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	<title>Ti Kreol &#8211; Ti Kréol Kont Gro Profitèr !</title>
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	<description>Blog Réyoné pou in kritik sosyal, èk larogans antikolonyal</description>
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		<title>L’origine du drapeau réunionnais “mavéli”</title>
		<link>https://www.tikreol.re/lorigine-du-drapeau-reunionnais-maveli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Aug 2020 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
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<p>Si de plus en plus de monde adopte le fameux “mavéli”, tout comme certaines mairies de la Réunion qui décident de le hisser à côté du drapeau français, peu de personnes savent qui est vraiment à l’origine de ce drapeau. D’après plusieurs sources, Guy Pignolet en serait le dessinateur présumé, mais ce n’est pas ce qu’affirmait le militant autonomiste&nbsp;<a href="https://web.archive.org/web/20210226180947/https://www.reunionnaisdumonde.com/magazine/1001-celebrites/varondin-jacob-anatole-joseph/" class="ek-link">Joseph Varondin</a>&nbsp;en 2014.</p>



<p>Dans un&nbsp;<a href="https://web.archive.org/web/20210226180947/https://www.clicanoo.re/Zot-Clicanoo/Article/2014/01/04/Dernieres-etrennes_274074" class="ek-link">courrier des lecteurs dans le JIR&nbsp;</a>en date du 4 janvier 2014, Joseph Varondin affirme que le drapeau est l’oeuvre collective du “Mouvement des Radicaux de Gauche”, parti politique des années 70 dont il était secrétaire général. Guy Pignolet, proche du parti, n’aurait été qu’un intermédiaire.</p>



<p>Je reproduis ci-dessous la lettre de J. Varondin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dernières Étrennes</h2>



<p>Si de plus en plus de monde adopte le fameux “mavéli”, tout comme certaines mairies de la Réunion qui décident de le hisser à côté du drapeau français, peu de personnes savent qui est vraiment à l’origine de ce drapeau. D’après plusieurs sources, Guy Pignolet en serait le dessinateur présumé, mais ce n’est pas ce qu’affirmait le militant autonomiste Joseph Varondin en 2014.</p>



<p>Dans un courrier des lecteurs dans le JIR en date du 4 janvier 2014, Joseph Varondin affirme que le drapeau est l’oeuvre collective du “Mouvement des Radicaux de Gauche”, parti politique des années 70 dont il était secrétaire général. Guy Pignolet, proche du parti, n’aurait été qu’un intermédiaire.</p>



<p>Je reproduis ci-dessous la lettre de J. Varondin.</p>



<p>Dernières Étrennes<br>Je m’étais juré de ne plus écrire un seul mot dans les gazettes, la raison d’écrire s’arrêtant là où commence l’ineptie des autres. Mais comme dit l’adage, l’homme propose, dieu dispose et les énergumènes diplômés indisposent. Dans ce cas, l’on revient sur sa parole par obligation citoyenne.</p>



<p>Dans le Journal du 30 décembre, sous la plume d’un certain Gilles Gauvin, intellectuel assurément bardé de diplômes des plus hauts degrés de l’université, mais troué de lacunes en ce qui concerne l’histoire de l’ordinaire des gens ordinaires, comme une vieille passoire qui ne sait plus que mal filtrer, il est affirmé que le drapeau réunionnais qui illustre sa savantissime bafouille, a été créé par le seul sieur Guy Pignolet en 1975, scientifique polytechnicien officiel également bardé de diplômes cosmiques. Mais petit imposteur silencieux dans les coulisses. Il faut que le Pecus Borbonicum sache que le dit drapeau réunionnais est l’œuvre collective d’un groupe de militants à l’époque membres du Mouvement des Radicaux de Gauche. Nombreux d’entre eux ont disparu tandis que d’autres bougent encore même si pas pour longtemps. On y rencontrait le Docteur Jean-Marie Finck, Paul Cérou, Simon Lascagne, Roland Panon, Jean Yong Pen et autres rêveurs politiques dont l’auteur de ces lignes.</p>



<p>Le dit Pignolet Guy, qui, à ma connaissance, n’était même pas titulaire de la carte du mouvement, avait été chargé de légaliser l’artefact en le faisant enregistrer à l’office prévu pour. Il le fit. Mais sournoisement en son seul nom. Tout le groupe le savait mais tous ses membres s’en foutaient : l’œuvre était tellement honnie et bannie à gauche comme à droite, autant par le Grand Timoré que par l’Amer Michel, que nous l’avions jugée sans lendemain.</p>



<p>Nous avions fait fabriquer des drapeaux, des pavillons et des autocollants. Qui s’en souvient ? Ces objets ont connu des destins divers mais le plus souvent ce fut l’exil au fond d’une vieille caisse au fond d’un kalbanon. Sauf une fois lorsqu’un gendarme national s’entêta à me verbaliser pour « port et affichage public d’un symbole de souveraineté interdit ». (sic).</p>



<p>L’histoire passe, ceux qui à cette époque ont tenté de remettre La Réunion sur les rails de la sienne, ont trépassé ou sont en voie de le faire mais cela ne justifie pas que l’imposture et l’ignorance en tirent gloire. Certes, on s’en fiche, l’avenir n’étant à personne, advienne que pourra ! « Aujourd’hui te laisse japper, demain te fera taire ». Mais ce n’est pas là une raison pour laisser l’imposture et l’ignorance prendre les devants de la scène et s’orner des oripeaux de Clio pour avancer des contre-vérités.</p>



<p>A l’avenir, Monsieur G. G. devrait aller s’informer ailleurs que dans les bibliothèques officielles avant de lancer des affirmations erronées et filtrer à son goût les faits historiques ordinaires bien établis par ailleurs. Sa défaillance vient de l’incommensurable vanité intellectuelle qui caractérise un bien grand nombre de gradés de l’université d’ici comme d’ailleurs.</p>



<p>Quant à Guy, la « Touffe Cosmique » pour les initiés, qu’il continue de toucher ses maigres royalties générés par son imposture ! L’essentiel est que le drapeau flotte. Qu’il flotte même pour des raisons autres que celle qui a conduit à sa création : l’autonomie insulaire. Même si trop souvent en des endroits sacrilèges, pourvu qu’il flotte !</p>



<p>Je signale que mon ami Aniel Boyer de Nasyon Réyoné en fait toujours fabriquer – (sans payer de royalties à La Touffe) – et que son groupe en fait flotter partout suivant la devise insulaire : « Flammo quocumque ferar ». Ce sont là mes dernières étrennes à mes jeunes compatriotes à qui trop souvent ont fait prendre des vessies pour des lanternes alors que le drapeau réunionnais est un phare.</p>



<p>Maintenant j’attends la riposte le cas échéant. Mais je préviens à tout hasard que je n’accepterai qu’un duel au sabre à canne « Dumas 32 » dans un karo kann fraîchement coupé de mon choix à défaut d’un simple stylo à bille sur une feuille blanche de leur choix. Velin supérieur pas exigé. Et si les pa kontan, allé fé arkomans a zot !</p>



<p>Joseph J. A. Varondin</p>



<p>Source : <a href="https://www.clicanoo.re/Zot-Clicanoo/Article/2014/01/04/Dernieres-etrennes_274074" class="ek-link">https://www.clicanoo.re/Zot-Clicanoo/Article/2014/01/04/Dernieres-etrennes_274074</a><br></p>



<blockquote class="wp-block-quote"><p><em>Qu’il flotte même pour des raisons autres que celle qui a conduit à sa création : l’autonomie insulaire. Même si trop souvent en des endroits sacrilèges, pourvu qu’il flotte !</em></p></blockquote>
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			</item>
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		<title>Moisissure sous les tropiques :  Le virus, la métropole et ses confettis</title>
		<link>https://www.tikreol.re/moisissure-sous-les-tropiques-le-virus-la-metropole-et-ses-confettis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2020 17:27:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Aktialité]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
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					<description><![CDATA[Tribune de deux réunionnaises. Par Marion Malga-Baptisto &#38; Mathilde Lebon Photos : Le Cahier Perturbé “L&#8217;ARS de La Réunion reconnaît l&#8217;envoi de masques défectueux, comportant des traces de moisissures.” 26 mars 2020, Libération “Bis repetita. On prend les mêmes et on recommence. Pourtant annoncée avec soulagement mercredi dernier lors du point presse hebdomadaire de l’ARS, [&#8230;]]]></description>
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<p>Tribune de deux réunionnaises. <br>Par Marion Malga-Baptisto &amp; Mathilde Lebon <br>Photos : <a href="https://www.facebook.com/lecahierperturbe/">Le Cahier Perturbé</a></p>



<p></p>



<p></p>



<blockquote class="wp-block-quote"><p>“<em><strong>L&rsquo;ARS de La Réunion reconnaît l&rsquo;envoi de masques défectueux, comportant des traces de moisissures.”</strong></em></p><cite>26 mars 2020, <a href="https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/26/covid-19-les-medecins-de-la-reunion-ont-ils-recu-des-masques-moisis_1783144">Libération</a></cite></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote"><p>“<em><strong>Bis repetita. On prend les mêmes et on recommence. Pourtant annoncée avec soulagement mercredi dernier lors du point presse hebdomadaire de l’ARS, la nouvelle distribution de masques a tourné court.”</strong></em></p><cite>24 avril 2020, <a href="https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2020/04/24/Encore-une-livraison-de-masques-pourris-par-lARS_605242">Clicanoo</a></cite></blockquote>



<p class="has-text-align-justify"><em>Étudiantes à la Sorbonne et à SciencesPo Paris, féministes décoloniales et réunionnaises, nous avons décidé de parler de la crise sanitaire du COVID 19 dans les Outre-mer et, plus précisément, à La Réunion. Plusieurs jeunes activistes martiniquais.e.s et guadeloupéen.ne.s ont dénoncé la gestion de cette crise par les autorités. Nous, jeunes militantes réunionnaises sommes aussi soucieuses de ne pas se taire face aux injustices. Nous voulons montrer que cette crise est révélatrice de la situation coloniale de La Réunion. Nous dénonçons également le manque de transparence de la part des instances institutionnelles, sanitaires et politiques. Et nous proposons une réflexion sur la nécessaire décolonisation de nos relations avec la France métropolitaine. Notre billet se fonde principalement sur des ressources académiques, articles de presse et témoignages des personnes concernées.</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="810" height="540" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid0.jpg" alt="Copyright Le Cahier Perturbé" class="wp-image-871" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid0.jpg 810w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid0-300x200.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid0-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" /><center><figcaption >Copyright <a href="https://www.facebook.com/lecahierperturbe/">Le Cahier Perturbé</a></figcaption></center></figure>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une gestion métropolitaine de la crise: contrôle et mise en danger de la population réunionnaise</strong></h3>



<h4 class="wp-block-heading">Le lourd passé épidémique de La Réunion</h4>



<p class="has-text-align-justify">Choléra, variole, fièvre rouge ou encore paludisme… toutes ces épidémies sont familières depuis très longtemps à La Réunion. Elles sont arrivées sur l’île avec le début de la colonisation, la traite et les nombreux flux migratoires. Consciente de ces environnements ravagés par la maladie, l’administration coloniale met en place une série de contrôles sanitaires qui se développeront au fil des siècles et qui, selon les contextes, sont toujours d’actualité. Mais rappelons qu’en période de colonisation, les politiques sanitaires furent un outil puissant de contrôle par l’administration coloniale sur les peuples colonisés. La gestion des épidémies, la construction d’infrastructures médicales ou encore la mainmise sur la sexualité des femmes et la reproduction sont des éléments –parmi tant d’autres— qui renforcent la présence et la domination de la Métropole sur les Outre-mer. Bien que le système de santé se soit renforcé pendant la départementalisation<sup><sup><a id="ref1" href="#fn1">1</a></sup></sup>, La Réunion vit encore des épisodes épidémiologiques.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">L’arrivée du paludisme à la fin du 20<sup>ème</sup> siècle fait écho aux nouvelles définitions de la politique sanitaire dans l’île. Epidémie qui touche l’ensemble de l’Océan Indien, elle fait objet d’un ensemble de mesures pour se prémunir immédiatement du virus : c’est la veille sanitaire. Les actions déployées à l’époque semblaient prometteuses : lutte anti larvaire, éducation et prophylaxie sanitaire et dépistage. Mais comme le montre la chercheuse en éco-anthropologie, Sandrine Dupé<sup><a id="ref2" href="#fn2"><sup>2</sup></a></sup>, ces dispositifs ont été réfléchis sur le court terme afin d’éradiquer au plus vite la pathologie. Cependant, le risque de l’apparition d’une nouvelle maladie ou bien de la réintroduction du virus est très fort. Alors même que le personnel de la Direction Régionale Sanitaire et Sociale (DRASS) diminue, La Réunion connaît un épisode de dengue en 2004. L’île enchaîne ensuite avec le chikungunya<em>. </em>Entre 2005 et 2006 cette maladie vectorielle a causé une crise épidémique : le nombre de cas passe de 4 500 en novembre 2005 à plus de 300 000 (<em>38% de la population</em>), dont 257 décès<sup><a id="ref3" href="#fn3"><sup>3</sup></a></sup>.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Lors de la décentralisation en 1980-1990, les pouvoirs de décision sont relayés aux administrations locales. A partir de 2004, le Préfet, la DRASS et le Conseil général sont les principaux acteurs qui définissent les plans de luttes contre les maladies vectorielles. Toutefois, il semble que ce schéma n’a pas du tout été efficace. En 2006, alors que la crise du chikungunya bat son plein, le service de lutte anti vectorielle ne compte que 20 agents. Elle aura pris un an (entre septembre et novembre 2006) à se résorber. Mis à part les opérations de démoustication et les gestes individuels pour se prémunir du virus, il n’y a pas de mesures concrètes. Et encore aujourd’hui, il n’y a toujours ni traitement, ni vaccin pour guérir de la maladie.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Alors que La Réunion se remet de cette épidémie, de nouveaux cas de dengue sont déclarés à partir de décembre 2017. Ce virus récurrent dans l’île n’a pas fait davantage l’objet d’investigation et encore moins de communication à l’échelle nationale. Pourtant, on compte 324 cas en janvier 2018 et en 2020, 2 513 cas sont confirmés. Il y a eu <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/dengue-594-cas-autochtones-recenses-a-la-reunion-en-deux-semaines-821022.html">342 passages aux urgences</a>. Malgré les 140 agents de l’Agence Régionale de Santé (ARS) mobilisés sur le terrain, quelles sont les mesures de mobilisation prises par le Préfet ? et celles du ministère de la Santé ? La dengue sévit toujours et c’est au tour du coronavirus de se propager sur l’île.</p>



<h4 class="wp-block-heading">L’arrivée du Covid-19: une succession d’erreurs</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Dès la fin du mois de février c’est le flou total. Aucune anticipation n’est prise de la part des autorités, malgré le passé épidémique bien connu sur le territoire réunionnais. Comme dans d’autres territoires d’Outre-mer, le tourisme est privilégié au profit de la protection de la population locale. Entre février et mars, des bateaux de croisière italiens ont accosté à La Réunion, alors même que le virus commençait à faire ravage en Italie (notons qu’en mars il y avait déjà 1 000 morts et des cas déclarés en France métropolitaine). Craignant l’arrivée de ces bateaux sur les côtes, <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/covid-19-passagers-bateau-croisiere-bloques-au-port-est-805765.html" class="ek-link">des réunionnais.e.s ont manifesté devant le Port Est et ont été réprimé.e.s par la police</a>. Les contrôles à l’aéroport étaient également très faibles &#8211; voire inexistants &#8211; malgré <a href="https://secure.avaaz.org/fr/community_petitions/prefecture_de_la_reunion_coronavirus_fermeture_de_laeroport_de_la_reunion/" class="ek-link">les pétitions lancées pour sa fermeture totale ou partielle</a>. Les personnes fréquentant l’aéroport Roland Garros ne sont examinées scrupuleusement qu’à la fin du mois de mars. A notre sens, ces mesures tardives n’ont fait que favoriser la propagation du virus sur l’île. Notre système insulaire justifie d’autant plus la nécessité de contrôles sanitaires plus strictes lors des entrées et sorties. A cela s’ajoute les discours des officiels qui manquent de clarté sur la situation et les démarches à suivre : le 24 mars, le stade 2 est annoncé à La Réunion par le Préfet Jacques Billant alors que l’île doit suivre les directives de la Métropole, passée au stade 3.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Ajoutons à cette désinformation, l’incompétence des autorités face à la nécessité de sécuriser la population. Toute la France manque de masques et le personnel de santé doit redoubler d’imagination pour se protéger tant bien que mal. Le 24 mars, <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/masques-peine-distribues-deja-contestes-rejetes-815842.html">1 200 masques FFP2 arrivés de Métropole, sont en grande partie inutilisables car moisis.</a> Non seulement, les masques sont restés un certain temps en entrepôt, mais en plus, datent de la crise de la grippe H1-N1. Un mois après, le 24 avril, <a href="https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2020/04/24/Encore-une-livraison-de-masques-pourris-par-lARS_605242?fbclid=IwAR27bd9WJ4Fhy5blndGw6E5iBdGfbPpQipSWJtzH-z7zszzYpLxDgU2w41Q">l’ARS a encore une fois livré aux hôpitaux de l’île, des masques inutilisables</a>. Ces protections devaient représenter le plus gros contingent à destination <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/masques-peine-distribues-deja-contestes-rejetes-815842.html" class="ek-link">des soignant.e.s et personnels des Ehpad</a>. Ajoutons, que lorsque des parlementaires réunionnais.e.s demandent des tests massifs, Annick Girardin répondra tout simplement que l’on manque de moyens. L’inefficacité des mesures s’accompagnent parallèlement d’un renforcement des contrôles de police et gendarmerie dans le cadre du confinement…</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">D’ailleurs, selon Edouard Philippe, la situation dans les Outre-mer est sous contrôle, disant que « la stratégie est payante ». Payante pour qui ? Dans l’Océan Indien, Mayotte se trouve dans une situation déplorable : l’hôpital compte 16 lits en réanimation. Hanima Ibrahima, mairesse de la ville Chirongui (sud de Mayotte), parle d&rsquo;une<em> “<a href="https://www.marianne.net/societe/entre-attraper-le-covid-et-mourir-de-faim-le-choix-est-vite-fait-en-outre-mer-la-population">situation humanitaire catastrophique, propice à la prolifération du virus</a></em>”<em>. </em>Quant à La Réunion, bien qu’il n&rsquo;y ait pas eu de décès, 413 cas de Covid-19 ont été déclarés (au 27/04/2020). En parallèle, <a href="http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2020/04/21/-concentration-dans-le-sud-et-recrudescence-dans-l-ouest-et-l-est-epidemie-de-dengue-751-nouveaux-cas-confirmes-du-6-au-12-avril,117906.html">751 cas de dengue ont été confirmés pendant ce même mois d’avril</a><em>. </em>Il faut savoir que les maladies cardio-vasculaires et le diabète<sup><a id="ref4" href="#fn4"><sup>4</sup></a></sup> touchent une grande partie de la population, ce qui la rend encore plus fragile face à ces virus. C’est vraiment à se demander si l’Etat protège, contrôle et/ou tue sa population ?</p>



<h4 class="wp-block-heading">Une crise gérée par une élite blanche métropolitaine</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Cette crise épidémique révèle la structure coloniale de La Réunion et les déséquilibres de pouvoir selon les appartenances de genre, d’ethnicité et de statut économique. En effet, les réunionnais.e.s (surtout les femmes) sont toujours écarté.e.s des instances de pouvoir et de décisions, au profit de haut fonctionnaires métropolitain.e.s &#8211; majoritairement des hommes &#8211; venu.e.s le temps de quelques années poursuivre leur ascension carriériste sur l’île. Leur omniprésence au sein des instances de décision et de pouvoir montre la quasi absence des réunionnais.e.s au sein de ces dernières et par conséquent la position dominante des métropolitains dans les systèmes institutionnels de l’île. La population locale se voit donc dans l’impossibilité de décider pour elle-même. Ainsi, la gestion de cette crise est principalement dans les mains de l’Etat français métropolitain.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Cette structure patriarcale et coloniale peut être constatée lors des prises de parole publiques des autorités. Prenons l’exemple de la conférence de presse du 20 mars qui visait à communiquer sur l’état d’avancement de la pandémie. A la table, les 8 représentants et représentantes &#8211; seulement deux femmes &#8211; de la préfecture, de l’ARS, de la police, de la gendarmerie, de l’aéroport et de la sécurité et de l’aviation civile. Parmi eux.elles, figure un seul créole réunionnais.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">De plus, le caractère colonial des relations entre La Réunion et la Métropole se révèle par les rôles tenus par l’ARS et par le Ministère de la Santé. Nous dénonçons le mode de fonctionnement de l’ARS : cette agence est rattachée au Ministère de la Santé, une entité administrative située à des milliers de kilomètres de l’île dont dépend des décisions de santé immédiate. Depuis la départementalisation, les administrations sont dirigées par des fonctionnaires métropolitains, venant majoritairement de Paris. Bien que La Réunion ne soit plus régie par le statut de colonie, le simple processus de départementalisation en 1946 n’a pas marqué l’arrêt des privilèges &#8211; surtout du privilège blanc &#8211; et des mécanismes de domination hérités de la colonisation.<sup><a id="ref5" href="#fn5"><sup>5</sup></a></sup></p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Ce contrôle des autorités s’illustre également par l’impossibilité de la population réunionnaise d’accéder à l’information. <a href="https://www.zinfos974.com/Pierrot-Dupuy-C-est-la-goutte-d-eau-Mme-Ladoucette-vous-devez-demissionner-_a151508.html" class="ek-link">Les journalistes dénoncent le manque de transparence des autorités et l’incapacité des journalistes à relayer l’information</a>. Contrairement à l’Hexagone où les hôpitaux sont ouverts aux médias, à La Réunion il est impossible “<a href="https://www.clicanoo.re/Editorial/Article/2020/03/20/Ces-cons-finis_602529">de causer avec une infirmière, un toubib d’un service de pointe sans demander l’autorisation à l’ARS puis au DG, puis aux chefs de service…</a>”. Le débat se trouve ainsi une fois de plus soustrait aux citoyen.ne.s réunionnais.e.s. Comme durant l’épidémie du Chikungunya, la population, encore une fois, “retrouve sa place d’objet des politiques de santé, quand elle [devrait] en être non seulement le sujet, mais actrice”<a id="ref6" href="#fn6"><sup>6</sup></a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="810" height="540" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid1.jpg" alt="Copyright Le Cahier Perturbé" class="wp-image-872" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid1.jpg 810w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid1-300x200.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid1-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" /><figcaption align="center">Copyright <a href="https://www.facebook.com/lecahierperturbe/">Le Cahier Perturbé</a></figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Des rapports coloniaux confirmés par cette crise</strong></h3>



<h4 class="wp-block-heading">Bernard Hayot, le bienfaiteur capitaliste et colonisateur</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">COVID 19 égale fin du capitalisme ? On en doute. Les capitalistes qui avaient l’air dans un premier temps de trembler face à ce nouveau virus semblent trouver des moyens de maintenir leur emprise. Les territoires d’Outre-mer ne font pas office d’exception, au contraire. En effet, les puissances capitalistes coloniales adoptent des stratégies et parviennent à trouver des débouchés pour légitimer leur rôle dans cette crise.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Le Groupe Bernard Hayot (GBH) dirigé par Bernard Hayot, békés martiniquais et descendant d’esclavagiste, a fait un don “gracieux” de <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/coronavirus-la-reunion-beneficie-d-une-dotation-de-600-000-masques-820860.html">1 350 000 masques aux personnels soignants de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de La Réunion</a>. Georges Bagoé, représentant de GBH, parle d’un “acte citoyen” et décrédibilise les voix de ceux et celles qui oseraient dénoncer l’instrumentalisation de cette action<a id="ref7" href="#fn7"><sup>7</sup></a>. Pourquoi, alors que les masques commandés par certaines entreprises en Martinique<sup><a id="ref8" href="#fn8"><sup>8</sup></a></sup> et <a href="https://www.zinfos974.com/Pierrot-Dupuy-Le-scandale-dans-le-scandale-La-prefecture-empeche-l-importation-de-masques_a151262.html">à La Réunion</a> ont été réquisitionnés par l’ARS, ceux “donnés” par GBH ne l’ont pas été ? Le santé des citoyen.ne.s n’est-elle pas dans les mains de l’Etat et non dans les mains d’une entreprise dont l’accumulation de richesses s’est faite au dépend de la santé des antillais.e.s <a href="https://blogs.mediapart.fr/lisadavid/blog/250218/chlordecone-avec-la-complicite-de-letat-et-des-politiques">comme l’illustre le scandale du Chlordécone</a> ? Sur son compte Instagram, <a href="https://www.instagram.com/jay_asani/?hl=fr">la militante martiniquaise Jay Asani</a> dénonce l’instrumentalisation de ce don par GBH. Selon elle, le but est de redorer sa réputation après que celle-ci ait été mise à mal à cause de la révélation de son implication dans l&#8217;empoisonnement des sols martiniquais.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">De plus, un mail de la Confédération des Petites et moyennes Entreprises de <em>Martinique</em> (CPME Martinique) adressé à ses adhérent.e.s étonne et interroge sur la nature soi-disant gratuite de ce don. On y apprend que Bernard Hayot vendrait des masques chirurgicaux à 0.60 € l’unité et des FFP2 à 2,00 € l’unité. GBH n’a de cesse de maintenir, même en temps de pandémie, les Outre-mer dans une situation de monopole abusif et de dépendance économique. A La Réunion comme dans d’autres territoires ultramarins, c’est un “<a href="https://www.zinfos974.com/Pierrot-Dupuy-Le-groupe-Bernard-Hayot-une-pieuvre-qui-a-fait-main-basse-sur-La-Reunion_a149053.html">animal tentaculaire</a>” qui possède 40 à 50% dans de nombreux secteurs dont la grande distribution &#8211; secteur dont l’alimentation des réunionnais.e.s est principalement dépendante durant ce confinement. Au sortir de la crise, nous devrons veiller à ne pas juste dire merci et continuer à dénoncer l’emprise structurelle coloniale et capitaliste du groupe sur nos territoires.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Un Etat qui parvient difficilement à légitimer encore sa présence</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">L’Etat a cherché également à légitimer le bien-fondé de sa présence notamment à travers l’opération “Résilience”. Celle ci concerne l’envoi de deux porte-hélicoptères dans l’Océan Indien et les eaux caribéennes. <a href="http://outremers360.com/societe/covid-19-en-outre-mer-confusion-sur-les-missions-precises-des-porte-helicopteres-dans-les-drom/">Selon la ministre des Outre-mer</a>, leur but était d&rsquo;accroître<em> [les] capacités [des autorités locales] à prendre en charge les patients atteints du virus”</em>. En réalité, « <em>ce navire militaire n’a pas vocation à disposer d’équipes médicales ou de matériels à bord. Mobile dans la zone, il va surtout permettre d’acheminer du matériel médical et de rapatrier les Français isolés à l’étranger</em> » apprend-on sur le site du Journal de Mayotte. Et quand bien même ça aurait été le cas, Eli Domota, secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe (UGTG) et membre du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (LPK) dénonce le manque de faisabilité d’une prise en charge efficace à cause de l’éparpillement des territoires. La Guadeloupe étant un archipel de six îles et la Guyane étant située à près de 2000 km au sud, on est en droit de s’interroger sur la manière dont se ferait <a href="https://www.youtube.com/watch?time_continue=2055&amp;v=A4eMRgYTU1I&amp;feature=emb_title">le transport sanitaire des plus petites îles vers le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre</a> lorsque le porte-hélicoptère se trouverait au large de la Guyane ou bien dans les eaux martiniquaises ? Pour lui, cette mesure vise à donner “l’illusion que la mère patrie jette un œil bienveillant” mais cache en réalité <a href="http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-le-couvre-feu-instaure-en-guadeloupe-et-en-martinique-02-04-2020-8292558.php">une volonté de renforcer la surveillance militaire des populations dans des territoires où les tensions sociales sont importantes</a>.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Néanmoins, cette tentative de montrer sa préoccupation pour les territoires d’Outre-mer au même titre que le territoire national est délégitimée non seulement par les confusions autour de cette mission militaire mais surtout par la gestion globale de cette crise. Les masques moisis, leur commande tardive, les faibles contrôles des entrées et sorties des territoires…. Ainsi, <a href="https://www.youtube.com/watch?time_continue=2055&amp;v=A4eMRgYTU1I&amp;feature=emb_title" class="ek-link">le rôle de l’Etat dans les Outre-mer est remis en cause par le “bricolage”</a> de moyens insuffisants. On se rend compte aussi qu’il <a href="https://acta.zone/premier-rapport-de-lobservatoire-de-letat-durgence-sanitaire/" class="ek-link">“est aussi la source directe du problème, puisque les cas de coronavirus ont tous été importés de France”</a>.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Qui ne dit rien consent: la complicité silencieuse des élu.e.s et des médias</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Ces relations coloniales sont entretenues grâce à la complicité silencieuse des élu.e.s locaux. Durant cette crise, nous avons pu constater, encore une fois, que les acteurs.ices politiques réunionnais.e.s sont aussi inefficaces et non réactif.ve.s. En mars, les candidat.e.s des municipales ne se sont pas opposés au maintien des élections. Bien que les bureaux électoraux aient été aménagés en conséquence, les risques de propagation étaient fortement élevés (contacts et flux importants lors des votes et festivités pendant les résultats). Le silence de la part des politiques en dit long sur leurs engagements et leurs positions vis-à-vis de l&rsquo;État, de la grande Métropole. En dehors d’Ericka Bareigts ou de Jean-Hugues Ratenon, peu de personnalités politiques se sont prononcées, que ce soit dans les médias où à l’Assemblée Nationale (lorsque les séances étaient maintenues). Plusieurs tribunes rédigées par J.H Ratenon dans le journal ImazPress demandaient à ce que la mobilisation soit « générale » et que tous les acteurs politiques à différentes échelles se réunissent afin de <a href="http://www.ipreunion.com/courrier-des-lecteurs/reportage/2020/04/06/tribune-libre-de-jean-hugues-ratenon-coronavirus-dengue-la-mobilisation-doit-etre-generale,117182.html" class="ek-link">se concerter sur l’ensemble des mesures à prendre pour organiser le confinement et le post-confinement.</a> Excepté les accusations et dénonciations, peu d’actions concrètes sont mises en œuvre au niveau local sur l’ensemble de l’île (il n’y a que des dispositifs au niveau communal <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/coronavirus-saint-denis-veut-faire-fabriquer-200-000-masques-reutilisables-en-tissus-pour-ses-administres-823300.html">comme la fabrication de masques à Saint-Denis</a> ou des petits marchés forains organisés dans certaines villes). Le jeudi 23 avril, une commande de <a href="https://www.linfo.re/la-reunion/societe/200-000-masques-commandes-par-la-region-reunion-sont-arrives">200 000 masques chirurgicaux par la Région est arrivée</a>. Mais le mois d’avril touche presque à sa fin, la livraison a été beaucoup trop tardive. Pour nous, le manque de consistance politique de la part des élu.e.s est une des raisons pour laquelle le système hérité de la colonisation se conserve : nos élu.e.s n’agissent que lorsque Paris prend une décision. Mais comme on dit en créole réunionnais “dann oui na pwin batay !” (il est facile de dire oui pour éviter la discussion/le conflit).</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="810" height="540" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid3.jpg" alt="Copyright Le Cahier Perturbé" class="wp-image-873" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid3.jpg 810w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid3-300x200.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2020/04/covid3-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 810px) 100vw, 810px" /><figcaption align="center">Copyright <a href="https://www.facebook.com/lecahierperturbe/">Le Cahier Perturbé</a></figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une décolonisation plus que jamais nécessaire</strong></h3>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Les structures coloniales &#8211; économiques, institutionnelles et politiques &#8211; mises en lumière par cette crise sanitaire montrent la nécessité d’emprunter les chemins de la décolonisation. Nous n’allons pas refaire le monde avec des “si” et dire que telles solutions auraient eu de meilleurs résultats sur nos territoires. En revanche, nous pensons qu’il est nécessaire d’interroger le cadre dans lequel les décisions ont été prises. Dans le cas contraire, les populations ultramarines ne seront jamais en mesure de décider par et pour elles-mêmes. Mais cette déconstruction ne sera pas complète si elle ne se fait également pas à l’échelle de chaque citoyen.ne.s. C’est donc un double travail qu’il nous faut engager.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Une souveraineté bridée par le système en place</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Les structures actuelles ne nous permettent pas de prendre nos décisions et nous positionnent dans l’attente des ordres du pouvoir central. Cette incapacité à utiliser les structures actuelles à notre avantage s’illustre par l’annulation du Conseil d’Etat des deux décisions prises par les tribunaux administratifs <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/le-conseil-d-etat-annule-l-ordonnance-du-tribunal-administratif-de-guadeloupe-qui-ordonnait-au-chu-et-l-ars-de-commander-tests-et-traitements-en-quantite-suffisante-819698.html?fbclid=IwAR0SNsJr49zMISlpXQ2ifV8FO-yH4fMXoc9sminu0qFHn2ikB2zIarIy8sY">guadeloupéens</a> et <a href="http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2020/04/06/gestion-de-l-epidemie-de-covid-19-le-refere-d-ericka-bareigts-contre-la-prefecture-et-l-ars-est-rejete,117204.html">réunionnais</a>. Ces dernières visaient à obliger les autorités préfectorales et sanitaires à prendre les mesures nécessaires pour protéger les populations. Cette absence de souveraineté montre une incapacité<a href="https://www.facebook.com/blogjoaogabriell/posts/2286755401427891" class="ek-link"> “à trouver par nous-mêmes des solutions endogènes ou propres aux enjeux et défis sur place”</a>.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Des spécificités des contextes locaux non prises en compte</h4>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Autre problématique révélatrice de la nature des politiques menées en Outre-mer. Nous devons suivre les directives de la Métropole alors que nos réalités socio-économiques, politiques et culturelles sont totalement différentes de l’Hexagone. La communication fut, selon nous, pas assez adaptée au contexte culturel. A Haïti, plusieurs spots d’information par l’État sur le Covid-19 ont été transmis en créole haïtien. Il aurait été judicieux d’en faire de même à La Réunion, et d’employer les langues parlées par les communautés de l’île (autant le français, le créole, le malgache que le shimaoré). Le média Antenne Réunion a pris l’initiative de mettre des contenus en créole réunionnais mais il semblerait que ce soit une initiative venant de la chaîne elle-même, et non de l’Etat.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Ajoutons que la pandémie a bien évidemment marqué un point d’arrêt pour les économies locales. Alors que le seul souci du gouvernement est la croissance nationale et la compétitivité avec les autres pays, qu’en est-il de la santé de l’économie locale et du bien-être de la population ? Tout le monde le sait, les Outre-mer sont frappés par les prix des denrées alimentaires extrêmement élevés par rapport à la Métropole. Annick Girardin a demandé un blocage des prix par les Préfets. À La Réunion, <a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/observatoire-et-bqp-pour-eviter-que-les-prix-flambent-pendant-la-crise-a-la-reunion-821986.html">un observatoire des prix a été mis en place</a> après la hausse fulgurante des produits agro-alimentaires (le prix de l&rsquo;ail atteignant jusqu’à 50 euros le kg par exemple). Même si le bouclier qualité-prix de 2019 a été reconduit pour cette période de crise, la situation reste difficile pour la population. D’autres questions concernant l’économie sont absentes dans le débat public. Qu’en est-il du travail informel pendant cette période de confinement quand on sait que 38% des réunionnais.e.s vivent en dessous du seuil de pauvreté (<a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/38-reunionnais-vivent-seuil-pauvrete-792677.html">source INSEE</a>) ? Qu’en est-il du télétravail pour les personnes qui ne travaillent pas dans l’enseignement ou dans les bureaux ? Ou celles qui n’ont simplement pas accès au matériel informatique chez elles ? Ces interrogations méritent une place dans le débat local et surtout entre citoyen.ne.s qui ne sont malheureusement pas assez écouté.e.s et représenté.e.s.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Quelle souveraineté ? Quelle gouvernance ?</h4>



<p>Alors que peut-on conclure à tout cela ?</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Les Outre-mer doivent se doter de plus de souveraineté. Une première piste de réflexion peut se situer dans le cas de Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Ces territoires ne sont plus des départements, mais des collectivités territoriales régies sous le statut de PTOM (Pays et territoire d&rsquo;Outre-mer). Ce statut leur permet de bénéficier d’une plus grande autonomie même si les décisions ne peuvent pas entièrement se faire sans Paris.</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Il faut inclure davantage la population dans le débat public. La Réunion et Mayotte manquent encore cruellement de prise de parole engagée et visible dans l’espace public. Les médias locaux se limitent encore à relayer des faits et des informations, sans les traiter avec un aspect critique et décolonial. Et encore une fois, le manque d’inclusivité dans les prises de décisions est à noter depuis le début de la pandémie. Sur les plateaux télévisés et dans les journaux, majoritairement des hommes métropolitains et créoles sont représentés. Il en est de même dans les instances de décisions locales. Les femmes réunionnaises sont encore trop absentes du débat politique et dans les prises de décisions. Pourtant sur le terrain, ce sont des femmes en majorité qui sont directement confrontées au coronavirus : infirmières, aides-soignantes, auxiliaires de vie, fabricantes de masques&#8230; Leur invisibilisation lors des concertations est inacceptable et montre bien que la conservation d’une structure élitiste et patriarcale n’est aucunement synonyme de bonne gouvernance !</p>



<p class="has-text-align-justify has-tablet-text-align-justify has-mobile-text-align-justify">Sur les réseaux sociaux, les réunionnais.e.s discutent bien entendu de la gestion catastrophique de cette crise. Des pages se sont créées comme la page Facebook <em><a href="https://www.facebook.com/konfineparezinye/">Konfiné pa rézinié</a></em> rassemblant des réunionnais.e.s appelant à défendre notre cause dans le contexte de confinement. La solidarité entre communautés locales est vivement encouragée. Elle devrait être renforcée afin de résister sur un plus long terme et ne pas tomber dans l’oubli comme l’épisode des Gilets Jaunes de l’an dernier.</p>



<p>Nous terminerons notre tribune sur cette phrase de Dédé Lansor, militant culturel et musicien réunionnais :</p>



<blockquote class="wp-block-quote"><p>“<em><strong>Lo manièr dominé i change, lo dominasyon i ress” </strong></em> <br>(La manière de dominer change, la domination reste)</p><cite><strong>Dédé Lansor</strong></cite></blockquote>



<p></p>



<p><strong>Marion Malga-Baptisto &amp; Mathilde Lebon</strong></p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>



<h4 class="wp-block-heading">Notes</h4>



<p><sup><a id="fn1" href="#ref1">1</a></sup> La Réunion devient un département en 1946.</p>



<p><sup><a id="fn2" href="#ref2">2</a></sup> Sandrine Dupé, Séparer les moustiques des humains à La Réunion. Co-production d’un nouvel ordre socio-naturel en contexte post-colonial. Anthropologie sociale et ethnologie. Université de la Réunion, 2015.</p>



<p><sup><a id="fn3" href="#ref3">3</a></sup> Pour plus d’informations sur la question, voir la thèse de Sandrine Dupé.</p>



<p><sup><a id="fn4" href="#ref4">4</a></sup> A La Réunion, 85 000 personnes sont atteintes du diabète.</p>



<p><sup><a id="fn5" href="#ref5">5</a></sup> Altamimi M., Dor T., Guénif-Souilamas N., 2018, Rencontres Radicales, Pour Des Dialogues Féministes et Décoloniaux, Éditions Cambourakis, Paris</p>



<p><sup><a id="fn6" href="#ref6">6</a></sup> Sandrine Dupé. Séparer les moustiques des humains à La Réunion. Co-production d’un nouvel ordre socio-naturel en contexte post-colonial. Anthropologie sociale et ethnologie. Université de la Réunion, 2015.</p>



<p><sup><a id="fn7" href="#ref7">7</a></sup> AUGUSTINIEN J. <a href="https://podcast.ausha.co/rak/laphrasedelasemaine-53" class="ek-link">“Haut les masques bas les coeurs”</a>. <em>La phrase de la semaine. </em>Podcast Aucha, 13 avril 2020, 6 min.</p>



<p><sup><a id="fn8" href="#ref8">8</a></sup> <em>Idem</em></p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les gilets jaunes, l&#8217;impulsion d&#8217;une révolution sociale à La Réunion</title>
		<link>https://www.tikreol.re/les-gilets-jaunes-limpulsion-dune-revolution-sociale-a-la-reunion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Nov 2018 14:10:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Aktialité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.tikreol.re/?p=849</guid>

					<description><![CDATA[Je partage ici un texte collectif publié aujourd&#8217;hui 22 novembre 2018, circulant sur les réseaux sociaux Bonjour, Nous vous contactons aujourd’hui le 22 novembre 2018 depuis l’île de la Réunion. La population Réunionnaise vit actuellement une profonde crise sociale et il nous tient à cœur de faire entendre notre voix. Nous sommes interpellés par bon [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Je partage ici un texte collectif publié aujourd&rsquo;hui 22 novembre 2018, circulant sur les réseaux sociaux</em></p>
<p style="text-align: justify;">Bonjour,</p>
<p style="text-align: justify;">Nous vous contactons aujourd’hui le 22 novembre 2018 depuis l’île de la Réunion. La population Réunionnaise vit actuellement une profonde crise sociale et il nous tient à cœur de faire entendre notre voix. Nous sommes interpellés par bon nombre de Réunionnais expatriés en manque d’information et nous souhaitons leur donner une perspective différente de celle des médias nationaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis le samedi 17 novembre 2018, le mouvement national des gilets jaunes a été suivi massivement à La Réunion avec une trentaine de barrages aux quatre coins de l’île. Le point de départ de ce mouvement est la « taxe carburant ». C’est l’élément déclencheur des manifestations et révoltes qui ont suivies.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">La Réunion est le département où les inégalités de richesses sont les plus prononcées. Le taux de chômage est de près de 30 % soit plus de trois fois la moyenne nationale (9%). Chez les moins de 25 ans, on dénombre près de 50 % de demandeurs d’emploi.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Le coût de la vie est ici très élevé, 40.4 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté pour une moyenne nationale de 14.2 %  (Données issues des statistiques de l’INSEE jointes en annexe).</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Autre signe particulier, l’économie est dynamique mais le taux de chômage augmente chez les réunionnais car l’emploi profite à des travailleurs venus de France métropolitaine qui jouissent d’un meilleur taux d’employabilité et de meilleurs salaires. A La Réunion il y a bien deux mondes.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Bon nombre de jeunes diplômés ne parviennent pas à trouver de poste à responsabilité sur l’île et sont contraints à la mobilité. Cette mobilité est d’ailleurs l’une des seules solutions proposées par l’appareil politique local, les publicités du  CNARM (Comité National d&rsquo;Accueil et d&rsquo;actions pour les Réunionnais en Mobilité) fleurissent dans les rues de l’île et promettent un avenir pour les Réunionnais&#8230; hors de l&rsquo;île. Il y a ceux que l’on pousse vers l’exil, il y a ceux que l’on attire vers les îles.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">En parallèle, il subsiste une jeunesse sans repères, en échec scolaire, en manque total de perspective d’avenir et spectatrice de l’activité économique de l’île et parquée dans des habitats inadaptés. A la Réunion il y a les abonnés aux minimas sociaux, logements sociaux et ceux qui deviennent propriétaires d’un bout de paradis tropical.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est dans ce contexte que les Réunionnais ont décidé de descendre dans la rue. On dénombre chaque jour une trentaine de barrages sur l’ensemble de l’île. Écoles, commerces et administrations sont fermés. On retrouve sur chaque barrage des centaines de personnes issues de toutes classes sociales ; mères et pères de familles, retraités, jeunes actifs ou demandeurs d’emploi, chefs d’entreprises&#8230; Les revendications bien que diverses et variées s’axent autour d&rsquo;une remise en question du modèle de développement actuel : modèle économique, modèle énergétique, modèle alimentaire, modèle d’éducation. Au cours de la journée les barrages sont filtrants et pacifiques ; ambulances, pompiers, personnels médicaux et personnes avec enfants sont remontés dans les files afin de ne pas être bloqués.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien que le mouvement soit calme pendant la journée, il est vrai qu’au cours de la nuit, une jeunesse oubliée fait entendre sa colère, les rues sont alors le théâtre de pillages, casses et départ de feux. Les principales cibles de cette jeunesse sont les symboles de la surconsommation et de l’institution : Concessionnaires automobiles, centres commerciaux, mairies, hôtel de région.</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse des services de l’Etat est jusqu’à présent la suivante : d’une part le silence d’une grande partie des élus locaux et d’autre part la fermeté de la préfecture. Une délégation provenant des différents barrages s’est rendue à la préfecture le mardi 20 et le mercredi 21 novembre 2018. Le préfet n’a pas souhaité rencontrer cette délégation en personne. Face à ce manque de considération, la discussion n’a pas eu lieu et le mouvement continue. Au lieu de venir à la rencontre de la population, la préfecture répond par la violence en demandant le renfort de CRS provenant de Mayotte et de Strasbourg. Un couvre-feu a aussi été déclaré de 21h à 6h du matin pour 12 des 24 communes de l’île.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à cette provocation, la nuit devient alors de plus en plus violente et de nombreux blessés sont à dénombrer. Les informations relayées par la préfecture sur le nombre de blessés du côté des gendarmes et policiers sont abondantes mais on ne trouve rien dans la presse sur la situation du côté des manifestants alors que de nombreux barrages ont été forcés, l’emploi fréquent de gaz lacrymogènes de jour comme de nuit et l’arrivée récente de canons à eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 21 novembre 2018 à l’Assemblé Nationale, Madame la ministre des Outre-mer Annick Girardin, en réponse au député Michel Larive, a confirmé que la seule réponse de l’Etat sera la fermeté, ses mots sont les suivants : “Ces bandes de jeunes, face à eux, c’est la fermeté”. Cette réponse à la situation nous paraît inadaptée et erronée. Cette violence n’est que la conséquence d’un système inégalitaire, inadapté au besoin des Réunionnais, orienté vers une accumulation des richesses dirigée, une dépendance énergétique et alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify;">N’oublions pas que ces jeunes montrés du doigt aujourd&rsquo;hui seront les adultes de demain et ne devraient en aucun cas être les ennemis désignés. Si nous ne soutenons bien évidemment pas la violence, il faut cependant savoir en analyser les causes et y trouver des solutions adaptées.</p>
<p style="text-align: justify;">La plupart des médias nationaux relaient principalement l’information concernant les pillages et casses alors qu’une grande majorité de la population souhaite être entendue et demande que ses souffrances soient comprises et qu’un pas sincère, honnête et direct soit fait vers elle.</p>
<p style="text-align: justify;">A cette lettre nous vous joignons les statistiques de l’INSEE, liens vers des sites d’informations locales et plusieurs images et vidéos.</p>
<p style="text-align: justify;"><i>LES REUNIONNAIS MOBILISÉS POUR L&rsquo;AVENIR DE LEUR PAYS</i></p>
<blockquote><p><i>« Chaque génération doit, dans une relative opacité, trouver sa mission, la remplir ou la </i><i>trahir » </i></p>
<p><i>Frantz Fanon</i></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><i>Statistiques INSEE, </i><i>Pauvreté et chomage.</i></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/3567996"><i>https://www.insee.fr/fr/statistiques/3567996</i></a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/2412290"><i>https://www.insee.fr/fr/statistiques/2412290</i></a></p>
<p style="text-align: justify;"><i>Article d’ImazPress Réunion : </i></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2018/11/20/moment-historique-moment-historique,94001.html"><i>http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2018/11/20/moment-historique-</i><i>moment-historique,94001.html</i></a></p>
<p style="text-align: justify;"><i>Article de Réunion la 1ère:</i></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/pourquoi-ce-mouvement-est-il-historique-reunion-652487.html"><i>https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/pourquoi-ce-mouvement-est-il-historique-reunion-</i><i>652487.html</i></a></p>
<p style="text-align: justify;"><i>Vidéo : </i></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.facebook.com/lequotidien/videos/1310841819057856/"><i>https://www.facebook.com/lequotidien/videos/1310841819057856/</i></a></p>
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Socko Lokaf : « La nèz si lo lanbrokin » (Fonnkèr)</title>
		<link>https://www.tikreol.re/socko-la-nez-si-lo-lanbrokin-fonnker/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Aug 2018 18:38:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fonnkèr]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>
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					<description><![CDATA[Lo fonnkèr (vidéo) : Les bases de l&#8217;écriture « KWZ » : Écrire en réunionnais Lantrokoz (interview) : &#8211; Ti Kréol : Parksa Socko ? Ou giny prézant aou an dé ti mo ? &#8211; Socko Lokaf : Prézant amwin.. Socko Lokaf, santèr lo rap, fonnkézèr an foutan ahahaha. Moun i rèt in pé parkoté sint mari, in moun [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3><strong>Lo fonnkèr (vidéo) :</strong></h3>
<p><iframe width="616" height="347" src="https://www.youtube.com/embed/4ol5LxwTYzc?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<h5>Les bases de l&rsquo;écriture « KWZ » : <a href="https://www.tikreol.re/ecrire-en-reunionnais/">Écrire en réunionnais</a></h5>
<h3><strong>Lantrokoz (interview) :</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>Ti Kréol : </strong>Parksa Socko ? Ou giny prézant aou an dé ti mo ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>Socko Lokaf :</strong> Prézant amwin.. Socko Lokaf, santèr lo rap, fonnkézèr an foutan ahahaha. Moun i rèt in pé parkoté sint mari, in moun la Rényon.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>TK</strong> : I fé konbyinn tan ou ékrir bann tèks kréol ? koman ou la komansé ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>SLK</strong> :  Lékritir kréol minm na dir i dat zalantour 2008,2009. Lépok la mwin té kalkil pa fonnkèr ditou. Té plis santèr lo rap. Ariv in lèr mwin la artrouv amwin konm in kouyon dovan in fèy blan sanm in lèstilo dan mon min. An kouyon akoz in kèstyon té ravaz mon koko d’tèt: “Afèr mwin té sant lo rap an fransé si tout sak mwin té i fé té an kréol?”. Dikou ma komans may lo mo komala. Tipa tipa la giny lélan. Zordi mi wa pi mwin fé d’nafèr an fransé.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>TK :</strong> Ousa i sort out “inspirasyon” ? </em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>SLK :</strong> Linspirasyon, mwin minm mi koné pa ousa li sort ! Nadfwa ou lé asiz, na in lodèr, in kozman, in mizik, I fane in lanvi may lo mo. Pandan byin lontan mwin té ékri sirtou dosi sistinm kolon parsi.. Mi ékri si sak i koz èk mwin, lo « fonnkèr » konm ki di. Tanzantan an siromyèl, sinonsa an sik amèr. Mwin mi mazine pé inport sak ou vé di, pli zinportan po mwin sé lo manir giny fé tiz la brèz lémosyon sanm lo mo. Apré mwin na mon fason angant lo mo minm si mwin lé zis in fonnkézèr ankor tann konparé bann kador la parol néna parsi. Langkozé la na la risès, sanm son bann parabol, sanm son mayaz. Li lé pa plis pa mwin kin lot.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>TK : </strong>Akoz ou ékrir an ‘KWZ’ kom i di ? (ékritir 83) Akoz pa in not fason ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>SLK :</strong> Ziska zordi néna ankor in konkour légo, lorgèy po war kél lang kréol fo ékri. Tank sakinn va désid ékri son manir son koté, la lang la va pa niabou trouv in vré plas anndan lékol marmay. Mwin mi ékri an KWZ paské po mwin, é po domoun sanm kisa mwin la travay anndan la mizik ou ayèr, sé sak i korèsponn lo plis sanm nou. Si nou minm nou lé pa kap niabou fé inn po ékri nout lang, koman ou vé domin nou dobout konm inn ?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>TK : </strong>“La nèz si lo lanbrokin” : sa i fé référans an nafèr prési ? </em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>SLK</strong> : La nèz si lanbrokin lé in fonnkèr mwin la ékri kan mwin té fine lir lo liv « Les lambrequins de la honte » de J.VARONDIN. Liv la la anrasine amwin ankor plis dann konba mon vi toulézour. Pourtan li la sorti na kèk zané d’sa mé sak li di zordi lé ankor vré. É sé sak i mank anou ankor zordi : domoun atèrla I pran léstilo po ékri si atèrla. É minm si néna i fé, mwin té blizé komann lot koté la mèr bann liv dosi zistwar nout péi, alor ké sé domoun isi la ékri. Parkont liv po afé mont koman fé rougay i mank pa dann bibliotèk.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>TK : </strong>Dan out fonnkèr ou di koma : “La di arfé mon livrèdfami, pok plis dovan va kri mwin lé blan.” Zordi na bonpé i wa i rod pou “blanshi” nout lidantité, fé ali plis fransé, plis éropéin. Èk sa, kom ou di, nou “aspèr lot koté la mèr anvoy in lamontrèr pok mi wa koman tyinbo lèstilo mon langkozé”. Na ankor bonpé po dékoloniz anou dan nout lespri, po “tir malol dann zyé” kom Danyèl Waro i di. Out bann fonnkèr i ésèy partisip in pé ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>SLK</strong> : La lit, lo konba. Sakinn na son manir aminn ali. Mi sa pa bat si léstoma po di mi fé plis. Mwin sak mi giny fé, vitfé, sé may lo mo. Dikou sé mon manir tyinbo ansanm. Mi sa pa kras si in kamarad la lit zis parské li fé pa konm mwin noré fé. Mwin la pa la po gaspi la bav ant soubatèr po gard kisa i mord pli for. Nou fé. Sakinn son manir. Apré ou néna sak i tak zot bous po rèt kolé koté kolon mé sa zot problinm sa.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>&#8211; <strong>TK :  </strong>Aimé Césaire té i di nou subi in “génocide par substitution” èk limigrasyon zorèy dann “départements d’outre-mer” épi lémigrasyon nout zénès lot koté la mèr. Koméla néna Philippe Cadet i di “grand remplacement”. Kèl domin pou nout pèp dapré ou ? “Oukilé nout somin domin ?”</em></p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>SLK</strong> :  Kél domin.. Sé in kèstyon mi poz amwin toulézour. Afèr fé tousala ? Eské i vo lo kou podvré vréman ? Lèrk mi gèt koman lo nafèr i dévir plizanplis sak zour,nadfwa mi domann kosa i ansèrv. Mwin nora bo rouv mon bous dosi sistinm kolon mwin va touzour trouv in figaro po dobout dovan mwin. Apré sakinn son priorité na dir. Sé dmandé si na ryink sak i kri la mèr ta zot lé kap niabou fé lo ta. Sak i fatig amwin plis, sé koméla na bon pé la pi la èk sa. Lé normal. War in gramoun fé agrès ali, war inn i sort parba i aprann aou la vi parsi, war in boug tyé in fanm, war bann lantropriz i rékrit ryink lot koté la mèr, antann na ankor in ralépousé si in fon lalkol… Tousala la fine ariv normal. Koméla va fèt halloween é va oubli la tousin. Parké dann sitébétoné na rèv la mèr. Sinonsa na pri pou ké la nèz i tonm koma na kri anou pli fransé k’lo fransé li minm. La plas lo domin anndan la mi domann kwé ksé. Na pi lo rèv po isi. Mé la aprann domoun isi alé rèv domin laba. Koméla ziska formasyon la pi pou nou. Kilé mon somin domin ? Atèrla swa ou mars po zot, swa zot va tasmanir ou giny pa marshé. Na sak i tyinbo mé nou wa byin po kisa lo somin domin lé galizé.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; <strong>TK:</strong> Mèrsi Socko !</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Interview de Françoise Vergès</title>
		<link>https://www.tikreol.re/interview-de-francoise-verges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jul 2017 22:27:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialité]]></category>
		<category><![CDATA[françoise vergès]]></category>
		<category><![CDATA[intersectionnalité]]></category>
		<category><![CDATA[la réunion]]></category>
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					<description><![CDATA["Je pense que nous sous-estimons encore ce qui s’est passé pendant les décennies qui ont fait passer l’île de la colonie à la colonialité républicaine. Il y a eu un conflit de « basse intensité », pas une guerre coloniale avec armée coloniale d’un côté et guérilla/armée anticoloniale de l’autre, mais une série de dispositifs mobilisant police, gendarmerie, tribunaux, médias, écoles, université, pour neutraliser les aspirations de la société réunionnaise à l’autonomie ou l’indépendance. Il s’agissait de décourager la population de soutenir - et participer au - projet des autonomistes et des indépendantistes, de la démoraliser, de la terroriser en diabolisant l’adversaire."]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Ti Kréol : Bonjour Françoise Vergès. Pour ceux qui ne te connaissent pas,</em></strong><br />
<strong><em> peux-tu nous expliquer ton parcours ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Françoise Vergès : C’est toujours difficile de parler de soi, on a tendance à présenter un parcours linéaire, à sélectionner des moments, à éviter de parler des doutes, des erreurs. Alors pour faire bref, mon parcours est le produit de mon éducation qui nous a poussé à voyager, de mes désirs, la conséquence de rencontres inattendues, d’accidents de la vie, de choix. J’ai fait plusieurs métiers et j’ai vécu dans plusieurs pays et partout où j’ai vécu – en Algérie, au Mexique, en France, aux Etats-Unis, en Angleterre &#8211; j’ai voulu apprendre le plus possible sur le lieu où je vivais, rencontrer des personnes, observer, être « transformée ».</p>
<p style="text-align: justify;">Je me dis Réunionnaise pour clairement indiquer ce que je dois à ce pays, à sa langue, à son histoire, à sa culture, et aux luttes de son peuple. C’est dans ma vie sur cette île, colonie esclavagiste française puis « département d’outre mer » que j’ai puisé des mémoires, des questionnements, des intérêts, une curiosité jamais éteinte, même s’ils ne concernent pas toujours le lieu « Réunion ».<br />
Ces questionnements, de manière résumée :</p>
<p style="text-align: justify;">1- comment se fabrique le consentement – à l’esclavage, au colonialisme, au capitalisme, à l’impérialisme— comment fait le pouvoir hégémonique pour rendre l’esclavage, le capitalisme, l’impérialisme, aussi naturels que « le jour et la nuit, » que le « il n’y a pas d’alternative » devienne une vérité, qu’on parle de « pragmatisme » pour dire maintien de l’ordre, donc ce qu’il faut de pouvoir d’imagination, de courage, de force de refus pour rejeter cette naturalisation de l’exploitation, de la dépossession, de la racialisation. Les captifs qui se révoltent sur les routes de traite, sur les bateaux négriers, les esclaves dans les plantations, et je parle autant des « petits » gestes de résistance –survivre, inventer, préserver— que des révoltes et insurrections, ou des marrons qui tracent un espace souverain de liberté, de souveraineté, qui réinventent la liberté et une forme de citoyenneté, d’appartenance à une communauté au milieu d’un système qui les pourchassent, les torturent, les tuent, tous déchirent le voile du mensonge de l’injustice comme norme. Ce sont pour moi de formidables figures car elles/ils incarnent au plus profond une rupture avec un ordre établi ;</p>
<p style="text-align: justify;">2- l’intersection entre genre, classe et race, le fait que le contenu donné à droits humains, droits des femmes, qui nous vient de l’Occident n’est pas universel ;</p>
<p style="text-align: justify;">3- la pensée décoloniale toujours croisée avec la classe : comment se défaire de la « colonialité du pouvoir », du vocabulaire, des représentations, des pratiques, des politiques qui s’appuient sur une vision hégémonique du monde – le vocabulaire du rattrapage, du développement, de la croissance, de la nature comme ressource illimitée, le vocabulaire et la pratique des processus de racialisation… ;</p>
<p style="text-align: justify;">4- l’analyse du capitalisme racial et du patriarcat racial ;</p>
<p style="text-align: justify;">5- la représentation, la figuration, l’exposition autrement dit un intérêt pour les formes muséographiques, le cinéma, la littérature, les arts ;</p>
<p style="text-align: justify;">6- l’intérêt pour les circulations sud-sud ;</p>
<p style="text-align: justify;">7- le féminisme décolonial nécessairement antiraciste, anti-impérialiste, et anticapitaliste, questionné par les pensées des peuples autochtones, des queer,</p>
<p style="text-align: justify;">8- et des choses, plus intangibles, comme l’amour de la littérature et du cinéma que m’a donné ma mère, ce qu’est le courage, celui de mes parents, leur engagement pour la justice sociale, contre le colonialisme et l’impérialisme, et celui des femmes et des hommes que j’ai rencontrés. Les amitiés comptent aussi beaucoup pour moi. Mon enfance à La Réunion, c’est l’expérience de la solidarité, de l’internationalisme, de la multiplicité des expressions culturelles et religieuses, de la langue Créole mais aussi du pouvoir de l’État français. Ma rencontre avec « la France », outre à l’école, a été avec son appareil d’État – police, armée, médias et justice coloniale. Je n’ai jamais idéalisé ce pays, il est un parmi d’autres mais j’ai observé comment le pouvoir d’État s’exerce concrètement. Très tôt, encore enfants, nous avons été témoins de la répression étatique qui allait jusqu’à la prison et le meurtre, la censure, le mépris de classe et de race. Les nervis –véritables milices privées armées-, les assassinats impunis d’Éliard Laude, de François Coupou et d’autres, la fraude massive, le mépris, l’arrogance et le racisme des puissants, le harcèlement sexuel contre les femmes des classes populaires, tout cela, qui est maintenant renvoyé au « passé » alors que ça continue, sous d’autres formes, à organiser la dépendance, le conformisme et la peur, a été pour moi formateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour nous enfants de militants communistes, ce furent les perquisitions au petit matin, les menaces de mort contre mes parents, la racisation des insultes (mon père d’origine « asiatique » était donc « fourbe »), la misogynie contre ma mère, l’anticommunisme violent et l’expérience du conformisme, de la peur comme instrument du pouvoir politique. Ce qui était remarquable, c’était à la fois la solidarité <span style="text-decoration: underline;"><strong>et</strong></span> l’excuse – le « s’il y a répression, c’est qu’il y a une raison » ou « il suffit de ne pas se faire remarquer et ça ira ». J’ai très bien connu ça car le fait que ce soit des enfants – ma sœur, mes frères et moi- qui soient visés par l’État (être suivis, interrogés, empêchés de voyager…) ne gênait pas certaines personnes, et ne les gênent toujours pas. C’est ça aussi la fabrication du consentement à l’injustice, car au-delà de nos personnes, ce que cela enseignait c’était le conformisme à l’ordre postcolonial, à l’<a href="https://www.tikreol.re/repression-coloniale-a-la-reunion-lordonnance-debre-du-15-octobre-1960/">Ordonnance Debré</a>, au BUMIDOM, <a href="https://www.tikreol.re/documentaire-une-enfance-en-exil-les-reunionnais-deportes-dans-la-creuse/">aux rapts d’enfants</a>, à la censure, aux avortements sans consentement, au racisme.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai aussi compris que le binarisme n’explique pas tout c’est-à- dire qu’il n’y a pas que le couple l’État français/La Réunion &#8211; même si l’État reste l’acteur dominant, celui qui a le monopole de la violence &#8211; mais qu’il faut s’intéresser aux forces locales réactionnaires qui ne sont pas simplement des imitations des formes françaises, elles ont leur propre idéologie et réseaux, elles peuvent être très « anti-France » et totalement réactionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu beaucoup de chance car j’ai été très aimée, ça peut sembler ridicule à dire ça mais comme je me suis sentie toujours sentie encouragée dans mes choix, cela m’a donné une grande liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand le FJAR (Front de la jeunesse autonomiste réunionnaise) s’est créé, je l’ai rejoint. Je me posais la question de la place des femmes dans les mouvements révolutionnaires. Mes parents étaient des féministes du Sud, un féminisme anticolonial et anticapitaliste, ma mère a été membre de l’Union des Femmes de La Réunion dès son arrivée sur l’île. J’ai grandi avec une conscience féministe du Sud, j’ai suivi le parcours des femmes algériennes luttant pour l’indépendance et je vois, je constate que le machisme est présent dans les mouvements anticolonialistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite mon parcours est jalonné d’autres expériences : l’Algérie où je passe mon baccalauréat, j’y vais après avoir quitté La Réunion pour connaître un pays qui s’est libéré du colonialisme et l’Algérie avait occupé une telle place dans la vie politique des Sud et dans celle de ma famille ! Je découvre les contradictions d’un État postcolonial, mais c’est aussi une expérience extraordinaire – des amies pour la vie, la découverte d’un pays d’une grande beauté, de cultures diverses, je développe ma cinégraphie, j’apprends un peu l’arabe. Puis je vais en France où je milite dans les mouvements antiracistes, anti-impérialistes, anticapitalistes, avec les Réunionnaises et Réunionnais de l’UGTRF luttant contre le néo-colonialisme et l’Ordonnance Debré. Ma participation au Mouvement de Libération des Femmes compte dans mon parcours comme les débats intenses autour de la psychanalyse, du marxisme. Dans la deuxième moitié des années 1970, je deviens journaliste et éditrice dans l’hebdomadaire des femmes en mouvements et à la maison d’éditions des femmes. Pour la maison d’éditions, je collecte des témoignages de femmes en lutte – par exemple, contre la dictature militaire de Pinochet au Chili ou le totalitarisme en Union soviétique. Ce sont des expériences inoubliables. Mais le MLF se déchire, le groupe « Psy et Po » dans lequel je suis s’approprie illégalement le sigle « MLF » et cela provoque controverses et déchirements. Je quitte la France en 1983. Je pars aux USA en Californie, où je travaille à de petits boulots. Dès 1985, le discours anti-migrants se durcit aux USA, la frontière USA/Mexique devient le lieu où il se joue déjà le plus durement. Au consulat US à Tijuana, je suis témoin des pratiques racistes des officiers. Femmes et hommes du Salvador, du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua, qui fuient les guerres fomentées et soutenues par l’impérialisme US, attendent des heures sous le soleil, se font refouler. Je dois subir avec des femmes de tout âge des examens médicaux tout à fait humiliants. Je vis dans une petite ville, Rosarito, au dessous de Tijuana, au bord de l’océan. Le Mexique connaît alors une terrible inflation, on se promène avec des liasses énormes de billets pour acheter un kg de tomates. J’obtiens ma régularisation à l’été 1986 et j’entre avec un visa aux USA le 14 juillet. Je reprends finalement mes études, je m’inscris en Women’s Studies et Political Science à San Diego State University. Je veux obtenir une double licence avec la plus haute distinction &#8211; summa cum laude &#8211; pour pouvoir postuler dans une grande université pour mon doctorat. Ce sera le programme de doctorat en sciences politiques à l’université de Berkeley. Je publie rapidement en anglais des essais sur les femmes de la Commune<br />
de Paris, Frantz Fanon, l’esclavage colonial, la psychiatrie coloniale et postcoloniale, les femmes en lutte. Je participe à des missions sur les violations des droits des femmes au Salvador alors ravagé par une guerre civile soutenue par les USA, ou au Panama après l’invasion US. Arrêtées et emprisonnées au Salvador, le formidable élan qui nous fait sortir rapidement de prison est impressionnant de générosité et de solidarité. Je participe aux manifestations qui voient le jour à San Francisco autour de la manière dont le SIDA est traité par les autorités médicales et gouvernementales. À Berkeley, j’organise avec d’autres étudiantes un colloque féministe transdisciplinaire de doctorant-e- s, qui rencontre un énorme succès. Il a lieu plusieurs années de suite. J’ai l’immense chance de connaître June Jordan, Barbara Christian, Trinh Thi Min-ha,…, toutes des théoriciennes du féminisme « non-blanc ». Je travaille avec des artistes, je contribue au film d’Isaac Julien « Frantz Fanon, Black Skin, White Mask » (1996). J’obtiens mon doctorat en 1995 et ma thèse est publiée par Duke University Press.</p>
<p style="text-align: justify;">Je reviens en France fin 1995. J’obtiens un poste début 1996 à Sussex University où je reste jusqu’en 2000, puis j’enseigne au Center for Cultural Studies au Goldsmiths College, à Londres (2000-2007). Dès 2000, je contribue aux études préliminaires sur la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), un projet de musée à La Réunion. En 1998, je m’inscris dans la critique de la commémoration officielle des 150 ans de l’abolition de l’esclavage et participe à la marche du 23 mai 1998. Je commence à publier en français, mon premier ouvrage est Abolir l’esclavage. Une utopie coloniale, les ambiguïtés d’une politique humanitaire. Je suis<br />
tellement choquée par l’ignorance française des siècles où la France a été une puissance esclavagiste et donc de l’inévitable « effet-boomerang », comme l’appelle Aimé Césaire, de l’esclavagisme et du colonialisme, de l’effacement des esclaves Africains et Malgaches comme <span style="text-decoration: underline;">premiers</span> combattants contre la traite et l’esclavage que je décide d’écrire un ouvrage en français où j’analyse toutes les ambiguïtés de l’abolitionnisme français. Tout en enseignant en Angleterre, je suis active dans le mouvement pour les mémoires de l’esclavage. Je suis nommée au premier comité pour la mémoire de l’esclavage (2002), puis à celui créé en 2004 dont Maryse Condé est la présidente. Le Comité connaît la controverse sur les dates (10 mai ? 23 mai ?), l’offensive contre les lois dites « mémorielles » qui vise en premier la Loi de mai 2001 dite Loi Taubira, le retour du discours sur l’apologie de la colonisation (loi de février 2005). Les castes médiatiques, universitaires, politiques, continuent à voir dans l’esclavage un chapitre parmi tant d’autres, regrettable certes, mais qui ne nous apprendrait rien sur le capitalisme, le racisme, l’organisation internationale du travail, la ligne de couleur…</p>
<p style="text-align: justify;">Puis je travaille à plein temps au projet MCUR, années passionnantes, absolument passionnantes. L’opposition au projet est à la fois réunionnaise et française, violente, très personnalisée donc très sexiste. Le projet est tué en 2010 avec la victoire de la<br />
droite au Conseil régional. Je repars en France, je travaille pour le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes, je suis présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (2009-2012), je participe à des rencontres, des manifestations, des débats. En 2014, une Chaire est créée au Collège d’études mondiales, FMSH, Paris à laquelle je donne le nom de « Global South(s) ». Le « sud » n’est pas pris comme une indication géographique mais comme une création économique et politique de la dépendance, de l’exploitation mais aussi comme le lieu d’échanges et de rencontres qui échappent à l’hégémonie occidentale. Je commence dès 2015 à mettre en œuvre une programmation de séminaires, ateliers, et conférences. Je vois cette Chaire – il n’y a pas d’enseignement en vue d’un diplôme au Collège – comme la possibilité d’offrir des plateformes autour de conversations et débats qui, dans l’université, soit n’ont pas lieu, soit doivent répondre aux contraintes du curriculum. C’est donc assez libre. Il y a une plateforme « esclavage » avec le Pr. Marcus Rediker, une plateforme qui a été développée avec le Pr. David Theo Goldberg (religions et espace public en 2015, prolifération du racisme après le « post-racial » en 2016), une plateforme appelée L’Atelier avec des<br />
artistes, une sur postcolonialité et soin…</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>T.K. : Peux-tu revenir sur l&rsquo;objectif du MCUR ? Mises à part les attaques personnelles dont tu as fait l&rsquo;objet au cours de la campagne « anti-MCUR », n&rsquo;y avait-il pas aussi au mieux une incompréhension ou sinon une opposition à ce que l&rsquo;on parle du passé et des origines du peuple réunionnais ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">F.V. : Paul Vergès parle dès les années 1960 de ce projet dont l’objectif était de valoriser les différents apports culturels qui ont fait La Réunion, de leur donner part égale, de s’opposer au discours hégémonique qui dit que La Réunion devrait tout à La France.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’ai commencé à y réfléchir avec Carpanin Marimoutou, nous avons rapidement questionné une périodicité et une spatialité qui collait au récit hégémonique français : prise de possession de l’île par les Français et ensuite, siècle après siècle, ce qui se passe à La Réunion en miroir de la France. Nous avons décidé d’adopter une périodicité et une spatialité qui mettait l’Europe en périphérie, qui dénationalisait et décolonisait l’histoire. Autrement dit, nous sommes une île sur l’axe Afrique-Asie, dans l’Océan indien, espace millénaire de rencontres, de conflits, d’échanges entre Africains, Asiatiques, et habitants du Golfe persique. Partir de cet espace change profondément le regard et la méthodologie. D’une part, les hommes et femmes amenés de force comme esclaves sur cette île, puis les engagés et migrants, sont vus comme venant de sociétés qui ne sont pas sans histoire, qui ne sont pas repliées sur elles-mêmes, il y a des commerçants, des pèlerins, des marchands, des rois et des reines, des marins, des pirates, des artistes, des écrivains, des architectes, des artisans…, bref, des vies sociales et culturelles. L’Europe est lointaine, en périphérie.</p>
<p style="text-align: justify;">La première partie de l’exposition permanente aurait été consacré au monde indiaocéanique jusqu’à l’arrivée des Européens : les villes, les royaumes, le commerce, les littératures, les conceptions du politique, les mythes, les cultures. Puis nous aurions traité de l’esclavage colonial, à La Réunion, dans la région et globalement, un espace aurait été consacré aux colons – qui étaient-ils, d’où venaient-ils, qu’ont ils fait en arrivant ?- aux femmes – blanches et non-blanches- et à part, un espace aurait été entièrement consacré aux marrons, véritables combattants de la liberté. Troisième temps, celui des grandes migrations provoquées par les impérialismes dans l’Océan indien – entre 1830 et 1930, des millions d’Indiens et de Chinois sont jetés dans le circuit international et racialisé du travail, ils fuient famines, dépossession, bouleversements provoqués par les impérialismes, comme sous l’esclavage, ce sont des hommes pour les 2/3 -, le temps des engagés et des migrants de l’Asie du sud et de l’est, de Madagascar et d’Afrique, le temps de leurs cultures, langues, rites, qui s’ajoutent à ceux des esclaves, et déjà le temps d’organisations pour l’égalité, les révoltes des engagés, les premiers syndicats… Un quatrième temps/espace, celui des indépendances qui redistribue les<br />
cartes dans l’Océan indien – les musiques, les symboles, les figures, les grandes idées.. Et pour finir, « La Réunion du temps présent » celle qui se fait chaque jour, une réalisation faite avec les publics à propos des « petits » et « grands problèmes » locaux et globaux, dans une approche intersectionnelle – violence, environnement, genre, LGTBI, exploitation, agriculture, ville/plage/hauts, langues, rites, maison…</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voulions privilégier le monde et le temps des migrations dans l’Océan indien. L’espace aurait été celui des « anonymes », des gens « d’en bas » &#8211; esclaves, migrants &#8211; même si nous aurions évidemment parlé des royaumes et des empires.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous sommes posés la question de l’objet, de sa fétichisation en Occident. Pourquoi une vie pourrait-elle évoquée exclusivement à partir d’un objet ? Je ne nie pas l’importance de l’archéologie ou de la culture matérielle. Mais dans notre pays, il y a peu d’objets témoins de la vie des esclaves ou des marrons du 17 ème au 19 ème siècle, ni en général des domestiques, des pauvres. Le passé, c’est la grande maison créole des puissants, on ne parle pas des conditions de vie des domestiques dans ces maisons – nénennes, jardiniers, cochers, lavandières, cuisinières… Et nous nous sommes dit : « si nous partions de l’absence des objets ? » Non pas ignorer l’objet mais prendre comme point de départ son absence. Dès lors, que faire et comment faire ? Comment évoquer la matérialité d’une vie ? De la vie d’une jeune femme arrachée à sa terre à 12 ans, jetée comme esclave dans une plantation de Sainte-Suzanne : comment restituer sa présence ? Celle d’un homme venu du Gujerat, du Yémen, de Malaisie, de Madagascar ? Ce furent nos points de départ : autre périodicité, autre spatialité, pas de fétichisation de l’objet. Il y avait aussi d’autres principes : pas d’air conditionné ; le moins possible de lumière électrique ; une architecture ouverte, confortable, accueillante ; pas de séparation Nature/Culture ; des expositions mobiles, en construction avec les publics ; un vrai accueil – pas de ces réceptions froides où les visiteurs se sentent de trop, mais la possibilité de s’asseoir, de poser des questions &#8211; ; un jardin où échanger des plantes, échanger des recettes médicinales ; pas de silence imposé mais la possibilité de rire et parler fort ; plein d’endroits où s’asseoir ; une bibliothèque consacrée à la poésie de l’Océan indien, dans plusieurs langues ; la présence de toutes les langues qui ont été parlées et sont parlées à La Réunion, sans traduction systématique, pour provoquer le sentiment d’être étranger, comprendre que tout n’est pas donné, que cette idée que tout doit être immédiatement accessible est une idée liée à la consommation capitaliste ; des ateliers et une galerie dédiée à la vidéo et au cinéma pour encourager l’accès à ces outils par les jeunes. Une galerie dédiée aux Zarboutan Nout Kiltir (ZNK) – un titre que nous avons créé -, ces femmes et ces hommes, qui ont préservé et transmis des savoirs populaires.</p>
<p style="text-align: justify;">En résumé, restituer la singularité de la société réunionnaise <span style="text-decoration: underline;"><strong>et</strong></span> la mettre en relation avec les mondes de l’Océan indien. Nous avons beaucoup travaillé avec des classes et des associations, avec des artistes. Nous avons voulu avoir une équipe de jeunes Réunionnais-es qui ont été formés, à la collecte d’objets, à la recherche, à la communication…, ils ont été une vingtaine. L’équipe suivait de près toute la conception architecturale et technique : comment construire un bâtiment de basse consommation, qui n’exige pas des réparations tous les 5 ans, qui soit une « maison ». Nous avons écrit un programme scientifique et culturel très détaillé, nous avons publié des brochures pour les écoles, collecté ce qui fait une boutik sinwa, interviewé des ZNK, élaboré des programmes de recherche qui auraient été fait avec des chercheurs des pays de l’Océan indien, identifié des collections d’images et de films, conçu l’exposition permanente… L’équipe a énormément travaillé.</p>
<p style="text-align: justify;">L’opposition a été bien organisée. D’abord, en se focalisant sur une personne, la mienne, « Françoise Vergès, la  fille de… » pratiquement en un seul mot, à propos de laquelle tout était permis. Je sais bien que tu ne me demandes pas de m’y attarder mais je voudrais malgré tout signaler cette fabrication à travers le nom « Vergès » de l’ennemi, à laquelle il faut ajouter une profonde misogynie. Je pense qu’il faudrait analyser tout ça. Quand on parlait du contenu, ce qui était rare, c’était totalement malhonnête mais à un point ! Quand nous avons parlé de l’absence de sépulture pour les esclaves, un historien réunionnais de l’université a répondu qu’il y avait des cimetières &#8211; comme si enterrer quelqu’un était la même chose que lui donner une sépulture ! Quand nous avons dit que les archives étaient celles des puissants, des historiens nous ont attaqués. Il y a eu l’accusation de monter les Noirs contre les Blancs… Les journaux se moquaient de notre collecte des objets du quotidien : « tout ça pour des savates deux doigts ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agissait de mettre les Réunionnais au centre, de sortir des récits hégémoniques, de partir « d’en bas », de donner au Créole sa place dans le dispositif, et à l’oralité, au rire, au bruit, à la convivialité, mais ça n’a pas eu lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">« N’y aurait-il pas une opposition à ce que l&rsquo;on parle du passé et des origines du peuple réunionnais ? », demandes-tu. J’aurai plusieurs réponses :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li> Nous assistons à une réécriture officielle de l’histoire contemporaine – 1945/2000— pour faire accepter le récit d’une modernisation réussie malgré quelques erreurs.</li>
<li>On peut aussi dire n’importe quoi en toute impunité, mais n’importe quoi. Rien ne se capitalise, rien ne s’établit. Allez dans les écoles et demandez à des jeunes aujourd’hui ce qu’ils/elles connaissent de leur pays. Pas grand chose, ou alors de manière confuse. Allez sur le site du tourisme région, lisez des guides, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer.</li>
<li>On continue à parler de « Papa Debré » sans se demander quelle est l’origine de cette appellation. L’université relaie cette propagande en parlant des « années Debré » accordant à ce colonial convaincu les transformations de la société. Alors que je dirai que les années 1960 sont des « années réunionnaises » : années de réappropriation de la langue, de l’histoire, de la culture – publication de poèmes, de revues, de brochures, musique marronne du maloya – années de rêve d’un autre futur que celui de l’assimilation, années de solidarité avec les mouvements de décolonisation. Et c’est pour cela que Debré et sa clique répondent en se lançant d’une part dans une modernisation néo-coloniale : ponts, hôpitaux, routes, écoles et d’autre part dans l’assimilation forcée et la destruction des industries locales, la montée inexorable du chômage, l’organisation de l’émigration, l’exil d’enfants de familles pauvres et racisées, la criminalisation de la dissidence. La fin de productions locales en échange de l’économie de consommation.</li>
<li>Le discours de la pacification est aussi très fort. Là, où la société réunionnaise avait voulu rendre visible les circulations entre religions, communautés, cultures, rites, le pouvoir lui a opposé la « société métisse », masquant les inégalités fondées sur la racisation et faisant du métissage une arme de pacification.</li>
<li>Parler du passé, oui si c’est pour en faire un argument touristique – faut bien vendre quelque chose – mais pas pour en retirer des outils d’analyse critique sur la colonialité du pouvoir aujourd’hui, sur le devoir de solidarité avec les Comoriens, les Malgaches, les minorités en Inde, en Chine.</li>
<li>Il y a pratiquement pas d’enseignement de l’histoire réunionnaise à l’école, on assiste à une fabrication de la « tet vid ». Pas de fierté, une histoire soit doloriste soit lissée, neutralisée. C’est une arme formidable d’aliénation.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Mais le pouvoir ne s’exerçant jamais que par la force, il lui faut convaincre les opprimés d’être des soutiens de leur propre oppression, il faut diviser les subalternes. L’idéologie d’une « Réunion exemplaire » dans la République est un leurre et un piège quand ce discours n’émane pas d’en bas, des personnes les plus opprimées. Réunion « exemplaire » : de la pauvreté ? de l’échec de l’école française ? des inégalités ? des effets d’une nouvelle forme de globalisation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que nous sous-estimons encore ce qui s’est passé pendant les décennies qui ont fait passer l’île de la colonie à la colonialité républicaine. Il y a eu un conflit de « basse intensité », pas une guerre coloniale avec armée coloniale d’un côté et guérilla/armée anticoloniale de l’autre, mais une série de dispositifs mobilisant police, gendarmerie, tribunaux, médias, écoles, université, pour neutraliser les aspirations de la société réunionnaise à l’autonomie ou l’indépendance. Il s’agissait de décourager la population de soutenir &#8211; et participer au &#8211; projet des autonomistes et des indépendantistes, de la démoraliser, de la terroriser en diabolisant l’adversaire. Les femmes du peuple étaient traitées de pétroleuses sans féminité, les hommes emprisonnés, battus, humiliés. A un moment il y a eu des centaines d’hommes réunionnais en prison. La blancheur était célébrée. Le pouvoir a construit deux camps polarisés, systématiquement opposés. Journaux censurés, classe ouvrière réprimée, appauvrissement général, culture réunionnaise niée et bafouée, diabolisation des adversaires, et pendant ce temps, offre d’une assimilation qui donnait accès à la consommation en échange du silence, de l’acquiescement à la dépendance. Comment n’en resterait-il pas quelque chose ? Dénigrement de soi, honte de soi, mépris de l’histoire réunionnaise, voilà ce qu’il y a eu de 1945 aux années 2000. Ensuite, le pouvoir a pris quelques formules et les a détournées – le « métissage » par exemple passé d’un discours contre la pureté blanche (avec ses défauts certes) à un argument de vente et de pacification.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>T.K. : Je vois le « militantisme culturel » réunionnais d&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme </em></strong><strong><em>justement une réaction à ce déni de l&rsquo;identité réunionnaise, à l&rsquo;assimilation forcée qu&rsquo;a subi la génération de mes parents. Penses-tu que la lutte pour notre identité, notre langue, notre histoire, peut être liée à la lutte sociale pour la dignité des Réunionnais ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">F.V. : C’est inséparable, cela l’a toujours été. On a oublié les nombreuses publications autour du Créole, de la musique, de l’histoire et de la culture réunionnaise dans les années 1960-1970. Il y a eu un formidable élan culturel à l’époque et dans des journaux comme Témoignages ou dans des groupes indépendantistes, on parlait des<br />
luttes pour la dignité dans le monde, d’Angela Davis, des Vietnamiens, des Mauriciens, des Malgaches. Pourquoi cette mémoire anticoloniale a t’elle disparue ? Pourquoi pense t’on qu’il y aurait eu un vide culturel dans ces années, que les Réunionnais se seraient laissé faire ? Quels sont les intérêts à cet oubli ? Cette assimilation forcée qu’ont subit tes parents, il faut se demander comment elle s’est installée, quels ont été les moyens utilisés, si elle a gagné et pourquoi et comment. Qu’a t’elle offert en contrepartie de l’oubli ? Il faut comprendre comment s’est créé un consentement à l’hégémonie assimilatrice, mais aussi dans quels milieux s’est-elle imposée ? Quelles ont été, et quelles sont, les pratiques dissidentes à cette hégémonie ? Les raisons pour lesquelles des Réunionnais ont adhéré à l’assimilation reste une question centrale, je dis bien « adhéré » pas subi, il y a adhésion dans toute une partie de la société réunionnaise et il faut comprendre pourquoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Une politique des identités se doit d’être élaborée en relation avec les luttes sociales, environnementales, féministes, et antiracistes. La demande que les postes de décision soient occupés par des Réunionnais est justifiée, mais en quoi garantit-elle plus de justice sociale ? Que faisons-nous de la critique de Frantz Fanon de la « bourgeoisie nationale », du désir du colonisé d’occuper la place du colon pour jouir de ses privilèges et non pour changer les conditions de vie du plus grand nombre ? Que pensent les jeunes sans travail, qui sont les plus nombreux, dans notre pays ? Quelles sont leurs aspirations ? Nous ne vivons pas sous cloche, nous vivons dans un monde où l’économie est financiarisée, où la précarisation est systématisée, où de nouvelles formes de colonisation et de dépossession sont à l’œuvre. Pour nous, à La Réunion, qui avons été intégrés, par notre histoire, au système du capitalisme racial, que pouvons-nous apporter aux luttes contre ce système destructeur de la vie ? Tous les chiffres montrent à quel point les « outre-mer » ont été soumis depuis des décennies à la désindustrialisation, à la dépendance. Comment allons-nous en sortir ? Comment allons-nous nous émanciper, nous décoloniser dans cette période qui s’annonce particulièrement dure pour les peuples du Sud global ? Il faut repartir à l’écoute des Réunionnaises et des Réunionnais.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>T.K. : Dans ton dernier ouvrage « Le ventre des femmes », tu parles de ce </em></strong><strong><em>scandale des avortements et stérilisations pratiqués à l&rsquo;insu de </em></strong><strong><em>femmes réunionnaises dans les années 1960-1970. Entre ce drame, </em></strong><strong><em>celui de la déportation des « enfants de la Creuse », et de l&rsquo;exil </em></strong><strong><em>de millier de Réunionnais dans l&rsquo;hexagone par le biais du BUMIDOM, </em></strong><strong><em>les « années Debré » s&rsquo;apparentent à une politique de dé-r</em></strong><strong><em>éunionnisation de la Réunion. Avec en parallèle l&rsquo;assimilation </em></strong><strong><em>forcée, et l&rsquo;immigration de plus en plus forte de travailleurs zorèy </em></strong><strong><em>à la Réunion, n&rsquo;est-ce pas le « génocide par substitution » dont </em></strong><strong><em>Aimé Césaire parlait pour la  artinique ? Doit-on avoir peur de ce </em></strong><strong><em>phénomène ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La politique d’installation (settler colonialism) est un phénomène qui fait partie des politiques coloniales. À partir du moment où la république parle d’égalité de tous les citoyens tout en autorisant les politiques discriminatoires, on est dans une colonialité républicaine du pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand tu parles de l’arrivée massive de travailleurs et fonctionnaires zorey à La Réunion, ça m’évoque le mouvement d’émigration massive des Européens dans la deuxième moitié du 19 ème siècle : plus de 60 millions d’Européens partent vers les États Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du sud&#8230; Après avoir pratiqué le génocide des peuples autochtones, ils s’installent et font de ces pays des pays de « l’homme blanc » véhiculant des idées racistes. L’Europe se débarrasse de ses classes dangereuses et les transforme en colons blancs : un gain sur tous les plans ! Bien sûr les deux phénomènes ne sont pas similaires mais ce que je veux dire c’est que tous deux démontrent l’existence d’une conviction : que le monde est là pour servir aux occidentaux de terrain de jeux, pour assouvir leurs désirs, apaiser leurs craintes, leur garantir une position de supériorité. Aujourd’hui, pour des Français, c’est formidable de s’installer dans les « outre-mer » : ils échappent aux difficultés en France, vont dans des pays où le français est imposé, c’est la langue officielle, où ils peuvent débarquer sans jamais faire l’effort d’apprendre la langue, l’histoire, la culture du pays et, être « chez eux» ! Les lois le protègent, l’idéologie républicaine qui nie l’existence du racisme structurel le conforte, la colonialité du pouvoir républicain justifie son sentiment de supériorité ! S’il est travailleur, il subit moins le chômage qu’en France ou par rapport aux locaux, s’il est fonctionnaire, il gagne plus qu’en France pour la même position ! Il peut avoir une nénenne, un jardinier, une piscine, séduire une jeune fille « oiseau exotique », justifier sa position en dénigrant les locaux. Ainsi se renforce chez les Français le sentiment qu’ils n’ont pas à se décoloniser.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je voudrais dire que ce dont je parle dans Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme ne se limite pas à un cas « réunionnais ». Le corps mutilé des milliers de femmes réunionnaises enceintes, charcuté par des médecins hommes et blancs, qui en plus se sont fait des fortunes et ne seront jamais punis, est certes à analyser avec le BUMIDOM et les enfants de la Creuse dans le contexte de choix politiques : d’une part, l’État ne développera pas les « DOM », il le dit clairement dans le plan Monnet et d’autre part, dans le contexte de la destruction des industries locales, de la montée du chômage comme conséquence du choix de non-développement. Mais aussi, dans une politique plus large : celle qui consiste à intervenir globalement sur le ventre des femmes non-blanches, à décider qui a le droit de donner naissance et qui ne l’a pas, dans le contexte d’une idéologie au niveau mondial qui fait du contrôle du taux de naissance dans le Sud global, un élément de la politique impérialiste. Et ces drames ont été la conséquence de choix pris en toute conscience, avec la complicité zélée d’intermédiaires locaux. Sans tous ces intermédiaires, ces politiques n’auraient pas autant réussi. Pourquoi des Réunionnaises et des Réunionnais ont-ils consenti à arracher des enfants à leurs parents, à mentir aux jeunes qui partaient par le BUMIDOM, à envoyer des femmes enceintes être avortées et stérilisées sans leur consentement ? Il est temps de se pencher sur les complicités locales : qu’est ce qui les a provoquées ? L’intérêt financier ? L’adhésion à l’idéologie d’assimilation et son mépris des pratiques populaires ? Le désir de bien se faire voir du maître ? Tout ça ensemble ? Il faut analyser les croisements entre racisme, sexisme et classe sociale, c’est impératif.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour relancer les luttes sociales, nous pourrions apprendre des pratiques alternatives qui se développent en Amérique du sud et du nord, en Afrique, en Asie, en Europe, de Black Lives Matter aux luttes des peuples indigènes. Développer la solidarité sur l’île et avec les peuples qui nous entourent. Dénoncer le racisme, celui qui consiste à refuser un poste de direction à un-e Réunionnais-e comme celui qui s’exerce contre les Komors, se demander pourquoi un parti comme le FN dans un pays qui a été victime du racisme structurel, où des femmes et des hommes ont été pourchassés, battus, stigmatisés, assassinés au nom du racisme, obtient tant de voix ! Ne nous cachons pas derrière le taux d’abstention. Il y a toujours eu de l’abstention. Que se passe t’il ? Il faut reprendre la réflexion. N’oublions pas qu’un homme politique réunionnais a demandé le retrait du droit du sol à Mayotte et l’imposition du droit du sang ! Il n’y a pas eu de protestation massive contre cette proposition. La lutte contre le racisme structurel est une lutte sociale, politique et culturelle. Encore une fois, je pense que nous devons aller à l’écoute des Réunionnaises et Réunionnais les plus démunis, les plus discriminés pour élaborer de nouvelles stratégies.</p>
<p style="text-align: justify;">T.K. : <em><strong>La situation sociale à la Réunion est alarmante à l&rsquo;heure actuelle. </strong></em><em><strong>Mais par-dessus cette situation, j&rsquo;ai aussi l&rsquo;impression que nous </strong></em><em><strong>vivons une injustice : 1 jeune réunionnais sur 2 est au chômage et </strong></em><em><strong>pour y remédier, on pousse la jeunesse réunionnaise à partir, alors </strong></em><em><strong>qu&rsquo;on fait venir de l&rsquo;hexagone des personnes qui vont occuper des </strong></em><em><strong>postes qui auraient pu être obtenus par des réunionnais. On nous </strong></em><em><strong>conseille de partir se faire de l&rsquo;expérience ailleurs, mais de </strong></em><em><strong>retour sur le marché de l&#8217;emploi local, les jeunes se retrouvent </strong></em><em><strong>pour beaucoup dans l&rsquo;impasse. Le Rapport INED 2012 affirme que « A </strong></em><em><strong>diplôme égal, un Métropolitain semble avoir un avantage sur le </strong></em><em><strong>marché du travail et accéder plus facilement qu’un natif à une </strong></em><em><strong>profession de qualification élevée.»). La situation est la même dans </strong></em><em><strong>les autres « département d&rsquo;outre-mer ». Il est difficile de parler </strong></em><em><strong>de cette situation sans se faire taxer de « xénophobe » ou de </strong></em><em><strong>« raciste ». Pourtant, j&rsquo;ai plutôt l&rsquo;impression de voir dans cette </strong></em><em><strong>injustice la marque de la discrimination raciste et du « privilège </strong></em><em><strong>Zorèy ». Peux-tu me donner ton avis là-dessus ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">F.V. : Dès le moment où l’État décide, en 1946, que le développement des « DOM » est impossible et que les deux politiques qui doivent être appliquées sont l’organisation de l’émigration et le contrôle des naissances, un choix est fait : il n’y aura pas de travail pour les Réunionnais, ni pour tous les autres « domiens » (désolée pour l’utilisation de ce terme). Mais dans le même temps, et toujours dans ces années fin 1940-début 1950, l’Etat décide que l’appareil d’État et ses institutions – justice, école, police, armée, université— seront aux mains de fonctionnaires zorey car il décide de ne pas former des Réunionnaises et Réunionnais (pareil ailleurs) pour ces postes. Il y a dans cette décision un élément colonial et raciste. Aujourd’hui encore les postes de décision, de chefs de service, dans les institutions muséales ou autres sont en grande majorité aux mains de zoreys. C’est un symptôme de la colonialité du pouvoir, du fait que la structure du pouvoir – qui l’exerce, au nom de quelle idéologie, pour quels objectifs— reste profondément marquée par le colonial et le masculin. On ne parle jamais du fait que ces postes sont comme naturellement occupés par des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, les « outre-mer » sont devenus un terrain d’implantation pour d’autres Français que des fonctionnaires, entrepreneurs, retraités, artistes&#8230; Mais ce qui est important c’est : reconnaissent-ils leurs privilèges et y renoncent-ils ? En général, ils ne réfléchissent pas à la place qu’ils occupent et au rôle qu’ils jouent, même quand ils véhiculent des idées progressistes, ces dernières viennent le plus souvent d’un cadre occidental. Ils ne tiennent compte ni des idées locales, ni des luttes locales, ils importent un cadre idéologique et des pratiques. Aucune surprise, car la France n’est pas du tout décolonisée. Quand je parle de décolonisation de la société française, je pars des remarques d’Aimé Césaire sur « l’effet-boomerang » de l’esclavage et du colonialisme, du fait écrit-il qu’on ne « colonise pas innocemment », et qu’il y aura toujours un retour du colonial dans la société qui colonise. Cette dernière sera contaminée par les idées racistes, par l’idéologie du capitalisme racial, que ce soit sa classe ouvrière, ses mouvements progressistes, ou sa classe universitaire, son monde artistique et culturel. Mouvements sociaux, syndicats, mouvements féministes, et partis politiques deviendront aveugles à la question raciale, à la manière dont la classe est racialisée. Le débat « soit la classe, soit la race » est de fait indigent.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’inscris dans la lignée de Cedric Robinson, d’Angela Davis, des féministes du Sud, des penseurs de la décolonialité, et donc, je ne sépare pas les catégories. En résumé, la société française ne s’est pas décolonisée, les mouvements et partis de gauche ne se sont toujours pas demandé comment renoncer aux privilèges de la suprématie blanche. On le voit avec le vote qu’elle accorde à un parti xénophobe et raciste, avec les discours et politiques de partis de gauche et de droite, avec le projet de déchéance de la nationalité par un gouvernement PS, avec le contrôle au faciès, le refus d’accorder le droit de vote aux étrangers (promesse du PS qui date de 1981 !!), avec les camps de rétention à Mayotte, les assassinats de jeunes Noirs ou de jeunes Arabes par des policiers en toute impunité, avec l’Islamophobie qui fait que des féministes françaises pensent qu’il est plus important de persécuter les femmes musulmanes plutôt que de lutter contre le travail précarisé et à temps partiel qui touche en premier les femmes, et je pourrais continuer longtemps comme ça. On l’a encore vu avec l’immense mouvement en Guyane : les Français savaient à peine où c’était, pratiquement personne ne savait que 80% des terres appartiennent à l’État !, que la Guyane manque de lycées, collèges, écoles primaires, routes, cliniques, hôpitaux en 2017, qu’elle a 700km de frontière avec le Brésil et 500 avec le Surinam, des frontières artificielles créées par le colonialisme, que jusqu’à 70/80% des produits consommés viennent de France&#8230; Les outre-mer c’est le théâtre de l’absurde. Mais nous devons reconnaître la force de l’idéologie de l’assimilation ! Et cela, bien que la figure hégémonique du citoyen « blanc, mâle et chrétien » ne tient plus. Le désir de rester dans la république française indique t’il le succès de l’assimilation ou qu’un autre contenu pourrait être donné à terme au mot « république » qui veut dire « la chose commune » ? Comme les Noirs américains ou les Afro-Brésiliens qui se battent pour extirper le racisme du système politique et culturel dans lequel ils vivent. Mais ce n’est pas tout à fait pareil puisque nos pays sont géographiquement loin de la France, inscrits dans des régions du monde auxquelles nous appartenons. Est-ce possible d’inventer une manière d’être citoyens d’un même ensemble politique mais en vivant dans un espace éclaté avec des territoires qui ont des mémoires, des langues, des cultures, et une histoire chaque fois singulières, inscrits dans des régions du monde en pleine mutation ? Évidemment, cela ne signifie pas abandonner l’idée d‘indépendance, mais est-ce possible de l’imaginer sans suivre obligatoirement le chemin de l’Etat-Nation ? Même si c’est envisageable, ce sera long : l’État n’a aucun intérêt à renoncer à ces territoires et il a pas mal réussi à diviser les subalternes, à faire de la dépendance le nœud coulant dont on ne peut pas se passer, qui vous tient et vous étrangle. Il y a tout un travail à faire pour contrer l’idéologie « il n’y a pas d’alternative ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’accusation de « xénophobie » ou de « racisme » est tout simplement scandaleuse. C’est se moquer de nous. Tous, mais vraiment tous les indicateurs d’institutions étatiques montrent que des discriminations qui privilégient les Français blancs existent. Je n’ai jamais entendu parler d’une discrimination au logement, à l’emploi, à la promotion, à la santé, à l’éducation qui viserait un blanc dans les « outre-mer ». Par contre, que ce soit chez eux ou en France, les citoyens des DOM rencontrent des discriminations. Cette accusation, c’est encore un moyen de s’accrocher à ses privilèges, d’utiliser le principe d’égalité tant qu’il sert à imposer des inégalités. C’est toujours le refus de voir que le racisme est structurel. « Le blanc » peut dire que « nous devons tous être frères et sœurs » et oublier sa couleur, prétendre que nous sommes « tous frères » car cela lui permet de se protéger de la connaissance. Or, il n’y pas d’égalité dans la République, le nom, l’origine, la religion, le handicap, le genre, sont des causes de discriminations. C’est quand même évident !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je voudrais redire qu’il faut aussi que nous nous posions la question de nos complicités passives ou actives. Relisons Césaire, Fanon, Baldwin, Cabral, Mbembe… Et là je reviens à La Réunion. Pourquoi n’a t’il pas encore eu de mouvement de protestation des étudiants réclamant un enseignement moins tourné vers la France, plus en phase avec les besoins du pays et de la région ? Pourquoi l’enseignement des langues de notre région est-il si faible ? Pourquoi n’y a t’il pas à l’université de département des études africaines et asiatiques, d’études féministes ? Qui est invité dans nos écoles d’art ? À l’université ? Qui parle et pour qui ? Pourquoi refusons-nous de redonner à notre société l’histoire des luttes des années 1950-1980 ? Pourquoi avons-nous renoncé à avoir notre propre agenda aux élections et que nous sommes collés aux débats français ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lutter contre la suprématie blanche à La Réunion, et dans les « outre-mer », il faut déjà se libérer de nos propres aliénations, avoir un horizon d’émancipation qui englobe lutte antiraciste, anticapitaliste, anti-misogynie, anti-homophobie et anti- impérialiste. Quand je vois que pour relancer le tourisme, on peut inviter la fille Hilton, vraiment quelle vacuité, que l’esclavage est toujours peu enseigné &#8211; ça dépend en grande partie de la volonté de l’enseignant -, que les inégalités augmentent entre Réunionnais, que l’école perpétue les inégalités et la dévalorisation de la culture et de la langue réunionnaise, qu’un projet aussi coûteux et délirant que la route du littoral en mer continue à se faire alors que dans le monde entier, on réfléchit aux modes alternatifs de transport… Il existe pourtant des initiatives, un retour à des légumes et des fruits qui avaient pratiquement disparu, des pratiques de culture bio, la valorisation de médecines péi, des associations culturelles tournées vers les enfants des classes populaires, des groupes d’entraide de femmes, la préservation de rites, le désir de connaître le pays des ancêtres, un mépris envers politiciens et politiciennes qui révèle une compréhension de la perte chez eux de l’intérêt général… Nous ne vivons pas sous cloche, sous la protection de « maman France ».</p>
<p style="text-align: justify;">Parvenir à ce que des Réunionnaises/Réunionnais (et dans tous les « outre-mer ») puissent avoir accès à l’emploi de manière préférentielle, c’est justice, mais ça ne réglera pas la question plus large du chômage structurel qui existe depuis des décennies, ni de la dépendance et ce n’est pas en elle-même une mesure anticapitaliste. À La Réunion, qu’allons-nous dire aux Comoriens et aux Malgaches qui travaillent sur l’île : « Retourne dans ton pays ? » La question des zoreys qui ont plus facilement accès à l’emploi à La Réunion est une question liée à la colonialité républicaine qui garantit à ses citoyens blancs des privilèges qui sont nés des siècles de colonialisme (esclavagiste et post-esclavagiste). Je donne toujours cet exemple des privilèges du « blanc » : si les femmes françaises ont obtenu très tardivement la plupart des droits civiques &#8211; dont le droit de vote en 1945 -, les femmes blanches avaient le droit de posséder des esclaves, avaient ce droit de propriété sur des êtres humains parce qu’elles étaient blanches; elles ont possédé des plantations, et c’était un privilège qui leur était encore une fois accordé parce qu’elles étaient blanches, blanc étant ici le marqueur social et culturel associé à une origine (l’Europe) et une couleur de peau acquis à travers l’histoire de la colonisation. Donc, elles ont droit de propriété sur des êtres humains – les acheter, les vendre, les tuer – bien qu’elles n’ont pas la plupart des droits de citoyenne. La racialisation est plus forte que le genre.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment effectuer la décolonisation de nos mentalités ? C’est la question que se sont toujours posée les opprimé-e- s, qui est présente chez Césaire, Cabral, Fanon, Mandela, Malcom X, les féministes noires, latinas, asiatiques, qui a été là au PCR et chez les indépendantistes réunionnais : comment je m’émancipe des représentations, des cadres idéologiques qui m’étouffent et m’aliènent, comment je me libère de mes propres préjugés de classe, de race, de genre, ou homophobes, comment je n’ai honte ni de qui je suis ni du milieu d’où je viens, comment j’affirme ma solidarité avec les plus faibles, les plus précarisés… Nous devons nous déprendre de notre dépendance, de notre désir à être « reconnus » par « la France » mais dans ce pays, les décennies de politique d’austérité ont conduit à l’accroissement des inégalités, les arguments du FN se sont répandu dans la société et les partis politiques ! Quelle est la nature de notre attachement névrotique à ce pays ? Ne devons-nous pas sortir du syndrome postcolonial ? Quelle a été notre place dans les dernières élections présidentielles ? Aucune. Des phrases creuses, des déclarations<br />
d’affection comme si c’était de ça que nous avions besoin et non de respect. Allons-nous contribuer, avec les racisé-e- s et opprimé-e- s en France à faire que ce pays change de paradigme ou allons-nous continuer à nous contenter de miettes ? Si nous ne nous engageons pas dans une nouvelle politique de décolonisation, ça restera comme c’est avec chaque année, plus de pauvres, plus d’inégalités, plus de corruption, plus de prisons, moins d’emplois, mais aussi des gens qui vivent très bien. Nous vivrons comme dans une réserve.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Mèrsi aou Franswaz ! Nartrouv</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Propos recueillis pour <a href="https://www.tikreol.re/">tikreol.re</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Lettre ouverte à Virginie Chaillou-Atrous, « La Nantaise »</title>
		<link>https://www.tikreol.re/lettre-ouverte-a-virginie-chaillou-atrous-la-nantaise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Oct 2016 21:12:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Aktialité]]></category>
		<category><![CDATA[préférence coloniale]]></category>
		<category><![CDATA[préférence régionale]]></category>
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					<description><![CDATA[Lettre ouverte à  Virginie Chaillou-Atrous (postulante au remplacement de notre historien Sudel Fuma décédé en 2014 ) suite à ses propos tenus sur Radio 1ère le 13 octobre 2016 Chère Madame, Vous avez raison, cette histoire dépasse simplement la nomination à un poste d&#8217;enseignant-chercheur. Quand bien même ce poste est symbolique puisqu&#8217;il est celui de Sudel Fuma, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Lettre ouverte à  Virginie Chaillou-Atrous (postulante au remplacement de notre historien Sudel Fuma décédé en 2014 ) suite à ses propos tenus sur <a href="http://la1ere.francetvinfo.fr/virginie-chaillou-universitaire-nantaise-dont-nomination-reunion-fait-polemique-denonce-climat-nauseabond-406125.html">Radio 1ère le 13 octobre 2016</a></em></p>
<p style="text-align: justify;">Chère Madame,</p>
<p style="text-align: justify;">Vous avez raison, cette histoire dépasse simplement la nomination à un poste d&rsquo;enseignant-chercheur. Quand bien même ce poste est symbolique puisqu&rsquo;il est celui de Sudel Fuma, qui militait pour que les Réunionnais s&rsquo;approprient leur histoire. Le problème derrière cette histoire, Madame, c&rsquo;est que malgré vos belles études et votre grand travail sur les engagés à la Réunion, vous ne sachiez pas faire le lien entre ce que vous avez appris et le monde réel Réunionnais, ainsi que le monde post-colonial en général.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes déçue de ne pas avoir eu ce poste. Pauvre de vous. Que va-t-il advenir de vous ? Vous vous dites « discriminée », mon dieu ! Comment allez-vous faire pour trouver du travail et subvenir à vos besoins ! Mais que fait la LICRA et SOS Racisme ? Les « identitaires » Réunionnais seraient-ils donc du même bord que les identitaires de l&rsquo;hexagone ? Racistes et anti-racistes seraient-ils à mettre dans le même panier ? C&rsquo;est ce que tout ignorant pourrait presque penser. Sauf que la discrimination raciale a une histoire, une histoire coloniale, comme à la Réunion. Et celle-ci s&rsquo;opère toujours sur notre île, de façon plus ou moins implicite.</p>
<p style="text-align: justify;">Imaginez un instant : vous, femme française blanche diplômée qui vous attribuez le qualificatif de «discriminée» dans cette affaire. Mettez cela en comparaison avec la moitié de la population réunionnaise vivant en-dessous du seuil de pauvreté, de la moitié des jeunes réunionnais au chômage. Et de tous ceux obligés de quitter leur île parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre choix pour pouvoir trouver un travail, pendant que d&rsquo;autres qui ont les mêmes diplômes qu&rsquo;eux débarquent de l&rsquo;hexagone tous frais payés pour un emploi qu&rsquo;un Réunionnais aurait très bien pu avoir, si l&#8217;employeur lui avait laissé une chance.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous ne le savez peut-être pas, mais la domination coloniale française à la Réunion, sous les traits de l&rsquo;esclavage et de l’« engagisme » &#8211; ou servilisme selon Sudel Fuma – au début de l&rsquo;histoire de l&rsquo;île, n&rsquo;a pas disparue d&rsquo;un coup de baguette magique en 1946. La société réunionnaise reste encore aujourd&rsquo;hui profondément marquée par son histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous vous demandez pourquoi dans cette affaire a-t-on parlé de votre origine, et dites que parler de néo-colonialisme ça serait, je cite : « prôner une incitation à la haine raciale et une division de la société ». Mais Madame, la division raciale de la société Réunionnaise nous la voyons tous les jours, tout le temps. Vous l&rsquo;ignoriez peut-être, car aveuglée par votre foi dans la République Une et Indivisible. Le ressentiment qui peut découler de cette division de la société ne disparaîtra que quand les inégalités disparaîtront. Oui : les inégalités, que ce soit dans l&rsquo;accès à l&rsquo;éducation, à l&#8217;emploi, au logement, aux richesses produites par la société. Tous les Réunionnais ne sont déjà pas égaux entre eux, et entre Réunionnais et Zorèy encore moins.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n&rsquo;invente rien. C&rsquo;est un fait déjà recensé dans un rapport de Madame Aubry en 1997 (« Vingt-sixième rapport sur la situation démographique de la France »), dans un rapport de l&rsquo;INED de 2012 (cf. texte de l' »<a href="http://www.lapel.re/">Appel au peuple réunionnais</a>« ), ainsi que dans les recensements de l&rsquo;INSEE qui montrent entre autres, que les personnes nées dans l&rsquo;hexagone sont à la Réunion surreprésentées dans les catégories socio-professionnelles de type cadres, professions libérales, chefs d&rsquo;entreprise&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Non, Madame, nous ne vivons pas dans le monde idyllique du mythe républicain de l&rsquo;égalité universelle. Les séquelles du monde colonial sont toujours structurantes sur notre île. Et s&rsquo;il faut prendre des mesures telles que la « préférence régionale » pour lutter contre les inégalités, alors soit ! Pourquoi la Corse et la Nouvelle-Calédonie pourraient-elles bénéficier de ce genre d&rsquo;aménagements, et pas la Réunion ? Si c&rsquo;est une question du statut de notre île, tel que défini par l&rsquo;article 73 de la Constitution, cela se change, comme l&rsquo;amendement Virapoullé qui a condamné la Réunion à l&rsquo;immobilisme dans le cadre de cet article. Alors ce ne sera peut-être plus aussi « anticonstitutionnel » que ça ne le serait aujourd&rsquo;hui ? Peut-être que l&rsquo;idée ne vous sera pas aussi dégoûtante que maintenant ? J&rsquo;en doute&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes déçue aussi car en attendant que la justice rende son verdict final sur votre nomination, vous pensiez peut-être que le ministère pourrait vous appuyer, passer outre la décision de la justice. Et bien vous vivez dans un « État de droit », comme vous semblez si bien l&rsquo;apprécier, il faut faire avec. Ou alors vous n&rsquo;aimez le droit que quand il est de votre côté ? Du côté des plus forts ?</p>
<p style="text-align: justify;">Toi, l&rsquo;historienne, tu devrais pourtant savoir que le droit évolue, et que ce qui est légal un jour fini par ne plus l&rsquo;être, et inversement. Sinon des esclaves et des engagés il y en aurait toujours à la Réunion&#8230; Alors s&rsquo;il le faut, la préférence régionale pour la justice sociale !</p>
<p style="text-align: justify;">A lire aussi sur ce sujet  :</p>
<p><a href="https://crefom.org/patrick-karam-limpression-que-ce-candidat-a-ete-elimine-parce-quil-etait-reunionnais/">https://crefom.org/patrick-karam-limpression-que-ce-candidat-a-ete-elimine-parce-quil-etait-reunionnais/</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.zinfos974.com/Le-localisme-face-au-neocolonialisme_a106316.html">http://www.zinfos974.com/Le-localisme-face-au-neocolonialisme_a106316.html</a></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Mèt kréol anlèr (Kréolokoz)</title>
		<link>https://www.tikreol.re/met-kreol-anler-kreolokoz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Jun 2016 21:28:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kiltir réyoné]]></category>
		<category><![CDATA[chanson]]></category>
		<category><![CDATA[kréol]]></category>
		<category><![CDATA[kréolokoz]]></category>
		<category><![CDATA[mèt kréol anlèr]]></category>
		<category><![CDATA[paroles]]></category>
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					<description><![CDATA[In gayar shanson pou tir la ont dan nout tèt, kas la shèn dan nout léspri Nou lé pa plis, nou lé pa mwin ! Mèrsi Kréolokoz ! In bann ofisyèl, in bann maron In lang ofisyèl, in lang maron In group plasé, lot klandéstin Déplasé, égzilé san féstin Tank la lang fransé Sra lo [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>In gayar shanson pou tir la ont dan nout tèt, kas la shèn dan nout léspri</em><br />
<em> Nou lé pa plis, nou lé pa mwin !<br />
Mèrsi Kréolokoz !<br />
</em></p>
<p><iframe src="https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/268891839&amp;color=ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false" width="100%" height="166" frameborder="no" scrolling="no"></iframe></p>
<p>In bann ofisyèl, in bann maron<br />
In lang ofisyèl, in lang maron<br />
In group plasé, lot klandéstin<br />
Déplasé, égzilé san féstin</p>
<p>Tank la lang fransé<br />
Sra lo sèl lang rokoni<br />
Péi de drwa pou kèl lom ?<br />
Légalité fantom</p>
<p>Malgré nout diplom<br />
Zot i asèv dénig nout zéni<br />
Tou lo talan kréol<br />
Souzéstimé a linfini</p>
<p>Tank la lang fransé<br />
Sra lo sèl lang ki mèt anlèr<br />
Nou koné kisa somèr<br />
Nou koné ki sar anlèr</p>
<p>Tank la lang kréol<br />
Sora souyé vandalizé<br />
Kisa lé favorizé,<br />
Kisa lé marzinalizé (kozé !)</p>
<p>Mèt kréol anlèr,<br />
Pou nou mèt anou anlèr<br />
Anon mèt anou anlèr,<br />
I fo nou mèt anou anlèr (bis)</p>
<p>Kréol dan lékol,<br />
Anon mèt anou anlèr<br />
Pa pli souyon, pa pli mol<br />
Anon mèt anou anlèr</p>
<p>I konsidèr pa nout lang<br />
Dirèk i bord nout parol<br />
La konfians marmay i trang<br />
Dék i anbèk somin lékol</p>
<p>Bann misyonér lékol<br />
Lavé di anou pou nou avansé<br />
Falé suisid nout kréol<br />
Pou niabou ronèt an fransé</p>
<p>Tank lo lang kréol<br />
Sora souyé vandalizé<br />
Kisa lé favorizé,<br />
Kisa lé marzinalizé</p>
<p>Mèt kréol anlèr,<br />
Pou nou mèt anou anlèr<br />
Anon mèt anou anlèr,<br />
I fo nou mèt anou anlèr (bis)</p>
<p>Kréol dan lékol,<br />
Anon mèt anou anlèr<br />
Pa pli souyon, pa pli mol<br />
Anon mèt anou anlèr</p>
<p>Dopi la kolonizasyon<br />
Réyoné na mové répitasyon<br />
Oblizé viv dégizé<br />
Pou pa èt marzinalizé</p>
<p>Pou lasansyon sosyal,<br />
Sofkoman fo nou mont « pat blans »<br />
Préférans pa rézyonal,<br />
Préfèr in lélit « made in france »</p>
<p>Tank la lang fransé<br />
Sra lo sèl lang ki mèt anlèr<br />
Nou koné kisa somèr<br />
Nou koné ki sar anlèr</p>
<p>Tank lo lang kréol<br />
Sora souyé vandalizé<br />
Kisa lé favorizé,<br />
Kisa lé marzinalizé</p>
<p>Mèt kréol anlèr,<br />
Pou nou mèt anou anlèr<br />
Anon mèt anou anlèr,<br />
I fo nou mèt anou anlèr (bis)</p>
<p>Kréol dan lékol, (Anon mèt anou anlèr)<br />
Pa pli souyon, pa pli mol<br />
Légzil, somaz, la zol<br />
Prétan pi trwa monopol</p>
<p>Kréol pa marzinal (Anon mèt anou anlèr)<br />
Otantik, orizinal<br />
Préférans Rényonal<br />
Kréol dovan pa pli mal</p>
<p>Mèt kréol anlèr,<br />
Pou nou mèt anou anlèr<br />
Anon mèt anou anlèr,<br />
I fo nou mèt anou anlèr</p>
<p><a href="http://www.kreolokoz.re/">Kréolokoz</a>, Mèt kréol anlèr (album<em> Fanal pou bann zétwal la pér briyé</em>)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-784" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/06/tumblr_nrskbvp73k1u7mzk7o1_500.png" alt="tumblr_nrskbvp73k1u7mzk7o1_500" width="440" height="220" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/06/tumblr_nrskbvp73k1u7mzk7o1_500.png 440w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/06/tumblr_nrskbvp73k1u7mzk7o1_500-300x150.png 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/06/tumblr_nrskbvp73k1u7mzk7o1_500-400x200.png 400w" sizes="(max-width: 440px) 100vw, 440px" /></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Peuple réunionnais</title>
		<link>https://www.tikreol.re/peuple-reunionnais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Jun 2016 21:47:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fonnkèr]]></category>
		<category><![CDATA[fonnkèr]]></category>
		<category><![CDATA[Prosper Ève]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.tikreol.re/?p=773</guid>

					<description><![CDATA[Poème de Prosper Ève, historien réunionnais Peuple réunionnais, Méfiez-vous comme de la peste, De ceux qui vous jettent au visage Avec un brin de suffisance : « Qui est Réunionnais ? » Ne vous bercez plus d’illusions, Le temps des dodolaminettes doit prendre fin, Parce-que les sat marron sont toujours là pour vous souké. La [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>Poème de Prosper Ève, historien réunionnais</strong></em></p>
<p>Peuple réunionnais,<br />
Méfiez-vous comme de la peste,<br />
De ceux qui vous jettent au visage<br />
Avec un brin de suffisance :<br />
« Qui est Réunionnais ? »<br />
Ne vous bercez plus d’illusions,<br />
Le temps des dodolaminettes doit prendre fin,<br />
Parce-que les sat marron sont toujours là pour vous souké.<br />
La vérité n’ayant qu’une seule couleur,<br />
Accouchons-la<br />
Sans peur,<br />
Des mensonges qu’ils savent proférer,<br />
Sans peur,<br />
Des coups de poing et de bâton qu’ils savent distribuer,<br />
Par garde-du-corps interposé<br />
Ou nervi bien rémunéré,<br />
Sans peur,<br />
Des coups de pistolet qu’ils savent tirer<br />
Ou faire tirer<br />
En maquillant les indices,<br />
Pour qu’un non-lieu soit prononcé.<br />
Peuple réunionnais,<br />
Méfiez-vous comme de la peste,<br />
De ceux qui vous jettent au visage<br />
Avec un brin de suffisance :<br />
« Qui est Réunionnais ? »<br />
Vous êtes là en face<br />
D’experts qui ont érigé le mensonge en vertu,<br />
De monuments d’intolérance,<br />
De dominants abjects et méprisants,<br />
De vils tyrans.<br />
S’ils se permettent cette outrecuidance,<br />
C’est parce qu’ils ne sont pas réunionnais,<br />
Mais en manipulateurs forcenés,<br />
Ils ont l’habitude de se faire passer<br />
Pour les excellents qu’ils ne sont pas,<br />
Et ils veulent vous donner mauvaise conscience.<br />
Pour eux,<br />
Vous n’êtes rien,<br />
Vous n’avez aucun titre,<br />
Même pas celui d’indigène,<br />
Puisque l’île n’a pas d’indigènes<br />
Au moment de sa colonisation définitive.<br />
Comme ils avancent drapés dans le manteau de Marianne,<br />
Bonnet phrygien sur le crâne,<br />
Les textes de toutes les constitutions entre les mains,<br />
Ils veulent vous faire admettre,<br />
Non pas qu’ils ont autant de droits que vous,<br />
Non au grand jamais, non.<br />
Car ils sont intimement convaincus,<br />
Qu’ils sont à La Réunion chez eux,<br />
Que cette île est à eux,<br />
Qu’ils ont des droits,<br />
Qu’ils ont tous les droits,<br />
Et que vous êtes nés pour ramper<br />
Devant les exogènes qu’ils sont.<br />
D’ailleurs ils tiennent qu’à leur arrivée<br />
Les bons parmi vous,<br />
Les Figaro majoritaires,<br />
Leur réservent l’accueil qui sied à leur majesté.<br />
Car ils sont les meilleurs,<br />
Car ils sont les porteurs de la civilisation.<br />
Ces Figaro doivent dérouler devant eux<br />
Des tapis brodés or,<br />
Avancer vases d’albâtre en mains<br />
Pour verser sur leurs pieds les parfums les plus rares,<br />
Parer leurs corps des vêtements de lin blanc,<br />
Orner leur cou de colliers<br />
De fleurs multicolores et odoriférantes,<br />
Brûler des tonnes d’encens pour purifier leur air,<br />
Lâcher des colombes,<br />
Faire sonner l’ancive, le cor et la trompette,<br />
Demander à leurs filles de se contorsionner devant eux.<br />
Par définition, le seul droit que vous avez,<br />
Est de leur faire place nette,<br />
Car ils sont adeptes du<br />
« Bandes d’abrutis, poussez-vous que je m’y mette ! »<br />
Peuple réunionnais,<br />
Méfiez-vous comme de la peste,<br />
De ceux qui vous jettent au visage :<br />
« Qui est Réunionnais ? »<br />
Car ils se foutent de votre Histoire.<br />
Ils se foutent de vos aînés.<br />
D’abord, des Blancs,<br />
Va-nu-pieds issus du Tiers-Etat,<br />
Victimes de la crise d’Ancien Régime,<br />
Exilés sans espoir de retour,<br />
Qui ont dû s’adapter coûte que coûte<br />
A leurs nouvelles conditions de vie,<br />
Ensuite, des Noirs,<br />
Arrachés à leur terre natale<br />
Pour arroser celle-ci<br />
De leurs souffrances,<br />
De leurs cris,<br />
De leurs pleurs,<br />
De leur sang,<br />
De leurs lamentations,<br />
De leurs tribulations.<br />
Enfin des métis nés dans l’île,<br />
Des Créoles, nom sacré,<br />
Qui n’ont d’autre horizon<br />
Que l’île qui les a vus naître<br />
Et qui n’ont cessé d’être créatifs<br />
Par amour de leur île.<br />
Cette vieille histoire tissée pendant deux siècles<br />
N’a aucun prix pour eux.<br />
Cette histoire-là ne vous accorde aucun mérite.<br />
Ils sont les derniers débarqués,<br />
Dans cette île considérée par eux<br />
Comme la terre de recyclage de leurs fay,<br />
Selon le principe bien connu<br />
Trop faible pour la France<br />
Trop fort pour La Réunion,<br />
Mais ils sont plus Réunionnais que vous,<br />
Ils sont plus que vous.<br />
Car vous êtes nés pour avancer tête baissée.<br />
Vous êtes nés pour vous taire.<br />
Vous êtes né pour occuper les postes non rémunérés,<br />
Ou mal rémunérés.<br />
Ils vous condamnent à être des assistés<br />
Et vous reprochent en même temps<br />
Avec un cynisme inégalé<br />
D’être des assistés,<br />
Des danseuses de la république.<br />
Comme ils sont ici en terrain conquis<br />
Si ici, pour leur bonheur un enfant leur est né,<br />
Alors là, leurs droits sont centuplés.<br />
Ils ne jurent que par leurs attache-bidon.<br />
Peuple réunionnais<br />
Méfiez-vous comme de la peste,<br />
De ceux qui vous jettent au visage :<br />
« Qui est Réunionnais ? »<br />
Vous êtes là à la pire des adresses.<br />
Vous n’avez droit qu’à leurs miettes<br />
Jetées par terre comme à des chiens.<br />
Peuple réunionnais,<br />
Si vous ne devez rien avoir,<br />
Eux ils sont là pour rafler toute la mise,<br />
Et investir dans leur pays natal.<br />
Ils sont là pour sucer votre sang,<br />
Pour boire la dernière goutte<br />
De sève de cette terre.<br />
Peuple réunionnais,<br />
L’Histoire ne se renouvelle pas.<br />
Elle se décline sur le même tempo,<br />
Pour les colonialistes d’hier<br />
Et les néo-colonialistes d’aujourd’hui.<br />
Peuple réunionnais<br />
Méfiez-vous comme de la peste,<br />
De ceux qui vous jettent au visage :<br />
« Qui est Réunionnais ? »</p>
<p><strong>Prosper ÈVE</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les discriminations structurelles : une course inégale</title>
		<link>https://www.tikreol.re/les-discriminations-structurelles-une-course-inegale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Jan 2016 22:26:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
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					<description><![CDATA[Petite vidéo  pour comprendre et lutter contre les discriminations racistes, dans le cadre d&#8217;une campagne pour l&#8217;affirmative action. En France, l&#8217;affirmative action, ou « discrimination positive » est souvent prise à tord comme un « racisme à l&#8217;envers », alors qu&#8217;il tend au contraire à plus d&#8217;égalité (et non à faire des Blancs des dominés, ce que sous-entendrait un « racisme à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Petite vidéo <em> </em>pour comprendre et lutter contre les discriminations racistes, dans le cadre d&rsquo;une campagne pour l&rsquo;<em>affirmative action</em>. En France, l&rsquo;affirmative action, ou « discrimination positive » est souvent prise à tord comme un « racisme à l&rsquo;envers », alors qu&rsquo;il tend au contraire à plus d&rsquo;égalité (et non à faire des Blancs des dominés, ce que sous-entendrait un « racisme à l&rsquo;envers »).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette affirmative action va à l&rsquo;encontre de l&rsquo;esprit républicain français abstrait, qui ne reconnaît que des citoyens égaux en théorie, mais ne se donne pas les moyens de lutter contre les inégalités, surtout quand il s&rsquo;agit des inégalités racistes. Comme les luttes féministes font peur au pouvoir patriarcal quand elles s&rsquo;attaquent aux privilèges masculins, <strong>les luttes anti-racistes font peur à la suprématie blanche quand elles ne se contentent pas de célébrer l&rsquo;égalité,</strong> mais vont la revendiquer par des mesures concrètes pour mettre fin aux discriminations racistes, au racisme structurel, en obligeant par exemple des institutions ou des entreprises à rééquilibrer leurs effectifs pour ne pas laisser les inégalités sociales raciales se reproduire indéfiniment dans la société. Tout comme il existe  des mesures visant à équilibrer la proportion hommes/femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est dans cette optique que cette vidéo retrace l&rsquo;historique du racisme aux États-Unis, en montrant que le racisme ce n&rsquo;est pas une question d&rsquo;aimer ou ne pas aimer les Noirs ou d&rsquo;autres non-Blancs, mais c&rsquo;est avant tout une série de mesures politiques conditionnant des structures économiques et sociales racialement déséquilibrées, pour le bénéfice d&rsquo;un groupe dominant. Aux USA, les Blancs. Et dire cela ce n&rsquo;est certainement pas être « anti-Blanc », c&rsquo;est simplement reconnaître un système de privilèges sociaux qui garantit pour une majorité de Blancs une vie plus facile que pour une majorité de non-Blancs. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tous les Blancs ont tous une belle vie.</p>
<p style="text-align: justify;">D&rsquo;ailleurs, petit détail intéressant : à la fin, sur la ligne d&rsquo;arrivée, c&rsquo;est un homme blanc qui est devant une femme blanche. Car oui, même parmi les Blancs, il y a des différences de statuts sociaux selon d&rsquo;autres critères que la race (le genre, la classe sociale&#8230;).</p>
<p><iframe width="616" height="462" src="https://www.youtube.com/embed/kCGnMlEMx3U?feature=oembed" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">La vidéo parle du cas particuliers des USA, mais bien sûr on pourrait facilement retracer l&rsquo;histoire du racisme français depuis le début des conquêtes coloniales (L&rsquo;île Bourbon, ses esclaves déportés et ses Marrons massacrés&#8230;) jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui. (islamophobie d&rsquo;État, violences policières impunies dans les quartiers populaires, les déportés de la Creuse, la répression culturelle sous Michel Debré&#8230;)</p>
<p>Il y avait quelques références historiques dans cette vidéo que j&rsquo;ignorais. Je vous fais un petit résumé des certains points cités :</p>
<p style="text-align: justify;">1492 : Début de la colonisation européenne, et du génocide amérindien par l&rsquo;arrivée de <a href="http://www.une-autre-histoire.org/christophe-colomb/" target="_blank">Christophe Colomb </a></p>
<p style="text-align: justify;">1964 : Fin de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Civil_Rights_Act_de_1964" target="_blank">ségrégation raciale</a></p>
<p style="text-align: justify;">La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Destin%C3%A9e_manifeste" target="_blank">« Destinée manifeste »</a> : Dans les années 1840, désigne l&rsquo;expansion vers l&rsquo;ouest des USA, qui entraîna de fait le génocide amérindien.</p>
<p style="text-align: justify;">La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Piste_des_Larmes" target="_blank">« Piste des larmes » </a>: Dans les années 1830, fait référence au vol des terres du peuple Cherokee et les déportations qui ont suivi</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dred_Scott" target="_blank">Dred scott </a>: En 1846, esclave qui a poursuivit sa maîtresse en justice pour obtenir sa liberté, en vain. Il restera esclave jusqu&rsquo;à sa mort, malgré l&rsquo;abolition officielle de l&rsquo;esclavage dans l&rsquo;État de l&rsquo;Illinois où il a vécu.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_d%27exclusion_des_Chinois" target="_blank">Loi d&rsquo;exclusion des Chinois</a> : loi fédérale des USA de 1882, interdisant l&rsquo;immigration chinoise</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Internement_des_Nippo-Am%C3%A9ricains" target="_blank">« Japanese internment »</a> : L&rsquo;enfermement des américains d&rsquo;origine japonaise dans des camps de concentration après l&rsquo;attaque de Pearl Harbor en 1941</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.suspensionstories.com/school-to-prison-pipeline/" target="_blank">« School-to-prison pipeline » </a>: Le chemin qui amène de l&rsquo;école à la prison : fait référence à la politique de tolérance zéro dans les établissements scolaires publiques qui entraîne l&#8217;emprisonnement des jeunes issus des quartiers populaires aux États-Unis.</p>
<p>Voir vidéo explicative : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=04pcSyzwoTg" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=04pcSyzwoTg </a>(sous-titres anglais activables)</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-766" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-1024x609.jpg" alt="School-to-Prison-Illustration" width="616" height="366" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-1024x609.jpg 1024w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-300x178.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-768x456.jpg 768w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-816x485.jpg 816w" sizes="(max-width: 616px) 100vw, 616px" /></p>
<h4>Pour aller plus loin sur le privilège Blanc :</h4>
<p><strong>Amandine Gay :</strong> <a href="http://www.slate.fr/story/95643/antiracisme-privilege-blanc" target="_blank">L&rsquo;antiracisme commence avec la déconstruction du privilège blanc</a></p>
<p><strong>Rokhaya Diallo : </strong><a href="http://www.reperes-antiracistes.org/article-le-privilege-blanc-rokhaya-diallo-116465293.html" target="_blank">Le privilège blanc</a></p>
<p><strong>Blog de Ms dreydful</strong> : <a href="https://msdreydful.wordpress.com/2013/03/29/parlons-privilege-blanc-voulez-vous/" target="_blank">Parlons privilège blanc, voulez-vous?</a></p>
<p>Émission de radio France Culture,<a href="http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-vagues/le-blanc-25-le-concept-de-blanchite" target="_blank"> le concept de blanchité</a></p>
<p>Ne manquez pas non plus<a href="https://bouamamas.wordpress.com/" target="_blank"> le blog du sociologue Saïd Bouamama </a>riche en analyses pertinentes sur le racisme structurel français</p>
<p>Je vous laisse avec les Ferguson Kids :</p>
<p><iframe width="616" height="347" src="https://www.youtube.com/embed/ebo0U4AWIAE?feature=oembed" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<h4></h4>
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		<title>Kaf Yab débaptise les rues portant des noms d&#8217;esclavagiste à la Réunion</title>
		<link>https://www.tikreol.re/kaf-yab-debaptise-les-rues-portant-des-noms-desclavagiste-a-la-reunion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Aug 2015 23:08:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Aktialité]]></category>
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					<description><![CDATA[Samedi 22 Août 2015,  des rues de Saint-Paul qui portaient des noms d&#8217;esclavagiste ont été débaptisées, leurs plaques retirées. Une action simple et symbolique mais pourtant courageuse, sur une île où parler de notre passé violent et esclavagiste est souvent mal vu&#8230; « Pourquoi rabâcher sans cesse ces histoires d&#8217;esclavage ? » : Parce-que c&#8217;est notre histoire. Qu&#8217;on [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;" align="justify">Samedi 22 Août 2015,  des rues de Saint-Paul qui portaient des noms d&rsquo;esclavagiste ont été débaptisées, leurs plaques retirées. Une action simple et symbolique mais pourtant courageuse, sur une île où parler de notre passé violent et esclavagiste est souvent mal vu&#8230; « Pourquoi rabâcher sans cesse ces histoires d&rsquo;esclavage ? » : Parce-que c&rsquo;est notre histoire. Qu&rsquo;on le veuille ou non, c&rsquo;est ainsi. Si certains ont voulu cacher cette histoire pendant longtemps, c&rsquo;est souvent par déni de l&rsquo;identité réunionnaise, par conformisme au modèle assimilationniste français qu&rsquo;on a tenté de nous imposer de force jusque dans les années 80 (lire l&rsquo;<a href="https://www.tikreol.re/repression-coloniale-a-la-reunion-lordonnance-debre-du-15-octobre-1960/" target="_blank">article sur l&rsquo;ordonnance de Michel Debré</a>). <strong>Il est temps d&rsquo;en finir avec ce déni de nous-même, de notre africanité, quelle que soit notre couleur de peau. Non, nos ancêtres n&rsquo;étaient pas que Gaulois !</strong><strong> </strong>Remercions <a href="https://histoire974.wordpress.com/2015/02/10/la-reunion-1848-1914-la-societe-de-plantation-dans-la-deuxieme-moitie-du-xix-siecle-lere-de-la-revolution-industrielle-sudel-fuma/" target="_blank">Sudel Fuma</a> pour le travail qu&rsquo;il a fourni, et aux historiens actuels qui continuent d&rsquo;éclaircir notre passé. Ne laissons plus des racistes criminels continuer à avoir leur nom sur des rues, ou avoir leur statue trôner comme s&rsquo;ils étaient des héros (<a href="https://www.tikreol.re/communique-video-suite-a-laction-contre-la-statue-de-lesclavagiste-mahe-de-la-bourdonnais/" target="_blank">comme Mahé De La Bourdonnais à Saint-Denis</a>), pendant que les vrais héros Réunionnais restent <em>dann fénwar </em>(Élie, Furcy, Anchaing, Héva, etc&#8230;) .<br />
<strong>Regardons notre passé en face et combattons l&rsquo;ignorance ! </strong><br />
Comme dit Lindigo : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Yxl_lmMMAtE" target="_blank">« Kan ou koné ousa ou sort, ou koné ousa ou sa va »</a></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify"><img decoding="async" class="size-full wp-image-729 aligncenter" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2015/08/kaf-yab-2.png" alt="kaf yab 2" width="632" height="352" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2015/08/kaf-yab-2.png 632w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2015/08/kaf-yab-2-300x167.png 300w" sizes="(max-width: 632px) 100vw, 632px" /></p>
<p>Article du JIR daté du 25/08/2015 :</p>
<h3 style="text-align: justify;" align="justify"><b>Cinq rues de Saint-Paul débaptisées en une nuit sur fond de lutte anti-esclavagiste.</b></h3>
<p style="text-align: justify;" align="justify"><b>PATRIMOINE</b>. Il se fait appeler Kaf Yab le Maronèr. La mairie de Saint-Paul ne l&rsquo;a pas pris au sérieux, elle a eu tort. Dans la nuit de samedi à dimanche dernier Christophe Barret aidé d&rsquo;une dizaine de dalons a débaptisé cinq rues de la ville. Une quinzaine de plaques ont été démontées. Christophe Barret n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de les rendre. Il entend remplacer les noms qui y figurent par des figures de l&rsquo;esclavage.</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Dans la nuit de samedi à dimanche dernier un étrange commando a investi les rues de Saint-Paul. Sous la houlette de Christophe Barret, plus connu sous le pseudonyme Kaf Yab le Maronèr, il a dévissé sur toute la longueur, les plaques marquant la Chaussée Royale et les rues Labourdonnais, Colbert, Jacob de la Haye et Compagnie des Indes.</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Si Christophe Barret se montre discret sur ceux qui l&rsquo;ont aidé dans son entreprise, il revendique à visage découvert être à l&rsquo;origine de l&rsquo;opération et l&rsquo;avoir conduite. Kaf Yab le Maronèr n&rsquo;est pas un inconnu. Christophe Barret a fait de la reconnaissance de l&rsquo;esclavage le combat de sa vie. « <i>Le 10 mai, c&rsquo;est la reconnaissance que l&rsquo;esclavagisme a été un crime contre l&rsquo;humanité. Notre 20 décembre est la célébration de l&rsquo;esclavage. Ce n&rsquo;est pas pareil ! Malheureusement, Huguette Bello qui a été la corédactrice de cette loi de 2008 est apparemment contre cette célébration du 10 mai »</i>, regrette-t-il. Au-delà de la célébration du 10 mai Christophe Barret affiche deux fortes revendications : « <i>La reconnaissance du principe de réparation de ce crime qu&rsquo;a été l&rsquo;esclavage » </i>et que <i>« les noms des personnes physiques ou morales ayant contribué à instaurer le système esclavagiste à la Réunion soient retirés des frontons de nos rues, de nos écoles et de tous les espaces publics ».</i></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify"><b>Saint-Paul, berceau du peuplement, ciblée</b></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Le 10 mai dernier Christophe Barret s&rsquo;était enchaîné à la grille de la préfecture. <em>« À la Réunion, le préfet ne célèbre pas cet évènement alors que ça se fait en métropole et dans d&rsquo;autres territoires. On me dit que le Réunionnais ne s&rsquo;est pas approprié cette date. Mais c&rsquo;est parce-qu&rsquo;on ne lui a pas expliqué »</em>, confiait-il pour expliquer son geste. Dans la foulée il entamait un tour de l&rsquo;île à pied afin de sensibiliser les municipalités à son combat.</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Berceau du peuplement de la Réunion, Saint-Paul a été ciblée par Christophe Barret. Le 10 mai 2014, il parcourt en courant pendant douze heures les rues de la ville. Dans la foulée, il écrit au maire afin que les rues soient débaptisées par le conseil municipal. Ses courriers restent lettres mortes. Christophe Barret fabrique alors de fausses plaques qu&rsquo;il accroche sur celles déjà en place. « <em>Certaines sont restées entre deux et six mois</em> », indique-t-il.</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">La mairie faisant toujours la sourde oreille, Christophe Barret décide d&rsquo;entrer en « marronnage » afin de protester contre le mépris dont il estime être l&rsquo;objet. Le 20 décembre, il parcourt la ville pendant 24h. Il inscrit à la peinture rouge sur les panneaux des rues incriminées : « criminel ».</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Samedi dernier, à la veille de la commémoration de la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, Christophe Barret décide de frapper un grand coup. « <i>C&rsquo;est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 qu&rsquo;a commencé à Saint-Domingue (aujourd&rsquo;hui Haïti et République dominicaine) l&rsquo;insurrection qui devait jouer un rôle déterminant dans l&rsquo;abolition de la traite négrière transatlantique. La journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition vise à inscrire la tragédie de la traite dans la mémoire de tous les peuples », rappelle-t-il.</i></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify"><b>Frapper un grand coup</b></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Dans les rues désertes de Saint-Paul, la petite équipe sous la houlette de Kaf Yab le Maronèr se met à l&rsquo;oeuvre. <i>« Nous n&rsquo;avons pas pu faire toutes les rues concernées. Nous avons évité celles qui étaient trop fréquentées. Nous avons même été pris à partie par des riverains. Une femme a photographié mon véhicule », </i>raconte Christophe Barret.</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Dimanche après-midi, les plaques enlevées sont amenées à la Ravine à Jacques non loin de la Grande Chaloupe où le Komité Éli organisait une journée du souvenir de la traite négrière. <i>« Elles sont désormais en sécurité. Je ne les rendrai pas. Nous pensions les déposer au tribunal ou en faire des instruments de musique, finalement nous les gardons dans un lieu sûr. Tous ces noms et ces institutions ont pris part à l&rsquo;organisation de l&rsquo;esclavage reconnu comme crime contre l&rsquo;humanité. Je suis en train de fabriquer de nouvelles plaques que j&rsquo;ai bien l&rsquo;intention d&rsquo;aller accrocher. Pour l&rsquo;ancienne rue de la Compagnie des Indes je propose les soeurs Caze. Deux Malgaches arrivées avec d&rsquo;autres à Saint-Paul en 1663 avec Louis Payen. Pour la rue Labourdonnais je suggère Élie, esclave meneur de la révolte de Saint-Leu en 1811. Pour la Chaussée Royale, Niama, princesse sénégalaise, esclave affranchie et mère du savant Lislet Geoffroy. Pour la rue Colbert : Enchaing et Éva. Pour la rue Jacob de la Haye : Louise Siarane, grand-mère d&rsquo;un grand nombre de Réunionnais ».</i></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Après son coup de force, il y a peu de chance que la municipalité saint-pauloise cède aux revendications de Christophe Barret. Ce n&rsquo;est pas pour décourager Kaf Yab le Maronèr qui envisage d&rsquo;autres actions toutes aussi spectaculaires.</p>
<p style="text-align: justify;" align="justify"><b>Le soutien de Rasine Kaf</b></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">« <i>Nous soutenons Christophe Barret dans son combat, même si nous avons une autre approche ». </i>Présidente de l&rsquo;association Rasine Kaf, Ghislaine Bessière partage les convictions de Christophe à propos des personnages et des institutions affichées aux frontons des rues et des édifices publics de notre île mais pour elle et son association il convient de faire œuvre de pédagogie. « <i>On ne doit pas effacer l&rsquo;histoire mais expliquer que des personnages comme Mahé de Labourdonnais, Colbert, et bien d&rsquo;autres ont eu une part active dans l&rsquo;organisation de l&rsquo;esclavage. Ceci doit être dit et écrit. On ne peut pas les présenter sous leur seul aspect positif ».</i></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Parallèlement, Ghislaine Bessière souhaite que les grandes figures et les grands épisodes de l&rsquo;histoire de l&rsquo;esclavage vus du côté des esclaves trouvent leur place dans la cité. « <i>Il faut un équilibre dans la dénomination des rues et des édifices publics. Prenez le boulevard Sud à Saint-Denis dont le tracé passe par plusieurs camps d&rsquo;esclaves. Ce serait justice de baptiser cet axe en faisant référence à cet aspect historique. L&rsquo;origine des Réunionnais ne doit pas être occultée »</i></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">Source : <a href="http://www.clicanoo.re/488126-cinq-rues-de-saint-paul-debaptisees-en-une-nuit-sur-fond-de-lutte-anti-esclavagiste.html" target="_blank">http://www.clicanoo.re/488126-cinq-rues-de-saint-paul-debaptisees-en-une-nuit-sur-fond-de-lutte-anti-esclavagiste.html</a></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2015/08/kafyab.gif" target="_blank">Télécharger l&rsquo;article</a></p>
<p style="text-align: justify;" align="justify">
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