preferans
« Préférence régionale », « préférence locale », « régionalisation de l’emploi », « priorité à l’embauche des réunionnais »… derrière ces formules il y a une revendication simple : que les emplois à la Réunion cessent d’échapper aux réunionnais lorsqu’ils ont les compétences nécessaires. Tant de réunionnais obligés de quitter leur pays pour trouver du travail, c’est injuste lorsqu’ils pourraient très bien travailler sur place, sans quitter leur famille, sans quitter la société qui les a vu naître et grandir.
Des réunionnais qualifiés il y en a. Malheureusement, certains employeurs préfèrent embaucher des non-réunionnais…. sans doute par affinités culturelles avec les zoreys qu’ils font parfois venir exprès de France, ou simplement par racisme anti-réunionnais. Toujours est-il que le réunionnais se retrouve piégé par la discrimination dans son propre pays et est souvent contraint de s’exiler pour pouvoir travailler à des postes pour lesquels il a les compétences.

 

La situation réunionnaise

La « crise », les réunionnais la connaissent depuis bien longtemps. Le chômage de masse est un fait social auquel les réunionnais sont « habitués ». Les transformations sociaux-économiques promises par la départementalisation ont mis du temps à se mettre en place, et leurs bénéfices n’ont pas été au rendez-vous pour tout le monde. (et pour le RMI créé en 1988, à la Réunion il a fallu attendre 2002 pour qu’il ne soit aligné avec celui de France…)

Durant les années 60-70, sous l’effet d’un développement « artificiel » (développement de la fonction publique notamment), l’économie réunionnaise a eu besoin de plus de main d’œuvre qualifiée. Faute d’en trouver suffisamment sur place, il a fallu en faire venir de France, en nombre, pour combler les besoins en fonctionnaires et en cadres. Certains pourront aussi y voir une façon d’assurer la présence culturelle française à la Réunion… C’est à cette même période que s’est mise en place le BUMIDOM et la politique d’émigration massive des réunionnais (Voir documentaire : « BUMIDOM : des français venus d’Outre-Mer »). Ce double phénomène d’immigration de « métropolitains » et d’émigration de réunionnais, Aimé Césaire l’a appelé le « génocide par substitution » quand il parlait du cas martiniquais.

bumidom
Face à la misère et au risque d’explosion sociale, et pour enrayer toutes velléités d’indépendance, l’État français a fait miroiter de belles perspectives d’avenir aux réunionnais pour qu’ils quittent leur pays, en présentant la France comme un Eldorado où ils pourraient réussir et sortir de la pauvreté… avec les résultats que l’on sait : pour quelques uns qui ont pu s’en sortir, combien ont été condamnés à des emplois misérables, à la dépression, à l’hôpital psychiatrique, au suicide…
A l’heure d’aujourd’hui, des réunionnais qualifiés il y en a. Mais si les diplômes restent statistiquement le moyen le plus sûr de trouver un emploi, beaucoup de jeunes diplômés réunionnais font l’amer constat que la société réunionnaise ne leur réserve pas la place qu’ils méritent.

Certains républicains assimilationnistes et « universalistes » voudraient nous faire croire que « la Réunion, c’est la France », qu’il n’y a pas de différence entre un réunionnais et un zorey, que le zorey a autant le droit de venir travailler à la Réunion qu’un réunionnais. Si un zorey peut voyager d’une région à un autre pour trouver du travail, pourquoi le réunionnais ne le ferait-il pas en « métropole » ? (pour reprendre le vocabulaire colonial…)

Rien n’est plus faux que cette affirmation, fruit d’une longue tradition colonialiste française de conquête de territoires et de marchés, à la sauce républicaine pseudo-humaniste. Un réunionnais qui migre de la Réunion vers la France, ce n’est pas comme un alsacien ou une bordelaise qui va à Paris pour chercher du travail. Géographiquement, socialement, culturellement, et « météorologiquement », un réunionnais qui part vivre en France comprend vite qu’il n’est pas « chez lui » dans les faits. (Voir l’article « La mobilité des jeunes réunionnais »). En France, les réunionnais de couleur se retrouvent aussi discriminés que les autres groupes racisés, tels que les maghrébins (avec lesquels on les confond parfois), les africains noirs, les indiens… Même constat pour une sœur réunionnaise « chinoise » qui s’était faite agresser à Lyon par des militants d’extrême-droite du GUD, parce-qu’elle fréquentait des français… C’était en 2013.

 

Contre les inégalités sociales

Les jeunes réunionnais qui quittent leur île pour faire leurs études en France, ou pour y chercher du travail, ont pour la plupart l’espoir de revenir vivre dans leur pays, près de leur famille qui les y attend. Le but de cette migration est d’obtenir des diplômes et des qualifications, afin de se faire une place à la Réunion, car depuis toujours on leur dit que sans qualification, ils ne trouveront pas de travail. Alors, comme un rite de passage, des milliers de réunionnais « sot la mèr », certains en France, d’autres au Canada, ou ailleurs. Mais au bout du parcours, pour beaucoup, leur rêve de pouvoir vivre à la Réunion se heurte à cette dure réalité : leur pays ne leur a pas réservé de place. Pire, alors qu’eux galèrent à trouver du travail quand ils rentrent au pays, certains zoreys, qui ont autant de qualifications qu’eux, sinon moins, sont parfois embauchés à la Réunion depuis la France, sans avoir mis un pied sur le sol réunionnais.

Voici un tableau présentant le taux d’emploi des hommes à la Réunion, selon l’âge et l’origine, daté de 2007 et tiré d‘un rapport de l’INED, commandé par la Commission Européenne :

Capture du 2014-05-23 14:51:22(« autr OM » = autre département d’outre-mer, « France entière » = moyenne nationale)

et celui des femmes :

Capture du 2014-05-23 15:06:44Nous voyons donc que l’origine, l’âge et le sexe sont des facteurs importants pour le taux d’emploi des personnes vivant à la Réunion, et que les zoreys sont la catégorie possédant le taux d’emploi le plus élevé, chez les hommes et les femmes, pratiquement à tout âge.

Maintenant, qu’en est-il du niveau d’étude, des diplômes ? Un réunionnais et un zorey ont-ils les mêmes chances d’obtenir des postes qualifiés lorsqu’ils ont le même niveau d’étude ? Le rapport de l’INED (Les tendances démographiques et migratoires dans les régions ultrapériphériques :   quel impact sur leur cohésion économique, sociale et territoriale ?) répond à cette question :

A diplôme égal, un Métropolitain semble avoir un avantage sur le marché du travail et accéder plus facilement qu’un natif à une profession de qualification élevée. Le marché des cadres d’entreprises apparaît leur être particulièrement favorable, notamment à ceux ayant un diplôme qui semble faible pour ce type de professions. Une étude conduite en 1999 avait déjà souligné le phénomène (Marie, Rallu  2004).  Les  différences  ne  se  sont  pas  estompées :  elles  sont  au  mieux  restées  stables  quand elles  n’ont  pas  augmenté.  Cette  situation  explique  qu’une  majorité  des  jeunes  natifs  diplômés migrent vers la métropole ou s’y installent durablement à la suite de leurs études.

La préférence régionale ne doit pas être comprise comme un remède qui résoudra le problème du chômage de masse comme par magie, mais comme un moyen de combattre la discrimination à l’embauche, et mettra un frein aux embauches par « copinage » qui exclut les réunionnais du marché de l’emploi à la Réunion. La solidarité sociale parmi la communauté Zorey est forte, et facilite leur insertion sur le marché de l’emploi réunionnais. Malheureusement, cette solidarité se fait au détriment des réunionnais qui ne possèdent pas les mêmes relations, le même type de « capital social», pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu. Ainsi s’opère l’exclusion des nôtres, qui n’ont pas forcément la chance de connaître tel ou tel DRH, tel ou tel patron, tel ou tel cadre bien placé… car zoreys pour la plupart.

Des mesures doivent être prises pour permettre à plus de réunionnais diplômés de rester ou revenir dans leur pays, limitant ainsi ce que l’on appelle « la fuite des cerveaux ». La Réunion, pour se développer, a besoin de sa jeunesse, de toute sa jeunesse.

Quelle différence avec la préférence nationale des racistes français ?

La préférence régionale dont on parle ici ne doit surtout pas être confondue avec la « préférence nationale » du Front National. L’objectif des racistes de l’extrême-droite nationaliste française est la sauvegarde des intérêts du groupe dominant blanc « français de souche », ou « européen », contre des présupposées menaces (immigrés africains, musulmans, arabes, roms…), avec pour finalité la pérennité de l’hégémonie blanche occidentale chrétienne.
Sur fond de démagogie et de mensonges, ils manipulent les statistiques pour démontrer que si les français de souche sont au chômage, c’est de la faute aux immigrés. Que si il y a de la délinquance, c’est de la faute aux immigrés. Que si la civilisation européenne et chrétienne est en danger, c’est de la faute aux hordes de barbares immigrés qui viennent modifier leurs habitudes de vie, etc…
Or, beaucoup d’immigrés viennent en France parce que leur pays a été ravagé par le colonialisme et le néo-colonialisme, parce-que le continent africain est littéralement pillé par les entreprises occidentales. S’ils viennent en Europe pour trouver du travail dans les anciennes métropoles qui les ont colonisées, c’est pour des emplois aux conditions de travail pénibles qui sont désertés par les européens, parce-que c’est une question de vie ou de mort pour ces immigrés. Quand on vole les richesses d’un continent, quoi de plus normal que ceux qui ont été volés aillent vivre dans les pays qui se sont enrichis grâce à ce pillage ?

D’un côté donc il y a la « préférence nationale » des dominants racistes, et de l’autre notre « préférence régionale », qui est un rééquilibrage, une « discrimination positive » (aux USA on parle d’ « affirmative action », qui fut mise en place dans le cadre de la lutte pour les droits civiques, pour mettre fin à la ségrégation raciale) pour contrer la discrimination à l’embauche que subit le réunionnais chez lui, une discrimination qui entretient les inégalités sociales de plus en plus grandes à la Réunion.

Les nationalistes racistes du Front National ou du «Bloc Identitaire » auront beau essayer de nous faire croire qu’ils ont les mêmes revendications que nous, nous savons très bien que ce n’est que de la manipulation pour asseoir encore un peu plus leur domination sur les peuples non-blancs :

Les racistes identitaires parisiens du "projet apache"

Les racistes identitaires parisiens du « projet apache »

Les zoreys qui viennent à la Réunion n’y sont pas, pour la plupart, poussés par la pauvreté. Beaucoup viennent pour vivre sur une île paradisiaque (mais paradisiaque pour qui ?…). Par contre, les emplois qualifiés que certains d’entre eux viennent occuper à la Réunion sans trop de difficultés sont autant d’emplois qualifiés en moins pour les réunionnais, condamnés à aller chercher du travail en France ou ailleurs, sans savoir s’ils pourront un jour revenir vivre à la Réunion. Et si ces derniers tiennent réellement à vivre chez eux, il ne leur restera plus qu’à accepter des emplois non-qualifiés, ou sous-qualifiés par rapport à leurs compétences, ou bien encore à rejoindre la masse de réunionnais au chômage. Ce qui est totalement différent pour un zorey, qui, s’il ne trouve pas de travail à la Réunion, pourra rentrer chez lui sans que cela ne le gêne plus que ça.

De la même façon, pour l’immigré africain qui vient chercher du travail en France, c’est une question de survie s’il part en France. Alors que le Français expatrié en Afrique peut retourner vivre et travailler en France quand il le souhaite.

 

Halte au chantage du « racisme » !

Le mot « racisme » est parfois utilisé à tord et à travers, une petite mise au point s’impose donc.

Le racisme n’est pas une opinion ni un sentiment. C’est avant tout un système de domination. A la Réunion, de l’esclavage jusqu’à aujourd’hui, les réunionnais de couleur ont subi et continuent aujourd’hui à subir ce système raciste. Les kafs, qui possèdent le phénotype le plus africain, étant le groupe de réunionnais qui subit le plus fortement ce racisme.

Sarda Garriga qui est venu promettre des indemnités aux propriétaires d’esclaves en 1848, n’a pas aboli le racisme. Le système raciste évolue. Mais aujourd’hui les réunionnais (mis à part les gros blancs et les élites de certaines communautés, qui sont très minoritaires) ne sont pas en position dominante dans leur pays au point de vouloir maintenir les zoreys en bas de l’échelle sociale. Ceux sont les réunionnais qui sont majoritairement dominés, discriminés socialement (quand on ne se fait pas simplement traiter de singes ou de nègres… Cf Marc Nouschi, Cf Serge Copy). C’est notre culture et notre façon de vivre qui est constamment pointée du doigt ou folklorisée pour les besoins de la cause publicitaire. C’est notre mémoire qui est salie de temps à autres par quelques colons égarés (Cf Robert Chicaud). Par conséquent, le système à caractère raciste en place actuellement à la Réunion (mais aussi aux Antilles, en Guyane, en Kanaky, à Mayotte…) n’est pas de notre fait, bien que certains d’entre nous y contribuent directement ou indirectement.

Si par « raciste », certains voudraient dire «essentialiste», alors là aussi il s’agit d’une erreur grossière. Il ne s’agit sûrement pas de mettre en accusation « LE » zorey, en disant qu’un zorey est ce qu’il est par nature. Ce n’est pas l’individu zorey qu’il faut mettre en accusation ici, mais le groupe social que forme la majorité des zoreys et leur action commune (inavouée mais factuelle) en vue du maintien et du développement de leurs privilèges économiques et sociaux (ici c’est leur privilège d’accès à l’emploi qu’on souhaite abolir).

Enfin, il est intolérable qu’après 350 ans de domination coloniale, certains se croient encore légitimes pour venir donner une leçon de morale aux réunionnais, en nous disant ce qui est bien ou mal de penser, et en nous soumettant au chantage du « racisme » et de la « xénophobie » quand ce sont leurs privilèges qui sont remis en cause.

Ils pourront nous coller autant d’étiquettes qu’ils voudront, il est temps de penser par nous-mêmes pour nous-mêmes.

Aimé Césaire disait à juste titre, dans sa lettre de démission du Parti Communiste, en 1956 :

« Aucune doctrine ne vaut que repensée par nous, que repensée pour nous, que convertie à nous. Cela a l’air d’aller de soi. Et pourtant dans les faits cela ne va pas de soi. Et c’est ici une véritable révolution copernicienne qu’il faut imposer, tant est enracinée en Europe, et dans tous les partis, et dans tous les domaines, de l’extrême droite à l’extrême gauche, l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de penser pour nous, bref l’habitude de nous contester ce droit à l’initiative dont je parlais tout à l’heure et qui est, en définitive, le droit à la personnalité. C’est sans doute là l’essentiel de l’affaire. »

Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez

Source : http://lmsi.net/Lettre-a-Maurice-Thorez

 

Regarder la vérité en face : du LKP en Guadeloupe aux socialistes réunionnais, la préférence régionale est synonyme de progrès social

Même après avoir démontré qu’il n’y a pas de racisme à vouloir sortir d’un système raciste, certains pourraient avoir encore des doutes lorsqu’ils entendent des réunionnais s’en prendre aux zoreys de la même façon qu’ils s’en prennent, dans une sorte de surenchère raciste,  aux comoriens ou aux malgaches (comme pour imiter leurs maîtres européens qui nous rabaissent). Ces réunionnais sont vraisemblablement troublés dans leur identité et ne savent plus d’où ils viennent : le lavage de cerveau colonial est passé par là…
Si ces racistes réunionnais (qui se croient supérieurs à leurs frères de l’océan indien, peut-être grâce au mode de vie que nous offre la France et ses prestations sociales), peuvent se faire à un moment donné les défenseurs de la préférence régionale, celle-ci n’est certainement pas leur propriété exclusive. Sinon, comment expliquer alors que cette idée soit aussi défendue par :

Ericka Bareigts, députée PS réunionnaise : « Il faut privilégier la préférence à l’embauche régionale », Mars 2012 : http://www.zinfos974.com/Ericka-Bareigts-PS-Il-faut-privilegier-la-preference-a-l-embauche-regionale_a39017.html

Patrick Lebreton, député maire PS réunionnais, à qui Jean-Marc Ayrault avait confié la rédaction d’un rapport pour des propositions en vue de régionaliser l’emploi dans l’Outre-mer :
Télécharger le rapport de Patrick LEBRETON sur ses 25 propositions

AJFER – Nou lé kapab : collectif réputé proche du Parti Communiste Réunionnais : http://www.noulekapab.com/categorie-12474554.html

Le LKP (LIYANNAJ KONT PWOFITASYON) (Guadeloupe):
Parmi les revendications pour l’emploi du collectif LKP (lors de la lutte sociale exemplaire en Guadeloupe en 2009), deux soulignent l’importance de l’embauche locale:
« – Priorité d’embauche pour les Guadeloupéens.
– Embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d’aide publique. »
Source : http://ugtg.org/article_700.html

– Et le meilleur pour la fin : Christiane Taubira, en février 2009 sur BFM TV, défend la préférence régionale. Elle était alors députée de Guyane au groupe « Socialiste, radical, citoyen et divers gauche. » :

Notre préférence régionale, à la différence de la préférence nationale du FN, n’est pas une idée réactionnaire, mais au contraire : PROGRESSISTE, car elle va dans le sens du progrès social, vers plus d’égalité réelle, en combattant les inégalités sociales et les discriminations racistes.

 

La préférence régionale dans les autres territoires français

La préférence régionale n’est pas une idée neuve. Par exemple, elle est même déjà à l’œuvre en Kanaky (Nouvelle-Calédonie), et dans certains secteurs en Corse…

En Kanaky, suite aux accords de Nouméa de 1998, la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie prévoit une protection de l’emploi local, par son article 24 :
« Dans le but de soutenir ou de promouvoir l’emploi local, la Nouvelle-Calédonie prend au bénéfice des citoyens de la Nouvelle-Calédonie et des personnes qui justifient d’une durée suffisante de résidence des mesures visant à favoriser l’exercice d’un emploi salarié, sous réserve qu’elles ne portent pas atteinte aux avantages individuels et collectifs dont bénéficient à la date de leur publication les autres salariés.
De telles mesures sont appliquées dans les mêmes conditions à la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie et à la fonction publique communale. La Nouvelle-Calédonie peut également prendre des mesures visant à restreindre l’accession à l’exercice d’une profession libérale à des personnes qui ne justifient pas d’une durée suffisante de résidence.
La durée et les modalités de ces mesures sont définies par des lois du pays. »

(Les « lois du pays » sont les lois édictées au niveau local en Kanaky et complètent les lois françaises)

Source : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000393606

En Corse, on parle de « corsisation des emplois ». A partir de 1988, l’Assemblée de Corse travaille sur des motions qui font des références explicites aux spécificités de la culture et l’identité Corse. Et le 17 Juillet 1992, le MPA (Mouvement Pour l’Autodétermination) fait voter à l’Assemblée de Corse une motion pour la corsisation des emplois, adoptée, soulignons-le, non seulement par les voix des nationalistes, mais grâce aussi aux voix des communistes. Cette motion stipule :
« L’assemblée de Corse demande au gouvernement de modifier les dispositions législatives et réglementaires en matière d’attribution de fonctions dans toutes les administrations et institutions publiques et parapubliques, comme cela existe réglementairement pour les nominations de l’Éducation nationale dans les DOM-TOM, pour donner la priorité, à compétences égales, aux originaires et conjoints d’originaires du territoire de Corse. »
Source : Marianne Lefèvre, « Géopolitique de la Corse: le modèle républicain en question », L’Harmattan, 2000.

En janvier 2014, le STC (Syndicat des Travailleurs Corses) appelait à faire grève pour la corsisation des emplois au Pôle Emploi : http://www.corsematin.com/article/derniere-minute/pole-emploi-le-stc-appelle-a-la-greve-mercredi-pour-la-corsisation-des-emplo.1253512.html

 

Conclusion

Pour briser les chaînes sociales héritées du colonialisme qui maintiennent l’immense majorité des réunionnais soit à des postes subalternes, soit au chômage, ou les condamnent à l’exil, il faut arrêter l’hémorragie de nos forces vives, et cela commencera lorsque nous réserverons une place dans notre pays aux jeunes diplômés réunionnais qui ont envie de participer au développement économique de la Réunion. Si aucun réunionnais n’a les compétences requises pour un poste, alors, et alors seulement il est envisageable qu’un patron embauche un non-réunionnais.
Mais ne nous trompons pas : la préférence régionale ne suffira pas à elle seule pour donner aux réunionnais la place qu’ils méritent sur leur île et à nous sortir du chômage de masse. Parallèlement à la préférence régionale doit aussi se faire une désaliénation des esprits, une prise de conscience que nous, réunionnais, ne sommes pas inférieurs par nature, mais que notre infériorité a été construite par notre histoire coloniale. L’école républicaine française à la Réunion demande aux réunionnais de laisser leur langue et culture réunionnaise à l’extérieur, et met en valeur la langue et culture française et ceux qui la maîtrise. Ce procédé met à l’écart du système scolaire une grande partie de réunionnais qui ne parlent qu’en réunionnais chez eux et avec leurs amis, à qui on fait croire que leur langue est inférieure au français, leur donnant la honte d’eux-mêmes et de leur peuple. Il faut que cela cesse.

Prenons confiance en nous, soyons fiers de notre culture, pour construire la Réunion de demain, en partenariat avec nos frères et sœurs de l’Océan Indien, d’Asie, d’Afrique et d’Europe.

Pou nou viv épi travay dan nout péi !

 

 

BONUS :

« Qui est réunionnais ? » émission Koud’Kony de Radio 1ere du 10/05/2013

Qui est réunionnais ? – émission Koud’Kony de…