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	<title>Analiz &#8211; Ti Kréol Kont Gro Profitèr !</title>
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	<description>Blog Réyoné pou in kritik sosyal, èk larogans antikolonyal</description>
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		<title>Interview de Françoise Vergès</title>
		<link>https://www.tikreol.re/interview-de-francoise-verges/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jul 2017 22:27:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialité]]></category>
		<category><![CDATA[françoise vergès]]></category>
		<category><![CDATA[intersectionnalité]]></category>
		<category><![CDATA[la réunion]]></category>
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					<description><![CDATA["Je pense que nous sous-estimons encore ce qui s’est passé pendant les décennies qui ont fait passer l’île de la colonie à la colonialité républicaine. Il y a eu un conflit de « basse intensité », pas une guerre coloniale avec armée coloniale d’un côté et guérilla/armée anticoloniale de l’autre, mais une série de dispositifs mobilisant police, gendarmerie, tribunaux, médias, écoles, université, pour neutraliser les aspirations de la société réunionnaise à l’autonomie ou l’indépendance. Il s’agissait de décourager la population de soutenir - et participer au - projet des autonomistes et des indépendantistes, de la démoraliser, de la terroriser en diabolisant l’adversaire."]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>Ti Kréol : Bonjour Françoise Vergès. Pour ceux qui ne te connaissent pas,</em></strong><br />
<strong><em> peux-tu nous expliquer ton parcours ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Françoise Vergès : C’est toujours difficile de parler de soi, on a tendance à présenter un parcours linéaire, à sélectionner des moments, à éviter de parler des doutes, des erreurs. Alors pour faire bref, mon parcours est le produit de mon éducation qui nous a poussé à voyager, de mes désirs, la conséquence de rencontres inattendues, d’accidents de la vie, de choix. J’ai fait plusieurs métiers et j’ai vécu dans plusieurs pays et partout où j’ai vécu – en Algérie, au Mexique, en France, aux Etats-Unis, en Angleterre &#8211; j’ai voulu apprendre le plus possible sur le lieu où je vivais, rencontrer des personnes, observer, être « transformée ».</p>
<p style="text-align: justify;">Je me dis Réunionnaise pour clairement indiquer ce que je dois à ce pays, à sa langue, à son histoire, à sa culture, et aux luttes de son peuple. C’est dans ma vie sur cette île, colonie esclavagiste française puis « département d’outre mer » que j’ai puisé des mémoires, des questionnements, des intérêts, une curiosité jamais éteinte, même s’ils ne concernent pas toujours le lieu « Réunion ».<br />
Ces questionnements, de manière résumée :</p>
<p style="text-align: justify;">1- comment se fabrique le consentement – à l’esclavage, au colonialisme, au capitalisme, à l’impérialisme— comment fait le pouvoir hégémonique pour rendre l’esclavage, le capitalisme, l’impérialisme, aussi naturels que « le jour et la nuit, » que le « il n’y a pas d’alternative » devienne une vérité, qu’on parle de « pragmatisme » pour dire maintien de l’ordre, donc ce qu’il faut de pouvoir d’imagination, de courage, de force de refus pour rejeter cette naturalisation de l’exploitation, de la dépossession, de la racialisation. Les captifs qui se révoltent sur les routes de traite, sur les bateaux négriers, les esclaves dans les plantations, et je parle autant des « petits » gestes de résistance –survivre, inventer, préserver— que des révoltes et insurrections, ou des marrons qui tracent un espace souverain de liberté, de souveraineté, qui réinventent la liberté et une forme de citoyenneté, d’appartenance à une communauté au milieu d’un système qui les pourchassent, les torturent, les tuent, tous déchirent le voile du mensonge de l’injustice comme norme. Ce sont pour moi de formidables figures car elles/ils incarnent au plus profond une rupture avec un ordre établi ;</p>
<p style="text-align: justify;">2- l’intersection entre genre, classe et race, le fait que le contenu donné à droits humains, droits des femmes, qui nous vient de l’Occident n’est pas universel ;</p>
<p style="text-align: justify;">3- la pensée décoloniale toujours croisée avec la classe : comment se défaire de la « colonialité du pouvoir », du vocabulaire, des représentations, des pratiques, des politiques qui s’appuient sur une vision hégémonique du monde – le vocabulaire du rattrapage, du développement, de la croissance, de la nature comme ressource illimitée, le vocabulaire et la pratique des processus de racialisation… ;</p>
<p style="text-align: justify;">4- l’analyse du capitalisme racial et du patriarcat racial ;</p>
<p style="text-align: justify;">5- la représentation, la figuration, l’exposition autrement dit un intérêt pour les formes muséographiques, le cinéma, la littérature, les arts ;</p>
<p style="text-align: justify;">6- l’intérêt pour les circulations sud-sud ;</p>
<p style="text-align: justify;">7- le féminisme décolonial nécessairement antiraciste, anti-impérialiste, et anticapitaliste, questionné par les pensées des peuples autochtones, des queer,</p>
<p style="text-align: justify;">8- et des choses, plus intangibles, comme l’amour de la littérature et du cinéma que m’a donné ma mère, ce qu’est le courage, celui de mes parents, leur engagement pour la justice sociale, contre le colonialisme et l’impérialisme, et celui des femmes et des hommes que j’ai rencontrés. Les amitiés comptent aussi beaucoup pour moi. Mon enfance à La Réunion, c’est l’expérience de la solidarité, de l’internationalisme, de la multiplicité des expressions culturelles et religieuses, de la langue Créole mais aussi du pouvoir de l’État français. Ma rencontre avec « la France », outre à l’école, a été avec son appareil d’État – police, armée, médias et justice coloniale. Je n’ai jamais idéalisé ce pays, il est un parmi d’autres mais j’ai observé comment le pouvoir d’État s’exerce concrètement. Très tôt, encore enfants, nous avons été témoins de la répression étatique qui allait jusqu’à la prison et le meurtre, la censure, le mépris de classe et de race. Les nervis –véritables milices privées armées-, les assassinats impunis d’Éliard Laude, de François Coupou et d’autres, la fraude massive, le mépris, l’arrogance et le racisme des puissants, le harcèlement sexuel contre les femmes des classes populaires, tout cela, qui est maintenant renvoyé au « passé » alors que ça continue, sous d’autres formes, à organiser la dépendance, le conformisme et la peur, a été pour moi formateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour nous enfants de militants communistes, ce furent les perquisitions au petit matin, les menaces de mort contre mes parents, la racisation des insultes (mon père d’origine « asiatique » était donc « fourbe »), la misogynie contre ma mère, l’anticommunisme violent et l’expérience du conformisme, de la peur comme instrument du pouvoir politique. Ce qui était remarquable, c’était à la fois la solidarité <span style="text-decoration: underline;"><strong>et</strong></span> l’excuse – le « s’il y a répression, c’est qu’il y a une raison » ou « il suffit de ne pas se faire remarquer et ça ira ». J’ai très bien connu ça car le fait que ce soit des enfants – ma sœur, mes frères et moi- qui soient visés par l’État (être suivis, interrogés, empêchés de voyager…) ne gênait pas certaines personnes, et ne les gênent toujours pas. C’est ça aussi la fabrication du consentement à l’injustice, car au-delà de nos personnes, ce que cela enseignait c’était le conformisme à l’ordre postcolonial, à l’<a href="https://www.tikreol.re/repression-coloniale-a-la-reunion-lordonnance-debre-du-15-octobre-1960/">Ordonnance Debré</a>, au BUMIDOM, <a href="https://www.tikreol.re/documentaire-une-enfance-en-exil-les-reunionnais-deportes-dans-la-creuse/">aux rapts d’enfants</a>, à la censure, aux avortements sans consentement, au racisme.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai aussi compris que le binarisme n’explique pas tout c’est-à- dire qu’il n’y a pas que le couple l’État français/La Réunion &#8211; même si l’État reste l’acteur dominant, celui qui a le monopole de la violence &#8211; mais qu’il faut s’intéresser aux forces locales réactionnaires qui ne sont pas simplement des imitations des formes françaises, elles ont leur propre idéologie et réseaux, elles peuvent être très « anti-France » et totalement réactionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai eu beaucoup de chance car j’ai été très aimée, ça peut sembler ridicule à dire ça mais comme je me suis sentie toujours sentie encouragée dans mes choix, cela m’a donné une grande liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand le FJAR (Front de la jeunesse autonomiste réunionnaise) s’est créé, je l’ai rejoint. Je me posais la question de la place des femmes dans les mouvements révolutionnaires. Mes parents étaient des féministes du Sud, un féminisme anticolonial et anticapitaliste, ma mère a été membre de l’Union des Femmes de La Réunion dès son arrivée sur l’île. J’ai grandi avec une conscience féministe du Sud, j’ai suivi le parcours des femmes algériennes luttant pour l’indépendance et je vois, je constate que le machisme est présent dans les mouvements anticolonialistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite mon parcours est jalonné d’autres expériences : l’Algérie où je passe mon baccalauréat, j’y vais après avoir quitté La Réunion pour connaître un pays qui s’est libéré du colonialisme et l’Algérie avait occupé une telle place dans la vie politique des Sud et dans celle de ma famille ! Je découvre les contradictions d’un État postcolonial, mais c’est aussi une expérience extraordinaire – des amies pour la vie, la découverte d’un pays d’une grande beauté, de cultures diverses, je développe ma cinégraphie, j’apprends un peu l’arabe. Puis je vais en France où je milite dans les mouvements antiracistes, anti-impérialistes, anticapitalistes, avec les Réunionnaises et Réunionnais de l’UGTRF luttant contre le néo-colonialisme et l’Ordonnance Debré. Ma participation au Mouvement de Libération des Femmes compte dans mon parcours comme les débats intenses autour de la psychanalyse, du marxisme. Dans la deuxième moitié des années 1970, je deviens journaliste et éditrice dans l’hebdomadaire des femmes en mouvements et à la maison d’éditions des femmes. Pour la maison d’éditions, je collecte des témoignages de femmes en lutte – par exemple, contre la dictature militaire de Pinochet au Chili ou le totalitarisme en Union soviétique. Ce sont des expériences inoubliables. Mais le MLF se déchire, le groupe « Psy et Po » dans lequel je suis s’approprie illégalement le sigle « MLF » et cela provoque controverses et déchirements. Je quitte la France en 1983. Je pars aux USA en Californie, où je travaille à de petits boulots. Dès 1985, le discours anti-migrants se durcit aux USA, la frontière USA/Mexique devient le lieu où il se joue déjà le plus durement. Au consulat US à Tijuana, je suis témoin des pratiques racistes des officiers. Femmes et hommes du Salvador, du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua, qui fuient les guerres fomentées et soutenues par l’impérialisme US, attendent des heures sous le soleil, se font refouler. Je dois subir avec des femmes de tout âge des examens médicaux tout à fait humiliants. Je vis dans une petite ville, Rosarito, au dessous de Tijuana, au bord de l’océan. Le Mexique connaît alors une terrible inflation, on se promène avec des liasses énormes de billets pour acheter un kg de tomates. J’obtiens ma régularisation à l’été 1986 et j’entre avec un visa aux USA le 14 juillet. Je reprends finalement mes études, je m’inscris en Women’s Studies et Political Science à San Diego State University. Je veux obtenir une double licence avec la plus haute distinction &#8211; summa cum laude &#8211; pour pouvoir postuler dans une grande université pour mon doctorat. Ce sera le programme de doctorat en sciences politiques à l’université de Berkeley. Je publie rapidement en anglais des essais sur les femmes de la Commune<br />
de Paris, Frantz Fanon, l’esclavage colonial, la psychiatrie coloniale et postcoloniale, les femmes en lutte. Je participe à des missions sur les violations des droits des femmes au Salvador alors ravagé par une guerre civile soutenue par les USA, ou au Panama après l’invasion US. Arrêtées et emprisonnées au Salvador, le formidable élan qui nous fait sortir rapidement de prison est impressionnant de générosité et de solidarité. Je participe aux manifestations qui voient le jour à San Francisco autour de la manière dont le SIDA est traité par les autorités médicales et gouvernementales. À Berkeley, j’organise avec d’autres étudiantes un colloque féministe transdisciplinaire de doctorant-e- s, qui rencontre un énorme succès. Il a lieu plusieurs années de suite. J’ai l’immense chance de connaître June Jordan, Barbara Christian, Trinh Thi Min-ha,…, toutes des théoriciennes du féminisme « non-blanc ». Je travaille avec des artistes, je contribue au film d’Isaac Julien « Frantz Fanon, Black Skin, White Mask » (1996). J’obtiens mon doctorat en 1995 et ma thèse est publiée par Duke University Press.</p>
<p style="text-align: justify;">Je reviens en France fin 1995. J’obtiens un poste début 1996 à Sussex University où je reste jusqu’en 2000, puis j’enseigne au Center for Cultural Studies au Goldsmiths College, à Londres (2000-2007). Dès 2000, je contribue aux études préliminaires sur la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR), un projet de musée à La Réunion. En 1998, je m’inscris dans la critique de la commémoration officielle des 150 ans de l’abolition de l’esclavage et participe à la marche du 23 mai 1998. Je commence à publier en français, mon premier ouvrage est Abolir l’esclavage. Une utopie coloniale, les ambiguïtés d’une politique humanitaire. Je suis<br />
tellement choquée par l’ignorance française des siècles où la France a été une puissance esclavagiste et donc de l’inévitable « effet-boomerang », comme l’appelle Aimé Césaire, de l’esclavagisme et du colonialisme, de l’effacement des esclaves Africains et Malgaches comme <span style="text-decoration: underline;">premiers</span> combattants contre la traite et l’esclavage que je décide d’écrire un ouvrage en français où j’analyse toutes les ambiguïtés de l’abolitionnisme français. Tout en enseignant en Angleterre, je suis active dans le mouvement pour les mémoires de l’esclavage. Je suis nommée au premier comité pour la mémoire de l’esclavage (2002), puis à celui créé en 2004 dont Maryse Condé est la présidente. Le Comité connaît la controverse sur les dates (10 mai ? 23 mai ?), l’offensive contre les lois dites « mémorielles » qui vise en premier la Loi de mai 2001 dite Loi Taubira, le retour du discours sur l’apologie de la colonisation (loi de février 2005). Les castes médiatiques, universitaires, politiques, continuent à voir dans l’esclavage un chapitre parmi tant d’autres, regrettable certes, mais qui ne nous apprendrait rien sur le capitalisme, le racisme, l’organisation internationale du travail, la ligne de couleur…</p>
<p style="text-align: justify;">Puis je travaille à plein temps au projet MCUR, années passionnantes, absolument passionnantes. L’opposition au projet est à la fois réunionnaise et française, violente, très personnalisée donc très sexiste. Le projet est tué en 2010 avec la victoire de la<br />
droite au Conseil régional. Je repars en France, je travaille pour le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes, je suis présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (2009-2012), je participe à des rencontres, des manifestations, des débats. En 2014, une Chaire est créée au Collège d’études mondiales, FMSH, Paris à laquelle je donne le nom de « Global South(s) ». Le « sud » n’est pas pris comme une indication géographique mais comme une création économique et politique de la dépendance, de l’exploitation mais aussi comme le lieu d’échanges et de rencontres qui échappent à l’hégémonie occidentale. Je commence dès 2015 à mettre en œuvre une programmation de séminaires, ateliers, et conférences. Je vois cette Chaire – il n’y a pas d’enseignement en vue d’un diplôme au Collège – comme la possibilité d’offrir des plateformes autour de conversations et débats qui, dans l’université, soit n’ont pas lieu, soit doivent répondre aux contraintes du curriculum. C’est donc assez libre. Il y a une plateforme « esclavage » avec le Pr. Marcus Rediker, une plateforme qui a été développée avec le Pr. David Theo Goldberg (religions et espace public en 2015, prolifération du racisme après le « post-racial » en 2016), une plateforme appelée L’Atelier avec des<br />
artistes, une sur postcolonialité et soin…</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>T.K. : Peux-tu revenir sur l&rsquo;objectif du MCUR ? Mises à part les attaques personnelles dont tu as fait l&rsquo;objet au cours de la campagne « anti-MCUR », n&rsquo;y avait-il pas aussi au mieux une incompréhension ou sinon une opposition à ce que l&rsquo;on parle du passé et des origines du peuple réunionnais ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">F.V. : Paul Vergès parle dès les années 1960 de ce projet dont l’objectif était de valoriser les différents apports culturels qui ont fait La Réunion, de leur donner part égale, de s’opposer au discours hégémonique qui dit que La Réunion devrait tout à La France.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’ai commencé à y réfléchir avec Carpanin Marimoutou, nous avons rapidement questionné une périodicité et une spatialité qui collait au récit hégémonique français : prise de possession de l’île par les Français et ensuite, siècle après siècle, ce qui se passe à La Réunion en miroir de la France. Nous avons décidé d’adopter une périodicité et une spatialité qui mettait l’Europe en périphérie, qui dénationalisait et décolonisait l’histoire. Autrement dit, nous sommes une île sur l’axe Afrique-Asie, dans l’Océan indien, espace millénaire de rencontres, de conflits, d’échanges entre Africains, Asiatiques, et habitants du Golfe persique. Partir de cet espace change profondément le regard et la méthodologie. D’une part, les hommes et femmes amenés de force comme esclaves sur cette île, puis les engagés et migrants, sont vus comme venant de sociétés qui ne sont pas sans histoire, qui ne sont pas repliées sur elles-mêmes, il y a des commerçants, des pèlerins, des marchands, des rois et des reines, des marins, des pirates, des artistes, des écrivains, des architectes, des artisans…, bref, des vies sociales et culturelles. L’Europe est lointaine, en périphérie.</p>
<p style="text-align: justify;">La première partie de l’exposition permanente aurait été consacré au monde indiaocéanique jusqu’à l’arrivée des Européens : les villes, les royaumes, le commerce, les littératures, les conceptions du politique, les mythes, les cultures. Puis nous aurions traité de l’esclavage colonial, à La Réunion, dans la région et globalement, un espace aurait été consacré aux colons – qui étaient-ils, d’où venaient-ils, qu’ont ils fait en arrivant ?- aux femmes – blanches et non-blanches- et à part, un espace aurait été entièrement consacré aux marrons, véritables combattants de la liberté. Troisième temps, celui des grandes migrations provoquées par les impérialismes dans l’Océan indien – entre 1830 et 1930, des millions d’Indiens et de Chinois sont jetés dans le circuit international et racialisé du travail, ils fuient famines, dépossession, bouleversements provoqués par les impérialismes, comme sous l’esclavage, ce sont des hommes pour les 2/3 -, le temps des engagés et des migrants de l’Asie du sud et de l’est, de Madagascar et d’Afrique, le temps de leurs cultures, langues, rites, qui s’ajoutent à ceux des esclaves, et déjà le temps d’organisations pour l’égalité, les révoltes des engagés, les premiers syndicats… Un quatrième temps/espace, celui des indépendances qui redistribue les<br />
cartes dans l’Océan indien – les musiques, les symboles, les figures, les grandes idées.. Et pour finir, « La Réunion du temps présent » celle qui se fait chaque jour, une réalisation faite avec les publics à propos des « petits » et « grands problèmes » locaux et globaux, dans une approche intersectionnelle – violence, environnement, genre, LGTBI, exploitation, agriculture, ville/plage/hauts, langues, rites, maison…</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voulions privilégier le monde et le temps des migrations dans l’Océan indien. L’espace aurait été celui des « anonymes », des gens « d’en bas » &#8211; esclaves, migrants &#8211; même si nous aurions évidemment parlé des royaumes et des empires.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous sommes posés la question de l’objet, de sa fétichisation en Occident. Pourquoi une vie pourrait-elle évoquée exclusivement à partir d’un objet ? Je ne nie pas l’importance de l’archéologie ou de la culture matérielle. Mais dans notre pays, il y a peu d’objets témoins de la vie des esclaves ou des marrons du 17 ème au 19 ème siècle, ni en général des domestiques, des pauvres. Le passé, c’est la grande maison créole des puissants, on ne parle pas des conditions de vie des domestiques dans ces maisons – nénennes, jardiniers, cochers, lavandières, cuisinières… Et nous nous sommes dit : « si nous partions de l’absence des objets ? » Non pas ignorer l’objet mais prendre comme point de départ son absence. Dès lors, que faire et comment faire ? Comment évoquer la matérialité d’une vie ? De la vie d’une jeune femme arrachée à sa terre à 12 ans, jetée comme esclave dans une plantation de Sainte-Suzanne : comment restituer sa présence ? Celle d’un homme venu du Gujerat, du Yémen, de Malaisie, de Madagascar ? Ce furent nos points de départ : autre périodicité, autre spatialité, pas de fétichisation de l’objet. Il y avait aussi d’autres principes : pas d’air conditionné ; le moins possible de lumière électrique ; une architecture ouverte, confortable, accueillante ; pas de séparation Nature/Culture ; des expositions mobiles, en construction avec les publics ; un vrai accueil – pas de ces réceptions froides où les visiteurs se sentent de trop, mais la possibilité de s’asseoir, de poser des questions &#8211; ; un jardin où échanger des plantes, échanger des recettes médicinales ; pas de silence imposé mais la possibilité de rire et parler fort ; plein d’endroits où s’asseoir ; une bibliothèque consacrée à la poésie de l’Océan indien, dans plusieurs langues ; la présence de toutes les langues qui ont été parlées et sont parlées à La Réunion, sans traduction systématique, pour provoquer le sentiment d’être étranger, comprendre que tout n’est pas donné, que cette idée que tout doit être immédiatement accessible est une idée liée à la consommation capitaliste ; des ateliers et une galerie dédiée à la vidéo et au cinéma pour encourager l’accès à ces outils par les jeunes. Une galerie dédiée aux Zarboutan Nout Kiltir (ZNK) – un titre que nous avons créé -, ces femmes et ces hommes, qui ont préservé et transmis des savoirs populaires.</p>
<p style="text-align: justify;">En résumé, restituer la singularité de la société réunionnaise <span style="text-decoration: underline;"><strong>et</strong></span> la mettre en relation avec les mondes de l’Océan indien. Nous avons beaucoup travaillé avec des classes et des associations, avec des artistes. Nous avons voulu avoir une équipe de jeunes Réunionnais-es qui ont été formés, à la collecte d’objets, à la recherche, à la communication…, ils ont été une vingtaine. L’équipe suivait de près toute la conception architecturale et technique : comment construire un bâtiment de basse consommation, qui n’exige pas des réparations tous les 5 ans, qui soit une « maison ». Nous avons écrit un programme scientifique et culturel très détaillé, nous avons publié des brochures pour les écoles, collecté ce qui fait une boutik sinwa, interviewé des ZNK, élaboré des programmes de recherche qui auraient été fait avec des chercheurs des pays de l’Océan indien, identifié des collections d’images et de films, conçu l’exposition permanente… L’équipe a énormément travaillé.</p>
<p style="text-align: justify;">L’opposition a été bien organisée. D’abord, en se focalisant sur une personne, la mienne, « Françoise Vergès, la  fille de… » pratiquement en un seul mot, à propos de laquelle tout était permis. Je sais bien que tu ne me demandes pas de m’y attarder mais je voudrais malgré tout signaler cette fabrication à travers le nom « Vergès » de l’ennemi, à laquelle il faut ajouter une profonde misogynie. Je pense qu’il faudrait analyser tout ça. Quand on parlait du contenu, ce qui était rare, c’était totalement malhonnête mais à un point ! Quand nous avons parlé de l’absence de sépulture pour les esclaves, un historien réunionnais de l’université a répondu qu’il y avait des cimetières &#8211; comme si enterrer quelqu’un était la même chose que lui donner une sépulture ! Quand nous avons dit que les archives étaient celles des puissants, des historiens nous ont attaqués. Il y a eu l’accusation de monter les Noirs contre les Blancs… Les journaux se moquaient de notre collecte des objets du quotidien : « tout ça pour des savates deux doigts ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agissait de mettre les Réunionnais au centre, de sortir des récits hégémoniques, de partir « d’en bas », de donner au Créole sa place dans le dispositif, et à l’oralité, au rire, au bruit, à la convivialité, mais ça n’a pas eu lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">« N’y aurait-il pas une opposition à ce que l&rsquo;on parle du passé et des origines du peuple réunionnais ? », demandes-tu. J’aurai plusieurs réponses :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li> Nous assistons à une réécriture officielle de l’histoire contemporaine – 1945/2000— pour faire accepter le récit d’une modernisation réussie malgré quelques erreurs.</li>
<li>On peut aussi dire n’importe quoi en toute impunité, mais n’importe quoi. Rien ne se capitalise, rien ne s’établit. Allez dans les écoles et demandez à des jeunes aujourd’hui ce qu’ils/elles connaissent de leur pays. Pas grand chose, ou alors de manière confuse. Allez sur le site du tourisme région, lisez des guides, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer.</li>
<li>On continue à parler de « Papa Debré » sans se demander quelle est l’origine de cette appellation. L’université relaie cette propagande en parlant des « années Debré » accordant à ce colonial convaincu les transformations de la société. Alors que je dirai que les années 1960 sont des « années réunionnaises » : années de réappropriation de la langue, de l’histoire, de la culture – publication de poèmes, de revues, de brochures, musique marronne du maloya – années de rêve d’un autre futur que celui de l’assimilation, années de solidarité avec les mouvements de décolonisation. Et c’est pour cela que Debré et sa clique répondent en se lançant d’une part dans une modernisation néo-coloniale : ponts, hôpitaux, routes, écoles et d’autre part dans l’assimilation forcée et la destruction des industries locales, la montée inexorable du chômage, l’organisation de l’émigration, l’exil d’enfants de familles pauvres et racisées, la criminalisation de la dissidence. La fin de productions locales en échange de l’économie de consommation.</li>
<li>Le discours de la pacification est aussi très fort. Là, où la société réunionnaise avait voulu rendre visible les circulations entre religions, communautés, cultures, rites, le pouvoir lui a opposé la « société métisse », masquant les inégalités fondées sur la racisation et faisant du métissage une arme de pacification.</li>
<li>Parler du passé, oui si c’est pour en faire un argument touristique – faut bien vendre quelque chose – mais pas pour en retirer des outils d’analyse critique sur la colonialité du pouvoir aujourd’hui, sur le devoir de solidarité avec les Comoriens, les Malgaches, les minorités en Inde, en Chine.</li>
<li>Il y a pratiquement pas d’enseignement de l’histoire réunionnaise à l’école, on assiste à une fabrication de la « tet vid ». Pas de fierté, une histoire soit doloriste soit lissée, neutralisée. C’est une arme formidable d’aliénation.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Mais le pouvoir ne s’exerçant jamais que par la force, il lui faut convaincre les opprimés d’être des soutiens de leur propre oppression, il faut diviser les subalternes. L’idéologie d’une « Réunion exemplaire » dans la République est un leurre et un piège quand ce discours n’émane pas d’en bas, des personnes les plus opprimées. Réunion « exemplaire » : de la pauvreté ? de l’échec de l’école française ? des inégalités ? des effets d’une nouvelle forme de globalisation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que nous sous-estimons encore ce qui s’est passé pendant les décennies qui ont fait passer l’île de la colonie à la colonialité républicaine. Il y a eu un conflit de « basse intensité », pas une guerre coloniale avec armée coloniale d’un côté et guérilla/armée anticoloniale de l’autre, mais une série de dispositifs mobilisant police, gendarmerie, tribunaux, médias, écoles, université, pour neutraliser les aspirations de la société réunionnaise à l’autonomie ou l’indépendance. Il s’agissait de décourager la population de soutenir &#8211; et participer au &#8211; projet des autonomistes et des indépendantistes, de la démoraliser, de la terroriser en diabolisant l’adversaire. Les femmes du peuple étaient traitées de pétroleuses sans féminité, les hommes emprisonnés, battus, humiliés. A un moment il y a eu des centaines d’hommes réunionnais en prison. La blancheur était célébrée. Le pouvoir a construit deux camps polarisés, systématiquement opposés. Journaux censurés, classe ouvrière réprimée, appauvrissement général, culture réunionnaise niée et bafouée, diabolisation des adversaires, et pendant ce temps, offre d’une assimilation qui donnait accès à la consommation en échange du silence, de l’acquiescement à la dépendance. Comment n’en resterait-il pas quelque chose ? Dénigrement de soi, honte de soi, mépris de l’histoire réunionnaise, voilà ce qu’il y a eu de 1945 aux années 2000. Ensuite, le pouvoir a pris quelques formules et les a détournées – le « métissage » par exemple passé d’un discours contre la pureté blanche (avec ses défauts certes) à un argument de vente et de pacification.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>T.K. : Je vois le « militantisme culturel » réunionnais d&rsquo;aujourd&rsquo;hui comme </em></strong><strong><em>justement une réaction à ce déni de l&rsquo;identité réunionnaise, à l&rsquo;assimilation forcée qu&rsquo;a subi la génération de mes parents. Penses-tu que la lutte pour notre identité, notre langue, notre histoire, peut être liée à la lutte sociale pour la dignité des Réunionnais ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">F.V. : C’est inséparable, cela l’a toujours été. On a oublié les nombreuses publications autour du Créole, de la musique, de l’histoire et de la culture réunionnaise dans les années 1960-1970. Il y a eu un formidable élan culturel à l’époque et dans des journaux comme Témoignages ou dans des groupes indépendantistes, on parlait des<br />
luttes pour la dignité dans le monde, d’Angela Davis, des Vietnamiens, des Mauriciens, des Malgaches. Pourquoi cette mémoire anticoloniale a t’elle disparue ? Pourquoi pense t’on qu’il y aurait eu un vide culturel dans ces années, que les Réunionnais se seraient laissé faire ? Quels sont les intérêts à cet oubli ? Cette assimilation forcée qu’ont subit tes parents, il faut se demander comment elle s’est installée, quels ont été les moyens utilisés, si elle a gagné et pourquoi et comment. Qu’a t’elle offert en contrepartie de l’oubli ? Il faut comprendre comment s’est créé un consentement à l’hégémonie assimilatrice, mais aussi dans quels milieux s’est-elle imposée ? Quelles ont été, et quelles sont, les pratiques dissidentes à cette hégémonie ? Les raisons pour lesquelles des Réunionnais ont adhéré à l’assimilation reste une question centrale, je dis bien « adhéré » pas subi, il y a adhésion dans toute une partie de la société réunionnaise et il faut comprendre pourquoi.</p>
<p style="text-align: justify;">Une politique des identités se doit d’être élaborée en relation avec les luttes sociales, environnementales, féministes, et antiracistes. La demande que les postes de décision soient occupés par des Réunionnais est justifiée, mais en quoi garantit-elle plus de justice sociale ? Que faisons-nous de la critique de Frantz Fanon de la « bourgeoisie nationale », du désir du colonisé d’occuper la place du colon pour jouir de ses privilèges et non pour changer les conditions de vie du plus grand nombre ? Que pensent les jeunes sans travail, qui sont les plus nombreux, dans notre pays ? Quelles sont leurs aspirations ? Nous ne vivons pas sous cloche, nous vivons dans un monde où l’économie est financiarisée, où la précarisation est systématisée, où de nouvelles formes de colonisation et de dépossession sont à l’œuvre. Pour nous, à La Réunion, qui avons été intégrés, par notre histoire, au système du capitalisme racial, que pouvons-nous apporter aux luttes contre ce système destructeur de la vie ? Tous les chiffres montrent à quel point les « outre-mer » ont été soumis depuis des décennies à la désindustrialisation, à la dépendance. Comment allons-nous en sortir ? Comment allons-nous nous émanciper, nous décoloniser dans cette période qui s’annonce particulièrement dure pour les peuples du Sud global ? Il faut repartir à l’écoute des Réunionnaises et des Réunionnais.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>T.K. : Dans ton dernier ouvrage « Le ventre des femmes », tu parles de ce </em></strong><strong><em>scandale des avortements et stérilisations pratiqués à l&rsquo;insu de </em></strong><strong><em>femmes réunionnaises dans les années 1960-1970. Entre ce drame, </em></strong><strong><em>celui de la déportation des « enfants de la Creuse », et de l&rsquo;exil </em></strong><strong><em>de millier de Réunionnais dans l&rsquo;hexagone par le biais du BUMIDOM, </em></strong><strong><em>les « années Debré » s&rsquo;apparentent à une politique de dé-r</em></strong><strong><em>éunionnisation de la Réunion. Avec en parallèle l&rsquo;assimilation </em></strong><strong><em>forcée, et l&rsquo;immigration de plus en plus forte de travailleurs zorèy </em></strong><strong><em>à la Réunion, n&rsquo;est-ce pas le « génocide par substitution » dont </em></strong><strong><em>Aimé Césaire parlait pour la  artinique ? Doit-on avoir peur de ce </em></strong><strong><em>phénomène ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La politique d’installation (settler colonialism) est un phénomène qui fait partie des politiques coloniales. À partir du moment où la république parle d’égalité de tous les citoyens tout en autorisant les politiques discriminatoires, on est dans une colonialité républicaine du pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand tu parles de l’arrivée massive de travailleurs et fonctionnaires zorey à La Réunion, ça m’évoque le mouvement d’émigration massive des Européens dans la deuxième moitié du 19 ème siècle : plus de 60 millions d’Européens partent vers les États Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du sud&#8230; Après avoir pratiqué le génocide des peuples autochtones, ils s’installent et font de ces pays des pays de « l’homme blanc » véhiculant des idées racistes. L’Europe se débarrasse de ses classes dangereuses et les transforme en colons blancs : un gain sur tous les plans ! Bien sûr les deux phénomènes ne sont pas similaires mais ce que je veux dire c’est que tous deux démontrent l’existence d’une conviction : que le monde est là pour servir aux occidentaux de terrain de jeux, pour assouvir leurs désirs, apaiser leurs craintes, leur garantir une position de supériorité. Aujourd’hui, pour des Français, c’est formidable de s’installer dans les « outre-mer » : ils échappent aux difficultés en France, vont dans des pays où le français est imposé, c’est la langue officielle, où ils peuvent débarquer sans jamais faire l’effort d’apprendre la langue, l’histoire, la culture du pays et, être « chez eux» ! Les lois le protègent, l’idéologie républicaine qui nie l’existence du racisme structurel le conforte, la colonialité du pouvoir républicain justifie son sentiment de supériorité ! S’il est travailleur, il subit moins le chômage qu’en France ou par rapport aux locaux, s’il est fonctionnaire, il gagne plus qu’en France pour la même position ! Il peut avoir une nénenne, un jardinier, une piscine, séduire une jeune fille « oiseau exotique », justifier sa position en dénigrant les locaux. Ainsi se renforce chez les Français le sentiment qu’ils n’ont pas à se décoloniser.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je voudrais dire que ce dont je parle dans Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme ne se limite pas à un cas « réunionnais ». Le corps mutilé des milliers de femmes réunionnaises enceintes, charcuté par des médecins hommes et blancs, qui en plus se sont fait des fortunes et ne seront jamais punis, est certes à analyser avec le BUMIDOM et les enfants de la Creuse dans le contexte de choix politiques : d’une part, l’État ne développera pas les « DOM », il le dit clairement dans le plan Monnet et d’autre part, dans le contexte de la destruction des industries locales, de la montée du chômage comme conséquence du choix de non-développement. Mais aussi, dans une politique plus large : celle qui consiste à intervenir globalement sur le ventre des femmes non-blanches, à décider qui a le droit de donner naissance et qui ne l’a pas, dans le contexte d’une idéologie au niveau mondial qui fait du contrôle du taux de naissance dans le Sud global, un élément de la politique impérialiste. Et ces drames ont été la conséquence de choix pris en toute conscience, avec la complicité zélée d’intermédiaires locaux. Sans tous ces intermédiaires, ces politiques n’auraient pas autant réussi. Pourquoi des Réunionnaises et des Réunionnais ont-ils consenti à arracher des enfants à leurs parents, à mentir aux jeunes qui partaient par le BUMIDOM, à envoyer des femmes enceintes être avortées et stérilisées sans leur consentement ? Il est temps de se pencher sur les complicités locales : qu’est ce qui les a provoquées ? L’intérêt financier ? L’adhésion à l’idéologie d’assimilation et son mépris des pratiques populaires ? Le désir de bien se faire voir du maître ? Tout ça ensemble ? Il faut analyser les croisements entre racisme, sexisme et classe sociale, c’est impératif.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour relancer les luttes sociales, nous pourrions apprendre des pratiques alternatives qui se développent en Amérique du sud et du nord, en Afrique, en Asie, en Europe, de Black Lives Matter aux luttes des peuples indigènes. Développer la solidarité sur l’île et avec les peuples qui nous entourent. Dénoncer le racisme, celui qui consiste à refuser un poste de direction à un-e Réunionnais-e comme celui qui s’exerce contre les Komors, se demander pourquoi un parti comme le FN dans un pays qui a été victime du racisme structurel, où des femmes et des hommes ont été pourchassés, battus, stigmatisés, assassinés au nom du racisme, obtient tant de voix ! Ne nous cachons pas derrière le taux d’abstention. Il y a toujours eu de l’abstention. Que se passe t’il ? Il faut reprendre la réflexion. N’oublions pas qu’un homme politique réunionnais a demandé le retrait du droit du sol à Mayotte et l’imposition du droit du sang ! Il n’y a pas eu de protestation massive contre cette proposition. La lutte contre le racisme structurel est une lutte sociale, politique et culturelle. Encore une fois, je pense que nous devons aller à l’écoute des Réunionnaises et Réunionnais les plus démunis, les plus discriminés pour élaborer de nouvelles stratégies.</p>
<p style="text-align: justify;">T.K. : <em><strong>La situation sociale à la Réunion est alarmante à l&rsquo;heure actuelle. </strong></em><em><strong>Mais par-dessus cette situation, j&rsquo;ai aussi l&rsquo;impression que nous </strong></em><em><strong>vivons une injustice : 1 jeune réunionnais sur 2 est au chômage et </strong></em><em><strong>pour y remédier, on pousse la jeunesse réunionnaise à partir, alors </strong></em><em><strong>qu&rsquo;on fait venir de l&rsquo;hexagone des personnes qui vont occuper des </strong></em><em><strong>postes qui auraient pu être obtenus par des réunionnais. On nous </strong></em><em><strong>conseille de partir se faire de l&rsquo;expérience ailleurs, mais de </strong></em><em><strong>retour sur le marché de l&#8217;emploi local, les jeunes se retrouvent </strong></em><em><strong>pour beaucoup dans l&rsquo;impasse. Le Rapport INED 2012 affirme que « A </strong></em><em><strong>diplôme égal, un Métropolitain semble avoir un avantage sur le </strong></em><em><strong>marché du travail et accéder plus facilement qu’un natif à une </strong></em><em><strong>profession de qualification élevée.»). La situation est la même dans </strong></em><em><strong>les autres « département d&rsquo;outre-mer ». Il est difficile de parler </strong></em><em><strong>de cette situation sans se faire taxer de « xénophobe » ou de </strong></em><em><strong>« raciste ». Pourtant, j&rsquo;ai plutôt l&rsquo;impression de voir dans cette </strong></em><em><strong>injustice la marque de la discrimination raciste et du « privilège </strong></em><em><strong>Zorèy ». Peux-tu me donner ton avis là-dessus ?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">F.V. : Dès le moment où l’État décide, en 1946, que le développement des « DOM » est impossible et que les deux politiques qui doivent être appliquées sont l’organisation de l’émigration et le contrôle des naissances, un choix est fait : il n’y aura pas de travail pour les Réunionnais, ni pour tous les autres « domiens » (désolée pour l’utilisation de ce terme). Mais dans le même temps, et toujours dans ces années fin 1940-début 1950, l’Etat décide que l’appareil d’État et ses institutions – justice, école, police, armée, université— seront aux mains de fonctionnaires zorey car il décide de ne pas former des Réunionnaises et Réunionnais (pareil ailleurs) pour ces postes. Il y a dans cette décision un élément colonial et raciste. Aujourd’hui encore les postes de décision, de chefs de service, dans les institutions muséales ou autres sont en grande majorité aux mains de zoreys. C’est un symptôme de la colonialité du pouvoir, du fait que la structure du pouvoir – qui l’exerce, au nom de quelle idéologie, pour quels objectifs— reste profondément marquée par le colonial et le masculin. On ne parle jamais du fait que ces postes sont comme naturellement occupés par des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, les « outre-mer » sont devenus un terrain d’implantation pour d’autres Français que des fonctionnaires, entrepreneurs, retraités, artistes&#8230; Mais ce qui est important c’est : reconnaissent-ils leurs privilèges et y renoncent-ils ? En général, ils ne réfléchissent pas à la place qu’ils occupent et au rôle qu’ils jouent, même quand ils véhiculent des idées progressistes, ces dernières viennent le plus souvent d’un cadre occidental. Ils ne tiennent compte ni des idées locales, ni des luttes locales, ils importent un cadre idéologique et des pratiques. Aucune surprise, car la France n’est pas du tout décolonisée. Quand je parle de décolonisation de la société française, je pars des remarques d’Aimé Césaire sur « l’effet-boomerang » de l’esclavage et du colonialisme, du fait écrit-il qu’on ne « colonise pas innocemment », et qu’il y aura toujours un retour du colonial dans la société qui colonise. Cette dernière sera contaminée par les idées racistes, par l’idéologie du capitalisme racial, que ce soit sa classe ouvrière, ses mouvements progressistes, ou sa classe universitaire, son monde artistique et culturel. Mouvements sociaux, syndicats, mouvements féministes, et partis politiques deviendront aveugles à la question raciale, à la manière dont la classe est racialisée. Le débat « soit la classe, soit la race » est de fait indigent.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’inscris dans la lignée de Cedric Robinson, d’Angela Davis, des féministes du Sud, des penseurs de la décolonialité, et donc, je ne sépare pas les catégories. En résumé, la société française ne s’est pas décolonisée, les mouvements et partis de gauche ne se sont toujours pas demandé comment renoncer aux privilèges de la suprématie blanche. On le voit avec le vote qu’elle accorde à un parti xénophobe et raciste, avec les discours et politiques de partis de gauche et de droite, avec le projet de déchéance de la nationalité par un gouvernement PS, avec le contrôle au faciès, le refus d’accorder le droit de vote aux étrangers (promesse du PS qui date de 1981 !!), avec les camps de rétention à Mayotte, les assassinats de jeunes Noirs ou de jeunes Arabes par des policiers en toute impunité, avec l’Islamophobie qui fait que des féministes françaises pensent qu’il est plus important de persécuter les femmes musulmanes plutôt que de lutter contre le travail précarisé et à temps partiel qui touche en premier les femmes, et je pourrais continuer longtemps comme ça. On l’a encore vu avec l’immense mouvement en Guyane : les Français savaient à peine où c’était, pratiquement personne ne savait que 80% des terres appartiennent à l’État !, que la Guyane manque de lycées, collèges, écoles primaires, routes, cliniques, hôpitaux en 2017, qu’elle a 700km de frontière avec le Brésil et 500 avec le Surinam, des frontières artificielles créées par le colonialisme, que jusqu’à 70/80% des produits consommés viennent de France&#8230; Les outre-mer c’est le théâtre de l’absurde. Mais nous devons reconnaître la force de l’idéologie de l’assimilation ! Et cela, bien que la figure hégémonique du citoyen « blanc, mâle et chrétien » ne tient plus. Le désir de rester dans la république française indique t’il le succès de l’assimilation ou qu’un autre contenu pourrait être donné à terme au mot « république » qui veut dire « la chose commune » ? Comme les Noirs américains ou les Afro-Brésiliens qui se battent pour extirper le racisme du système politique et culturel dans lequel ils vivent. Mais ce n’est pas tout à fait pareil puisque nos pays sont géographiquement loin de la France, inscrits dans des régions du monde auxquelles nous appartenons. Est-ce possible d’inventer une manière d’être citoyens d’un même ensemble politique mais en vivant dans un espace éclaté avec des territoires qui ont des mémoires, des langues, des cultures, et une histoire chaque fois singulières, inscrits dans des régions du monde en pleine mutation ? Évidemment, cela ne signifie pas abandonner l’idée d‘indépendance, mais est-ce possible de l’imaginer sans suivre obligatoirement le chemin de l’Etat-Nation ? Même si c’est envisageable, ce sera long : l’État n’a aucun intérêt à renoncer à ces territoires et il a pas mal réussi à diviser les subalternes, à faire de la dépendance le nœud coulant dont on ne peut pas se passer, qui vous tient et vous étrangle. Il y a tout un travail à faire pour contrer l’idéologie « il n’y a pas d’alternative ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’accusation de « xénophobie » ou de « racisme » est tout simplement scandaleuse. C’est se moquer de nous. Tous, mais vraiment tous les indicateurs d’institutions étatiques montrent que des discriminations qui privilégient les Français blancs existent. Je n’ai jamais entendu parler d’une discrimination au logement, à l’emploi, à la promotion, à la santé, à l’éducation qui viserait un blanc dans les « outre-mer ». Par contre, que ce soit chez eux ou en France, les citoyens des DOM rencontrent des discriminations. Cette accusation, c’est encore un moyen de s’accrocher à ses privilèges, d’utiliser le principe d’égalité tant qu’il sert à imposer des inégalités. C’est toujours le refus de voir que le racisme est structurel. « Le blanc » peut dire que « nous devons tous être frères et sœurs » et oublier sa couleur, prétendre que nous sommes « tous frères » car cela lui permet de se protéger de la connaissance. Or, il n’y pas d’égalité dans la République, le nom, l’origine, la religion, le handicap, le genre, sont des causes de discriminations. C’est quand même évident !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je voudrais redire qu’il faut aussi que nous nous posions la question de nos complicités passives ou actives. Relisons Césaire, Fanon, Baldwin, Cabral, Mbembe… Et là je reviens à La Réunion. Pourquoi n’a t’il pas encore eu de mouvement de protestation des étudiants réclamant un enseignement moins tourné vers la France, plus en phase avec les besoins du pays et de la région ? Pourquoi l’enseignement des langues de notre région est-il si faible ? Pourquoi n’y a t’il pas à l’université de département des études africaines et asiatiques, d’études féministes ? Qui est invité dans nos écoles d’art ? À l’université ? Qui parle et pour qui ? Pourquoi refusons-nous de redonner à notre société l’histoire des luttes des années 1950-1980 ? Pourquoi avons-nous renoncé à avoir notre propre agenda aux élections et que nous sommes collés aux débats français ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour lutter contre la suprématie blanche à La Réunion, et dans les « outre-mer », il faut déjà se libérer de nos propres aliénations, avoir un horizon d’émancipation qui englobe lutte antiraciste, anticapitaliste, anti-misogynie, anti-homophobie et anti- impérialiste. Quand je vois que pour relancer le tourisme, on peut inviter la fille Hilton, vraiment quelle vacuité, que l’esclavage est toujours peu enseigné &#8211; ça dépend en grande partie de la volonté de l’enseignant -, que les inégalités augmentent entre Réunionnais, que l’école perpétue les inégalités et la dévalorisation de la culture et de la langue réunionnaise, qu’un projet aussi coûteux et délirant que la route du littoral en mer continue à se faire alors que dans le monde entier, on réfléchit aux modes alternatifs de transport… Il existe pourtant des initiatives, un retour à des légumes et des fruits qui avaient pratiquement disparu, des pratiques de culture bio, la valorisation de médecines péi, des associations culturelles tournées vers les enfants des classes populaires, des groupes d’entraide de femmes, la préservation de rites, le désir de connaître le pays des ancêtres, un mépris envers politiciens et politiciennes qui révèle une compréhension de la perte chez eux de l’intérêt général… Nous ne vivons pas sous cloche, sous la protection de « maman France ».</p>
<p style="text-align: justify;">Parvenir à ce que des Réunionnaises/Réunionnais (et dans tous les « outre-mer ») puissent avoir accès à l’emploi de manière préférentielle, c’est justice, mais ça ne réglera pas la question plus large du chômage structurel qui existe depuis des décennies, ni de la dépendance et ce n’est pas en elle-même une mesure anticapitaliste. À La Réunion, qu’allons-nous dire aux Comoriens et aux Malgaches qui travaillent sur l’île : « Retourne dans ton pays ? » La question des zoreys qui ont plus facilement accès à l’emploi à La Réunion est une question liée à la colonialité républicaine qui garantit à ses citoyens blancs des privilèges qui sont nés des siècles de colonialisme (esclavagiste et post-esclavagiste). Je donne toujours cet exemple des privilèges du « blanc » : si les femmes françaises ont obtenu très tardivement la plupart des droits civiques &#8211; dont le droit de vote en 1945 -, les femmes blanches avaient le droit de posséder des esclaves, avaient ce droit de propriété sur des êtres humains parce qu’elles étaient blanches; elles ont possédé des plantations, et c’était un privilège qui leur était encore une fois accordé parce qu’elles étaient blanches, blanc étant ici le marqueur social et culturel associé à une origine (l’Europe) et une couleur de peau acquis à travers l’histoire de la colonisation. Donc, elles ont droit de propriété sur des êtres humains – les acheter, les vendre, les tuer – bien qu’elles n’ont pas la plupart des droits de citoyenne. La racialisation est plus forte que le genre.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment effectuer la décolonisation de nos mentalités ? C’est la question que se sont toujours posée les opprimé-e- s, qui est présente chez Césaire, Cabral, Fanon, Mandela, Malcom X, les féministes noires, latinas, asiatiques, qui a été là au PCR et chez les indépendantistes réunionnais : comment je m’émancipe des représentations, des cadres idéologiques qui m’étouffent et m’aliènent, comment je me libère de mes propres préjugés de classe, de race, de genre, ou homophobes, comment je n’ai honte ni de qui je suis ni du milieu d’où je viens, comment j’affirme ma solidarité avec les plus faibles, les plus précarisés… Nous devons nous déprendre de notre dépendance, de notre désir à être « reconnus » par « la France » mais dans ce pays, les décennies de politique d’austérité ont conduit à l’accroissement des inégalités, les arguments du FN se sont répandu dans la société et les partis politiques ! Quelle est la nature de notre attachement névrotique à ce pays ? Ne devons-nous pas sortir du syndrome postcolonial ? Quelle a été notre place dans les dernières élections présidentielles ? Aucune. Des phrases creuses, des déclarations<br />
d’affection comme si c’était de ça que nous avions besoin et non de respect. Allons-nous contribuer, avec les racisé-e- s et opprimé-e- s en France à faire que ce pays change de paradigme ou allons-nous continuer à nous contenter de miettes ? Si nous ne nous engageons pas dans une nouvelle politique de décolonisation, ça restera comme c’est avec chaque année, plus de pauvres, plus d’inégalités, plus de corruption, plus de prisons, moins d’emplois, mais aussi des gens qui vivent très bien. Nous vivrons comme dans une réserve.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Mèrsi aou Franswaz ! Nartrouv</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Propos recueillis pour <a href="https://www.tikreol.re/">tikreol.re</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les discriminations structurelles : une course inégale</title>
		<link>https://www.tikreol.re/les-discriminations-structurelles-une-course-inegale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Jan 2016 22:26:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
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					<description><![CDATA[Petite vidéo  pour comprendre et lutter contre les discriminations racistes, dans le cadre d&#8217;une campagne pour l&#8217;affirmative action. En France, l&#8217;affirmative action, ou « discrimination positive » est souvent prise à tord comme un « racisme à l&#8217;envers », alors qu&#8217;il tend au contraire à plus d&#8217;égalité (et non à faire des Blancs des dominés, ce que sous-entendrait un « racisme à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Petite vidéo <em> </em>pour comprendre et lutter contre les discriminations racistes, dans le cadre d&rsquo;une campagne pour l&rsquo;<em>affirmative action</em>. En France, l&rsquo;affirmative action, ou « discrimination positive » est souvent prise à tord comme un « racisme à l&rsquo;envers », alors qu&rsquo;il tend au contraire à plus d&rsquo;égalité (et non à faire des Blancs des dominés, ce que sous-entendrait un « racisme à l&rsquo;envers »).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette affirmative action va à l&rsquo;encontre de l&rsquo;esprit républicain français abstrait, qui ne reconnaît que des citoyens égaux en théorie, mais ne se donne pas les moyens de lutter contre les inégalités, surtout quand il s&rsquo;agit des inégalités racistes. Comme les luttes féministes font peur au pouvoir patriarcal quand elles s&rsquo;attaquent aux privilèges masculins, <strong>les luttes anti-racistes font peur à la suprématie blanche quand elles ne se contentent pas de célébrer l&rsquo;égalité,</strong> mais vont la revendiquer par des mesures concrètes pour mettre fin aux discriminations racistes, au racisme structurel, en obligeant par exemple des institutions ou des entreprises à rééquilibrer leurs effectifs pour ne pas laisser les inégalités sociales raciales se reproduire indéfiniment dans la société. Tout comme il existe  des mesures visant à équilibrer la proportion hommes/femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est dans cette optique que cette vidéo retrace l&rsquo;historique du racisme aux États-Unis, en montrant que le racisme ce n&rsquo;est pas une question d&rsquo;aimer ou ne pas aimer les Noirs ou d&rsquo;autres non-Blancs, mais c&rsquo;est avant tout une série de mesures politiques conditionnant des structures économiques et sociales racialement déséquilibrées, pour le bénéfice d&rsquo;un groupe dominant. Aux USA, les Blancs. Et dire cela ce n&rsquo;est certainement pas être « anti-Blanc », c&rsquo;est simplement reconnaître un système de privilèges sociaux qui garantit pour une majorité de Blancs une vie plus facile que pour une majorité de non-Blancs. Ce qui ne veut pas dire pour autant que tous les Blancs ont tous une belle vie.</p>
<p style="text-align: justify;">D&rsquo;ailleurs, petit détail intéressant : à la fin, sur la ligne d&rsquo;arrivée, c&rsquo;est un homme blanc qui est devant une femme blanche. Car oui, même parmi les Blancs, il y a des différences de statuts sociaux selon d&rsquo;autres critères que la race (le genre, la classe sociale&#8230;).</p>
<p><iframe width="616" height="462" src="https://www.youtube.com/embed/kCGnMlEMx3U?feature=oembed" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">La vidéo parle du cas particuliers des USA, mais bien sûr on pourrait facilement retracer l&rsquo;histoire du racisme français depuis le début des conquêtes coloniales (L&rsquo;île Bourbon, ses esclaves déportés et ses Marrons massacrés&#8230;) jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui. (islamophobie d&rsquo;État, violences policières impunies dans les quartiers populaires, les déportés de la Creuse, la répression culturelle sous Michel Debré&#8230;)</p>
<p>Il y avait quelques références historiques dans cette vidéo que j&rsquo;ignorais. Je vous fais un petit résumé des certains points cités :</p>
<p style="text-align: justify;">1492 : Début de la colonisation européenne, et du génocide amérindien par l&rsquo;arrivée de <a href="http://www.une-autre-histoire.org/christophe-colomb/" target="_blank">Christophe Colomb </a></p>
<p style="text-align: justify;">1964 : Fin de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Civil_Rights_Act_de_1964" target="_blank">ségrégation raciale</a></p>
<p style="text-align: justify;">La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Destin%C3%A9e_manifeste" target="_blank">« Destinée manifeste »</a> : Dans les années 1840, désigne l&rsquo;expansion vers l&rsquo;ouest des USA, qui entraîna de fait le génocide amérindien.</p>
<p style="text-align: justify;">La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Piste_des_Larmes" target="_blank">« Piste des larmes » </a>: Dans les années 1830, fait référence au vol des terres du peuple Cherokee et les déportations qui ont suivi</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dred_Scott" target="_blank">Dred scott </a>: En 1846, esclave qui a poursuivit sa maîtresse en justice pour obtenir sa liberté, en vain. Il restera esclave jusqu&rsquo;à sa mort, malgré l&rsquo;abolition officielle de l&rsquo;esclavage dans l&rsquo;État de l&rsquo;Illinois où il a vécu.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_d%27exclusion_des_Chinois" target="_blank">Loi d&rsquo;exclusion des Chinois</a> : loi fédérale des USA de 1882, interdisant l&rsquo;immigration chinoise</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Internement_des_Nippo-Am%C3%A9ricains" target="_blank">« Japanese internment »</a> : L&rsquo;enfermement des américains d&rsquo;origine japonaise dans des camps de concentration après l&rsquo;attaque de Pearl Harbor en 1941</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.suspensionstories.com/school-to-prison-pipeline/" target="_blank">« School-to-prison pipeline » </a>: Le chemin qui amène de l&rsquo;école à la prison : fait référence à la politique de tolérance zéro dans les établissements scolaires publiques qui entraîne l&#8217;emprisonnement des jeunes issus des quartiers populaires aux États-Unis.</p>
<p>Voir vidéo explicative : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=04pcSyzwoTg" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=04pcSyzwoTg </a>(sous-titres anglais activables)</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-766" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-1024x609.jpg" alt="School-to-Prison-Illustration" width="616" height="366" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-1024x609.jpg 1024w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-300x178.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-768x456.jpg 768w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2016/01/School-to-Prison-Illustration-816x485.jpg 816w" sizes="(max-width: 616px) 100vw, 616px" /></p>
<h4>Pour aller plus loin sur le privilège Blanc :</h4>
<p><strong>Amandine Gay :</strong> <a href="http://www.slate.fr/story/95643/antiracisme-privilege-blanc" target="_blank">L&rsquo;antiracisme commence avec la déconstruction du privilège blanc</a></p>
<p><strong>Rokhaya Diallo : </strong><a href="http://www.reperes-antiracistes.org/article-le-privilege-blanc-rokhaya-diallo-116465293.html" target="_blank">Le privilège blanc</a></p>
<p><strong>Blog de Ms dreydful</strong> : <a href="https://msdreydful.wordpress.com/2013/03/29/parlons-privilege-blanc-voulez-vous/" target="_blank">Parlons privilège blanc, voulez-vous?</a></p>
<p>Émission de radio France Culture,<a href="http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-vagues/le-blanc-25-le-concept-de-blanchite" target="_blank"> le concept de blanchité</a></p>
<p>Ne manquez pas non plus<a href="https://bouamamas.wordpress.com/" target="_blank"> le blog du sociologue Saïd Bouamama </a>riche en analyses pertinentes sur le racisme structurel français</p>
<p>Je vous laisse avec les Ferguson Kids :</p>
<p><iframe width="616" height="347" src="https://www.youtube.com/embed/ebo0U4AWIAE?feature=oembed" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<h4></h4>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>[Vidéo] Pensées africaines de libération, partie 2 : Aimé Césaire</title>
		<link>https://www.tikreol.re/video-pensees-africaines-de-liberation-partie-2-aime-cesaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2015 17:46:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[Aimé Césaire]]></category>
		<category><![CDATA[FUIQP]]></category>
		<category><![CDATA[saïd bouamama]]></category>
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					<description><![CDATA[Vidéo n°2 de la formation du FUIQP – Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires), sur Aimé Césaire. (Voir la première vidéo) Par Saïd Bouamama. Lire aussi le texte complet du livre de Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Vidéo n°2 de la formation du FUIQP – Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires), sur Aimé Césaire. (<a href="https://www.tikreol.re/video-pensees-africaines-de-liberation-partie-1-said-bouamama/" target="_blank">Voir la première vidéo</a>)<br />
Par Saïd Bouamama.</p>
<p><a href="https://www.tikreol.re/aime-cesaire-discours-sur-le-colonialisme-texte-integral/" target="_blank">Lire aussi le texte complet du livre de Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme</a></p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/xUy3lHxQJyY" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Accuser de racisme pour masquer les privilèges métropolitains</title>
		<link>https://www.tikreol.re/accuser-de-racisme-pour-masquer-les-privileges-metropolitains/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Mar 2015 18:56:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination]]></category>
		<category><![CDATA[Juliette Sméralda]]></category>
		<category><![CDATA[métropolitains]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[sociologue]]></category>
		<category><![CDATA[Zoreys]]></category>
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					<description><![CDATA[Texte de Juliette Sméralda, sociologue martiniquaise, qui décrit l'accusation de xénophobie et racisme lancée à l'encontre de ceux qui remettent en cause les inégalités martiniquais/métropolitains en Martinique. A la Réunion aussi nous connaissons bien cette accusation hypocrite...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Texte de Juliette Sméralda, sociologue martiniquaise, qui parle de l&rsquo;accusation de xénophobie et racisme lancée à l&rsquo;encontre de ceux qui remettent en cause les inégalités martiniquais/métropolitains en Martinique. A la Réunion aussi nous connaissons bien cette accusation hypocrite, quand nous militons pour la <a title="La préférence régionale est une idée progressiste" href="https://www.tikreol.re/la-preference-regionale-est-une-idee-progressiste/" target="_blank">« préférence régionale »</a>.</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">DISCRIMINATION</h3>
<p style="text-align: justify;">Il est devenu courant d&rsquo;entendre dire dans nos médias que les Martiniquais sont xénophobes. Il nous semble qu’il n&rsquo;est pas bon de laisser se répandre une telle opinion.</p>
<p style="text-align: justify;">A ceux qui semblent ignorer les véritables conséquences du racisme, c&rsquo;est à dire l&rsquo;exclusion, nous renvoyons à celui d&rsquo;en face pour rappeler qu&rsquo;en matière de xénophobie, nous avons encore beaucoup à apprendre de nos compatriotes métropolitains mais il ne s&rsquo;agit pas ici de se perdre dans de vaines polémiques, non plus que de rivaliser de racisme avec ceux-ci ou ceux-là&#8230; Les opinions faussement libérales en vogue à la Martinique ne manqueront pas de nous opposer que toute l&rsquo;agitation observée autour de ce problème est manipulation alarmiste et propagande politique, comme si le corps de métropolitains qui est installé dans notre région était un corps inerte, inactif, sans projet, sans initiative, fragile, à protéger donc, contre la méchanceté et le racisme des gens d&rsquo;ici, qui s&rsquo;exciteraient sans motif valable…</p>
<h4 style="text-align: justify;">Que font nos politiques</h4>
<p style="text-align: justify;">En fait de racisme, c&rsquo;est en réalité une situation ressentie comme injuste qui est interrogée par eux&#8230; Deux critères servent en effet à tester l&rsquo;intégration d&rsquo;un groupe exogène dans une société : son accès à l&#8217;emploi et au logement : qui dira que les métropolitains sont discriminés à la Martinique?</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, que savons ­nous des énormes discriminations que subissent nos enfants dans l&rsquo;Hexagone?<br />
Quel personnel politique se prononce en faveur d&rsquo;une facilitation de leur intégration? Oui prend leur défense en France? Ironie du sort, au moment même où certains de nos politiques sont en passe de nous faire croire que nous sommes des racistes, c&rsquo;est un politique françaises, qui vient nous dire qu’il va faire « quelque chose», pour les milliers d&rsquo;Antillais, placés à des postes où ils n&rsquo;ont aucune chance de promotion. C&rsquo;est un politique français qui vient nous dire que nos enfants sont victimes de trop de discriminations dans la société française et qu&rsquo;il va tenter d&rsquo;y remédier ; ce sont des journalistes français qui ont le courage d&rsquo;évoquer la situation de marginalité qui est faite aux Antillais en France et qui s&rsquo;en émeuvent, ce sont des sociologues français du travail qui évoquent dans leurs ouvrages les énormes discriminations raciales que subissent les Antillais sur le marché de l&#8217;emploi en France, ce sont des étudiants français qui viennent témoigner de ces discriminations dans les cours de sociologie. .. Et que disent nos médias sur place? Nos politiques? Nos penseurs?</p>
<h4 style="text-align: justify;">Auto-Aveuglement</h4>
<p style="text-align: justify;">La politique de substitution de personnel à laquelle la métropole procède de manière de plus en plus systématique est déjà ancienne. Pourquoi alors faisons-nous semblant de découvrir ce problème à chaque nouvelle rentrée scolaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi, faisons-nous semblant d ignorer que la France gère très librement, sans aucune contrainte, le placement et déplacement de ses enfants, alors qu&rsquo;elle est très parcimonieuse sur les déplacements des ressortissants de nos régions ultrapériphériques : la notion de distance et d&rsquo;étrangeté étant à sens unique, puisque aucun personnel métropolitain n’est considéré comme « étranger» ou éloigné de la mère patrie dans quelque DOM-TOM qu&rsquo;il se retrouve. Ce qui n&rsquo;est pas le cas des Antillais en France. Pourquoi faisons-nous semblant de traiter de xénophobes ceux qui posent le problème de l&#8217;embauche à la Martinique ? Pourquoi faisons ­nous semblant de croire que seule une poignée d&rsquo;excités s&#8217;emparent du problème pour troubler l&rsquo;ordre social? Cet ordre social est-il encore ce pour quoi il se donne d&rsquo;ailleurs ? Qu&rsquo;est-ce qui a déjà changé et que notre conduite d&rsquo;auto-aveuglement légendaire nous empêche de voir?</p>
<h4 style="text-align: justify;">Arrêtons la démagogie</h4>
<p style="text-align: justify;">Il nous faut donc arrêter de faire cadrer la réalité avec nos vues souvent trop courtes et démagogiques. Il nous faut comparer la situation des métropolitains des Antilles à celles des Antillais de France (…). Pour sortir des sentiers battus et nous émanciper de certains des malaises psycho­physiques qui s&#8217;emparent de nous, lorsque le thème du sur­emploi de métropolitains est évoqué, acceptons de considérer que s&rsquo;il y a malaise, c&rsquo;est parce que nous sommes rattrapés par les contradictions générées par certains de nos choix politiques. Comment concilier en effet notre désir de « rester dans la République » et l&rsquo;action de pure politique qui consisterait à négocier ce que nous appelons le blanchissement des personnels publics? Ces contradictions expliquent sans doute en partie la politique d&rsquo;évitement adoptée face à cette problématique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Juliette Sméralda &#8211; sociologue.</strong></p>
<p>Sources du texte :</p>
<p>http://www.hello-caribbean.com/hello40/presse_genocide_discrimination.htm <strong>(lien mort)</strong></p>
<p><a href="http://www.grioo.com/forum/viewtopic.php?t=4630" target="_blank">http://www.grioo.com/forum/viewtopic.php?t=4630</a></p>
<p>Propos authentifiés par moi-même auprès de l&rsquo;auteure.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Comprendre le colonialisme et le racisme : le cas d&#8217;Alain Soral</title>
		<link>https://www.tikreol.re/comprendre-le-colonialisme-et-le-racisme-le-cas-de-alain-soral/</link>
					<comments>https://www.tikreol.re/comprendre-le-colonialisme-et-le-racisme-le-cas-de-alain-soral/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Nov 2014 14:20:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[dieudonné]]></category>
		<category><![CDATA[jo dalton]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[soral]]></category>
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					<description><![CDATA[Rien de mieux qu'un exemple concret pour expliquer ce qu'est le racisme et le colonialisme. Prenons donc le cas d'Alain Soral,  un célèbre gourou sur le web qui "fait du buzz" et de l'argent grâce à ses "explications" sur le système.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Rien de mieux qu&rsquo;un exemple concret pour expliquer ce qu&rsquo;est le racisme et le colonialisme. Prenons le cas d&rsquo;Alain Soral,  un célèbre gourou sur le web qui « fait du buzz » et de l&rsquo;argent grâce à ses « explications » sur le système.</strong></p>
<h3>Qui est Alain Soral ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Alain Soral est un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=a57bUhnlkZo">manipulateur intelligent</a>, qui a commencé en faisant de la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=misI57fGLOQ" target="_blank">télévision</a> (on a tous le droit de faire des erreurs). Parait-il ancien militant au Parti Communiste Français, il s&rsquo;improvise comme <a href="https://www.youtube.com/watch?v=GC4x5YxwYZ8" target="_blank">pseudo-sociologue sur les plateaux télé</a>, et devient l&rsquo;idéologue de Dieudonné lorsque ce dernier fut lynché médiatiquement à cause d&rsquo;un sketch sur les colons israéliens chez Fogiel en 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté d&rsquo;exprimer un point de vue antisioniste dans les médias et dans la rue en France est une réalité que personne ne peut nier, tant <a href="http://www.dailymotion.com/video/xuz3ar_le-demon-antisemite-houria-bouteldja_news" target="_blank">certaines associations qui défendent la politique israélienne savent mettre une énorme pression contre quiconque ose remettre en doute la légimité des actions d&rsquo;Israël</a>, en accusant les anticolonialistes d&rsquo;être antisémites. En revanche, si la politique française se fait complice de la colonisation israélienne, c&rsquo;est parce-que <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Xn2DFVj9Xc0" target="_blank">les deux sont liées historiquement, idéologiquement et économiquement</a>, et non pas parce-que un complot dirigerait la France&#8230; <a href="https://bouamamas.wordpress.com/2014/10/26/du-colonialisme-au-sionisme-chronique-dune-continuite-ideologique-du-parti-socialiste/" target="_blank">Et le PS n&rsquo;y fait pas exception, bien au contraire.<br />
</a><br />
Mais tomber dans la paranoïa, voir le lobby sioniste partout, lui imaginer des pouvoirs qu&rsquo;il n&rsquo;a pas, et se moquer du génocide juif, <strong>cela n&rsquo;a rien à voir avec <a href="https://www.youtube.com/watch?v=sQKFee0lB9k" target="_blank">l&rsquo;antisionisme</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce terme « sioniste », Alain Soral l&#8217;emploie &#8211; souvent &#8211; pour parler des juifs, car en définitive <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Srs_7F9BdXU" target="_blank">il ne s&rsquo;oppose pas au projet colonial sioniste en Palestine</a> en lui-même. Il vous dira que c&rsquo;est faux, mais tous ceux qui connaissent bien son discours savent qu&rsquo;il est obsédé par le complot des banquiers juifs de Wall Street&#8230;  <strong>Au final, Soral fait exactement la même chose que les sionistes : entretenir la confusion entre judaïsme et sionisme.</strong> (Pour comprendre ce qu&rsquo;est réellement le sionisme, voir <a href="https://www.youtube.com/watch?v=ERNXoBDtjso" target="_blank">cette vidéo</a> ou <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Xn2DFVj9Xc0" target="_blank">celle-ci</a> et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Oxr8clXQby4" target="_blank">celle-là</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Soral instrumentalise le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobby" target="_blank">lobbying</a> des sionistes (qui veulent faire taire toute voix pro-palestinienne) pour montrer que c&rsquo;est « eux » qui contrôlent le système. Il pointe aussi du doigt le « deux poids deux mesures » concernant la lutte contre l&rsquo;antisémitisme : les actes antisémites sont pris plus au sérieux que les actes islamophobes ou négrophobes. C&rsquo;est ce que les médias et le pouvoir peuvent souvent laisser penser, et c&rsquo;est malheureusement une réalité dans les faits, quand un acte antisémite fait la Une des journaux alors qu&rsquo;un acte islamophobe est à peine mentionné&#8230; Soral sait très bien s&rsquo;en servir comme preuve pour ses théories conspirationnistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rassembler ses disciples, en 2007, il va créer <del>sa secte</del> son association « Égalité et Réconciliation », qui aujourd&rsquo;hui fait partie des sites d&rsquo;extrême-droite les plus visités sur le web. Sa ligne politique : plaire aux jeunes des quartiers populaires qui sont <strong>légitimement enragés par les injustices qu&rsquo;ils subissent</strong>, et les orienter pour qu&rsquo;ils votent Front National (<a href="http://indigenes-republique.fr/sos-racisme-des-potes-qui-nous-voulaient-du-bien-sadri-khiari/" target="_blank">comme SOS Racisme le faisait pour le PS dans les années 80, avec la récupération de la marche pour l&rsquo;Égalité</a>), parti politique dont il a été un membre important pendant quelques temps, avant de le quitter parce-qu&rsquo;on lui a refusé la place de tête de liste aux européennes de 2009. Il fondra alors avec Dieudonné et d&rsquo;autres, la « Liste Antisioniste ». Aujourd&rsquo;hui, il semble s&rsquo;orienter vers <a href="http://www.arretsurimages.net/breves/2014-10-21/Dieudonne-et-Soral-lancent-un-parti-sur-fond-d-antisemitisme-Mediapart-id18103" target="_blank">un nouveau parti, « Réconciliation Nationale »</a>, car en ce moment le Front National montre un peu trop que le nationalisme français et le nationalisme israélien font parti du même projet de domination par l&rsquo;Occident (Israël n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;un morceau de l&rsquo;Occident implanté en Palestine).  D&rsquo;ailleurs, connaissant les manipulations de Soral depuis quelques années, il ne serait pas étonnant que son nouveau parti n&rsquo;ait pour objectif que de se faire interdire par le pouvoir, dans le but de faire du buzz&#8230; (« Le système nous interdit parce-qu&rsquo;on dit la vérité ! »)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce Alain Soral ne peut pas éviter cependant quelques contradictions : quand par exemple il essaie de se faire passer pour un « anti-système », tout en étant l&rsquo;ami de <strong>la police raciste de l&rsquo;État français</strong> qui humilie et <a href="http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/" target="_blank">assassine des noirs et des arabes dans les quartiers populaires</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-559" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs-289x300.jpg" alt="soral_crs" width="289" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs-289x300.jpg 289w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs.jpg 317w" sizes="(max-width: 289px) 100vw, 289px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;attaque préférée de Soral contre ceux qui le contredisent : dire que ces derniers sont complices ou font parti d&rsquo;un complot sioniste ou franc-maçonnique (ou autre variation, selon son humeur). Mais parfois il ne se contrôle pas et se lâche en traitant les gens de « pédé », « juif »&#8230; (<a href="http://blogs.lexpress.fr/barbier/2009/02/17/le_pen_des_potr/" target="_blank">d&rsquo;après les propos de Jean-Marie Le Pen, pourtant pas un très grand anti-raciste</a>). Son Ego sur-dimensionné ne supporte pas qu&rsquo;on lui refuse quoique ce soit. Et malheur à celui ou celle qui refuse de lui obéir, surtout si il ou elle est noir. <a href="http://www.streetpress.com/sujet/1416422707-soral-accuse-injures-racistes-mannequin#" target="_blank">Dernièrement Soral a voulu mettre une top-model noire dans son lit</a>, mais quand elle a refusé, voici le genre de choses qu&rsquo;il lui a dit :</p>
<div id="attachment_546" style="width: 210px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n.jpg"><img aria-describedby="caption-attachment-546" decoding="async" class="wp-image-546 size-medium" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n-200x300.jpg" alt="textos soral" width="200" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n-200x300.jpg 200w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n.jpg 640w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a><p id="caption-attachment-546" class="wp-caption-text"><a href="http://www.streetpress.com/sujet/1416422707-soral-accuse-injures-racistes-mannequin#" target="_blank">Harcèlement raciste de Alain Soral contre Binti Makaveli</a></p></div>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Pourquoi Alain Soral est-il raciste ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Le racisme ce n&rsquo;est pas « ne pas aimer » quelqu&rsquo;un à cause de sa couleur de peau, ce n&rsquo;est pas ne pas vouloir parler à quelqu&rsquo;un en raison de son origine. Durant l&rsquo;esclavage, le maître blanc pouvait très bien vivre aux côtés de noirs, et leur parler, sans que cela ne lui pose problème.<br />
Le racisme est un système de domination historiquement construit (par l&rsquo;esclavage et la colonisation), basé sur des privilèges et des discriminations en fonction de la race. La race étant une construction sociale qui peut être basée sur plusieurs caractéristiques : couleur de peau, religion, culture, langue, accent&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Alain Soral nie fondamentalement que c&rsquo;est le groupe des B<a href="http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-blanc-25-le-concept-de-blanchite-2014-09-30" target="_blank">lancs</a> qui domine en France (socialement, économiquement, politiquement). Ce qu&rsquo;il dit encore et encore, c&rsquo;est que lui et la majorité des français aujourd&rsquo;hui ne sont pas responsables de la colonisation. Or, celui qui comprend bien le racisme comprend qu&rsquo;<strong>il n&rsquo;y a pas « besoin » d&rsquo;être responsable de la colonisation pour en tirer des privilèges en tant que français <a href="http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-blanc-25-le-concept-de-blanchite-2014-09-30" target="_blank">blanc</a>.</strong> <strong> </strong>Et aujourd&rsquo;hui, que Soral et les racistes le veuillent ou non, le racisme hérité de la colonisation profite aux Blancs, et stigmatise, infériorise et discrimine des non-blancs racisés (dans l&rsquo;accès au travail, au logement, à l&rsquo;éducation&#8230;). L&rsquo;élite française est blanche dans son écrasante majorité (il n&rsquo;y a qu&rsquo;à regarder la « couleur » de l&rsquo;assemblée nationale, des conseils d&rsquo;administration dans les entreprises, et de comparer avec les personnes en prison, en France ou à La Réunion).</p>
<p style="text-align: justify;">Soral se sert du lobby « sioniste » comme d&rsquo;un faux prétexte, comme d&rsquo;un ennemi commun (stratégie du bouc-émissaire), pour « rassembler » et protéger la France d&rsquo;une future guerre entre communautés ou « choc des civilisations ».  <strong>Mais dans le monde réel, ce qui crée des tensions au sein du peuple, c&rsquo;est l&rsquo;État raciste (et ceux qui portent son discours)</strong>, qui attise la haine contre les immigrés, les musulmans, les Rroms, les noirs, et cela <strong>au profit de la communauté majoritaire et dominante à laquelle Alain Soral appartient, la communauté <a href="http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-blanc-25-le-concept-de-blanchite-2014-09-30" target="_blank">blanche</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-568 size-full" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1.jpg" alt="Soral1" width="480" height="360" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1.jpg 480w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1-300x225.jpg 300w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Soral (et tous les autres racistes), les noirs et les arabes peuvent être acceptés en France si ils sont bien assimilés, si ils respectent les maîtres blancs, si ils ne parlent pas de « réparations pour l&rsquo;esclavage et la colonisation » (<strong>une attaque contre le système raciste !</strong>), et qu&rsquo;ils font ce que Soral leur dit de faire. Pas question de parler des massacres commis par la France dans ses colonies ou sur le territoire français. Il faut garder l&rsquo;honneur de la France intact&#8230;.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Alain Soral qualifie<a href="http://indigenes-republique.fr/video-de-la-seance-de-conference-formation-17-octobre-61-un-crime-detat/" target="_blank"> le massacre du 17 Octobre 1961</a> de « Shoah du pauvre » (à 3min20) :</strong></p>
<!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('audio');</script><![endif]-->
<audio class="wp-audio-shortcode" id="audio-535-1" preload="none" style="width: 100%;" controls="controls"><source type="audio/mpeg" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/alain-soral-sur-radio-gazelle-marseille-24-10-2014_webcam.mp3?_=1" /><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/alain-soral-sur-radio-gazelle-marseille-24-10-2014_webcam.mp3">https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/alain-soral-sur-radio-gazelle-marseille-24-10-2014_webcam.mp3</a></audio>
<p style="text-align: center;">Extrait d&rsquo;émission sur Radio Gazelle (Marseille) du 24/10/2014 (trouvé sur le site d&rsquo;Égalité et Réconciliation)</p>
<p style="text-align: justify;">Cet extrait audio est à l&rsquo;image de Soral :<br />
« Je dis que le PS a manipulé les jeunes maghrébins, mais je fais pareil.<br />
Je dis que certains veulent diviser les gens et attiser la haine en remettant sur la table des anciens évènements historiques, mais je fais pareil.<br />
Je dis que je n&rsquo;ai pas à donner mon opinion sur un évènement auquel je n&rsquo;ai pas pu participer, mais je la donne quand même ! »<br />
Alain Soral : l&rsquo;art et la manière de dire une chose et son contraire</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&rsquo;a aucun respect pour la mémoire des autres : ni pour la mémoire de l&rsquo;esclavage, ni celle des colonisés assassinés par la France (par son armée ou sa police), ni celle du génocide des juifs tués pendant la Seconde Guerre Mondiale. <strong>Les sionistes instrumentalisent le génocide juif et l&rsquo;antisémitisme pour légitimer la politique criminelle d&rsquo;Israël, et Soral instrumentalise l&rsquo;antisionisme pour légitimer l&rsquo;antisémitisme&#8230;</strong> <strong>sionistes et antisémites se renforcent</strong><strong> :</strong></p>
<div id="attachment_572" style="width: 235px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin.jpg"><img aria-describedby="caption-attachment-572" decoding="async" class="size-medium wp-image-572" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin-225x300.jpg" alt="Soral qui fait une &quot;quenelle&quot; au mémorial de la Shoah à Berlin" width="225" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin-225x300.jpg 225w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin.jpg 540w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></a><p id="caption-attachment-572" class="wp-caption-text">Soral qui fait une « quenelle » au mémorial de la Shoah à Berlin</p></div>
<h3>Pourquoi Alain Soral est-il colonialiste ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Si la France fait partie des plus grandes puissances économiques du monde, c&rsquo;est grâce à l&rsquo;esclavage, la colonisation, le pillage des ressources de l&rsquo;Afrique et de l&rsquo;exploitation d&rsquo;ouvriers sous-payés en Chine ou ailleurs dans le monde.<br />
La France n&rsquo;a officiellement plus de colonies, pourtant elle continue à être une puissance impérialiste qui possède des bases militaires un peu partout dans ses « anciennes » colonies (ici aussi à La Réunion), intervient militairement partout où cela lui est nécessaire pour protéger ses intérêts (uranium, pétrole, positions stratégiques, etc&#8230;), en imposant un<a href="http://www.africa-libre.com/politique/688-france/2268-14-pays-africains-forces-par-la-france-a-payent-limpot-colonial-pour-les-avantages-de-lesclavage-et-de-la-colonisation" target="_blank"> impôt colonial</a> et <a href="http://survie.org/francafrique/colonialisme/article/le-franc-cfa-un-outil-de-controle" target="_blank">le franc CFA</a>, en soutenant des dictatures ou en finançant des oppositions politiques, etc&#8230; : la fameuse « <a href="http://www.dailymotion.com/video/xoc8rn_la-francafrique-expliquee-par-francois-xavier-verschave_news">Françafrique</a> » (<a href="http://www.dailymotion.com/video/xoc8rn_la-francafrique-expliquee-par-francois-xavier-verschave_news" target="_blank">écoutez Verschave&#8230;</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Soral est un digne héritier des colonialistes français lorsqu&rsquo;il veut défendre la France des « patriotes », puisque la France tire sa puissance du pillage du « tiers-monde ». Son projet, comme tout nationaliste de pays impérialiste, c&rsquo;est que son pays soit toujours plus puissant, donc toujours plus impérialiste, toujours plus colonisateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&rsquo;hésite pas à récupérer l&rsquo;image des révolutionnaires anti-impérialistes (Guevara, Chavez, Lumumba, Sankara&#8230;) en disant : « voyez ils sont nationalistes, tout comme moi ». Sauf qu&rsquo;un « nationalisme » comme celui de <a href="http://www.dailymotion.com/video/x3ob8l_discours-de-thomas-sankara-sur-la-d_people" target="_blank">Thomas Sankara</a> était un nationalisme de libération contre l&rsquo;impérialisme des pays occidentaux. <strong>Le nationalisme de Soral est au contraire un nationalisme de pays oppresseur, impérialiste, colonialiste</strong>. Ce type de nationalisme n&rsquo;a pas pour but de libérer un peuple, mais de le faire marcher droit pour la grandeur d&rsquo;un pays (ou plutôt d&rsquo;une classe dirigeante) qui opprime les peuples, et qui doit être fort pour être compétitif face aux autres pays impérialistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand Alain Soral dit ce que disent tous les autres colonialistes français (comme parler des effets positifs de la colonisation, ou bien demander d&rsquo;arrêter avec la repentance sur l&rsquo;histoire coloniale de la France), cela ne fait plus aucun doute : ce sont les intérêts de la France blanche qui comptent pour lui, rien d&rsquo;autre. Pour lui tout est bon pour redorer l&rsquo;image de la France, comme de dire par exemple que l&rsquo;Algérie se portait mieux quand elle était française :</p>
<p><iframe width="616" height="462" src="https://www.youtube.com/embed/kXuUU1Pg7dY?feature=oembed" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que veulent Alain Soral et les « dissidents » de <del>sa secte</del> son association Égalité et Réconciliation , c&rsquo;est que les colonisés cessent d&rsquo;en vouloir à la France, d&rsquo;en vouloir au pouvoir blanc, et se battent comme les tirailleurs sénégalais de l&rsquo;armée coloniale qui ont aidés à libérer la France de l&rsquo;envahisseur. Pour Soral aujourd&rsquo;hui, cet envahisseur c&rsquo;est le « lobby sioniste ». Mais si il dénonce le capitalisme financier de Wall Street contrôlé par les « sionistes » (le Mal !), ce n&rsquo;est que pour mieux nous vendre son capitalisme bien français (et donc par définition forcément bien&#8230;?). Capitalisme qui lui permet de s&rsquo;enrichir grassement grâce à sa boutique en ligne, ses livres, ses vidéos payantes etc&#8230; comme un bon et gentil petit patron « gaulois » (tout en profitant des banques des soi-disant « sionistes », mais il n&rsquo;en est pas à une contradiction près).</p>
<p>Son projet est de libérer la France de ce soi-disant lobby qui tire les ficelles. Pour cela<strong> il a besoin que les français noirs, arabes et les créoles cessent de revendiquer l&rsquo;égalité, oublient le passé colonial de la France, et se mettent à chanter la marseillaise avec un drapeau bleu-blanc-rouge dans les mains</strong>, en se concentrant sur ce lobby maléfique, <a href="http://stoplecontroleaufacies.fr/slcaf/" target="_blank">pour faire oublier les injustices sociales et racistes</a>.</p>
<h3>Soral le mytho</h3>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre les manipulations de Soral, le mieux c&rsquo;est encore d&rsquo;écouter ceux qui le connaissent de près. Parfois il s&rsquo;agit même d&rsquo;anciens alliés que Alain-le-mégalomane a fini par calomnier et insulter parce-qu&rsquo;ils ont osé le critiquer, lui et sa Dissidence. Pour se défendre, Soral répondra presque à chaque fois la même chose : ces personnes sont manipulées par les sionistes ou par un autre complot, ou simplement il dira que ce sont des menteurs (ce qu&rsquo;il est lui).</p>
<p>&#8211; <a href="http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/lettre-ouverte-a-alain-soral-96194" target="_blank">Olivier Mukuna, journaliste indépendant belge</a> (voir aussi <a href="http://www.medialibre.eu/france/quand-olivier-mukuna-raconte-le-vrai-alain-soral/13188" target="_blank">son témoignage d&rsquo;une rencontre entre Soral et lui organisée par Dieudo</a>)<br />
&#8211; <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xNW8NyyOJB4" target="_blank">Ahmed Moualek, ancien colistier de Dieudonné sur la « Liste Antisioniste »</a> (sa chaîne Youtube dénonce <a href="https://www.youtube.com/channel/UCpJftKaeCE2QKQVeqttqKjg" target="_blank">plusieurs mensonges de Soral</a>)<br />
&#8211; <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fArCol-5Xgc" target="_blank">Jo Dalton, Black Dragon</a><br />
&#8211; <a href="http://www.dailymotion.com/video/x286hfe_farida-belghoul-demande-un-debat-avec-alain-soral-meta-tv_news" target="_blank">Farida Belghoul</a>, qui milite contre la « <a href="http://www.huffingtonpost.fr/pascal-huguet/explications-theorie-du-genre_b_4759264.html" target="_blank">théorie du genre</a> »</p>
<blockquote><p>« La Dissidence :  tu n&rsquo;es pas d&rsquo;accord avec eux = t&rsquo;es un traître »<br />
Ahmed Moualek</p></blockquote>
<h3>La réponse de Kemi Seba au « Soralgate » (l&rsquo;affaire révélée par Jo Dalton, sur les propos racistes de Soral)</h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.youtube.com/watch?v=uq1H4mEde2g" target="_blank">Quand Jo Dalton demande à Kémi Seba si il « marche toujours avec Soral ? »</a>, <a href="http://www.lelibrepenseur.org/2014/11/19/soralgate-kemi-seba-repond/" target="_blank">Kémi Seba répond en gros que les noirs ne doivent pas lutter contre le racisme en France, mais venir vivre en Afrique.</a><br />
Kemi Seba a raison sur un point : Soral ne fait pas ce qu&rsquo;il fait pour les noirs et les arabes, mais pour maintenir la domination blanche en France. Kemi oublie par contre que pour que la France continue à être une puissance impérialiste compétitive sur le plan international, elle doit continuer à piller les richesses de l&rsquo;Afrique, comme elle le fait depuis la traite des noirs. <strong>Les ambitions d&rsquo;un impérialiste européen qui veut que son pays soit parmi les plus puissants du monde ne sont pas compatibles avec les ambitions de celui qui veut libérer l&rsquo;Afrique de l&rsquo;exploitation (néo)coloniale.</strong><br />
Le problème de l&rsquo;Afrique vient des élites blanches du monde occidental. Faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Margerie, le patron de TOTAL qui s&rsquo;est crashé récemment, était un français de souche 100% colon, comme Soral. Chercher une responsabilité autre, c&rsquo;est détourner les africains d&rsquo;un vrai ennemi :<strong> le pouvoir français blanc (néo)colonialiste et capitaliste</strong>.</p>
<div id="attachment_552" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain.png"><img aria-describedby="caption-attachment-552" decoding="async" class="size-medium wp-image-552" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain-300x225.png" alt="&quot;Margerie l'africain&quot;" width="300" height="225" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain-300x225.png 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain.png 600w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><p id="caption-attachment-552" class="wp-caption-text">« Margerie l&rsquo;africain »</p></div>
<p style="text-align: justify;">Comment parvenir à l&rsquo;auto-détermination des peuples africains quand les puissances impérialistes étrangères viennent piller les richesses du continent et mettent tout en oeuvre pour maintenir les divisions entre les peuples africains ? Ces puissances impérialistes ne sont pas dirigées par un soi-disant lobby juif (la « communauté organisée apatride »), mais par des élites économiques capitalistes (Kemi les appellent des oligarques, mais c&rsquo;est un pléonasme, car un système capitaliste est contrôlé par ceux qui possèdent les richesses, c&rsquo;est un fait) , et ces élites sont <strong>blanches</strong> (dont une majorité de non-juifs !).</p>
<blockquote>
<p style="text-align: center;">Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe !<br />
Thomas Sankara</p>
</blockquote>
<div id="attachment_556" style="width: 415px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291.png"><img aria-describedby="caption-attachment-556" decoding="async" class="wp-image-556" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291-300x153.png" alt="Montre-moi un capitaliste, et je te montrerai un suceur de sang." width="405" height="207" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291-300x153.png 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291.png 1000w" sizes="(max-width: 405px) 100vw, 405px" /></a><p id="caption-attachment-556" class="wp-caption-text">« Montre-moi un capitaliste, et je te montrerai un suceur de sang. » (Malcolm X)</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi Kemi Seba ne comprend-il pas que le pouvoir blanc raciste en France est le même qui exploite l&rsquo;Afrique ? Croit-il réellement aux histoires de conspiration de lobby qui dirige le monde (stratégie du bouc-émissaire) racontées par Soral ? Le gourou a-t-il donc réussi à lui faire croire que les Blancs n&rsquo;y sont pour rien dans le néo-colonialisme et les guerres impérialistes ? Ou s&rsquo;agit-il simplement d&rsquo;un calcul politique pour éviter de s&rsquo;en prendre directement à la « dissidence », qui l&rsquo;aide à diffuser ses messages en France ?</p>
<p><center><strong>Comment peut-on se dire panafricain et dire à ses frères africains (noirs et arabes) en Europe et aux USA d&rsquo;accepter de se faire marcher sur les pieds, de se laisser insulter et cracher dessus par les racistes ?</strong></center></p>
<p style="text-align: center;"><strong> Malcolm X disait-il vraiment qu&rsquo;il faut tendre l&rsquo;autre joue, sous prétexte qu&rsquo;on est dans le pays des Blancs ?</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong> Jo Dalton et tous les noirs africains, les arabes, martiniquais, guadeloupéens, guyanais, réunionnais, qui refusent d&rsquo;être humiliés, ont raison de s&rsquo;en prendre au pouvoir raciste blanc, qui peut avoir de multiples visages&#8230;</strong></p>
<h3 style="text-align: center;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-554" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1.jpg" alt="antifachos" width="535" height="235" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1.jpg 535w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1-300x131.jpg 300w" sizes="(max-width: 535px) 100vw, 535px" /></a><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos.jpg"><br />
</a><strong>Solidarité des peuples contre les impérialistes et leurs valets !</strong></h3>
<h3 style="text-align: center;"><strong> Solidarité avec la lutte palestinienne contre l&rsquo;État sioniste !</strong></h3>
<h3 style="text-align: center;"><strong> Excuses et réparations de la France pour l&rsquo;esclavage et la colonisation !</strong></h3>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: left;"><strong> Ti Kréol</strong></h3>
<hr />
<p style="text-align: left;">
]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>La Réunion : anthropologie politique d&#8217;une migration</title>
		<link>https://www.tikreol.re/la-reunion-anthropologie-politique-dune-migration/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Aug 2014 07:20:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[césaire]]></category>
		<category><![CDATA[Debré]]></category>
		<category><![CDATA[émigration]]></category>
		<category><![CDATA[migration]]></category>
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					<description><![CDATA[Conclusion du livre de Rodolphe Gailland, docteur en anthropologie à l'EHESS, "La Réunion : anthropologie politique d'une migration". Un point important que Rodolphe Gailland soulève est le lien entre la focalisation de notre avenir vers "l'Eldorado" de la France, et notre absence d'intérêt pour la coopération régionale avec nos voisins (Madagascar, Maurice, Seychelles, Comores...), qui pourrait pourtant être un moteur de notre développement économique local. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« Rodolphe Gailland est docteur en anthropologie de l&rsquo;EHESS. Ses recherches en anthropologie politique concernent la Réunion et plus particulièrement l&rsquo;analyse des logiques migratoires et identitaires, réinterprétées dans le contexte actuel de la globalisation. »</p>
<p><em>Voici la conclusion de son ouvrage « La Réunion : anthropologie politique d&rsquo;une migration » (L&rsquo;Harmattan, 2005). Un point important que Rodolphe Gailland soulève est le lien entre la focalisation de notre avenir vers « l&rsquo;Eldorado » de la France, et notre absence d&rsquo;intérêt pour la coopération régionale avec nos voisins (Madagascar, Maurice, Seychelles, Comores&#8230;), qui pourrait pourtant être un moteur de notre développement économique local. </em></p>
<p><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/08/la-reunion-anthropologie-politique-d-une-migration-9782747590068_02.gif"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-354" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/08/la-reunion-anthropologie-politique-d-une-migration-9782747590068_02-185x300.gif" alt="la-reunion-anthropologie-politique-d-une-migration-9782747590068_0" width="185" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">[L&rsquo;]itinéraire au sein du processus migratoire a révélé que la représentation de la métropole s&rsquo;inscrit encore aujourd&rsquo;hui dans un registre spécifiquement imaginaire. Pour les candidats au départ, la métropole ne peut être qu&rsquo;un eldorado qui se présente comme l&rsquo;opposé de la société d&rsquo;origine. Ce constat puise  sa légitimité dans le fait qu&rsquo;il permet de supporter un quotidien difficile, jugé sans espoir par la plupart des individus. Ainsi,<strong> [le processus migratoire] favorise peu les initiatives sur le sol insulaire puisque les perspectives d&rsquo;avenir, les projets de réalisation de soi, sont projetés vers l&rsquo;extérieur.</strong> Néanmoins, ce sentiment majoritairement observé au moment du départ connaît par la suite une profonde évolution. De nombreux migrants expriment leur déception face à la société idéalisée. Encouragés par le système de migration institutionnelle dont ils font l&rsquo;objet, ils entreprennent sans risque le voyage du retour. Mais au lieu de remplir la fonction d&rsquo;éclaireur et d&rsquo;entraîner dans leur sillage les jeunes laissés pour compte de la société réunionnaise, ils sont le plus souvent rejetés car associés à des hommes nouveaux, révélant en même temps l&rsquo;aliénation de la société d&rsquo;origine dont les discours politiques ne cessent pourtant d&rsquo;affirmer une volonté de changement qui apparaît en définitive peu crédible. En outre, ces migrants de retour participent à la construction identitaire du territoire insulaire. Ils se regroupent aujourd&rsquo;hui au sein d&rsquo;associations organisant des débats sur l&rsquo;évolution du département.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;évolution même du concept de migration, observable dans les stratégies mises en œuvre par les migrants eux-mêmes, exige à présent de nouvelles orientations pour le devenir du département. Le débat n&rsquo;est pas nouveau puisqu&rsquo;il occupe le terrain médiatique réunionnais depuis près de quarante ans. Déjà en 1965 au cours d&rsquo;une discussion à l&rsquo;assemblée nationale opposant <a title="Répression coloniale à la Réunion : L’ordonnance Debré du 15 octobre 1960" href="https://www.tikreol.re/repression-coloniale-a-la-reunion-lordonnance-debre-du-15-octobre-1960/">Michel Debré </a>et Aimé Césaire, <strong>ce dernier affirmait que la migration ne résolvait pas les problèmes majeurs de la Réunion et de l&rsquo;ensemble des DOM</strong>. Associée à la politique d&rsquo;assistance mise en place à l&rsquo;époque, elle ne pouvait constituer qu&rsquo;un palliatif, exigeant à moyen terme d&rsquo;autres décisions. L&rsquo;évocation de la réussite de son propre développement apparaissait déjà comme la piste à envisager. Sans conteste,<strong> la migration a permis l&rsquo;ouverture de la mentalité et de l&rsquo;espace réunionnais sur le monde, mais elle n&rsquo;a pas réussi à enrayer le chômage massif du territoire insulaire. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les départs « définitifs » par les filières de mobilité ont connu depuis les années quatre-vingt un déclin avéré. A la même époque, la réinstallation définitive des Réunionnais après plusieurs années en métropole apparaissait supérieure au départ. En outre, <strong>le solde de l&rsquo;immigration des non-Réunionnais a plus que doublé depuis les années soixante. Ces immigrants sont en général qualifiés. Beaucoup d&rsquo;entre eux décrochent d&rsquo;ailleurs un emploi depuis la métropole, car ils disposent sur l&rsquo;île d&rsquo;un réseau déjà implanté qui leur permet d&rsquo;investir la sphère du travail sans la moindre difficulté.</strong> Cette cooptation, connue de tous, provoque un sentiment sporadique mais régulièrement activé d&rsquo;opposition « anti-Métropolitain », ces derniers constituant l&rsquo;essentiel, sinon la totalité, de cette immigration. Ce climat est renforcé depuis les années quatre-vingt-dix. Jusqu&rsquo;à cette période, les jeunes réunionnais diplômés en métropole pouvaient espérer, dans une certaine mesure, revenir s&rsquo;installer à la Réunion et y décrocher un emploi. Aujourd&rsquo;hui, la situation n&rsquo;est plus envisageable. Ce constat est à l&rsquo;origine des nombreuses polémiques actuelles qui évoquent l&rsquo;<strong>obstruction systématique faite aux jeunes intellectuels locaux désirant accéder aux postes de décision et de pouvoir dans l&rsquo;île.</strong> De fait, le climat est propice à certains discours, certes minoritaires, qui puisent leurs thématiques dans des revendications autonomistes. La possibilité d&rsquo;octroyer aux Créoles, et plus particulièrement aux résidents de l&rsquo;île, des droits particuliers, notamment celui de la <a title="La préférence régionale est une idée progressiste" href="https://www.tikreol.re/la-preference-regionale-est-une-idee-progressiste/">préférence régionale en matière d&#8217;emploi</a>, est régulièrement évoquée publiquement. A l&rsquo;identique, les propos sur la limitation de l&rsquo;entrée et de l&rsquo;installation définitive d&rsquo;une population allogène, en l&rsquo;occurrence les Métropolitains, trouvent aussi un écho parmi la population locale. Force est de constater que ces idées s&rsquo;insinuent aujourd&rsquo;hui dans les esprits, d&rsquo;autant que les partisans du statut département ne peuvent que constater une situation de crise que rien ne semble pouvoir arrêter. La question de la mobilité n&rsquo;est que le pendant de ce développement économique tant attendu par les Réunionnais.<br />
Cette frustration, diversement ressentie dans les consciences, a pourtant une caractéristique commune : celle de <strong>signifier aux décideurs nationaux la prise en compte des spécificités de l&rsquo;île, jugées insuffisantes.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&rsquo;hui, pour les Réunionnais de l&rsquo;île, le présent comme l&rsquo;avenir restent flous, à la fois sur le plan de l&rsquo;évolution sociale, mais aussi sur l&rsquo;efficacité de la politique de promotion dont ils doivent bénéficier alors même que leur présence à postes de décision relève encore de l&rsquo;anecdote. Si la migration a, dans ses premières heures, donné l&rsquo;impulsion nécessaire au développement de la vie économique et sociale de l&rsquo;île,<strong> le développement interne de la société insulaire doit à présent s&rsquo;inscrire à l&rsquo;ordre du jour. Mais cette orientation doit s&rsquo;accompagner de réformes structurelles audacieuses qui privilégieraient l&rsquo;affirmation progressive d&rsquo;un sentiment d&rsquo;appartenance à une collectivité spécifique, du fait de son évolution historique, au détriment d&rsquo;un discours limité à l&rsquo;évocation d&rsquo;une ethnicité d&rsquo;une ethnicité exotique.</strong> Le processus a été amorcé, mais il se heurte au manque d&rsquo;adhésion de la population. Depuis 1986, le département participe à la Commission de l&rsquo;océan Indien, marquant ainsi son partenariat avec les îles voisines (Madagascar, Maurice, les Seychelles et les Comores). Cette coopération interrégionale s&rsquo;est donnée pour mission de dynamiser les échanges socioéconomiques dans la plupart des domaines autorisés, notamment celui de la formation des hommes, avec pour objectif la création et le développement d&#8217;emplois dans la zone des Mascareignes.<strong> Mais pour beaucoup de Réunionnais, la coopération interrégionale reste une notion abstraite. Alors que ce programme existe depuis plusieurs années, l&rsquo;idée même de la coopération interrégionale ne semble pas intégrée dans l&rsquo;imaginaire des Réunionnais comme une possibilité d&rsquo;avenir.</strong> Par des pratiques de va-et-vient, les Réunionnais s&rsquo;efforcent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;éluder l&rsquo;alternative décisive, posée par le pays d&rsquo;accueil. Le statut acquis en France s&rsquo;efface lorsque celui-ci n&rsquo;excède pas une certaine durée. C&rsquo;est bien parce que le monde supposé de l&rsquo;émigration ne correspond plus aujourd&rsquo;hui au monde réel que l&rsquo;on peut observer l&rsquo;exacerbation des pratiques sociales planifiées par les acteurs en fonction des options qui se présentent, tant pour eux-mêmes que pour leur famille. Ce système, que l&rsquo;on peut qualifier de « conservatisme adapté » à la nouvelle donne migratoire, doit tenir la gageur d&rsquo;évoluer tout en préservant les intérêts individuels ou familiaux. Cet impératif est soumis à toutes les interrogations car, nous avons vu qu&rsquo;au-delà de la satisfaction de ce besoin social élémentaire, la diaspora réunionnaise ne manifeste pas une double allégeance en se souciant de l&rsquo;avenir politique et économique du département d&rsquo;origine. Dans un tel contexte, la stratégie de circulation, en dépit de ces nombreuses variantes, semble arriver très vite aux limites de ses possibilités. Pour l&rsquo;heure, les individus engagés dans ce processus semblent condamnés à développer des stratégies de nomade sans aucune autre finalité.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>« J&#8217;ai séparé nos routes »</title>
		<link>https://www.tikreol.re/jai-separe-nos-routes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Jul 2014 10:07:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[ethnocentrisme]]></category>
		<category><![CDATA[néocolonialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Voici un texte retranscrivant une réflexion que je partage, qui dénonce l’ethnocentrisme et le paternalisme colonialiste que l’on retrouve en France même dans les milieux « d’extrême-gauche »,  qui voudraient que l’on calque les modèles politiques occidentaux « révolutionnaires » à nos contextes à nous, à nos vies, à nos résistances. Non, la France et l’Europe ne sont pas le centre du monde. Non, le monde ne vous appartient pas.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Voici un texte retranscrivant une réflexion que je partage, qui dénonce l&rsquo;ethnocentrisme et le paternalisme colonialiste que l&rsquo;on retrouve en France même dans les milieux « d&rsquo;extrême-gauche »,  qui voudraient que l&rsquo;on calque les modèles politiques occidentaux « révolutionnaires » à nos contextes à nous, à nos vies, à nos résistances. Non, la France et l&rsquo;Europe ne sont pas le centre du monde. Non, le monde ne vous appartient pas.</strong><br />
<strong>Texte repris avec l&rsquo;aimable autorisation de cases-rebelles.org</strong></p>
<h3><strong></strong>J&rsquo;ai séparé nos routes</h3>
<p style="text-align: justify;">Il y a de cela quelques années j’ai séparé nos routes. Séché mes larmes de votre insistance à être si blancHEs, si occidentaux-ales.<br />
Vos références aveuglantes d’égocentrisme culturel et historique; vos révolutions françaises, russes, vos guerres d’Espagne, 68, et que sais-je…<br />
Où étions-nous pendant ce temps là ?<br />
Suant, saignant, braillant, crevant d’absences sans doute.<br />
Pendant que vous vous rêviez marxistes léninistes, anarchistes, féministes, socialistes, républicainEs, antifascistes, en attendant de nous apprendre à notre « réveil » que la société qui nous avait annexés, génocidés, enchaînés avait aussi accouché de plans de sorties, que vous alliez « partager » dans votre grande mansuétude.</p>
<p style="text-align: justify;">Vos mythologies libératrices je les profane ; ce ne sont pas les miennes.<br />
Je n’espère rien d’autre que vous fermiez vos gueules. On a trop entendu l’homme blanc chanter au vent ses stratégies étouffantes.<br />
Chaque fois que nous avons été dans la lutte à ses côtés on l’a vu écrire une histoire à son image ; comme à Stonewall par exemple. Et à chaque fois qu’il nous est arrivé de dire nous sommes queers, féministes, marxistes, anarchistes, écologistes, indépendantistes ou autres vous avez entendu « nous vous aimons tant que nous voulons être comme vous, nous voulons nous battre comme vous qui nous avez tout appris. » Et puis vous avez constamment jaugé, jugé, soupesé nos révoltes. Ah nous ne faisions pas comme il fallait faire.<br />
Il n’a jamais été question pour vous de comprendre en quoi nous faisions nos propres lectures à la lumière d’autres vécus et d’autres analyses qui vous échappaient fondamentalement.</p>
<p style="text-align: justify;">Votre monde n’est qu’un petit bout écrasant des univers disponibles. Les nôtres incluent l’invisible, la foi, l’irrationnel et tout cela fait sens.<br />
Vous avez tant piétiné de peuples et d’histoires.<br />
Ne bougez plus.<br />
Tendez l’oreille si vous en êtes capables.</p>
<p style="text-align: justify;">Écoutez-vous. Vraiment.<br />
Vos discours, vos mots, vos souffles courts, vos artistes engagéEs, votre amour du voyage.<br />
Vous voulez pouvoir tendre la main sans qu’on y crache.<br />
Nous comprendre, nous fréquenter, nous développer, nous inviter à vos auberges « espagnoles », nous imposer vos convivialités de bonne bouffe que je déteste. Vos vins, vos plats, votre savoir-bien-vivre.<br />
Ou votre mépris ostensible du savoir-bien-vivre parce que les révoltéEs bien élevéEs doivent savoir à leur heure mimer l’inconvenance, jouer le mépris des bourgeois de façon bien bourgeoise.<br />
C’est tellement mignon votre nomadisme de classe, vos retours à l’usine, vos squats, vos fausses trahisons vis-à-vis de vos mondes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je peux en raconter des racismes asphyxiants et chaque fois on m’a dit que c’était un « malentendu », que j’avais dû « mal comprendre » et qu’en plus les formes de ma colère la disqualifiaient.<br />
J’étais « trop agressif, écorché ». Mais écorché par qui ?<br />
Aux belles heures pratiques les militantEs dominantEs mutent soudainement en êtres indulgents et compréhensifs. Indulgents et compréhensifs d’eux-mêmes parce qu’ils ne veulent pas se donner la peine de regarder dans le miroir.<br />
Parce qu’ils veulent quelques uns d’entre nous sur la photo de famille mais ne veulent surtout pas qu’on critique la famille, qu’on défie l’arrogance du groupe affinitaire. Sous peine de vendetta, calomnies et exclusions définitives. A ces heures pratiques, sacrifier l’Autre ça n’empêchera pas de dormir, ça ne perturbera pas les fêtes. Parce qu’ils sont trop forts les héritierEs des Lumières et qu’ils restent trop beaux même dans l’agir fasciste. Même quand ils éliminent, précisEs comme des snipers les voix critiques et dissonantes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.cases-rebelles.org/wp-content/uploads/2014/07/tintin-au-congo.jpg"><img decoding="async" class="alignleft" title="Tintin_au_Congo" alt="" src="http://www.cases-rebelles.org/wp-content/uploads/2014/07/tintin-au-congo.jpg" width="210" height="285" /></a>Et ce besoin d’aller voir, d’être témoins. D’aller visiter Sénégal, Inde, Burkina-Faso, Palestine, Haïti. Tout comme les quartiers populaires, les IME ou les prisons.<br />
Visiter pour dire : j’y étais. Éternels explorateurs, saletés de découvreurs.<br />
Pour se payer le luxe d’une fausse promiscuité : toute une belle ribambelle de Tintins au Congo.<br />
Pour pouvoir raconter. Pour qu’on vous dise «  fais gaffe ça va être dur ». Ou alors «  Houlala, ça a du être difficile! ». Pour pouvoir raconter, qu’on vous chante au retour des félicitations pour avoir supporté pendant quelques heures, semaines ou mois ce qui n&rsquo;est pour les autres qu’un quotidien sans perspectives de changement. Fraternisant, sympathisant, posant, couchant avec les autochtones. Soutenu par vos statuts de mégaprivilégiés.<br />
Quel courage !!! Quelle bonté. Quelle fierté.<br />
De risquer vos importantes petites vies au Chiapas, en Égypte ou en Colombie.</p>
<p style="text-align: justify;">Tant de kilomètres pour ne pas voir.<br />
Ne pas vous voir ici. Ne pas vous regarder ici chez vous.<br />
Pour animer le dimanche à table de vos récits sans honte vos réunions bourgeoises.<br />
Souvent je vous retrouve égaux à vous-mêmes.<br />
Vos parents, vos familles, vos pairs.<br />
Où étaient-ils pendant la guerre ?<br />
Et puis c’est quoi leurs liens à la colonisation ?<br />
Combien dans la coopération, le « développement » ?<br />
Non ça ne suffit pas de ne pas avoir fait la guerre d’Algérie.<br />
On peut s’être empiffrés dans le Cameroun sous napalm.<br />
Vos mutations. Vos mutations d’expat’ comme vous dîtes.<br />
Tout ça ça continue… Tout comme les mutations coloniales aux Antilles « Françaises ».<br />
Vos voyages en Inde, au Sénégal, en République Dominicaine, à Madagascar.<br />
Le tourisme n’a jamais sauvé personne. Vous semez le chaos dans vos safaris, le désespoir et l’envie. A tarifs low costs.<br />
Mais l’Occident ne veut pas se refuser le monde. Ne veut pas cesser de se dire qu’il va découvrir le monde.  Redécouvrir le monde. L’Occident ne veut pas se priver de bonnes vacances. Il ne veut pas se partager en ligne ses ballades planétaires. Il ne veut pas se priver d’une bonne coupe du monde, peu importe le sang.<br />
Il ne veut pas se bouder le plaisir d’un bon western comme si on faisait des films à la gloire des nazis. L’Allemagne nazie c’est l’Amérique des cow-boys et de celle de Custer. Celle de l’esclavage et des lynchages. Cette belle Amérique, ébahie de son impunité, n’a pas hésité à Hiroshima et Nagasaki parce qu’on l’avait déjà tellement applaudie qu’elle pouvait prendre de l’avance. Et au Vietnam, en Irak, en Afghanistan les westerns n’en finissent plus de se tourner. Et il y a des cowboys d’Afrique jusqu’en Palestine en passant par le Brésil.<br />
Vous allez me dire que j’ai raison et que vous consentez à cela. Mais je m’en contrefiche si vous ne voyiez pas votre participation dans tout ce mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">Consentez au silence, à la parcimonie de vos langues envahissantes.<br />
Votre sentiment de culpabilité ne m’intéresse pas. Pas plus que votre mauvaise conscience.<br />
Actez. Taisez-vous. Travaillez. Regardez-vous.<br />
Pour tenter de comprendre. Comprendre que vous ne pouvez panser des plaies créées à votre contact.<br />
J’ai grandi avec votre télévision, vos images, vos personnages noirs caricaturaux et votre omniprésence.<br />
Je vous connais bien mieux que vous ne me connaissez. Vos révoltes d’adolescence. Le nom de nos héros brandis. Comme nos cultures de résistance, nos musiques, vidées de sens par vous. Vous parlant de nous sans nous. Jouant  notre musique sans nous.<br />
Et vous vous pensez du bon côté de la ligne. Sans jamais reconnaître tous les traits communs que vous partagez avec vos jumeaux fascistes. Comme d’avoir su, au hasard, entretenu si bien la flamme islamophobe.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand vous serez plus vieux que vous vous serez poséEs ce ne sont pas nos misères qui vous empêcheront de dormir, ce n’est pas la conscience qui vous poussera à ne rien dire. C’est juste que vous serez passéEs à d’autres tourismes. Mais moi ça fait longtemps que j’aurai séparé nos routes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M.L. – Cases Rebelles </strong><em>(Juin 2014)</em></p>
<p style="text-align: justify;">Source : <a href="http://www.cases-rebelles.org/jai-separe-nos-routes/">http://www.cases-rebelles.org/jai-separe-nos-routes/</a></p>
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		<title>La préférence régionale est une idée progressiste</title>
		<link>https://www.tikreol.re/la-preference-regionale-est-une-idee-progressiste/</link>
					<comments>https://www.tikreol.re/la-preference-regionale-est-une-idee-progressiste/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 May 2014 12:43:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination positive]]></category>
		<category><![CDATA[embauche locale]]></category>
		<category><![CDATA[préférence locale]]></category>
		<category><![CDATA[préférence régionale]]></category>
		<category><![CDATA[priorité à l'embauche des réunionnais]]></category>
		<category><![CDATA[régionalisation]]></category>
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					<description><![CDATA[« Préférence régionale », « préférence locale », « régionalisation de l'emploi », « priorité à l'embauche des réunionnais »... derrière ces formules il y a une revendication simple : que les emplois à la Réunion cessent d'échapper aux réunionnais lorsqu'ils ont les compétences nécessaires. Tant de réunionnais obligés de quitter leur pays pour trouver du travail, c'est injuste lorsqu'ils pourraient très bien travailler sur place, sans quitter leur famille, sans quitter la société qui les a vu naître et grandir.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-239" alt="preferans" src="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/preferans1-1024x363.jpg" width="580" height="205" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/preferans1-1024x363.jpg 1024w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/preferans1-300x106.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/preferans1.jpg 1539w" sizes="(max-width: 580px) 100vw, 580px" /><br />
« Préférence régionale », « préférence locale », « régionalisation de l&#8217;emploi », « priorité à l&#8217;embauche des réunionnais »&#8230; derrière ces formules il y a une revendication simple : que les emplois à la Réunion cessent d&rsquo;échapper aux réunionnais lorsqu&rsquo;ils ont les compétences nécessaires. Tant de réunionnais obligés de quitter leur pays pour trouver du travail, c&rsquo;est injuste lorsqu&rsquo;ils pourraient très bien travailler sur place, sans quitter leur famille, sans quitter la société qui les a vu naître et grandir.<br />
Des réunionnais qualifiés il y en a. Malheureusement, certains employeurs préfèrent embaucher des non-réunionnais&#8230;. sans doute par affinités culturelles avec les zoreys qu&rsquo;ils font parfois venir exprès de France, ou simplement par racisme anti-réunionnais. Toujours est-il que le réunionnais se retrouve piégé par la discrimination dans son propre pays et est souvent contraint de s&rsquo;exiler pour pouvoir travailler à des postes pour lesquels il a les compétences.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>La situation réunionnaise</h3>
<p style="text-align: justify;">La « crise », les réunionnais la connaissent depuis bien longtemps. Le chômage de masse est un fait social auquel les réunionnais sont « habitués ». Les transformations sociaux-économiques promises par la départementalisation ont mis du temps à se mettre en place, et leurs bénéfices n&rsquo;ont pas été au rendez-vous pour tout le monde. (et pour le RMI créé en 1988, à la Réunion il a fallu attendre 2002 pour qu&rsquo;il ne soit aligné avec celui de France&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Durant les années 60-70, sous l&rsquo;effet d&rsquo;un développement « artificiel » (développement de la fonction publique notamment), l&rsquo;économie réunionnaise a eu besoin de plus de main d’œuvre qualifiée. Faute d&rsquo;en trouver suffisamment sur place, il a fallu en faire venir de France, en nombre, pour combler les besoins en fonctionnaires et en cadres. Certains pourront aussi y voir une façon d&rsquo;assurer la présence culturelle française à la Réunion&#8230; <a href="https://www.youtube.com/watch?v=oP3W7pl7yvA">C&rsquo;est à cette même période que s&rsquo;est mise en place le BUMIDOM et la politique d&rsquo;émigration massive des réunionnais (Voir documentaire : « BUMIDOM : des français venus d&rsquo;Outre-Mer »)</a>. Ce double phénomène d&rsquo;immigration de « métropolitains » et d&rsquo;émigration de réunionnais, Aimé Césaire l&rsquo;a appelé le « <strong>génocide par substitution</strong> » quand il parlait du cas martiniquais.</p>
<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-260" alt="bumidom" src="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/85qgz5o4.jpg" width="320" height="212" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/85qgz5o4.jpg 320w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/85qgz5o4-300x198.jpg 300w" sizes="(max-width: 320px) 100vw, 320px" /><br />
Face à la misère et au risque d&rsquo;explosion sociale, et pour enrayer toutes velléités d&rsquo;indépendance, l’État français a fait miroiter de belles perspectives d&rsquo;avenir aux réunionnais pour qu&rsquo;ils quittent leur pays, en présentant la France comme un Eldorado où ils pourraient réussir et sortir de la pauvreté&#8230; avec les résultats que l&rsquo;on sait : pour quelques uns qui ont pu s&rsquo;en sortir, combien ont été condamnés à des emplois misérables, à la dépression, à l’hôpital psychiatrique, au suicide&#8230;<br />
A l&rsquo;heure d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, des réunionnais qualifiés il y en a. Mais si les diplômes restent statistiquement le moyen le plus sûr de trouver un emploi, beaucoup de jeunes diplômés réunionnais font l&rsquo;amer constat que la société réunionnaise ne leur réserve pas la place qu&rsquo;ils méritent.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains républicains assimilationnistes et « universalistes » voudraient nous faire croire que « la Réunion, c&rsquo;est la France », qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de différence entre un réunionnais et un zorey, que le zorey a autant le droit de venir travailler à la Réunion qu&rsquo;un réunionnais. Si un zorey peut voyager d&rsquo;une région à un autre pour trouver du travail, pourquoi le réunionnais ne le ferait-il pas en « métropole » ? (pour reprendre le vocabulaire colonial&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Rien n&rsquo;est plus faux que cette affirmation, fruit d&rsquo;une longue tradition colonialiste française de conquête de territoires et de marchés, à la sauce républicaine pseudo-humaniste. Un réunionnais qui migre de la Réunion vers la France, ce n&rsquo;est pas comme un alsacien ou une bordelaise qui va à Paris pour chercher du travail. Géographiquement, socialement, culturellement, et « météorologiquement », un réunionnais qui part vivre en France comprend vite qu&rsquo;il n&rsquo;est pas « chez lui » dans les faits. (Voir l&rsquo;article <a title="La mobilité des jeunes réunionnais" href="http://tikreol.re/la-mobilite-des-jeunes-reunionnais/">« La mobilité des jeunes réunionnais »</a>). En France, les réunionnais de couleur se retrouvent aussi discriminés que les autres groupes racisés, tels que les maghrébins (avec lesquels on les confond parfois), les africains noirs, les indiens&#8230; Même constat pour une sœur réunionnaise « chinoise » qui s&rsquo;était faite agresser à Lyon par des militants d&rsquo;extrême-droite du GUD, parce-qu&rsquo;elle fréquentait des français&#8230;<a href="http://www.la1ere.fr/2013/06/21/lyon-prison-ferme-pour-deux-jeunes-qui-avaient-commis-une-agression-raciste-sur-une-reunionnaise-43171.html"> C&rsquo;était </a><a href="http://www.la1ere.fr/2013/06/21/lyon-prison-ferme-pour-deux-jeunes-qui-avaient-commis-une-agression-raciste-sur-une-reunionnaise-43171.html"> en 2013.</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Contre les inégalités sociales</h3>
<p style="text-align: justify;">Les jeunes réunionnais qui quittent leur île pour faire leurs études en France, ou pour y chercher du travail, ont pour la plupart l&rsquo;espoir de revenir vivre dans leur pays, près de leur famille qui les y attend. Le but de cette migration est d&rsquo;obtenir des diplômes et des qualifications, afin de se faire une place à la Réunion, car depuis toujours on leur dit que sans qualification, ils ne trouveront pas de travail. Alors, comme un rite de passage, des milliers de réunionnais « sot la mèr », certains en France, d&rsquo;autres au Canada, ou ailleurs. Mais au bout du parcours, pour beaucoup, leur rêve de pouvoir vivre à la Réunion se heurte à cette dure réalité : leur pays ne leur a pas réservé de place. Pire, alors qu&rsquo;eux galèrent à trouver du travail quand ils rentrent au pays, certains zoreys, qui ont autant de qualifications qu&rsquo;eux, sinon moins, sont parfois embauchés à la Réunion depuis la France, sans avoir mis un pied sur le sol réunionnais.</p>
<p style="text-align: center;">Voici un tableau présentant le taux d&#8217;emploi des hommes à la Réunion, selon l&rsquo;âge et l&rsquo;origine, daté de 2007 et tiré d<a href="http://ec.europa.eu/regional_policy/sources/docgener/studies/pdf/rup_migratory/rapport8rup_shs_2_fr.pdf">&lsquo;un rapport de l&rsquo;INED, commandé par la Commission Européenne</a> :</p>
<p><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-145122.png"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-267" alt="Capture du 2014-05-23 14:51:22" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-145122.png" width="630" height="387" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-145122.png 630w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-145122-300x184.png 300w" sizes="(max-width: 630px) 100vw, 630px" /></a>(« autr OM » = autre département d&rsquo;outre-mer, « France entière » = moyenne nationale)</p>
<p style="text-align: left;">et celui des femmes :</p>
<p style="text-align: left;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-150644.png"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-268" alt="Capture du 2014-05-23 15:06:44" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-150644.png" width="638" height="390" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-150644.png 638w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/Capture-du-2014-05-23-150644-300x183.png 300w" sizes="(max-width: 638px) 100vw, 638px" /></a>Nous voyons donc que l&rsquo;origine, l&rsquo;âge et le sexe sont des facteurs importants pour le taux d&#8217;emploi des personnes vivant à la Réunion, et que les zoreys sont la catégorie possédant le taux d&#8217;emploi le plus élevé, chez les hommes et les femmes, pratiquement à tout âge.</p>
<p style="text-align: left;">Maintenant, qu&rsquo;en est-il du niveau d&rsquo;étude, des diplômes ? Un réunionnais et un zorey ont-ils les mêmes chances d&rsquo;obtenir des postes qualifiés lorsqu&rsquo;ils ont le même niveau d&rsquo;étude ? <a href="http://ec.europa.eu/regional_policy/sources/docgener/studies/pdf/rup_migratory/rapport8rup_shs_2_fr.pdf">Le rapport de l&rsquo;INED (Les tendances démographiques et migratoires dans les régions ultrapériphériques :   quel impact sur leur cohésion économique, sociale et territoriale ?</a>) répond à cette question :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: left;">A diplôme égal, un Métropolitain semble avoir un avantage sur le marché du travail et accéder plus facilement qu’un natif à une profession de qualification élevée. Le marché des cadres d’entreprises apparaît leur être particulièrement favorable, notamment à ceux ayant un diplôme qui semble faible pour ce type de professions. Une étude conduite en 1999 avait déjà souligné le phénomène (Marie, Rallu  2004).  Les  différences  ne  se  sont  pas  estompées :  elles  sont  au  mieux  restées  stables  quand elles  n’ont  pas  augmenté.  Cette  situation  explique  qu’une  majorité  des  jeunes  natifs  diplômés migrent vers la métropole ou s’y installent durablement à la suite de leurs études.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La préférence régionale ne doit pas être comprise comme un remède qui résoudra le problème du chômage de masse comme par magie, mais comme un moyen de combattre la discrimination à l&#8217;embauche, et mettra un frein aux embauches par « copinage » qui exclut les réunionnais du marché de l&#8217;emploi à la Réunion.<strong> La solidarité sociale parmi la communauté Zorey est forte, et facilite leur insertion sur le marché de l&#8217;emploi réunionnais</strong>. Malheureusement, cette solidarité se fait au détriment des réunionnais qui ne possèdent pas les mêmes relations, le même type de <strong></strong><strong>« c</strong><strong>apital social»</strong>, pour reprendre l&rsquo;expression de Pierre Bourdieu. Ainsi s&rsquo;opère l&rsquo;exclusion des nôtres, qui n&rsquo;ont pas forcément la chance de connaître tel ou tel DRH, tel ou tel patron, tel ou tel cadre bien placé&#8230; car zoreys pour la plupart.</p>
<p>Des mesures doivent être prises pour permettre à plus de réunionnais diplômés de rester ou revenir dans leur pays, limitant ainsi ce que l&rsquo;on appelle « la fuite des cerveaux ». <strong>La Réunion, pour se développer, a besoin de sa jeunesse, de toute sa jeunesse.</strong></p>
<h3>Quelle différence avec la préférence nationale des racistes français ?</h3>
<p style="text-align: justify;">La préférence régionale dont on parle ici ne doit surtout pas être confondue avec la « préférence nationale » du Front National. L&rsquo;objectif des racistes de l&rsquo;extrême-droite nationaliste française est la sauvegarde des intérêts du groupe dominant blanc « français de souche », ou « européen », contre des présupposées menaces (immigrés africains, musulmans, arabes, roms&#8230;), avec pour finalité la pérennité de l&rsquo;hégémonie blanche occidentale chrétienne.<br />
Sur fond de démagogie et de mensonges, ils manipulent les statistiques pour démontrer que si les français de souche sont au chômage, c&rsquo;est de la faute aux immigrés. Que si il y a de la délinquance, c&rsquo;est de la faute aux immigrés. Que si la civilisation européenne et chrétienne est en danger, c&rsquo;est de la faute aux hordes de barbares immigrés qui viennent modifier leurs habitudes de vie, etc&#8230;<br />
Or, beaucoup d&rsquo;immigrés viennent en France parce que leur pays a été ravagé par le colonialisme et le néo-colonialisme, parce-que <strong>le continent africain est littéralement pillé par les entreprises occidentales</strong>. S&rsquo;ils viennent en Europe pour trouver du travail dans les anciennes métropoles qui les ont colonisées, c&rsquo;est pour des emplois aux conditions de travail pénibles qui sont désertés par les européens, parce-que <strong>c&rsquo;est une question de vie ou de mort pour ces immigrés</strong>. Quand on vole les richesses d&rsquo;un continent, quoi de plus normal que ceux qui ont été volés aillent vivre dans les pays qui se sont enrichis grâce à ce pillage ?</p>
<p style="text-align: justify;">D&rsquo;un côté donc il y a la « préférence nationale » des dominants racistes, et de l&rsquo;autre notre « préférence régionale », qui est un rééquilibrage, une « <strong>discrimination positive</strong> » (aux USA on parle d&rsquo; « affirmative action », qui fut mise en place dans le cadre de la lutte pour les droits civiques, pour mettre fin à la <strong>ségrégation raciale</strong>) pour contrer la discrimination à l&#8217;embauche que subit le réunionnais chez lui, une discrimination qui entretient les inégalités sociales de plus en plus grandes à la Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;">Les nationalistes racistes du Front National ou du «Bloc Identitaire » auront beau essayer de nous faire croire qu&rsquo;ils ont les mêmes revendications que nous, nous savons très bien que ce n&rsquo;est que de la manipulation pour asseoir encore un peu plus leur domination sur les peuples non-blancs :</p>
<div id="attachment_246" style="width: 464px" class="wp-caption aligncenter"><img aria-describedby="caption-attachment-246" decoding="async" class="size-full wp-image-246" alt="Les racistes identitaires parisiens du &quot;projet apache&quot;" src="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/apache.jpg" width="454" height="342" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/apache.jpg 454w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/05/apache-300x225.jpg 300w" sizes="(max-width: 454px) 100vw, 454px" /><p id="caption-attachment-246" class="wp-caption-text">Les racistes identitaires parisiens du « projet apache »</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les zoreys qui viennent à la Réunion n&rsquo;y sont pas, pour la plupart, poussés par la pauvreté</strong>. Beaucoup viennent pour vivre sur une île paradisiaque (mais paradisiaque pour qui ?&#8230;). Par contre, les emplois qualifiés que certains d&rsquo;entre eux viennent occuper à la Réunion sans trop de difficultés sont autant d&#8217;emplois qualifiés en moins pour les réunionnais, condamnés à aller chercher du travail en France ou ailleurs, sans savoir s&rsquo;ils pourront un jour revenir vivre à la Réunion. Et si ces derniers tiennent réellement à vivre chez eux, il ne leur restera plus qu&rsquo;à accepter des emplois non-qualifiés, ou sous-qualifiés par rapport à leurs compétences, ou bien encore à rejoindre la masse de réunionnais au chômage. Ce qui est totalement différent pour un zorey, qui, s&rsquo;il ne trouve pas de travail à la Réunion, pourra rentrer chez lui sans que cela ne le gêne plus que ça.</p>
<p style="text-align: justify;">De la même façon, pour l&rsquo;immigré africain qui vient chercher du travail en France, c&rsquo;est une question de survie s&rsquo;il part en France. Alors que le Français expatrié en Afrique peut retourner vivre et travailler en France quand il le souhaite.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Halte au chantage du « racisme » !</h3>
<p style="text-align: justify;">Le mot « racisme » est parfois utilisé à tord et à travers, une petite mise au point s&rsquo;impose donc.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le racisme n&rsquo;est pas une opinion ni un sentiment. C&rsquo;est avant tout un système de domination</strong>. A la Réunion, de l&rsquo;esclavage jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui, les réunionnais de couleur ont subi et continuent aujourd&rsquo;hui à subir ce système raciste. Les kafs, qui possèdent le phénotype le plus africain, étant le groupe de réunionnais qui subit le plus fortement ce racisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Sarda Garriga qui est venu promettre des indemnités aux propriétaires d&rsquo;esclaves en 1848, n&rsquo;a pas aboli le racisme. Le système raciste évolue. Mais aujourd&rsquo;hui les réunionnais (mis à part les gros blancs et les élites de certaines communautés, qui sont très minoritaires) ne sont pas en position dominante dans leur pays au point de vouloir maintenir les zoreys en bas de l&rsquo;échelle sociale. <strong>Ceux sont les réunionnais qui sont majoritairement dominés, discriminés socialement</strong> (quand on ne se fait pas simplement traiter de singes ou de nègres&#8230; Cf Marc Nouschi, Cf Serge Copy). C&rsquo;est notre culture et notre façon de vivre qui est constamment pointée du doigt ou folklorisée pour les besoins de la cause publicitaire. C&rsquo;est notre mémoire qui est salie de temps à autres par quelques colons égarés (Cf Robert Chicaud). Par conséquent, le système à caractère raciste en place actuellement à la Réunion (mais aussi aux Antilles, en Guyane, en Kanaky, à Mayotte&#8230;) n&rsquo;est pas de notre fait, bien que certains d&rsquo;entre nous y contribuent directement ou indirectement.</p>
<p style="text-align: justify;">Si par « raciste », certains voudraient dire <strong>«</strong><strong>essentialiste»</strong>, alors là aussi il s&rsquo;agit d&rsquo;une erreur grossière. Il ne s&rsquo;agit sûrement pas de mettre en accusation « LE » zorey, en disant qu&rsquo;un zorey est ce qu&rsquo;il est <em>par nature</em>. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;individu zorey qu&rsquo;il faut mettre en accusation ici, mais le groupe social que forme la majorité des zoreys et leur action commune (inavouée mais factuelle) en vue du maintien et du développement de leurs privilèges économiques et sociaux (ici c&rsquo;est leur privilège d&rsquo;accès à l&#8217;emploi qu&rsquo;on souhaite abolir).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin,<strong> il est intolérable qu&rsquo;après 350 ans de domination coloniale, certains se croient encore légitimes pour venir donner une leçon de morale aux réunionnais</strong>, en nous disant ce qui est bien ou mal de penser, et en nous soumettant au chantage du « racisme » et de la « xénophobie » quand ce sont leurs privilèges qui sont remis en cause.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils pourront nous coller autant d&rsquo;étiquettes qu&rsquo;ils voudront,<strong> il est temps de penser par nous-mêmes pour nous-mêmes.</strong></p>
<p>Aimé Césaire disait à juste titre, dans sa lettre de démission du Parti Communiste, en 1956 :</p>
<blockquote><p>« Aucune doctrine ne vaut que repensée par nous, que repensée pour nous, que convertie à nous. Cela a l’air d’aller de soi. Et pourtant dans les faits cela ne va pas de soi. Et c’est ici une véritable révolution copernicienne qu’il faut imposer, tant est enracinée en Europe, et dans tous les partis, et dans tous les domaines, de l’extrême droite à l’extrême gauche, l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de penser pour nous, bref l’habitude de nous contester ce droit à l’initiative dont je parlais tout à l’heure et qui est, en définitive, le droit à la personnalité. C’est sans doute là l’essentiel de l’affaire. »</p>
<p>Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez</p></blockquote>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://lmsi.net/Lettre-a-Maurice-Thorez">http://lmsi.net/Lettre-a-Maurice-Thorez</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Regarder la vérité en face : du LKP en Guadeloupe aux socialistes réunionnais, la préférence régionale est synonyme de progrès social</h3>
<p style="text-align: justify;">Même après avoir démontré qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de racisme à vouloir sortir d&rsquo;un système raciste, certains pourraient avoir encore des doutes lorsqu&rsquo;ils entendent des réunionnais s&rsquo;en prendre aux zoreys de la même façon qu&rsquo;ils s&rsquo;en prennent, dans une sorte de surenchère raciste,  aux comoriens ou aux malgaches (comme pour imiter leurs maîtres européens qui nous rabaissent). Ces réunionnais sont vraisemblablement troublés dans leur identité et ne savent plus d&rsquo;où ils viennent : <strong>le lavage de cerveau colonial est passé par là&#8230;</strong><br />
Si ces racistes réunionnais (qui se croient supérieurs à leurs frères de l&rsquo;océan indien, peut-être grâce au mode de vie que nous offre la France et ses prestations sociales), peuvent se faire à un moment donné les défenseurs de la préférence régionale, celle-ci n&rsquo;est certainement pas leur propriété exclusive. Sinon, comment expliquer alors que cette idée soit aussi défendue par :</p>
<p>&#8211; <strong>Ericka Bareigts</strong>, députée PS réunionnaise : « Il faut privilégier la préférence à l&#8217;embauche régionale », Mars 2012 : <a href="http://www.zinfos974.com/Ericka-Bareigts-PS-Il-faut-privilegier-la-preference-a-l-embauche-regionale_a39017.html">http://www.zinfos974.com/Ericka-Bareigts-PS-Il-faut-privilegier-la-preference-a-l-embauche-regionale_a39017.html</a></p>
<p style="text-align: left;">&#8211; <strong>Patrick Lebreton</strong>, député maire PS réunionnais, à qui Jean-Marc Ayrault avait confié la rédaction d&rsquo;un rapport pour des propositions en vue de régionaliser l&#8217;emploi dans l&rsquo;Outre-mer :<br />
<a href="http://www.zinfos974.com/attachment/457834/"> Télécharger le rapport de Patrick LEBRETON sur ses 25 propositions</a></p>
<p>&#8211;<strong> AJFER &#8211; Nou lé kapab</strong> : collectif réputé proche du Parti Communiste Réunionnais :<a href="http://www.noulekapab.com/categorie-12474554.html"> http://www.noulekapab.com/categorie-12474554.html</a></p>
<p>&#8211; <strong>Le LKP</strong> (LIYANNAJ KONT PWOFITASYON) (Guadeloupe):<br />
Parmi les revendications pour l&#8217;emploi du collectif LKP (lors de la lutte sociale exemplaire en Guadeloupe en 2009), deux soulignent l&rsquo;importance de l&#8217;embauche locale:<br />
« &#8211; Priorité d’embauche pour les Guadeloupéens.<br />
&#8211; Embauche obligatoire de Guadeloupéens dans toutes les entreprises qui bénéficient d’aide publique. »<br />
<strong>Source</strong> : <a href="http://ugtg.org/article_700.html">http://ugtg.org/article_700.html</a></p>
<p>&#8211; Et le meilleur pour la fin : <strong>Christiane Taubira</strong>, en février 2009 sur BFM TV, défend la préférence régionale. Elle était alors députée de Guyane au groupe « Socialiste, radical, citoyen et divers gauche. » :</p>
<p><center><iframe src="//www.youtube.com/embed/UWcImsW-MQw" height="315" width="420" allowfullscreen="" frameborder="0"></iframe></center></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notre préférence régionale, à la différence de la préférence nationale du FN, n&rsquo;est pas une idée réactionnaire, mais au contraire : PROGRESSISTE, car elle va dans le sens du progrès social, vers plus d&rsquo;égalité réelle, en combattant les inégalités sociales et les discriminations racistes.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>La préférence régionale dans les autres territoires français</h3>
<p style="text-align: justify;">La préférence régionale n&rsquo;est pas une idée neuve. Par exemple, elle est même déjà à l’œuvre en Kanaky (Nouvelle-Calédonie), et dans certains secteurs en Corse&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En Kanaky</strong>, suite aux accords de Nouméa de 1998, la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie prévoit une protection de l&#8217;emploi local, par son article 24 :<br />
« Dans le but de soutenir ou de promouvoir l&#8217;emploi local, la Nouvelle-Calédonie prend au bénéfice des citoyens de la Nouvelle-Calédonie et des personnes qui justifient d&rsquo;une durée suffisante de résidence des mesures visant à favoriser l&rsquo;exercice d&rsquo;un emploi salarié, sous réserve qu&rsquo;elles ne portent pas atteinte aux avantages individuels et collectifs dont bénéficient à la date de leur publication les autres salariés.<br />
De telles mesures sont appliquées dans les mêmes conditions à la fonction publique de la Nouvelle-Calédonie et à la fonction publique communale. La Nouvelle-Calédonie peut également prendre des mesures visant à restreindre l&rsquo;accession à l&rsquo;exercice d&rsquo;une profession libérale à des personnes qui ne justifient pas d&rsquo;une durée suffisante de résidence.<br />
La durée et les modalités de ces mesures sont définies par des lois du pays. »</p>
<p style="text-align: justify;">(Les « lois du pays » sont les lois édictées au niveau local en Kanaky et complètent les lois françaises)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Source</strong> : <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000393606">http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000393606</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En Corse</strong>, on parle de « corsisation des emplois ». A partir de 1988, l&rsquo;Assemblée de Corse travaille sur des motions qui font des références explicites aux spécificités de la culture et l&rsquo;identité Corse. Et le 17 Juillet 1992, le MPA (Mouvement Pour l&rsquo;Autodétermination) fait voter à l&rsquo;Assemblée de Corse une motion pour la corsisation des emplois, adoptée, soulignons-le, non seulement par les voix des nationalistes, mais grâce aussi aux voix des communistes. Cette motion stipule :<br />
« L’assemblée de Corse demande au gouvernement de modifier les dispositions législatives et réglementaires en matière d’attribution de fonctions dans toutes les administrations et institutions publiques et parapubliques, comme cela existe réglementairement pour les nominations de l’Éducation nationale dans les DOM-TOM, pour donner la priorité, à compétences égales, aux originaires et conjoints d’originaires du territoire de Corse. »<br />
<strong>Source</strong> : Marianne Lefèvre, « Géopolitique de la Corse: le modèle républicain en question », L&rsquo;Harmattan, 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">En janvier 2014, le STC (Syndicat des Travailleurs Corses) appelait à faire grève pour la corsisation des emplois au Pôle Emploi : <a href="http://www.corsematin.com/article/derniere-minute/pole-emploi-le-stc-appelle-a-la-greve-mercredi-pour-la-corsisation-des-emplo.1253512.html">http://www.corsematin.com/article/derniere-minute/pole-emploi-le-stc-appelle-a-la-greve-mercredi-pour-la-corsisation-des-emplo.1253512.html</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Conclusion</h3>
<p style="text-align: justify;">Pour briser les chaînes sociales héritées du colonialisme qui maintiennent l&rsquo;immense majorité des réunionnais soit à des postes subalternes, soit au chômage, ou les condamnent à l&rsquo;exil, il faut arrêter l&rsquo;hémorragie de nos forces vives, et cela commencera lorsque nous réserverons une place dans notre pays aux jeunes diplômés réunionnais qui ont envie de participer au développement économique de la Réunion. Si aucun réunionnais n&rsquo;a les compétences requises pour un poste, alors, et alors seulement il est envisageable qu&rsquo;un patron embauche un non-réunionnais.<br />
Mais ne nous trompons pas : la préférence régionale ne suffira pas à elle seule pour <strong>donner aux réunionnais la place qu&rsquo;ils méritent sur leur île</strong> et à nous sortir du chômage de masse. Parallèlement à la préférence régionale doit aussi se faire une <strong>désaliénation des esprits</strong>, une prise de conscience que nous, réunionnais, ne sommes pas inférieurs par nature, mais que <strong>notre infériorité a été construite par notre histoire coloniale</strong>. L&rsquo;école républicaine française à la Réunion demande aux réunionnais de laisser leur langue et culture réunionnaise à l&rsquo;extérieur, et met en valeur la langue et culture française et ceux qui la maîtrise. Ce procédé met à l&rsquo;écart du système scolaire une grande partie de réunionnais qui ne parlent qu&rsquo;en réunionnais chez eux et avec leurs amis, à qui on fait croire que leur langue est inférieure au français, leur donnant la honte d&rsquo;eux-mêmes et de leur peuple. Il faut que cela cesse.</p>
<p style="text-align: left;">Prenons confiance en nous, soyons fiers de notre culture, pour construire la Réunion de demain, en partenariat avec nos frères et sœurs de l&rsquo;Océan Indien, d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Europe.</p>
<h1 style="text-align: center;">Pou nou viv épi travay dan nout péi !</h1>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>BONUS :</h3>
<p><strong>« Qui est réunionnais ? »</strong> émission Koud&rsquo;Kony de Radio 1ere du 10/05/2013<br />
<iframe src="//www.dailymotion.com/embed/video/x113idu" height="180" width="320" allowfullscreen="" frameborder="0"></iframe><br />
<a href="http://www.dailymotion.com/video/x113idu_qui-est-reunionnais-emission-koud-kony-de-radio-1ere-du-10-05-2013_news" target="_blank">Qui est réunionnais ? &#8211; émission Koud&rsquo;Kony de&#8230;</a></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
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		<title>La mobilité des jeunes réunionnais</title>
		<link>https://www.tikreol.re/la-mobilite-des-jeunes-reunionnais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Apr 2014 12:06:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[ant]]></category>
		<category><![CDATA[bumidom]]></category>
		<category><![CDATA[émigration]]></category>
		<category><![CDATA[exil]]></category>
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					<description><![CDATA[Je partage ici un article de l'anthropologue Lucette LABACHE, qui a travaillé sur la migration des réunionnais en France et l'identité réunionnaise.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<section>Je partage ici un article de l&rsquo;anthropologue Lucette LABACHE, qui a travaillé sur la migration des réunionnais en France et l&rsquo;identité réunionnaise. Cet article a été publié en 2008 dans la revue Agora (n°50), et provient du site du <a href="http://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2008-4-page-22.htm">CAIRN</a></p>
<h3>Plan de l&rsquo;article</h3>
<p><span style="text-decoration: underline;">De la migration à la mobilité</span><br />
&#8211; L’institutionnalisation de la migration<br />
&#8211; Une rupture idéologique avec le concept de mobilité<br />
&#8211; Organisation de la mobilité aujourd’hui</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">La mobilité des réunionnais en métropole : des réalités contradictoires et complexes</span><br />
&#8211; Difficultés et crise identitaire<br />
&#8211; La mobilité comme expérience positive<br />
&#8211; Rêve de retour et mobilité subie<br />
&#8211; Une communauté introuvable</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Évolutions de la mobilité</span><br />
&#8211; La descendance des Réunionnais en métropole<br />
&#8211; Les résistances à la mobilité<br />
&#8211; Repenser la mobilité</p>
<p><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-228" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion-300x174.jpg" alt="a" width="300" height="174" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion-300x174.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion.jpg 1000w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a></p>
<h2>De la migration à la mobilité</h2>
<h3>L’institutionnalisation de la migration</h3>
<section>Les premiers mouvements de mobilité, qui ont toujours existé entre la Réunion et la métropole, étaient réservés aux personnes privilégiées socialement, dont les intellectuels qui venaient poursuivre leurs études sur le sol métropolitain, les artistes et certains cadres administratifs. Ce n’est que dans la deuxième moitié des années 1960, et surtout au début des années 1970, que la présence des originaires de la Réunion devient fortement lisible en métropole avec le développement de la migration de masse.Au lendemain de la départementalisation votée en 1946, la Réunion, tout comme les autres départements d’outre-mer (DOM), se trouve dans une situation sociale et économique catastrophique. En effet, une importante croissance démographique a provoqué une forte hausse de la part des jeunes dans la pyramide des âges et cette jeunesse se trouve confrontée à une situation de sous-emploi chronique. De plus, les réformes promises par le nouveau statut tardent à se mettre en place. Le désintérêt de la métropole pour son nouveau DOM sera sanctionné au niveau politique par une demande d’autonomie, puis par des revendications d’indépendance. Climat social tendu, revendications de sécession et absence de perspectives d’insertion socioprofessionnelle pour les jeunes poussent les pouvoirs publics à institutionnaliser la migration comme principale solution de lutte contre le chômage. Cette volonté politique répond alors à trois nécessités de régulation sociale : réduire l’accroissement démographique du département, proche alors de celui d’un pays du tiers-monde, juguler les tentatives d’explosion sociale et de revendications politiques causées par le sous-emploi et fournir à la métropole une importante main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité bien spécifiés comme les hôpitaux, les postes et télécommunications ou les transports publics.En 1963 est créé le Bureau des migrations d’outre-mer (Bumidom). Il faut noter cette curiosité dans l’intitulé même de cet organisme qui considère les Réunionnais comme des « migrants » alors que juridiquement, ce sont des Français vivant à plusieurs milliers de kilomètres de leur métropole et qui se déplacent sur le territoire national. Le Bumidom devient l’organisme chargé d’organiser le départ de milliers de jeunes originaires de l’outre-mer pour leur installation en métropole. Dès lors, de nombreux Réunionnais adhérant au mythe de la mère patrie fondent leur projet de vie sur un départ de l’île et une installation sur le territoire métropolitain. Des propositions très attractives comme « partir en métropole pour y faire fortune », « trouver un emploi rapidement avec possibilités d’évolution professionnelle rapide » incitent des milliers de personnes à tenter l’aventure. Les Antillais, géographiquement plus proches de la métropole, utiliseront massivement le dispositif dédié à la migration dès sa création tandis que les Réunionnais attendront la fin des années 1960 pour partir chaque année par milliers vers la métropole. Ainsi, pendant plusieurs décennies, le départ vers celle-ci fera partie intégrante du parcours initiatique d’une grande partie de la jeunesse réunionnaise.</p>
<p>Pendant des années, les représentations et les débats sur la migration oscilleront entre deux pôles antinomiques. Critiquée vivement à l’époque par certains partis politiques de gauche qui dénoncent une saignée dans la population par « le départ des forces vives du département », la migration est alors interprétée comme une arme politique dont l’objectif est d’éviter « l’explosion sociale ». Aux Antilles, Aimé Césaire ira même jusqu’à comparer le déplacement massif de ces populations à un « génocide » tant est important le nombre de jeunes qui quittent chaque année les régions ultramarines. Les opposants à la migration diaboliseront la « déportation de la jeunesse réunionnaise » et mèneront une campagne de presse organisée autour des images les plus dramatiques, les plus misérabilistes de la migration. Le suicide de certains jeunes migrants réunionnais, les conditions misérables dans lesquelles vivent d’autres, les décompensations psychopathologiques seront fortement médiatisés par le camp qui rejette la migration. Dans les années 1970, alors qu’environ 5 000 jeunes quittent leur île chaque année, « Vivre et travailler au pays » devient le slogan contestataire vis-à-vis de la migration.</p>
<p>Tout à fait à l’opposé, de nombreux représentants des partis de droite présenteront la migration comme un véritable outil de promotion sociale. Ils soutiendront leurs arguments en valorisant des originaires de la Réunion qui « réussissent » en métropole. Ces images de la réussite seront étayées par l’accès à un meilleur niveau économique ou à une plus grande ouverture culturelle. Le projet d’installation définitive sur le territoire métropolitain sera censé couronner une parfaite « intégration » des migrants réunionnais dans leur nouveau milieu.</p>
<p>Cependant, ce temps du Bumidom reste une période douloureuse dans l’histoire de la migration réunionnaise. Les Réunionnais de cette génération sont considérés, souvent avec raison, comme une génération de sacrifiés. En effet, les jeunes étaient projetés dans un univers étranger sans qu’ils n’aient été préalablement préparés à affronter leur nouvelle vie. De même, certaines promesses de réussite, de promotion, d’insertion rapide, d’intégration sont le plus souvent apparues comme des leurres. Beaucoup de migrants de cette génération ont l’impression amère d’avoir été trompés. Mais la poursuite du mythe de la réussite a aidé de nombreux Réunionnais à surmonter leurs désillusions et à s’enraciner sur le territoire métropolitain. De retour au pays lors des vacances, par un effet de surcompensation, ils vont occulter leurs souffrances et afficher un sentiment de satisfaction de vivre en migration. S’appuyant sur un mécanisme de mimétisme, ils vont décider d’autres personnes à s’engager dans la même voie qu’eux. Les pionniers du Bumidom ont ainsi posé les bases de la communauté réunionnaise en métropole.</p>
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<h3>Une rupture idéologique avec le concept de mobilité</h3>
<p>Les changements politiques de 1981 se répercuteront sur la conception même de la migration. En 1982, avec l’objectif d’opérer une rupture idéologique avec le Bumidom, un nouvel organisme d’État, l’actuelle Agence nationale pour la promotion et l’insertion des travailleurs d’outre-mer (ANT), est créé en vue d’organiser le départ et de favoriser l’installation des originaires d’outre-mer en métropole.</p>
<p>En opposition au Bumidom, qui dans son intitulé même faisait porter l’accent sur le terme « migration », qui sous-entend le déplacement d’un pays à l’autre, un nouveau concept est inventé, celui de mobilité, qui fait plus référence à la souplesse de déplacement d’une région d’emploi à une autre, à l’intérieur d’une même entité territoriale. De ce fait, les originaires des DOM ne sont plus considérés comme des « migrants », dont l’essence même se réfère à l’étrangeté, mais comme des Français en mobilité qui effectuent un déplacement transnational. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, le concept de mobilité qui se substitue à celui de migration fait désormais partie du langage commun utilisé à la Réunion.</p>
<p>Après plus de vingt-cinq ans de solde migratoire positif pendant lesquels les départs sont plus nombreux que les entrées à la Réunion, le milieu des années 1980 annonce une nouvelle tendance. À partir de 1985, les retours en nombre de ceux qui ont passé des années en métropole et ont été découragés par la situation socio-économique, ainsi que l’arrivée de nouveaux venus, dont beaucoup de métropolitains, font que le solde migratoire de l’île redevient positif. Pendant cette même période, la « sinistrose » qui règne en métropole et la poussée des mouvements d’extrême droite incitent les jeunes à rester dans leur département d’origine.</p>
<p>Au début des années 1990, le chef-lieu de la Réunion connaît de graves émeutes sociales que l’histoire retient désormais sous le nom des « événements du Chaudron ». La question du chômage et de l’insertion des jeunes réapparaît alors au premier plan. Malgré le fait qu’il existe un dynamisme dans le domaine de la création d’emplois où le taux de croissance est supérieur à celui de la métropole, ces postes nouvellement créés ne suffisent pas pour résorber le chômage de manière significative. De plus, la plupart de ces emplois sont des postes aidés par l’État. Confrontés à l’urgence de la situation sociale, les décideurs vont magnifier la mobilité et essayer de promouvoir une culture de la mobilité pour la jeunesse réunionnaise. Face à la pénurie de travail dans l’île, la mobilité des originaires de la Réunion vers la métropole ou les autres pays européens constitue une donnée fondamentale tant pour les autorités locales que pour les instances nationales. Les responsables politiques de la Réunion se montrent alors unanimes quant à la nécessité d’encourager les jeunes à partir. La traditionnelle opposition entre politiques de droite et de gauche sur le sujet s’efface au profit d’un consensus à tel point que pratiquement aucune personnalité publique n’ose contester la mobilité comme une obligation économique vitale pour la Réunion. Si aux Antilles et en Guyane l’initiative du départ est laissée à la libre appréciation des acteurs, en revanche, la Réunion consacre chaque année des budgets de plus en plus importants à la mobilité et des campagnes de publicité sont activement menées autour de la mobilité.</p>
<p>Depuis le début des années 1990, les autorités politiques locales incitent les jeunes en quête d’un emploi ou d’une formation à partir non seulement vers la métropole mais aussi à explorer de nouvelles destinations en se tournant vers certains pays de l’Union européenne. La Grande-Bretagne ou l’Allemagne deviennent depuis peu de nouveaux lieux d’accueil pour les jeunes travailleurs réunionnais tandis que certains jeunes intellectuels vont parfaire leur formation dans les universités ou grandes écoles d’Amérique du Nord ou, plus récemment, d’Australie.</p>
<p>Dopée par les pouvoirs publics qui investissent annuellement des sommes de plus en plus importantes en faveur de la mobilité, celle-ci est diversement perçue par la population réunionnaise. Échec d’une véritable politique de développement de l’emploi attendue depuis la loi de départementalisation en 1946, solution par défaut qui traite partiellement le problème du chômage ou injonction étatique qui pousse les jeunes Réunionnais à aller chercher du travail en dehors de leur département d’origine représentent les principales raisons invoquées par les plus fatalistes. Chance de trouver du travail, meilleures possibilités d’ouverture sur le monde ou encore recherche d’épanouissement en dehors du monde insulaire sont avancées comme arguments par ceux qui choisissent de faire de la mobilité un capital personnel, social et symbolique.</p>
<p>Cette injonction de la mobilité produit, insidieusement, deux conceptions de la jeunesse réunionnaise. Les jeunes Réunionnais qui s’engagent dans la mobilité seraient valorisés comme des combatifs qui osent la culture du risque et considérés comme des courageux qui quittent le milieu sécurisant de leur île. À l’opposé, ceux qui choisissent de rester dans leur département deviendraient peu ou prou disqualifiés ; ils seraient en effet perçus comme n’ayant pas la capacité de couper le cordon ombilical avec leur île.</p>
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<h3>Organisation de la mobilité aujourd’hui</h3>
<p>Inscrite dans les schémas régionaux et locaux de formation professionnelle, la mobilité s’affirme comme un outil au service des jeunes de la Réunion. Les deux filières organisées, l’ANT et le Comité national d’accueil des Réunionnais en métropole (CNARM), créé en 1965 pour aider les ressortissants de la Réunion sur le territoire métropolitain, s’imposent comme les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics pour la gestion de la mobilité. Ces deux opérateurs de mobilité offrent chacun des prestations spécifiques aux personnes qui désirent s’installer en métropole ou dans un autre pays d’Europe. Mais d’autres instances étatiques, telles que l’Éducation nationale et récemment encore le service national, jouent un rôle non négligeable dans le départ des jeunes. À côté des filières organisées, la mobilité spontanée qui résulte des solidarités familiales ou amicales, la cooptation par les amis, l’effet d’émulation joué par ceux qui connaissent une réussite professionnelle et sociale représentent une autre voie pour les candidats au départ vers la métropole, qui s’affranchissent ainsi des contraintes administratives imposées par les filières organisées. Aussi, en raison de l’existence de la filière spontanée, il devient difficile voire impossible de chiffrer le nombre de départs chaque année, évalué à plus de deux mille par les deux agences. La plupart du temps, la mobilité des originaires de la Réunion est surtout motivée par des raisons économiques. Des motifs d’ordre psychosociologique, comme la recherche d’épanouissement personnel et social ou la décision de regroupement familial, la fuite d’un climat social anxiogène qui a induit une sorte de dépression collective dans l’île, mais aussi le simple désir de changer de vie ou d’occulter un passé encombrant décident également de nombreuses personnes à quitter leur département chaque année.</p>
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<h2>La mobilité des réunionnais en métropole : des réalités contradictoires et complexes</h2>
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<h3>Difficultés et crise identitaire</h3>
<p>La première génération de Réunionnais installée en métropole a affiché sa volonté d’intégration économique et sociale et revendiqué le désir d’être reconnue comme des citoyens français à part entière. Mais l’ignorance de beaucoup de membres de la société d’accueil, des incompréhensions font que ces natifs d’outremer ont rapidement été associés aux immigrés en provenance d’Afrique du Nord, d’Afrique noire ou d’Asie. Dans leur grande majorité, la situation des Réunionnais et de leurs enfants devient comparable à celle des travailleurs étrangers. Souvent, ils occupent les postes les moins qualifiés du secteur public ou privé et souffrent de conditions d’existence difficiles. Pour ces natifs d’outremer, la migration ou la mobilité sont souvent associées à des sentiments de traumatisme et d’exil. La douloureuse confrontation avec certaines réalités de la société d’accueil, dont le racisme ou les discriminations dans l’accès à l’emploi ou au logement, aboutit alors à une crise identitaire : perçus comme des étrangers par les métropolitains qui annulent leur identité juridique, ils éprouvent un conflit entre l’être social qu’ils représentent et leur propre sentiment d’identité fondé sur la conviction d’être Français. Les récits de vie des Réunionnais mentionnent presque toujours la souffrance identitaire des migrants pendant leur déplacement transnational. Leur phénotype, le fait qu’ils aient vécu dans une aire géographique située en dehors de l’espace hexagonal, qu’ils soient porteurs de particularités culturelles les classent dans une catégorie de Français particuliers. En dépit de leur carte d’identité et de leur appartenance objective à la France, d’un point de vue juridique, la plupart d’entre eux souffrent du syndrome de l’immigré qui s’exprime par des difficultés d’adaptation, le mal du pays, les épreuves de discrimination et une intégration plus ou moins problématique.</p>
<p>Si chez certains cette crise débouche parfois sur des souffrances identitaires insurmontables, dans la majorité des cas, elle favorise une meilleure définition de soi, dont la reconnaissance de leur ethnicité réunionnaise. Le bouleversement identitaire aurait en fait une fonction salutaire et thérapeutique puisqu’il provoque une meilleure définition de soi et permet au Réunionnais une appropriation de son histoire et une découverte de sa personnalité, ce qui l’amène à construire une identification plus conforme à la réalité ; comme si l’exil, la distance prise avec le lieu de naissance aboutissaient à une sorte de révélation de soi.</p>
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<h3>La mobilité comme expérience positive</h3>
<p>La mobilité a permis à beaucoup de personnes de « s’en sortir », d’avoir une expérience de travail et pour certaines d’envisager en métropole la poursuite de leur carrière professionnelle. « C’est dur », mais parce que les migrants connaissent les dures réalités sociales et économiques de leur île natale, ils « s’accroche[nt] ». En dépit d’une certaine souffrance liée à l’éloignement, beaucoup disent « tenir le coup » parce qu’ils savent que là-bas, « [ils] n’aur[ont] pas grand-chose ».</p>
<p>D’autres, qui se montrent toujours émus par leurs débuts difficiles, vantent la découverte d’une nouvelle vie épanouissante et conçoivent le projet de retour comme une régression. Les femmes réunionnaises se rangent majoritairement parmi ceux qui se montrent les plus satisfaits de la vie sur le sol métropolitain. Ces personnes considèrent la mobilité comme un capital et leur migration devient alors une expérience de vie enrichissante. La prise de distance affective avec la famille, le fait de sortir de l’insularité, la fuite du contrôle social, l’accès à une autre ouverture culturelle, le bilan positif de leur intégration ont permis à certaines migrantes d’exprimer un sentiment satisfaisant d’accomplissement de soi.</p>
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<h3>Rêve de retour et mobilité subie</h3>
<p>Certains, qui manifestent le désir de « vivre chez eux » ou de rentrer dans leur « pays », se heurtent à un retour impossible. La mutation tant espérée se transforme en chimère. Obtenir un poste dans leur île reste pour quelques-uns un rêve qui ne se réalisera pas, ils se voient donc contraints de subir un exil à vie.</p>
<p>Pour quelques sujets, l’expérience migratoire a été un projet défini pour quelques mois ou plusieurs années. Pour d’autres, la trop grande souffrance générée par l’acculturation provoque un réel échec de la mobilité. En raison d’une expérience de migration vécue de manière dramatique (racisme, conditions de précarité au niveau de l’emploi ou du logement, impossibilité de forger des projets à long terme) ou d’une lassitude de la vie en métropole ou encore de pathologies de l’adaptation avec impossibilité de faire le deuil de l’île natale, certains migrants brossent un tableau de leurs désillusions en présentant la mobilité comme un miroir aux alouettes.</p>
<p>Des Réunionnais en mobilité déplorent le fait que les politiques poussent les jeunes à partir mais ne les aident pas dans leurs difficultés sur le territoire métropolitain. La notion d’abandon est mentionnée à plusieurs reprises. La souffrance d’avoir été oublié par les siens et de ne pas être entendu par les politiques revient de manière récurrente dans les discours.</p>
<p>Cependant la réalisation du rêve de retour peut se transformer en cauchemar pour quelques migrants qui comptent nombre d’années d’installation en métropole et qui ont tenté un retour au pays. La distance prise avec la société d’origine, les « problèmes d’adaptation à la mentalité du pays », de difficultés d’insertion ou de malaise psychosocial et une nouvelle crise d’identité ont motivé de fréquents retours sur la terre d’exil en raison d’une sorte d’impossibilité à se réadapter. Ce phénomène de « retour provisoire au pays » apparaît comme une parenthèse au cours de laquelle l’ancien migrant effectue une véritable prise de conscience quant au lieu où se déroulera son avenir social et professionnel.</p>
<p>D’autres, qui ont caressé le rêve de capitaliser leurs acquis obtenus grâce à la mobilité en mettant leurs compétences au service de leur département d’origine, soulignent le manque d’attention des décideurs envers les projets de développement présentés par les Réunionnais et pour la Réunion. Dans la même logique, nombre de personnes qui ont été distinguées par un haut niveau de formation regrettent de ne pouvoir trouver un poste dans leur île natale. Ces derniers temps, des intellectuels travaillant en métropole ou à l’étranger et dont certains se sont vu refuser un poste à la Réunion tentent de s’organiser afin de proposer leurs capacités d’expertise à leur département d’origine.</p>
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<h3>Une communauté introuvable</h3>
<p>Si vivre loin de sa terre natale engendre des souffrances multiples et pousse souvent les migrants à se regrouper pour former une diaspora, chez les Réunionnais en migration, des attitudes symptomatiques que l’on voit dans les conduites d’évitement généralisées interrogent sur la réalité de la communauté réunionnaise sur la terre d’exil. La confrontation à la crise d’identité, aux désillusions, au racisme sera d’autant plus douloureuse à vivre que, la plupart du temps, les Réunionnais se trouvent dans une grande solitude. Des conduites d’évitement délibérées, « pour ne pas faire face à celui qui nous ressemble le plus, qui vit sans doute les mêmes affres que nous », semblent être caractéristiques de l’émigration réunionnaise. Une absence de solidarité généralisée entre les Réunionnais, le manque de lieux ressources placeraient les migrants réunionnais face à un vide. La comparaison avec les Antillais qui eux sont censés être plus proches des leurs revient souvent dans les conversations des migrants.</p>
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<h2>Évolutions de la mobilité</h2>
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<h3>La descendance des Réunionnais en métropole</h3>
<p>Beaucoup de ressortissants de la Réunion se sont engagés dans une vie de famille et ont donné naissance à la deuxième génération : environ 80 000 enfants dont au moins un des parents est né à la Réunion ont été dénombrés par l’INSEE. Cette nombreuse descendance montre l’acheminement vers une immigration d’implantation. Ces enfants de la double culture connaissent aussi une souffrance identitaire car ils ne sont pas reconnus dans leur pays de naissance. Ils se sentent affiliés affectivement au « pays » de leurs parents, mais ne peuvent investir cette terre natale comme leur propre lieu de réalisation. En général, la quasi-totalité des enfants de la deuxième génération n’envisage pas de s’installer dans le département d’origine de ses parents et ne cultive pas d’ambivalence entre son lieu de naissance et le « pays » des parents. Si leur identité française est bien établie, ce n’est pas pour autant qu’ils ne connaissent pas un vécu ambigu de leur ethnicité.</p>
<p>Pour certains jeunes qui ont vécu une forte crise identitaire, ont sublimé le pays des parents et y ont forgé un projet de vie jusqu’à y tenter une installation, cette expérience n’aura duré que quelques mois ou quelques années ; et face à une crise identitaire à l’envers et la découverte de leur étrangeté dans un lieu qu’ils avaient fortement investi, ces enfants de la double culture sont revenus s’installer en France, leur pays de naissance.</p>
<p>L’attachement sentimental à la Réunion est effectif pour la plupart de ces jeunes qui se sentent plutôt proches du département d’origine de leurs parents. Les attaches avec le pays des racines sont maintenues par les vacances, la cuisine faite à la maison, le créole parlé par les parents, la musique, le lien avec les grands-parents ou les autres membres de la famille. La fréquentation du milieu associatif réunionnais ainsi que certains projets à caractère culturel, comme la réalisation de documentaires sur la Réunion par des jeunes de la double culture ou l’organisation de voyages de découverte dans l’île, témoignent d’une autre façon de garder le contact avec le lieu des origines.</p>
<p>Très minoritaire est donc cette migration des jeunes de la deuxième génération qui s’installent durablement dans le département d’origine de leurs parents. En raison de problèmes identitaires aigus, ces jeunes se dirigent vers le lieu de naissance de leurs parents qu’ils considèrent comme un contenant symbolique.</p>
<p>La migration de jeunes de la deuxième génération vers les États-Unis ou la Grande-Bretagne pour y développer un projet de vie est par ailleurs un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Ces jeunes, confrontés à diverses discriminations à cause de leurs origines, envisagent l’installation dans ces aires anglo-saxonnes comme une tentative de réparation de leurs blessures symboliques.</p>
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<h3>Les résistances à la mobilité</h3>
<p>Le flux migratoire en métropole des originaires de la Réunion s’organise dans un mouvement dynamique. En général, les pionniers de la migration formulaient des projets d’installation à long terme en métropole et projetaient de retourner dans leur département natal au moment de leur retraite. Depuis environ quinze ans, ceux qui partent circonscrivent leur mobilité sur quelques mois ou années et attendent une longue immersion avant de se prononcer sur leur projet d’installation. En quatre décennies, les mouvements de déplacement ont connu de fortes transformations. Entre 1954 et 1975, la migration connaît son âge d’or. Au cours de cette période qui voit des milliers de jeunes venir en métropole pour y rechercher une insertion professionnelle, le nombre de Réunionnais est multiplié par dix. En 1954, on en dénombrait 3 180 ; en 1968, 16 548 ; en 1975, 34 985 ; en 1982, 75 724 ; en 1990, 92 354 ; et en 1999 moins de 100 000 personnes.</p>
<p>Mais si les jeunes continuent de partir de la Réunion, ils ne restent pas en métropole, ce qui signifie qu’une grande partie d’entre eux choisissent de retourner dans leur île. Entre 1990 et 1999, l’INSEE n’a enregistré que 4 % d’installations durables, soit la plus faible progression jamais observée depuis la mise en place de la politique de migration au début des années 1960, alors que pour la même période à la Réunion, le nombre d’entrées était trois fois supérieur à celui des départs. Ce manque d’attraction pour la migration mis en évidence par les statistiques, l’effondrement progressif du mythe du modèle métropolitain, le retournement significatif du solde migratoire alliés aux mouvements de résistance relevés ces derniers temps à la Réunion et aussi en métropole inaugurent une nouvelle étape pour la migration réunionnaise.</p>
<p>De plus en plus, de jeunes Réunionnais, de mieux en mieux informés sur les réalités de la vie en migration, opposent ainsi une véritable résistance face à la mobilité. Le slogan « Vivre et travailler au pays » qui a fait ses preuves dans les années 1970 est remis en vigueur par les jeunes et leurs parents, qui souvent les soutiennent dans leur combat contre la mobilité. Par exemple, ce mouvement de protestation entamé au mois de juillet 2002 par de jeunes enseignants affectés en métropole qui refusaient de quitter leur terre natale pour aller travailler sur le sol métropolitain a été largement soutenu par des syndicats, des associations culturelles et des particuliers.</p>
<p>Dans ces mouvements de contestation de la politique voulue par les autorités locales, beaucoup de Réunionnais refusent la mobilité car ils l’envisagent comme une violence étatique qui oblige les jeunes à aller travailler à plus de 10 000 km de leur île. Pour beaucoup, la culture de la mobilité signifie aussi l’échec du développement socio-économique pour le département. Pour de nombreuses personnes, le départ de l’île pour raisons économiques est alors considéré comme une solution par défaut au lieu d’un choix librement consenti. L’opposition à la mobilité va de pair avec l’effondrement du mythe de la métropole car la mère patrie n’est plus considérée comme le lieu de réalisation de soi par excellence. Par conséquent, de nombreux Réunionnais affirment leur attachement territorial par leur souhait de rester dans leur île. Ce lien affectif avec le territoire d’origine devient plus que jamais associé au mouvement de revendication identitaire exprimée par les Réunionnais depuis plusieurs années. Imbriqué avec la revendication de reconnaissance d’une identité régionale pour la Réunion, le refus de la mobilité participe d’une force politique pour de plus en plus de Réunionnais.</p>
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<h3>Repenser la mobilité</h3>
<p>Force est de constater que la mobilité des Réunionnais connaît actuellement un tournant dans son histoire. Les migrants de la génération Bumidom arrivent maintenant à l’âge de la retraite. Chez les jeunes générations qui empruntent la voie de la mobilité, le territoire métropolitain est moins sublimé que chez les pionniers des années 1960 et le projet de retour effectif dans leur île est envisagé avant même leur départ. Pour ceux qui refusent de partir, l’opposition à la mobilité constitue un acte politique délibéré.</p>
<p>On peut se demander si le phénomène de la mobilité est vraiment différent de celui de la migration. Or, différentes études et observations démontrent que même si des évolutions notables sont apparues, certaines pratiques semblent perdurer et les manières de faire d’un autre temps se retrouvent en ce début dexxi<sup>e</sup> siècle. Parmi celles-ci, on déplore encore le manque de préparation des jeunes à leur nouvelle vie, l’entretien du mythe de l’Europe ou des pays nord-américains et de l’Australie comme terre promise. On regrette également le manque de prise en compte de la question identitaire des Réunionnais et le peu d’intérêt des décideurs locaux pour ceux qui sont en migration.</p>
<p>Depuis quarante ans, les politiques de migration ont changé mais le même problème crucial pour la Réunion demeure : elle ne peut fournir du travail à toutes ses forces vives. Si les solutions imaginées convergent inévitablement, et plus que jamais, vers la mobilité, on peut s’interroger sur les efforts réels effectués en faveur du développement de l’emploi à la Réunion. Si la mobilité reste une solution d’avenir, ne pourrait-on réfléchir à une meilleure organisation des dispositifs existants et à un véritable accompagnement des jeunes pendant les premiers moments de leur nouvelle vie ? Il faudrait, en quelque sorte, repenser la mobilité.</p>
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<h3>Bibliographie</h3>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Déclaration de Serge Sinamalé à la conférence des dernières colonies françaises (1985)</title>
		<link>https://www.tikreol.re/declaration-de-serge-sinamale-a-la-conference-des-dernieres-colonies-francaises-1985/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Mar 2014 09:57:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[colonies]]></category>
		<category><![CDATA[conférence]]></category>
		<category><![CDATA[france]]></category>
		<category><![CDATA[sinamalé]]></category>
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					<description><![CDATA[Voici une déclaration de l'indépendantiste progressiste Serge SINAMALÉ, militant du M.I.R. (Mouvement Indépendantiste Réunionnais)  en avril 1985 dans le cadre la conférence internationale des dernières colonies françaises, en Guadeloupe. Ce texte est issu d'un recueil des discours des différents représentants d'organisations présentes à cette conférence.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Voici une déclaration de l&rsquo;indépendantiste progressiste Serge SINAMALÉ, militant du M.I.R. (Mouvement Indépendantiste Réunionnais)  en avril 1985 dans le cadre la conférence internationale des dernières colonies françaises, en Guadeloupe. Ce texte est issu d&rsquo;un recueil des discours des différents représentants d&rsquo;organisations présentes à cette conférence.</strong><br />
<strong>Que l&rsquo;on soit indépendantiste ou pas, ce document est intéressant dans la mesure où il livre un état des lieux objectif sur la situation de la Réunion après plus de 300 ans de système colonial. C&rsquo;est un état des lieux fait il y a bientôt 30 ans, qui mériterait donc une petite actualisation, mais qui est d&rsquo;autant plus éclairant que certains faits cités se sont encore aggravés aujourd&rsquo;hui.</strong><br />
<em>J&rsquo;ai modifié un peu la mise en page ainsi que la syntaxe à certains endroits pour une lecture plus facile. Les éléments entre crochets sont des ajouts de ma part.</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">DÉCLARATION DE S. SINAMALÉ (Réunion)</h3>
<p style="text-align: justify;">Chers Invités, chers Amis, Frères de combat,</p>
<p style="text-align: justify;">Le M.I.R. adresse ses fraternelles salutations à tous les membres de cette conférence historique.<br />
Le M.I.R. remercie les camarades de l&rsquo;U.P.L.G. [Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe] qui ont tout mis en œuvre, malgré les intimidations et les difficultés de toutes sortes, pour faire de cette conférence internationale un succès.<br />
C&rsquo;est avec une profonde émotion que le M.I.R. salue le représentant du F.L.N.K.S. [Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste] ici présent. A travers lui, le M.I.R. salue le peuple Kanak qui depuis le 18 novembre 1984 connaît l&rsquo;horreur de l&rsquo;occupation française comme au premier jour de la colonisation en 1853.</p>
<p style="text-align: justify;">Le M.I.R. flétrit l&rsquo;odieux crime que commettent le gouvernement français et ses représentants qui n&rsquo;hésitent pas à assassiner les héros du peuple kanak qui sont aussi les nôtres.<br />
Le M.I.R. s&rsquo;incline devant la mémoire d&rsquo;Éloi Machoro, de Marcel Nonnaro et des autres martyrs kanaks.</p>
<p style="text-align: justify;">Chers Amis, Frères de combat,</p>
<p style="text-align: justify;">Comme les kanaks, les guyanais, les martiniquais, les guadeloupéens, les ouvriers réunionnais ne sont pas restés sourds à l&rsquo;appel de leurs frères d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Amérique Latine qui se sont dressés contre leurs impérialismes respectifs pour leur émancipation, pour la liberté et la dignité.<br />
Aujourd&rsquo;hui plus qu&rsquo;hier les patriotes réunionnais veulent assumer l&rsquo;héritage légué par leurs glorieux ancêtres Anchaing, Cimendef&#8230; par tous les hommes et femmes qui, durant la longue nuit coloniale se sont dressés contre l&rsquo;injustice, le vol, le pillage, contre l&rsquo;arbitraire du pouvoir colonial, pour la libération nationale.<br />
Frères,<br />
Comme pour les autres DOM-TOM, la Réunion n&rsquo;est pas la France.<br />
Chers Amis, chers Frères de combat,<br />
Permettez-moi, avant d&rsquo;aborder la réalité coloniale de la Réunion, de faire un bref historique de la formation du peuple réunionnais et de la nation réunionnaise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LA REUNION, UN PEUPLE, UNE NATION</strong><br />
Le développement historique de la société réunionnaise est marqué par trois périodes :<br />
&#8211; La période esclavagiste qui s&rsquo;étend de 1663, date de l&rsquo;arrivée des premiers habitants dans l&rsquo;île, à 1848, date de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage<br />
&#8211; La seconde période qui va de 1848 à 1946 est marquée par le phénomène des engagés venus de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;arrivée de deux nouvelles communautés : chinoises et musulmanes.<br />
&#8211; Enfin 1946 qui marque l&rsquo;ère de la départementalisation, nouvelle forme juridique et administrative de la colonisation.</p>
<h4 style="text-align: justify;">A. La période coloniale et esclavagiste</h4>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est en 1663 que l&rsquo;île de la Réunion est occupée définitivement. A cette date le colonialisme français y installe deux colons blancs avec dix esclaves malgaches. Ces esclaves se révoltent contre leurs maîtres et se réfugient dans les hautes montagnes à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;île. Ils inaugurent ainsi la principale forme de lutte des esclaves : le marronnage.<br />
Avec le plan de colonisation de 1717, la traite des Noirs est organisée systématiquement sur une grande échelle. Le nombre des esclaves arrachés sur les côtes de Madagascar, d&rsquo;Afrique Orientale et même périodiquement sur les côtes d&rsquo;Afrique Occidentale augmente très rapidement pour constituer  à la fin du 18ème siècle 80 % de la population.<br />
Pendant toute cette première période les esclaves refuseront la domination des blancs. Beaucoup s&rsquo;enfuiront, s&rsquo;organiseront dans les camps et en opposition au système de servitude imposé par le colonialisme français, ils donneront naissance sur les hauteurs de l&rsquo;île à une nouvelle société basée sur l&rsquo;égalité et la liberté. Une lutte acharnée s&rsquo;engagera entre les deux formes de société. Les blancs organiseront des milices chargées de démanteler les camps et d&rsquo;exterminer les marrons.<br />
De leur côté, les esclaves se donneront comme but d&rsquo;en finir avec la domination des blancs et la libération de l&rsquo;île afin d&rsquo;instaurer un régime basé sur l&rsquo;égalité et la liberté. Cette lutte menée pendant plus d&rsquo;un siècle et demi a été l&rsquo;un des facteurs essentiels qui a conduit à l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage le 20 décembre 1848.<br />
Parallèlement au marronnage se développe, avec la transformation de la Réunion en île à sucre, la prolétarisation d&rsquo;une très forte proportion de blancs. C&rsquo;est le phénomène des &lsquo;petits blancs&rsquo; ou blancs pauvres. Ces petits blancs, sans terre et sans esclave se réfugient dans les hauts de l&rsquo;île et tentent de subsister en pratiquant une agriculture vivrière.<br />
En 1848, les 2/3 de la population blanche sont constitués de &lsquo;petits blancs&rsquo;.<br />
A cette date la répartition de la population réunionnaise est la suivante : sur 110.000 habitants, 60.000 sont esclaves, 8.000 affranchis, 28.000 sont des petits blancs (et 14.000 gros blancs)</p>
<h4 style="text-align: justify;">B. La période coloniale, semi-féodale et semi-capitaliste</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;esclavage a été aboli mais il n&rsquo;y a pas eu de transformation radicale de la société réunionnaise. Sur 60000 esclaves affranchis, plus de la moitié quitteront les terres de leurs anciens maîtres et iront rejoindre les petits blancs sur les hauteurs de l&rsquo;île où ils partageront une existence misérable. Les besoins en main d’œuvre pousseront les gros propriétaires à développer la politique des engagés. De 1848 [à ?] ce sont 20.000 malgaches et africains qui seront recrutés.<br />
[De 1848 à 1882, 40.000 engagés africains, comoriens et malgaches sont introduits à la Réunion. Voir texte de l&rsquo;historien Sudel FUMA : <a href="https://histoire974.wordpress.com/2016/01/19/le-servilisme-a-la-place-du-concept-dengagisme-pour-definir-le-statut-des-travailleurs-immigres-ou-affranchis-apres-labolition-de-lesclavage-en-1848-sudel-fuma/" target="_blank">« le servilisme à la place du concept d&rsquo;engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en 1848. »</a>]</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin du 19ème siècle, plus de 100.000 indiens venus de l’État de Madras se sont implantés dans l&rsquo;île. Ces hommes et ces femmes engagés sous contrat, remplaceront les esclaves sur les terres et constitueront la main d’œuvre salariée des usines sucrières. Ils connaîtront des conditions d&rsquo;existence pénibles souvent pires que celles des esclaves. La nouvelle traite étant interdite à partir de 1882, le lobby du sucre, la poignée de gros propriétaires blancs trouveront un palliatif dans un nouveau mode de faire valoir féodal : le colonat partiaire.<br />
Les anciens esclaves affranchis, les immigrés indiens, les petits blancs travailleront les terres les plus arides, moyennant la redevance d&rsquo;un tiers des récoltes des propriétaires.<br />
Le propriétaire assure la paternité de l&rsquo;exploitation, tandis que les colons [les « ti colon », soumis au régime du colonat]  sont condamnés à rester des êtres inférieurs, incapables de prendre des décisions, subissant le joug du propriétaire. Ce mode de faire valoir subsiste encore aujourd&rsquo;hui, mais il est en passe de disparaître.<br />
Ainsi, paradoxalement, au cours de cette deuxième période de notre histoire, se développe simultanément des rapports de production capitalistes et féodaux.<br />
Cette deuxième période se caractérise aussi par l&rsquo;arrivée, à partir de la deuxième moitié du 19ème siècle, des deux communautés qui peupleront l&rsquo;île : les chinois et les indiens musulmans.<br />
Les chinois originaires de Canton et des provinces du Nord de la Chine se disperseront dans l&rsquo;île et assureront le commerce du détail.<br />
Les indiens musulmans, originaires en majorité du GUJARAT, se localiseront presque uniquement en ville et contrôleront le commerce de tissus.</p>
<h4 style="text-align: justify;">C. La période coloniale et capitaliste</h4>
<p style="text-align: justify;">Cette troisième période aboutit à la situation coloniale qui est celle de notre pays aujourd&rsquo;hui.<br />
Elle se caractérise par le développement des structures capitalistes tant dans le domaine industriel que commercial et agricole.<br />
Cependant, il existe encore des vestiges du passé esclavagiste et féodal surtout au niveau de l&rsquo;agriculture.<br />
La départementalisation entraînera une offensive du colonialisme français au niveau culturel et politique. Tous les moyens seront utilisés pour dépersonnaliser et assimiler les réunionnais afin de contrer sa prise de conscience nationale. En conclusion, l&rsquo;histoire de la Réunion n&rsquo;est aucunement réductible à celle de la France.<br />
Au cours de ces trois siècles de domination coloniale, les différents groupes ethniques arrachés à leur terre natale, subissant la dépersonnalisation, l&rsquo;assimilation à outrance, connaissant les mêmes injustices et la même exploitation ont formé un peuple : LE PEUPLE RÉUNIONNAIS.<br />
Malgré les diversités culturelles qui subsistent encore entre ces différents groupes qui composent notre peuple, l&rsquo;ensemble des réunionnais ont une même langue ; la langue créole, et une culture commune.<br />
Les réunionnais font partie d&rsquo;une même communauté, possèdent une même terre natale, et subissent la même loi de l&rsquo;HISTOIRE. Ethniquement, historiquement, culturellement, la nation réunionnaise est différente de la nation française.<br />
Chers frères de combat,<br />
Depuis le début du peuplement de notre pays, la Réunion a été et demeure une colonie de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Cette réalité fondamentale est le facteur dominant de toute notre histoire. Les orientations économiques de notre pays ont toujours été prises en fonction des besoins et des intérêts de l&rsquo;impérialisme français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi de 1715 à 1765 ce fut l&rsquo;ère du café</strong><br />
A cette époque la mode en France était de consommer exotique. Notre pays a été obligé de produire du café et des épices.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>De 1765 à 1820 elle fut le grenier des Mascareignes</em></strong><br />
Les colonialistes français et anglais se battent dans l&rsquo;Océan Indien pour leurs intérêts dans les colonies. La Réunion est désignée comme base de ravitaillement pour la flotte française. La France nous oblige donc à arracher le café et à planter du blé, du riz et des grains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De 1820 à nos jours, c&rsquo;est l&rsquo;ère de la canne à sucre</strong><br />
La guerre terminée, la France n&rsquo;a plus besoin de ravitailler sa flotte. D&rsquo;autre part, les esclaves de Saint-Domingue arrachent leur indépendance, la France perd ainsi son principal fournisseur du sucre. Elle impose à la Réunion la culture de la canne à sucre.<br />
Si demain l&rsquo;impérialisme français a besoin d&rsquo;une autre production, il nous obligera certainement à arracher la canne.</p>
<h4 style="text-align: justify;">D. Quelle est la situation actuelle de notre pays ?</h4>
<p style="text-align: justify;">Examinons brièvement la situation économique :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Notre pays est dominé par les monopoles de l&rsquo;impérialisme français.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les banques, les sociétés d&rsquo;assurances, les sociétés d&rsquo;import-export, les sociétés de construction et de travaux publics, les société de transport aérien et maritime sont entre les mains des monopoles français.<br />
Frappé par la concurrence des monopoles, des milliers de petits commerçants et artisans sont ruinés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Notre pays est entre les mains de grands propriétaires féodaux.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">12 grandes familles possèdent plus de la moitié de la Réunion. Sur 100 planteurs, 92 exploitent seulement 20 % de la SAU tandis que 2 autres en exploitent 70 %.<br />
Cette tendance à la concentration des terres dans les mains d&rsquo;une poignée de gros blancs s&rsquo;accentue.<br />
La conséquence est l&rsquo;élimination progressive des petits et moyens producteurs qui vont grossir la masse déjà énorme des chômeurs. (14.000 ont disparu entre 1973 et 1981).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. La Réunion est un pays de monoculture de la canne.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur 65.0000 ha cultivés ; 37.760 sont plantés en canne à sucre, soit 70 % de terres cultivées.<br />
La production sucrière représente aujourd&rsquo;hui 60 % de la valeur totale de la production réunionnaise.<br />
Les autres cultures industrielles (géranium, vétiver, vanille, tabac) sont destinées aussi à l&rsquo;exportation et ne représente que 4 % de la valeur de la production agricole réunionnaise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. La Réunion est un marché privilégié pour l&rsquo;impérialisme français.</strong><br />
Ne produisant pas ce que nous consommons, nous sommes obligés d&rsquo;importer de France tous les produits dont nous avons besoin. L&rsquo;impérialisme français profite du monopole colonial pour acheter à bas prix nos produits et pour nous imposer à prix fort ses produits manufacturés. La balance commerciale est de plus en plus déficitaire. Le taux de couverture ne représente que 10 % (1983)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. La Réunion est un réservoir à main-d’œuvre à bon marché.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1963, la France a créé un organisme spécial, le BUMIDOM (A.N.T)  pour vider notre pays des forces vives. Chaque année, 4.000 à 5.000 réunionnais sont expatriés en France.<br />
Actuellement, ils sont plus de 150.000 dont la majeure partie vit dans des conditions pénibles. Ils subissent le racisme, l&rsquo;exploitation, connaissent le chômage. Certains, même, sont amenés à se prostituer ou à se suicider.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6. La Réunion est un pays ou l&rsquo;aide française se transforme en capitaux privés français.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur les 4 milliards 708 millions de francs qui sont déversés en 1982 par la France sous forme d&rsquo;aide, plus de 4 milliards sont retournés en France dans les poches des capitalistes français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7. La Réunion est un pays sous-développé.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour conserver son monopole économique, sa domination politique et culturelle, l&rsquo;impérialisme français étouffe toutes tentatives de développement économique de notre pays.</p>
<h4 style="text-align: justify;">E. Situation politique</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;impérialisme français nous impose sa loi. Toutes les décisions concernant notre pays sont prises par le gouvernement de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Sur place, tous les pouvoirs sont légués à un super-préfet, véritable gouverneur colonial. Munis de pouvoirs spéciaux, il est chargé d&rsquo;imposer aux réunionnais les décisions de Paris.<br />
Le Conseil Régional et le Conseil Général n&rsquo;ont aucun pouvoir de décision. L&rsquo;administration est sous le contrôle direct du Préfet, de la D.S.T, et des R.G.<br />
Pour mener sa politique réactionnaire, l&rsquo;impérialisme français s&rsquo;appuie sur la grande-bourgeoisie locale (usiniers, gros propriétaires fonciers et gros commerçants). Ces individus, non seulement détiennent avec les capitalistes français l&rsquo;économie du pays, mais ils se retrouvent à tous les niveaux dans l&rsquo;appareil politique.<br />
Quand aux fonctionnaires ils constituent la base sociale de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Militaires, policiers, C.R.S., gendarmes, nervis pullulent dans notre pays et assurent le maintien de l&rsquo;ordre colonial. Ils sont là pour casser du créole. La plus petite manifestation populaire est sauvagement réprimée. Les tribunaux, les casernes, se multiplient dans le pays.</p>
<h4 style="text-align: justify;">F. Base militaire</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;impérialisme français a transformé notre pays en une base militaire d&rsquo;agression et de repli.<br />
4.000 militaires français stationnent dans notre pays. L&rsquo;île est semée de casernes, de camps militaires, et de terrain d&rsquo;entraînement.<br />
Une station militaire franco-américain OMEGA fait de notre pays un maillon du système américain de radio-navigation qui fonctionne à l&rsquo;échelle mondiale.<br />
L&rsquo;armée française basée à la Réunion a une double mission :<br />
&#8211; mater toute tentative de révolte de la part du peuple réunionnais.<br />
&#8211; intervenir contre les peuples progressistes de la réunion de l&rsquo;Océan Indien et d&rsquo;Afrique pour sauvegarder les intérêts de la France impérialiste. Les mercenaires qu&rsquo;on retrouve au Liban, au Tchad, au Zaïre sont formés à la Réunion.<br />
Périodiquement, notre pays est le théâtre de grandes manœuvres de débarquement et d&rsquo;opération anti-guérilla.</p>
<h4 style="text-align: justify;">G. Coopération régionale</h4>
<p style="text-align: justify;">La France utilise notre pays comme la vitrine de l&rsquo;Europe dans l&rsquo;Océan Indien. La Réunion est un &lsquo;porte-avion&rsquo; pour la pénétration de l&rsquo;impérialisme français dans la Région, où l&rsquo;occident voit son influence diminuer. Qui tient l&rsquo;Océan Indien, tient le cœur du monde disait quelqu&rsquo;un. En effet, l&rsquo;Océan Indien baigne 37 États indépendants où vivent 1.400.000.000 hommes, soit le tiers de l&rsquo;humanité. Cette coopération régionale profite surtout à l&rsquo;impérialisme français.</p>
<h4 style="text-align: justify;">H. Situation sociale</h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Le chômage</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour une population de 542.000 habitants, 80.000 personnes sont sans emploi.<br />
Une personne sur deux en âge de travailler est au chômage. Le pouvoir colonial organise le chômage pour contraindre la jeunesse réunionnaise, force vive de la nation, à s&rsquo;exiler en France.<br />
Le but étant :<br />
&#8211; de vider l&rsquo;île de son potentiel révolutionnaire<br />
&#8211; de changer le rapport numérique des communautés par l&rsquo;immigration massive des zoreys et des ressortissants d&rsquo;origine étrangère ayant la nationalité française (indiens musulmans de Madagascar, Pondichéryens, etc&#8230;). Créant ainsi vers l&rsquo;an 2000 une situation à la calédonienne. La France exporte chez nous ses clochards, ses drogués, ses prostituées, ses gangsters et ses escrocs.<br />
&#8211; permettre à l&rsquo;impérialisme français de se débarrasser de ses éléments indésirables. Le Réunionnais se retrouvera minoritaire dans son propres pays.<br />
&#8211; profiter d&rsquo;une main d’œuvre à bon marché comprenant tant bien que mal le français, et tenue à exécuter n&rsquo;importe quel travail.<br />
&#8211; empêcher la fuite des devises françaises vers les autres pays fournisseurs de main-d’œuvre (Portugal, Espagne, Afrique du Nord, etc&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. La misère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La concentration des terres et des usines, la mécanisation de l&rsquo;agriculture, l&rsquo;augmentation de coûts de production ruinent les petits et moyens planteurs. Des milliers de gens sont obligés de quitter la campagne et de s&rsquo;entasser dans les bidonvilles où règnent la misère et la maladie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.  L&rsquo;assistance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour empêcher l&rsquo;explosion inévitable et maintenir la misère des masses à un niveau juste supportable, le pouvoir colonial a recours à une politique d&rsquo;assistance (réclamée par tous les partis).<br />
Pour survivre, le travailleur réunionnais est obligé d&rsquo;accepter l&rsquo;aide sous différentes formes.<br />
La conséquence tragique, c&rsquo;est que le réunionnais a pris l&rsquo;habitude de résoudre ses problèmes en fonction de l&rsquo;aide du gouvernement colonialiste français. Petit à petit, prend naissance chez lui le sentiment qu&rsquo;il ne pourrait pas vivre sans cette aide, donc sans la FRANCE.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. Luxe insolent pour une poignée de gens</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans notre pays, il y a deux mondes qui vivent face à face. Si l&rsquo;exploitation coloniale de notre pays par l&rsquo;impérialisme français accule notre peuple à la misère, il existe une poignée de gens qui tirent profit de cette situation.<br />
En effet, un petit nombre de familles riches, descendants de colons-esclavagistes détiennent plus de 60 % des meilleures terres cultivées et possèdent en même temps les quelques industries existantes.<br />
D&rsquo;autre part, pour assurer la rentabilité de son marché, le colonialisme a créé artificiellement une couche moyenne, grassement payée, assurée d&rsquo;une certaine aisance, fière des attentions du régime, prête à toutes complicités et trahisons.<br />
Ce sont les médecins, pharmaciens, dentistes, commerçants et fonctionnaires.<br />
Cette grande et moyenne bourgeoisie vivent dans un luxe insolent et sont entièrement coupées des masses laborieuses. Ces gens mangent à l&rsquo;Européenne, s&rsquo;habille à la dernière mode de Paris, changent de voiture chaque année, passent leurs vacances à l&rsquo;étranger.<br />
Cette couche de privilégiés, par son genre de vie, intoxique tout le peuple réunionnais, en y développant des habitudes, des goûts et des mœurs européens, et accentuent ainsi le déséquilibre social.</p>
<h4 style="text-align: justify;">I. Situation culturelle</h4>
<p style="text-align: justify;">A la Réunion, l&rsquo;école colonialiste, les mass-médias et les églises ont pour rôle principal  la dépersonnalisation et l&rsquo;assimilation des réunionnais.<br />
L&rsquo;école colonialiste proclame la supériorité du colonisateur, et l&rsquo;infériorité éternelle du colonisé. Elle nourrit les esprits des valeurs morales et culturelles de la civilisation de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Elle nie l&rsquo;existence d&rsquo;une culture réunionnaise.<br />
A l&rsquo;école primaire, le petit réunionnais apprit que ses ancêtres étaient des gaulois. On meuble son imagination de neige, de châteaux, de cathédrales. Quand on lui enseigne l&rsquo;histoire de son pays, c&rsquo;est pour lui apprendre les bienfaits de la compagnie des Indes, de tel ou tel gouverneur, de tel ou tel gros propriétaire esclavagiste.<br />
Selon l&rsquo;école colonialiste, les marrons étaient des sans foi ni loi, c&rsquo;étaient des brigands haïs et bannis par le peuple, alors qu&rsquo;ils avaient osé se révolter contre la domination du blanc pour la liberté et la dignité.<br />
Le colonisateur et ses valets réduisent notre langue au niveau de patois, notre culture au niveau de folklore.<br />
Ces deux réalités font que l&rsquo;enfant et l&rsquo;étudiant réunionnais disposent d&rsquo;un enseignement inadapté à leur personnalité : cela explique en grande partie l&rsquo;état catastrophique dans lequel se trouve l&rsquo;enseignement et le malaise dans le milieu étudiant.</p>
<p style="text-align: justify;">Chers amis, chers frères de combat,<br />
Que ce soit dans le domaine économique, politique et social ou culturel, la réalité réunionnaise est une réalité coloniale. La contradiction principale de notre société se situe entre le peuple réunionnais et l&rsquo;impérialisme français.<br />
Tout changement est impossible, tant que la France demeurera présente dans notre pays, et ceci quelque soit le gouvernement français en place.<br />
Pour finir avec la domination et l&rsquo;exploitation coloniales, pour sortir notre pays de son sous-développement, pour permettre l&rsquo;épanouissement d&rsquo;une culture authentiquement réunionnaise, il est nécessaire d&rsquo;expulser de notre sol l&rsquo;impérialisme français et ses valets locaux. Il est indispensable de créer un état réunionnais, libre, indépendant, et souverain.<br />
Sur le plan INTERNATIONNAL, la Réunion indépendante et souveraine pratiquera le NON ALIGNEMENT actif et œuvrera pour une communauté Indiano-Océanique, au sein de laquelle les liens seront basés sur le respect réciproque de la souveraineté des États membres et sur la solidarité.<br />
Les liens avec le peuple de France seront débarrassés de leur contenu de domination et la coopération entre les deux pays sera renforcée.<br />
La lutte du peuple réunionnais se confond avec celle de la NAMIBIE, et des autres peuples du sud, et du continent africain pour se débarrasser du régime odieux de l&rsquo;apartheid, du joug des divers impérialismes.<br />
La Réunion indépendante participera à toutes les rencontres internationales, visant à faire de l&rsquo;OCEAN INDIEN une ZONE DE PAIX, c&rsquo;est-à-dire sans base militaire, sans flotte de guerre opérationnelle dans la région.<br />
Nous, les indépendantistes réunionnais, nous sommes fiers de ne plus être les oubliés de la décolonisation et d&rsquo;avoir rejoint le rang de tous ceux qui luttent pour la libération de leur patrie et l&rsquo;émancipation de leur peuple.<br />
Malgré les difficultés, les trahisons, la répression,<br />
Malgré l&rsquo;assimilation, et les conditions de toutes sortes,<br />
Malgré le chantage, l&rsquo;assistance, la corruption,<br />
Malgré le contexte régional défavorable dû aux intrigues de l&rsquo;impérialisme français avec les gouvernements des États voisins, les patriotes réunionnais, stimulés par la lutte des peuples frères des soi-disant &lsquo;DOM-TOM&rsquo;, ne reculeront devant aucun sacrifice pour libérer la Réunion du joug colonial.</p>
<p style="text-align: justify;">VIVE LA SOLIDARITÉ DES PEUPLES FRÈRES DES DERNIÈRES COLONIES FRANÇAISES<br />
VIVE LA SOLIDARITÉ DE TOUS LES PEUPLES EN LUTTE CONTRE LA COLONISATION<br />
ET LA NEOCOLONISATION ET POUR LA LIBERTÉ ET LA DIGNITÉ<br />
VIVE LA CONFÉRENCE DES DERNIÈRES COLONIES FRANÇAISES</p>
<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-170 alignleft" src="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2014/03/SINIMALE-Serge-219x300.jpg" alt="SINIMALE Serge" width="219" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/03/SINIMALE-Serge-219x300.jpg 219w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/03/SINIMALE-Serge.jpg 382w" sizes="(max-width: 219px) 100vw, 219px" /></p>
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