Samedi 22 Août 2015,  des rues de Saint-Paul qui portaient des noms d’esclavagiste ont été débaptisées, leurs plaques retirées. Une action simple et symbolique mais pourtant courageuse, sur une île où parler de notre passé violent et esclavagiste est souvent mal vu… « Pourquoi rabâcher sans cesse ces histoires d’esclavage ? » : Parce-que c’est notre histoire. Qu’on le veuille ou non, c’est ainsi. Si certains ont voulu cacher cette histoire pendant longtemps, c’est souvent par déni de l’identité réunionnaise, par conformisme au modèle assimilationniste français qu’on a tenté de nous imposer de force jusque dans les années 80 (lire l’article sur l’ordonnance de Michel Debré). Il est temps d’en finir avec ce déni de nous-même, de notre africanité, quelle que soit notre couleur de peau. Non, nos ancêtres n’étaient pas que Gaulois ! Remercions Sudel Fuma pour le travail qu’il a fourni, et aux historiens actuels qui continuent d’éclaircir notre passé. Ne laissons plus des racistes criminels continuer à avoir leur nom sur des rues, ou avoir leur statue trôner comme s’ils étaient des héros (comme Mahé De La Bourdonnais à Saint-Denis), pendant que les vrais héros Réunionnais restent dann fénwar (Élie, Furcy, Anchaing, Héva, etc…) .
Regardons notre passé en face et combattons l’ignorance ! 
Comme dit Lindigo : « Kan ou koné ousa ou sort, ou koné ousa ou sa va »

kaf yab 2

Article du JIR daté du 25/08/2015 :

Cinq rues de Saint-Paul débaptisées en une nuit sur fond de lutte anti-esclavagiste.

PATRIMOINE. Il se fait appeler Kaf Yab le Maronèr. La mairie de Saint-Paul ne l’a pas pris au sérieux, elle a eu tort. Dans la nuit de samedi à dimanche dernier Christophe Barret aidé d’une dizaine de dalons a débaptisé cinq rues de la ville. Une quinzaine de plaques ont été démontées. Christophe Barret n’a pas l’intention de les rendre. Il entend remplacer les noms qui y figurent par des figures de l’esclavage.

Dans la nuit de samedi à dimanche dernier un étrange commando a investi les rues de Saint-Paul. Sous la houlette de Christophe Barret, plus connu sous le pseudonyme Kaf Yab le Maronèr, il a dévissé sur toute la longueur, les plaques marquant la Chaussée Royale et les rues Labourdonnais, Colbert, Jacob de la Haye et Compagnie des Indes.

Si Christophe Barret se montre discret sur ceux qui l’ont aidé dans son entreprise, il revendique à visage découvert être à l’origine de l’opération et l’avoir conduite. Kaf Yab le Maronèr n’est pas un inconnu. Christophe Barret a fait de la reconnaissance de l’esclavage le combat de sa vie. « Le 10 mai, c’est la reconnaissance que l’esclavagisme a été un crime contre l’humanité. Notre 20 décembre est la célébration de l’esclavage. Ce n’est pas pareil ! Malheureusement, Huguette Bello qui a été la corédactrice de cette loi de 2008 est apparemment contre cette célébration du 10 mai », regrette-t-il. Au-delà de la célébration du 10 mai Christophe Barret affiche deux fortes revendications : « La reconnaissance du principe de réparation de ce crime qu’a été l’esclavage » et que « les noms des personnes physiques ou morales ayant contribué à instaurer le système esclavagiste à la Réunion soient retirés des frontons de nos rues, de nos écoles et de tous les espaces publics ».

Saint-Paul, berceau du peuplement, ciblée

Le 10 mai dernier Christophe Barret s’était enchaîné à la grille de la préfecture. « À la Réunion, le préfet ne célèbre pas cet évènement alors que ça se fait en métropole et dans d’autres territoires. On me dit que le Réunionnais ne s’est pas approprié cette date. Mais c’est parce-qu’on ne lui a pas expliqué », confiait-il pour expliquer son geste. Dans la foulée il entamait un tour de l’île à pied afin de sensibiliser les municipalités à son combat.

Berceau du peuplement de la Réunion, Saint-Paul a été ciblée par Christophe Barret. Le 10 mai 2014, il parcourt en courant pendant douze heures les rues de la ville. Dans la foulée, il écrit au maire afin que les rues soient débaptisées par le conseil municipal. Ses courriers restent lettres mortes. Christophe Barret fabrique alors de fausses plaques qu’il accroche sur celles déjà en place. « Certaines sont restées entre deux et six mois », indique-t-il.

La mairie faisant toujours la sourde oreille, Christophe Barret décide d’entrer en « marronnage » afin de protester contre le mépris dont il estime être l’objet. Le 20 décembre, il parcourt la ville pendant 24h. Il inscrit à la peinture rouge sur les panneaux des rues incriminées : « criminel ».

Samedi dernier, à la veille de la commémoration de la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, Christophe Barret décide de frapper un grand coup. « C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 qu’a commencé à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti et République dominicaine) l’insurrection qui devait jouer un rôle déterminant dans l’abolition de la traite négrière transatlantique. La journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition vise à inscrire la tragédie de la traite dans la mémoire de tous les peuples », rappelle-t-il.

Frapper un grand coup

Dans les rues désertes de Saint-Paul, la petite équipe sous la houlette de Kaf Yab le Maronèr se met à l’oeuvre. « Nous n’avons pas pu faire toutes les rues concernées. Nous avons évité celles qui étaient trop fréquentées. Nous avons même été pris à partie par des riverains. Une femme a photographié mon véhicule », raconte Christophe Barret.

Dimanche après-midi, les plaques enlevées sont amenées à la Ravine à Jacques non loin de la Grande Chaloupe où le Komité Éli organisait une journée du souvenir de la traite négrière. « Elles sont désormais en sécurité. Je ne les rendrai pas. Nous pensions les déposer au tribunal ou en faire des instruments de musique, finalement nous les gardons dans un lieu sûr. Tous ces noms et ces institutions ont pris part à l’organisation de l’esclavage reconnu comme crime contre l’humanité. Je suis en train de fabriquer de nouvelles plaques que j’ai bien l’intention d’aller accrocher. Pour l’ancienne rue de la Compagnie des Indes je propose les soeurs Caze. Deux Malgaches arrivées avec d’autres à Saint-Paul en 1663 avec Louis Payen. Pour la rue Labourdonnais je suggère Élie, esclave meneur de la révolte de Saint-Leu en 1811. Pour la Chaussée Royale, Niama, princesse sénégalaise, esclave affranchie et mère du savant Lislet Geoffroy. Pour la rue Colbert : Enchaing et Éva. Pour la rue Jacob de la Haye : Louise Siarane, grand-mère d’un grand nombre de Réunionnais ».

Après son coup de force, il y a peu de chance que la municipalité saint-pauloise cède aux revendications de Christophe Barret. Ce n’est pas pour décourager Kaf Yab le Maronèr qui envisage d’autres actions toutes aussi spectaculaires.

Le soutien de Rasine Kaf

« Nous soutenons Christophe Barret dans son combat, même si nous avons une autre approche ». Présidente de l’association Rasine Kaf, Ghislaine Bessière partage les convictions de Christophe à propos des personnages et des institutions affichées aux frontons des rues et des édifices publics de notre île mais pour elle et son association il convient de faire œuvre de pédagogie. « On ne doit pas effacer l’histoire mais expliquer que des personnages comme Mahé de Labourdonnais, Colbert, et bien d’autres ont eu une part active dans l’organisation de l’esclavage. Ceci doit être dit et écrit. On ne peut pas les présenter sous leur seul aspect positif ».

Parallèlement, Ghislaine Bessière souhaite que les grandes figures et les grands épisodes de l’histoire de l’esclavage vus du côté des esclaves trouvent leur place dans la cité. « Il faut un équilibre dans la dénomination des rues et des édifices publics. Prenez le boulevard Sud à Saint-Denis dont le tracé passe par plusieurs camps d’esclaves. Ce serait justice de baptiser cet axe en faisant référence à cet aspect historique. L’origine des Réunionnais ne doit pas être occultée »

Source : http://www.clicanoo.re/488126-cinq-rues-de-saint-paul-debaptisees-en-une-nuit-sur-fond-de-lutte-anti-esclavagiste.html

Télécharger l’article