Casey fait partie de cette catégorie de rappeurs que j’apprécie pour la qualité de leurs textes. Des textes bien écrits, sérieux, engagés, réalistes, défiant sans détour le système fondé sur l’exclusion des pauvres et des bronzés, parlant précisément de l’origine coloniale de rapports économiques et sociaux aujourd’hui en France et ses (ex-)colonies.
Cette rappeuse d’origine martiniquaise a ainsi écrit la chanson « Sac de sucre », parlant du quotidien d’un ancien esclave, vivant dans les mêmes conditions après l’abolition de l’esclavage, toujours sous la domination des békés – c’est-à-dire, aux antilles, les anciens propriétaires d’esclaves  et leurs descendants qui ont gardé leurs privilèges («Désormais libre, oui, mais toujours inférieur») :

Paroles de « Sac de sucre » :

Y’a pas de champs de canne en jachère
Tous les jours on y laisse et sa sueur et sa chaire
Et nos pauvres corps meurent, sans repos ni fraîcheur
Avec chapeaux et foulards, pour contrer la chaleur
Descendants de ces féroces croisières négrières
On garde force et courage, en chantant à plusieurs
Il n’y a pas que le salaire, pour creuser nos malheurs
Nos anciens tortionnaires, sont nos nouveaux employeurs
Après avoir brûlé les barrières, arrachés la lanière du fouet et levé les paupières vers la lumière
Et venir embrasser le rêve d’une vie meilleure
Où le nègre hisserait une bannière à ses propres couleurs
On a mangé la poussière, de la pire des manières
Peu fiers de retourner dans la plantation d’hier
La mer est une frontière, comment aller ailleurs ?
Désormais libres, oui, mais toujours inférieurs

Refrain (bis) :
J’ai été poursuivie, asservie, enlevée à l’Afrique et livrée, pour un sac de sucre
Le matin au lever, j’accomplis mes corvées, et ma vie est rivée, à un sacre de sucre

Où va le fruit de mon labeur, la douleur de mes bras et mes lombaires
La lourdeur de mes jambes et toute ces longues heures à ratiboiser la canne pour battre ma misère
Et les blancs sont aisés, malins et rusés
Ont belles maisons et ‘ti mounes scolarisés
Soi-disant qu’il ne faut rien leur refuser
Moi j’ai la peau sur les os, sous une chemise usée
J’ai hélé les voisins, rassemblé mon réseau
J’ai sorti mon coutelas, aiguisé mes ciseaux
Et pris la décision, sans trouble ni confusion
De baptiser le béké d’une belle incision
Malfaisant, insolent, sur son trône, installé
Estimant comme son bien, des terres qu’il a volé
Son destin sera le mien, dès qu’il sera esseulé
Il va entendre et comprendre, et il pourra bien gueuler
Je laverai l’affront, je vengerai l’Afrique
Les fonds de cale et le travail forcé à coups de triques
Et si le rhum et l’argent coulent à flot
C’est que j’ai un sac, qui pèse un massacre sur le dos

Refrain (bis) :
J’ai été poursuivie, asservie, enlevée à l’Afrique et livrée, pour un sac de sucre
Le matin au lever, j’accomplis mes corvées, et ma vie est rivée, à un sacre de sucre

Combien de massacres, pour un sacre de sucre?
Ma vie se consacre à porter ma misère, dans un sac de sucre
Combien de massacres, pour un sacre de sucre?
Ma vie se consacre à porter ma misère, dans un sac de sucre
Un sac de sucre
Une bouteille de rhum, un sac de sucre
Un sac de sucre
Une bouteille de rhum ou un sac de sucre

Si vous avez aimé, écoutez aussi « Chez moi », chanson parlant de la Martinique :

Paroles de « Chez moi » :

Connais-tu le chardon, la chabine
Le coulis, la peau chapée, la grosse babine
La tête grainée qu’on adoucit à la vaseline
Et le créole et son mélange de mélanine
Connais-tu le morne et la ravine
Le béké qui très souvent tiens les usines
La macquerelle qui passe son temps chez la voisine
Et le crack et ses déchets de cocaïne
Connais-tu le Mont-Pelé et la savane
Les pêheurs du Carbel, les poissons de tartane
Et les touristes aux seins nus à la plage des Salines
Pendant que la crise de la banane s’enracine
Connais-tu Frantz Fanon, Aimé Césaire
Eugène Mona et Ti Emile
Sais-tu que mes cousins se foutent des bains d’mer
Et que les cocotiers ne cachent rien d’la misère

Refrain (Bis):
Chez moi, j’y vais par période
C’est une toute petite partie du globe
Tu verra du Magra sur les draps, les robes
Et puis sur la table, du crabe, du shrob

Sais-tu qu’on soigne tout avec le rhum:
La tristesse, les coupures et les angines
Que l’Afrique de l’ouest et d’Inde sont nos origines
Que l’on mange riz et curry comme tu l’imagines
Sais-tu que chez moi aux Antilles
C’est la grand-mère et la mère le chef de famille
Que les pères s’éparpillent et que les jeunes filles
Elèvent seules leurs gosses, les nourrissent et les habillent
Sais-tu qu’on écoute pas David Martial
La compagnie créole et « c’est bon pour le moral »
Et que les belles doudous ne sont pas à la cuisine
A se trémousser sur un tube de Zouk’ Machine
Sais-tu que là-bas les p’tits garçons
Jusqu’à 4 ans doivent garder les cheveux longs
Et sais-tu aussi que mon prénom et mon nom
Sont les restes du colon britannique et breton

Refrain (Bis):
Chez moi, j’y vais par période
C’est une toute petite partie du globe
Tu verra du Magra sur les draps, les robes
Et puis sur la table, du crabe, du shrob

Sais-tu qu’on prie avec la Bible
Fêtent le carnaval comme toute la Caraïbe
Que nos piments sont redoutables
Nos anciens portent des noms du sexe opposé pour éloigner le Diable
Sais-tu que chez nous c’est en blanc
Et au son des tambours qu’on va aux enterrements
Et qu’une fois par an, cyclones et grands vents
Emportent cases en tôle, poules et vêtements
Sais-tu comme enfants et femmes
Labouraient les champs et puis coupaient la canne
Sais-tu que tous étaient victimes
Esclaves ou Neg’ Marrons privés de liberté et vie intime
Sais-tu que notre folklore ne parle que de cris
De douleurs, de chaînes et de zombies
Mais putain, sais-tu encore aujourd’hui
Madinina: L’île aux fleurs est une colonie !

Refrain (Bis):
Chez moi, j’y vais par période
C’est une toute petite partie du globe
Tu verra du Magra sur les draps, les robes
Et puis sur la table, du crabe, du shrob

Égalité ?

Abolition = Égalité ?