ou «i fo ou i koz konm in blan !» «gèt dan kèl dégré ou i lé ! sa la pi la mod !» certains Réunionnais ont intégré le sous-entendu du message au point de se croire presque toujours obligés de s’excuser d’être Créoles.

Enfin, sur le plan politique, le Parti Communiste Réunionnais, après avoir joué sur le mot d’ordre d’autonomie quand la Droite nationale et locale utilisèrent à leur profit la départementalisation, abandonna sa revendication lorsque qu’avec la Gauche française, il sortit de l’opposition.

XIV – La créolité menacée par les nouveaux enjeux internationaux

Les enjeux nouveaux consécutifs à l’effondrement du communisme ont changé les relations internationales:

  1. ils replacent l’Europe dans les conditions rappelant celles du 16ème siècle, celle d’une Europe s’ouvrant sur d’autres régions du vieux monde et particulièrement sur l’Asie.
  2. Les perspectives mirobolantes de marchés colossaux sont susceptibles, dans le contexte de mondialisation des échanges, de rééquilibrer la balance aux dépens du géant américain.
  3. Cette conjoncture internationale donne à La Réunion, région «ultrapériphérique», une importance géopolitique qu’elle n’a jamais connue. Elle en fait un atout précieux pour l’Europe dans l’Océan Indien. L’île devient un relais, un sas vers les puissances économiques de la zone avec lesquelles la France veut établir des relations. Et le précédent anglais à Maurice entre 1810 et l’indépendance de l’île a dû en séduire plus d’un ! c’est que le communautarisme pourrait favoriser le lancement de passerelles sécurisantes pour les relations avec les grands partenaires continentaux riverains du grand Océan Indien.
  4. Et nous nous disons que nous en prenons le chemin quand l’actualité fait que le protocole privilégie le député d’origine chinoise lors des rencontres avec la Chine, que le pont entre l’Inde et La Réunion se fait de façon privilégiée par des associations culturelles tamoules dont certaines ne cachent mal leur tentation communautariste26. Récemment, le déplacement d’une mission au Mozambique s’est adjoint quelqu’un de physiquement correct en la personne – mais est-ce un hasard ? – du président de l’Association des amis de la Maison des Civilisations. Triste farce anthropométrique ! Triste perception de la valeur des hommes de ce pays ! Serions-nous appelés à être les Malemo Canake, les Bogima27 de la France du XXIème siècle ? Sorte de contacts privilégiés, de médiateurs, de prétextes au dialogue avec l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud-Est. Après avoir été «colonie colonisatrice» serons-nous «colonie comptoir» ?
  5. Et les Réunionnais ? Quels avatars, quelles dérives leur réserve une telle configuration des perspectives ? La France jacobine est sereine. Elle peut, avec le «ciment de la laïcité républicaine», après avoir affaibli et marginalisé la créolité, contrôler les différentes composantes jouant chacune sa carte. Elle en a les moyens juridiques avec – mais n’est-ce pas un début ?- la loi sur les signes ostentatoires d’appartenance religieuse. Sans doute ! Mais les réactions d’intolérance suscitées par cette loi chez certains lecteurs de la presse locale partisans de la laïcité font froid dans le dos. Et c’est dans un tel contexte que va se mettre en place la Maison des Civilisations.

XV – Quel est l’objectif de la MCUR ?

Quelques heures après l’annonce faite par Paul Vergès à Noumea du projet de la Maison des Civilisations et de l’Unité réunionnaises, notre première analyse nous amenait à mettre en garde l’opinion contre le risque d’inadaptation du projet à la réalité réunionnaise. Nous ne parvenions pas en effet à voir la cohérence entre le contenu de la déclaration de Nouméa et le cheminement identitaire réunionnais. Mais nous étions seuls à réagir. Plus gênant encore, la crispation que provoquent nos prises de positions fit que nous ne perçûmes pas d’écho notable à notre analyse.

En décembre 2000, nous eûmes la position officielle des principaux partenaires appelés à porter le projet: l’Etat et la Région. Si nous voulions nous prêter au jeu du «qui a dit», nous surprendrions plus d’un de ceux qui participèrent au colloque sur la MCUR en décembre 2000. Nous les désorienterions en leur soumettant ce texte:

Mais cela veut dire aussi que les Réunionnais doivent prendre conscience que la fidélité des générations précédentes à ce qu’elles avaient conservé de leur civilisation d’origine, que ce greffon qui a pris sur le tronc commun, que cette marcotte qui s’est développée n’a pas à être reniée ou rejetée, au nom d’une authenticité qui aurait été déformée par ces ancêtres vivant loin du pays d’origine. C’est une richesse, une création réunionnaise à vivifier et non à mutiler.

Nous les étonnerions en disant que ce texte a été commis en 1993 par Paul Vergès au cours d’entretiens avec Brigitte Croisier dans le livre «d’une île au monde» édité par l’Harmattan. En décembre 2000, en effet, le discours d’ouverture prononcé par le Président de la Région abandonnait ce choix d’accompagnement, de reconnaissance du cheminement original de notre identité. Rappelant étrangement le rêve de «recomposition féconde» exposé par l’universitaire Squarzoni en 1989, les propos du Président de la Région, fortement médiatisés, semblaient annoncer le rôle dévolu à la MCUR: devenir le symbole institutionnel, la référence et l’outil de propagande de cette entreprise dont Paul Vergès disait à présent:

«notre premier devoir c’est de valoriser, remettre à leur place les cultures d’origine, et à travers la revalorisation de nos différences, aboutir à une unité de caractère supérieur. Nous vivrons la structuration de notre identité grâce à nos différences. Nous pouvons relever ce défi(…) faire un exemple de civilisation de La Réunion.»28

C’est comme si on disait aux Français: bon ! On efface tout, on renvoie les gens du centre de la France aux Arvernes, on va rechercher dans l’arbre généalogique des Marseillais la souche grecque de l’un, la souche étrusque de l’autre, la souche crétoise du troisième et il faut que le Beur de Marseille laisse tomber l’arabe dialectal que parle son père pour l’arabe classique. Et après, on va dire au Monde entier: regardez ! Nous portons en chacun de nous une spécificité. Et l’Histoire de Marseille n’existe plus et ce qu’a écrit un Pagnol ce n’est pas du pur. C’est maintenant que nous allons construire l’identité de Marseille en évacuant toutes les scories dues aux contacts non policés des identités et aux métissages non contrôlés vécus au cours des siècles passés.

Est-ce ce qui se profile à notre horizon de Réunionnais ? Et quand quelqu’un bronchera, lui rappellera-t-on que s’il n’est pas content il aille se faire voir chez les Indiens, les Malgaches ou les Chinois, comme des gens « très bien » me l’ont dit dans les années soixante quand je revendiquais mon identité créole ? Et qu’en sera-t-il des catégories qui seront les plus pénalisées ? Les Malbar-kaf, les Yab-tèt-konyé, les Batar-sinwa, tous ces sang-mêlés, toutes ces femmes et tous ces hommes dont la culture trop complexe ne pourrait pas entrer dans le jeu dichotomique du «nous» et «les autres», parce qu’en eux, évacuer l’autre serait de l’automutilation. Ces êtres dans l’indivis auxquels cette belle théorie des cultes et cultures d’origine imposerait un déchirement identitaire et une fragilisation insupportable.

Hélas ! L’impact de l’apparat agrémentant le colloque de la Maison des Civilisations a été révélateur de la fragilisation de l’identité menée tambour battant pendant quarante ans.

  • Au cours du colloque même, tel prêtre malbar29 dont la pratique revendiquée avait été jusqu’alors une illustration de cette image du «greffon vivace et de la marcotte qui s’est développée sur le tronc commun» renchérissait sur la déclaration du Président de Région:

    «…A La Réunion, il y a un peuple noir, un peuple blanc, un peuple indien…»

  • Il y eut dans une polémique entre La FAGRHCTR et l’Union des Sanatha-dharma koîlous et indianismes de la Réunion (Uskir), la déclaration d’un membre de l’Uskir: «On ne devient pas Hindou. On naît Hindou».30
  • Pour ne pas être en reste, on entendit sur les ondes, dans les mois qui suivirent, des remarques de Réunionnais revendiquant leur identité kaf: «les Blancs ont l’église, les Tamouls les temples, et les Kaf ?»… «il faut faire une communauté kaf, et une communauté métisse !»
  • Et puis il y a l’ambiguïté de membres du dialogue interreligieux dont certains entretiennent l’amalgame entre le religieux et la référence à la pureté ethnique de Réunionnais aux ancêtres venus de pays riverains de l’Océan Indien. Dans un courrier des lecteurs intitulé «culture tamoule et culture réunionnaise», Idriss Issop-Banian nous fait part de sa position sur la question:

    « Les Tamouls de la diaspora (Sri Lanka, îles Fidji, Afrique du Sud, Maurice, La Réunion…) sont à juste raison fiers de leur histoire, de leur culture, de leur littérature et de leur langue qu’ils veulent préserver (…) Le ressourcement culturel auquel on assiste ici est prometteur pour l’avenir: quand toutes les cultures présentes sur notre sol auront ensemencé notre île dans toute leur authenticité et dans toute leur beauté, alors, de cette heureuse symbiose naîtra le culture réunionnaise dans toute sa splendeur et son espérance pour le monde. C’est la mission de la Maison des Civilisations et de l’Unié Réunionnaise à laquelle je crois. »

Et de citer Surya, l’un des poèmes les plus ambigus de Leconte de Lisle en ce domaine:

«… Roi du monde, entends-nous, et protège à jamais Les hommes au sang pur, les races pacifiques Qui te chantent au bord des océans antiques !»31

  • Enfin il y a l’association de la Maison des Civilisations et cette photo de famille du collectif de l’association qui me ramène 40 ans en arrière, lorsque je visitais les collections ethnographiques du Musée de l’Homme ou du Musée de la France d’Outremer et me fait penser à ces photos prises à la belle époque des colonies.
  • Et les médias amplifient le tout …!

Or, une telle aberration est favorisée par l’absence de connaissance de l’Histoire, le peu de cas fait avec le parcours identitaire, le discrédit jeté à satiété sur «l’insignifiance du fait culturel créole», le choix fait de mettre des moyens conséquents à la disposition de ceux qui entrent dans le plan politique en place et de marginaliser ceux qui se rattachent à l’identité créole de La Réunion.

Est-ce à dire qu’il faut craindre une possible dérive vers le communautarisme ? Même s’il y a peu de chances que cela réussisse, le fait même qu’il y ait une tentation nous fait courir le risque de dérives, de tribulations, de reculs dramatiques au sein même des familles, avant que l’Histoire reprenne son avancée. Dans les faits, nous nous engagerions alors sur la voie inverse de celle de Maurice avec tous les problèmes qui peuvent en découler. Et le comble serait que ce que la France a été incapable de faire en quarante ans serait l’œuvre de la caste politique réunionnaise elle-même. Et cela se ferait avec des sommes colossales versées par l’Europe, pendant que des lieux de mémoire et des documents ayant trait à notre passé ont été, sont, en voie de détérioration irrémédiable.

En vérité, plus que la mégalomanie, c’est le désarroi identitaire qui peut faire germer dans l’esprit l’hypothétique meilleur des mondes concocté par des tractations entre Commandeurs de différentes appartenances. Je ne connais pas, quant à moi, d’unité de caractère supérieur à celle qui a fait que, à travers la mise en commun des valeurs populaires propres à chacun de mes ancêtres, je porte en moi une part de Madagascar, du Mozambique, du Poitou et de l’Inde. Je ne connais pas de partage d’identité plus aboutie que celle que j’ai vécue à dix ans au contact de ce boutiquier fraîchement arrivé de Canton auquel, avec mes camarades de jeu, j’ai appris les rudiments de créole, ou celle de ce vieux Zarab qui me parlait comme à son fils.

Roger Théodora

Notes

1André SCHERER, Histoire de La Réunion , Presses Universitaires de France, collection «Que sais-je ?», 1ère édition, Paris, 1965, page 124.

2Emission de Thalassa consacrée au peuple Bajo Lao.

3François CHARPENTIER, Le divin marchand, relation de la Constitution de la Compagnie Française des IndesOrientales, 1664 , réédité par Editions Arts Terres Créoles, collection Mascarin, 1988, pages 71, 72.

4BARASSIN Jean, Antoine Boucher, mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’isle de Bourbon., l’île Bourbon et Antoine Boucher (1679-1725) au début du XVIIIè siècle, A.C.O.I. et I.H.P.O.M.,imprimerie de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, 1978 , 447 p.

5Mot malgache signifiant découragé, dégoûté et désignant ceux qui n’acceptaient pas les conditions de la Compagnie et se retiraient dans les montagnes

6Jean-Luc THEODORA, Identité marginalisée, identité assumée, identité transmise: Saint-Philippe, 1735 – 1850, contribution de la population d’une commune à l’identité d’une île ., mémoire de maîtrise d’histoire présenté sous la direction de M. le professeur Claude Wanquet, Université de La Réunion, 1995, 263p.

7Yves PEROTIN, Chroniques de Bourbon, Couderc, Nérac, 1957.

8Voir actes du colloque Codification des langues de Franc, l’Harmattan, septembre 2002, Pages 219 à 232

9Voir papiers de Farquhar ARCHIVES DU BRITISH MUSEUM, DEPARTMENT 0F MANUSCRIPTS, Mss Add 37292; F0 17 Ro à 21 F0 61 Ro à 63 Vo: fos 278; 280; 282 Ro & Vo; 283 Ro; 284 Ro & Vo; 285 Ro; 286 Ro; 288 Ro & Vo; 103 Ro à 105 Ro; Mss Add 38572; fos 110 Ro & Vo et 111 Ro & Vo.

10Voir, entre autres ouvrages, Marius LEBLOND, Les îles sœurs ou le Paradis retrouvé, La Réunion-Maurice  Eden de la Mer des Indes» , éditions Alsatia, 1946 Paris.

11Yves PEROTIN,  «le prolétariat blanc à Bourbon avant l’émancipation des esclaves» suivi de trois documents annexes , in recueil de travaux inédits pour servir à l’histoite de La Réunion (ancienne île Bourbon) nouvelle série, numéro 3, Couderc-Nérac, Paris, 1959, page 207.

12K. HAZAREESINGH, Histoire des Indiens à l’île Maurice, Paris, 1973.

13Extrait de «l’île de La Réunion. La question coloniale par un créole de cette île» Paris, 1869, in Le Mémorial tome 3, 1849-1882, pages75 et 83.

14Frantz FANON, Peau noire, masques blancs, Editions du Seuil, Paris, 1975, p 16,17.

15PRUDHOMME Claude , Histoire religieuse de La Réunion, Edition Karthala, Paris, 1984, p 221 et suivantes.

16EVE Prosper, La religion populaire à La Réunion, op. cité.

17Voir Eve Prosper et Claude Prudhomme.

18En conséquence d’une grève qu’ils firent en 1954, les fonctionnaires autochtones, bénéficièrent du régime accordé aux fonctionnaires métropolitains en exercice dans les départements et territoires d’outre-mer.

19Après avoir refusé sous divers prétextes de recevoir une association qui se battait pour l’application de la loi Deixonne à La Réunion et la prise en compte de l’Identité réunionnaise dans le système scolaire, Les missionnaires déclaraient sur RFO, à la veille de leur départ, «n’avoir pas rencontré de demande identitaire».

20R. Squarzoni, le peuplement de La Réunion depuis 1848, dans un processus long de décréolisation, une recombinaison féconde à l’oeuvre.

21Alain ARMAND

22Raoul LUCAS et Roger THEODORA, culture zembrocal et sirop la cuite.

23Voir la préface du Petit dictionnaire Créole réunionnais/Français 1987 et celle du Dictionnaire Créole réunionnais/Français de 1990.

24Voir, entre autres articles de presse, ceux du JIR du 30 avril 2001.

25Voir Témoignages 28 février 2003.

26« Nous invitons toutes les asso­ciations tamoules à se joindre à notre mouvement pour mieux défendre notre culture, pour que la communauté tamoule soit une et indivisible (…) L’esprit d’ouverture qui nous anime nous amène à recenser les besoins de la communauté et sur­tout à répondre aux aspirations légitimes de nos concitoyens ( sic). » Marc Cadivel, dans l’article « Promouvoir la religion Hindoue et la culture tamoule dans une société réunionnaise ouverte » in Témoignages des 16 et 17 février 2002.

27Le premier guida la flotte de Vasco de Gama de Melinde à Calicut en 1498, le deuxième, servit d’interprête entre les Portugais et des Malgaches capturés en 1506 et guida d’Albuquerque et Tristão da Cunha de Mozambique jusqu’à la côte Nord-Ouest de Madagascar.

28Discours du Président du Conseil Régional de la Réunion Paul Vergès au colloque MCUR 18 et 19 décembre 2000.

29J’ai utilisé à dessein l’expression populaire réunionnaise « prêtre malbar » désignant traditionnellement celui qui officiait dans les chapelles avant que n’eût été introduit, il y a quelques années,  le terme « swami » associé aux officiants venus de l’Inde porteurs d’une «tradition authentique».

30Religion : l’union dans la division , article d’Yves Mont-Rouge dans le JIR du 21/02/2002.

31Le Quotidien du samedi 12 Avril 2003.