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	<title>Mémwar &#8211; Ti Kréol Kont Gro Profitèr !</title>
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	<description>Blog Réyoné pou in kritik sosyal, èk larogans antikolonyal</description>
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		<title>L’origine du drapeau réunionnais “mavéli”</title>
		<link>https://www.tikreol.re/lorigine-du-drapeau-reunionnais-maveli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Aug 2020 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
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					<description><![CDATA[Si de plus en plus de monde adopte le fameux “mavéli”, tout comme certaines mairies de la Réunion qui décident de le hisser à côté du drapeau français, peu de personnes savent qui est vraiment à l’origine de ce drapeau. D’après plusieurs sources, Guy Pignolet en serait le dessinateur présumé, mais ce n’est pas ce [&#8230;]]]></description>
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<p>Si de plus en plus de monde adopte le fameux “mavéli”, tout comme certaines mairies de la Réunion qui décident de le hisser à côté du drapeau français, peu de personnes savent qui est vraiment à l’origine de ce drapeau. D’après plusieurs sources, Guy Pignolet en serait le dessinateur présumé, mais ce n’est pas ce qu’affirmait le militant autonomiste&nbsp;<a href="https://web.archive.org/web/20210226180947/https://www.reunionnaisdumonde.com/magazine/1001-celebrites/varondin-jacob-anatole-joseph/" class="ek-link">Joseph Varondin</a>&nbsp;en 2014.</p>



<p>Dans un&nbsp;<a href="https://web.archive.org/web/20210226180947/https://www.clicanoo.re/Zot-Clicanoo/Article/2014/01/04/Dernieres-etrennes_274074" class="ek-link">courrier des lecteurs dans le JIR&nbsp;</a>en date du 4 janvier 2014, Joseph Varondin affirme que le drapeau est l’oeuvre collective du “Mouvement des Radicaux de Gauche”, parti politique des années 70 dont il était secrétaire général. Guy Pignolet, proche du parti, n’aurait été qu’un intermédiaire.</p>



<p>Je reproduis ci-dessous la lettre de J. Varondin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dernières Étrennes</h2>



<p>Si de plus en plus de monde adopte le fameux “mavéli”, tout comme certaines mairies de la Réunion qui décident de le hisser à côté du drapeau français, peu de personnes savent qui est vraiment à l’origine de ce drapeau. D’après plusieurs sources, Guy Pignolet en serait le dessinateur présumé, mais ce n’est pas ce qu’affirmait le militant autonomiste Joseph Varondin en 2014.</p>



<p>Dans un courrier des lecteurs dans le JIR en date du 4 janvier 2014, Joseph Varondin affirme que le drapeau est l’oeuvre collective du “Mouvement des Radicaux de Gauche”, parti politique des années 70 dont il était secrétaire général. Guy Pignolet, proche du parti, n’aurait été qu’un intermédiaire.</p>



<p>Je reproduis ci-dessous la lettre de J. Varondin.</p>



<p>Dernières Étrennes<br>Je m’étais juré de ne plus écrire un seul mot dans les gazettes, la raison d’écrire s’arrêtant là où commence l’ineptie des autres. Mais comme dit l’adage, l’homme propose, dieu dispose et les énergumènes diplômés indisposent. Dans ce cas, l’on revient sur sa parole par obligation citoyenne.</p>



<p>Dans le Journal du 30 décembre, sous la plume d’un certain Gilles Gauvin, intellectuel assurément bardé de diplômes des plus hauts degrés de l’université, mais troué de lacunes en ce qui concerne l’histoire de l’ordinaire des gens ordinaires, comme une vieille passoire qui ne sait plus que mal filtrer, il est affirmé que le drapeau réunionnais qui illustre sa savantissime bafouille, a été créé par le seul sieur Guy Pignolet en 1975, scientifique polytechnicien officiel également bardé de diplômes cosmiques. Mais petit imposteur silencieux dans les coulisses. Il faut que le Pecus Borbonicum sache que le dit drapeau réunionnais est l’œuvre collective d’un groupe de militants à l’époque membres du Mouvement des Radicaux de Gauche. Nombreux d’entre eux ont disparu tandis que d’autres bougent encore même si pas pour longtemps. On y rencontrait le Docteur Jean-Marie Finck, Paul Cérou, Simon Lascagne, Roland Panon, Jean Yong Pen et autres rêveurs politiques dont l’auteur de ces lignes.</p>



<p>Le dit Pignolet Guy, qui, à ma connaissance, n’était même pas titulaire de la carte du mouvement, avait été chargé de légaliser l’artefact en le faisant enregistrer à l’office prévu pour. Il le fit. Mais sournoisement en son seul nom. Tout le groupe le savait mais tous ses membres s’en foutaient : l’œuvre était tellement honnie et bannie à gauche comme à droite, autant par le Grand Timoré que par l’Amer Michel, que nous l’avions jugée sans lendemain.</p>



<p>Nous avions fait fabriquer des drapeaux, des pavillons et des autocollants. Qui s’en souvient ? Ces objets ont connu des destins divers mais le plus souvent ce fut l’exil au fond d’une vieille caisse au fond d’un kalbanon. Sauf une fois lorsqu’un gendarme national s’entêta à me verbaliser pour « port et affichage public d’un symbole de souveraineté interdit ». (sic).</p>



<p>L’histoire passe, ceux qui à cette époque ont tenté de remettre La Réunion sur les rails de la sienne, ont trépassé ou sont en voie de le faire mais cela ne justifie pas que l’imposture et l’ignorance en tirent gloire. Certes, on s’en fiche, l’avenir n’étant à personne, advienne que pourra ! « Aujourd’hui te laisse japper, demain te fera taire ». Mais ce n’est pas là une raison pour laisser l’imposture et l’ignorance prendre les devants de la scène et s’orner des oripeaux de Clio pour avancer des contre-vérités.</p>



<p>A l’avenir, Monsieur G. G. devrait aller s’informer ailleurs que dans les bibliothèques officielles avant de lancer des affirmations erronées et filtrer à son goût les faits historiques ordinaires bien établis par ailleurs. Sa défaillance vient de l’incommensurable vanité intellectuelle qui caractérise un bien grand nombre de gradés de l’université d’ici comme d’ailleurs.</p>



<p>Quant à Guy, la « Touffe Cosmique » pour les initiés, qu’il continue de toucher ses maigres royalties générés par son imposture ! L’essentiel est que le drapeau flotte. Qu’il flotte même pour des raisons autres que celle qui a conduit à sa création : l’autonomie insulaire. Même si trop souvent en des endroits sacrilèges, pourvu qu’il flotte !</p>



<p>Je signale que mon ami Aniel Boyer de Nasyon Réyoné en fait toujours fabriquer – (sans payer de royalties à La Touffe) – et que son groupe en fait flotter partout suivant la devise insulaire : « Flammo quocumque ferar ». Ce sont là mes dernières étrennes à mes jeunes compatriotes à qui trop souvent ont fait prendre des vessies pour des lanternes alors que le drapeau réunionnais est un phare.</p>



<p>Maintenant j’attends la riposte le cas échéant. Mais je préviens à tout hasard que je n’accepterai qu’un duel au sabre à canne « Dumas 32 » dans un karo kann fraîchement coupé de mon choix à défaut d’un simple stylo à bille sur une feuille blanche de leur choix. Velin supérieur pas exigé. Et si les pa kontan, allé fé arkomans a zot !</p>



<p>Joseph J. A. Varondin</p>



<p>Source : <a href="https://www.clicanoo.re/Zot-Clicanoo/Article/2014/01/04/Dernieres-etrennes_274074" class="ek-link">https://www.clicanoo.re/Zot-Clicanoo/Article/2014/01/04/Dernieres-etrennes_274074</a><br></p>



<blockquote class="wp-block-quote"><p><em>Qu’il flotte même pour des raisons autres que celle qui a conduit à sa création : l’autonomie insulaire. Même si trop souvent en des endroits sacrilèges, pourvu qu’il flotte !</em></p></blockquote>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Furcy, un symbole réunionnais</title>
		<link>https://www.tikreol.re/furcy-un-symbole-reunionnais/</link>
					<comments>https://www.tikreol.re/furcy-un-symbole-reunionnais/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2014 15:36:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
		<category><![CDATA[Bourbon]]></category>
		<category><![CDATA[esclave]]></category>
		<category><![CDATA[Furcy]]></category>
		<category><![CDATA[Lory]]></category>
		<category><![CDATA[réunion]]></category>
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					<description><![CDATA[Qui était Furcy et pourquoi est-il un symbole réunionnais ? Aujourd'hui plus que jamais, nous devons nous souvenir de l'histoire de ce réunionnais qui défia le système esclavagiste et colonial en attaquant son maître en justice. Aucun autre esclave dans le monde n'avait osé le faire. Partageons sa mémoire !]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Qui était Furcy et pourquoi est-il un symbole réunionnais ? Aujourd&rsquo;hui plus que jamais, nous devons nous souvenir de l&rsquo;histoire de ce réunionnais qui défia le système esclavagiste et colonial français en attaquant son maître en justice. Aucun autre esclave dans le monde n&rsquo;avait osé le faire. Partageons sa mémoire !</strong></p>
<h3 style="text-align: justify;">Qui était Furcy ?</h3>
<p>Furcy était un esclave réunionnais qui a poursuivi son maître Joseph Lory en justice pour l&rsquo;avoir maintenu en esclavage alors qu&rsquo;il aurait dû être libre. La mère de Furcy, Madeleine, avait en effet été affranchie par sa maîtresse Mme Routier en 1789, sans que cette dernière ne lui annonce qu&rsquo;elle était devenue libre&#8230; Madeleine ne découvrit qu&rsquo;elle était libre seulement à la mort de Mme Routier, en 1808.</p>
<p style="text-align: justify;">Jospeh Lory, qui avait épousé une des filles de Mme Routier, tendit un piège à la mère de Furcy en lui faisant signer un document qui lui faisait croire qu&rsquo;elle toucherait des indemnités pour ses services entre 1789 et 1808. Au lieu de ça, comme elle ne savait pas lire, elle signa un document qui fit de Furcy la propriété de Lory. Madeleine mourut quelques mois après avoir compris qu&rsquo;elle avait été piégée.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1817, Furcy découvre qu&rsquo;il devrait être libre, et, avec l&rsquo;aide de sa soeur, attaque Lory en justice pour gagner légalement sa liberté sur l&rsquo;île Bourbon. Cette bataille judiciaire va durer jusqu&rsquo;en 1843 , quand les juges français accorderont la liberté à Furcy.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><b>Pourquoi Furcy est un symbole réunionnais</b> ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Durant son combat, Furcy est passé par l&rsquo;île Maurice (appelée « île de France » avant que l&rsquo;île devienne anglaise en 1814) et même en France (la « métropole »). Or la loi française de l&rsquo;époque disait que l&rsquo;esclavage n&rsquo;était valable que dans les colonies, donc en France Furcy était libre. Idem à l&rsquo;île Maurice où Furcy réussit à obtenir son affranchissement auprès des autorités anglaises. <strong>Mais au lieu de vivre comme « homme libre » loin de son île natale, Furcy a préféré se battre jusqu&rsquo;au bout pour obtenir justice, et pourvoir revenir vivre sur son île natale aux côtés de sa femme et ses enfants.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Furcy est un symbole réunionnais</strong> car trop de réunionnais aujourd&rsquo;hui sont obligés de vivre loin de chez eux alors qu&rsquo;ils ne rêvent que d&rsquo;une chose :<strong> vivre et travailler au pays. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;histoire de Furcy doit résonner en chacun de nous, réunionnais, réunionnaises, comme un appel au combat pour la justice.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa mémoire doit donner du courage à tous les réunionnais, toutes les réunionnaises, qui ont fait le choix de rester ou revenir vivre à la Réunion, malgré les difficultés.</p>
<p style="text-align: justify;">Vivre ailleurs est peut-être plus facile&#8230; tant pis : <strong>nous voulons pouvoir vivre chez nous !</strong></p>
<h3 style="text-align: justify;">Les détails de l&rsquo;affaire Furcy</h3>
<p style="text-align: justify;"><em>Le texte ci-dessous est un extrait de la traduction d&rsquo;un très bon article d&rsquo;une universitaire américaine sur l&rsquo;affaire Furcy : <a href="http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=ANNA_646_1305" target="_blank">La question raciale et le « sol libre de France » : l&rsquo;affaire Furcy</a> (site du CAIRN)</em></p>
<p style="text-align: justify;">À la fin du mois de décembre 1843, les juges de la Cour royale de Paris entendirent plaider pour et contre la liberté d’un homme du nom de Furcy, que l’on prétendait être l’esclave des héritiers de Joseph Lory, planteur pratiquant la contrebande d’esclaves sur l’île de France et allié par son mariage à une riche famille créole de l’île Bourbon.</p>
<p style="text-align: justify;">Vers 1759, une enfant naquit en Inde, à Chandernagor ou non loin de cette enclave française. Lors des controverses ultérieures, certains affirmèrent que Madeleine était née libre et d’autres en firent la fille d’une esclave. À deux reprises, elle fut vendue à des maîtres portant des noms portugais, avant d’être finalement acquise par une Française, Mlle Dispense. Entre 1771 et 1772, celle-ci, accompagnée de trois serviteurs noirs, dont Madeleine qui avait alors 11 ans, se rendit à Lorient en passant par l’île de France (île Maurice). La loi française requérait que tous les esclaves amenés en France soient enregistrés auprès de l’Amirauté dans le port où ils débarquaient, mais à ce jour nous ne connaissons aucun document de ce genre concernant Madeleine. À Lorient, Mlle Dispense et sa suite vinrent habiter chez Mme Routier (Marie-Anne Ursule Desblotières, épouse de Charles-Gabriel Routier de Granval). Un an plus tard, elle entra au couvent et fit don de Madeleine à Mme Routier, qui était enceinte et allait avoir besoin de quelqu’un pour s’occuper d’elle durant son long voyage de retour vers l’île Bourbon (île de La Réunion). La nonne stipula que Madeleine devait être affranchie à l’issue du voyage. Madeleine accompagna Mme Routier, qui donna naissance en mer à son cinquième enfant, une fille, et arriva à l’île Bourbon en 1774.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1776, Madeleine était une jeune femme de 17 ans. Elle vivait sur l’une des plantations les plus vastes et les plus importantes de l’île, à la tête de laquelle se trouvait M. Routier de Granval, un Créole âgé de 45 ans. La maisonnée se composait de Mme Routier et de deux filles encore jeunes. Les Routier possédaient 124 esclaves et vivaient dans une maison de pierre. Leurs terres, très étendues, comptaient 10 000 pieds de café, 50 000 de manioc, 75 000 de blé, 5 000 de riz, 120 000 de maïs, 12 000 de haricots, ainsi que 64 vaches, un mouton, 40 chèvres, 8 porcs et 7 chevaux. En 1787, M. Routier, âgé, était mort et avait laissé à la veuve Routier, alors âgée de 45 ans, la direction du domaine. Elle engagea un intendant pour administrer la plantation ; les esclaves étaient désormais au nombre de 131, probablement par suite de leur reproduction naturelle plutôt que par de nouveaux achats.</p>
<p style="text-align: justify;">Madeleine, qui avait 28 ans en 1787, avait elle-même contribué à l’accroissement du capital humain des Routier en donnant naissance à trois enfants : un fils nommé Maurice, une fille Constance, et son benjamin Furcy, qui fut baptisé le 7 octobre 1786. Aucun témoignage ne subsiste quant à l’identité du père ; les trois enfants furent enregistrés comme enfants « naturels ». D’une façon inhabituelle, Constance devait être affranchie un an seulement après sa naissance. Une évocation plus tardive du physique de Furcy lui donne « le teint mulâtre, mais des traits fort réguliers et des cheveux noirs, semblables en tout à ceux des Européens [&#8230;] une apparence de couleur qui dénote peut-être qu’il y a eu, de la part de sa mère, alliance avec un homme de race nègre ». Cependant, une telle description s’appliquerait tout aussi bien à l’enfant d’un homme blanc et d’une femme indienne au teint sombre. Adulte, Furcy lui-même déclarait être « né Colon Français », « fils d’une Indienne » et « fils d’un Français de naissance ».</p>
<p style="text-align: justify;">En juillet 1789, avec seize ans de retard, Mme Routier tint la promesse qu’elle avait fait à Mlle Dispense et reçut de l’administration coloniale la permission d’affranchir Madeleine. Les documents officiels décrivent Madeleine comme « une Indienne, âgée de trente ans », qui se voit accorder la liberté, selon une formule traditionnelle, « en reconnaissance des bons services qu’elle lui a rendus ». Afin de s’assurer que Madeleine ne devienne pas un fardeau pour la communauté, Mme Routier s’engagea à lui verser une pension de 600 livres en plus de ses dépenses courantes. Madeleine continua toutefois à vivre sur la plantation et, d’après les témoignages ultérieurs de Constance et de Furcy, ne fut jamais informée de son statut de femme libre ni des revenus qui lui avaient été promis.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1794, Marie Charles Eugénie, la fille que Mme Routier avait enfantée durant la traversée de l’océan, épousa Joseph Marie Lory, second fils d’un avocat nantais qui s’était installé dans une autre colonie française située à proximité, l’île de France. Le jeune couple s’établit dans la capitale de l’île, Saint-Denis, où Lory est décrit lors d’un recensement comme « négotiant ». Durant la Révolution, les colons de l’île de France comme ceux de l’île Bourbon répudièrent les délégués métropolitains qui leur apportaient la déclaration d’émancipation du 16 pluviôse de l’an II : l’esclavage survécut intact à la Révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la façon dont Furcy devint la propriété de Lory, les récits sont contradictoires. Mme Routier mourut en 1808, l’année où les États-Unis et la Grande-Bretagne interdirent le commerce des esclaves. Le jeune Furcy avait alors 19 ans. D’après des documents et des articles de journaux ultérieurs, il revint à Lory en 1812, en paiement d’une dette (il lui « échut en partage »). Mais ce n’est pas ainsi que Furcy et sa sœur Constance racontaient l’histoire. Selon eux, ce n’est qu’à la mort de Mme Routier que Madeleine apprit qu’elle avait été affranchie en 1789. (Peut-être ces documents secrets furent-ils découverts lors de la lecture du testament de Mme Routier. Le recensement de 1817 indique que Lory est propriétaire de « la succession de Mde Ve Routier ».) Quoi qu’il en soit, c’est également en 1808 que Madeleine apprit qu’elle avait droit à 150 ou à 600 livres par an (sur ce point, les récits divergent de nouveau) depuis l’époque de son affranchissement, c’est-à-dire depuis dix-neuf ans – soit une somme fort élevée au total ! Lory proposa alors à Madeleine un marché : il libérerait Furcy (dans « six mois ou un an », ou bien « deux ans » au plus tard) si elle acceptait de signer un reçu pour les gages que lui devaient les Routier. En d’autres termes, Madeleine comprit qu’elle allait acheter la liberté de son fils au moyen des arriérés de sa pension. Elle se rendit auprès du notaire de Lory (qui était également le beau-frère de celui-ci) et, leurrée, signa un reçu correspondant à une année de pension, tandis qu’elle renonçait au reste de ses arriérés. Le document qu’elle signa ne comportait nulle part la clause relative à l’affranchissement de son fils ; bien au contraire, il faisait de Furcy l’esclave de Lory jusqu’à la mort de son maître. Épouvantée et désespérée de voir Lory revendiquer la propriété de son fils, Madeleine mourut, de douleur dit-on, huit mois plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant les guerres napoléoniennes, l’île Bourbon et l’île natale de Lory, l’île de France, fut occupée par les Britanniques à partir de 1810 ; en 1814, la paix revenue, cette dernière passa sous leur gouvernement. Au cours de la même période, Lory est réputé avoir été l’un des principaux introducteurs du sucre sur l’île Bourbon, aux côtés du puissant comte de Richemont, Philippe Panon <strong>Desbassayns</strong>, qui fut nommé administrateur des colonies de l’Inde, commissaire général de la Marine et ordonnateur à Bourbon, puis inspecteur général des établissements français de l’Inde en 1814. Bien que la France ait officiellement reconnu en 1815 l’interdiction britannique du commerce des esclaves, durant plus d’une décennie les autorités métropolitaines et coloniales firent comme si elles ne voyaient pas le trafic des contrebandiers qui agissaient dans l’océan Indien. En sa qualité de marchand d’esclaves, Lory allait amplement profiter de cette volontaire négligence.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1817, Furcy avait 30 ans, l’âge auquel sa mère avait été affranchie devant la loi, mais à son insu. Au mois de juillet de cette année, de nouveaux magistrats arrivèrent de Paris pour s’installer sur l’île Bourbon dans le cadre du remplacement du personnel judiciaire entrepris au moment de la Restauration. Louis Gilbert Boucher, le nouveau procureur général de la Cour royale de l’île Bourbon, était chargé de représenter les intérêts de ceux qui ne pouvaient parler en leur nom propre, en raison de leur âge, d’une incapacité mentale ou de toute autre circonstance.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 22 novembre 1817, un conflit dont les causes ne sont pas tout à fait claires éclata entre Furcy et Lory. Un autre serviteur de Lory, Alphonse, lui fit savoir que Furcy avait quitté son poste « sur les motifs qu’il est libre et veut jouir des droits attachés à cette condition ». En conséquence de quoi, Lory déclara Furcy « marron » et ce dernier fut arrêté au domicile d’une femme de couleur libre, Célérine, qui était peut-être sa concubine et la mère de ses enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">La motivation de Furcy lorsqu’il défia Lory en 1817 est en partie obscure à cause de la nature des témoignages conservés. Il ne fait pas de doute que l’arrivée de Boucher, remettant en cause le régime juridique colonial, l’ait confirmé dans sa résolution d’affronter ouvertement l’homme qui avait dupé sa mère. De même, le consentement du roi, en 1817, face à l’interdiction britannique du commerce des esclaves a pu renforcer chez Furcy l’impression d’une vulnérabilité du régime colonial local. Mais il paraît probable qu’un événement déclencheur – peut-être une conversation avec le Créole libéral Jacques Sully Brunet (qui avait, disait-on, une ancêtre malgache dans son ascendance maternelle), ou bien une menace particulièrement hautaine de la part de son maître – ait conduit Furcy à s’enfuir loin de Lory une fois pour toutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Au moment de son arrestation, sa sœur aînée Constance, que l’on trouve enregistrée comme la « Veuve Jean Baptiste, habitante, demeurant au quartier St. André [&#8230;] une mère de six enfants, privée de son mari, sans fortune, sans appui », alla trouver le nouveau procureur général, Boucher, et lui demanda d’enquêter sur la réduction en esclavage illégale de son frère.</p>
<p style="text-align: justify;">Le fait que, dans l’un des mémoires, Constance ait été désignée comme la plaignante a pu être dicté par les hésitations de Boucher au sujet de la capacité légale de Furcy d’ester en justice pour revendiquer sa liberté. Durant la délibération des juges, voici ce qu’il déclara, selon le procès-verbal :</p>
<blockquote><p>il ne connait pas les loix coloniales sur ce point, qu’un esclave étant mort civilement ne peut agir devant les tribunaux, mais il semble qu’il existe une distinction entre l’individu qui se prétend libre d’origine et celui qui fait dépendre sa liberté de circonstances postérieures à l’esclavage : assujettir le premier à l’assistance d’un patron, c’est préjuger la question contre lui.</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Sur ce point, François Xavier Aimé Gillot l’Étang, l’avocat général, lui répondit que « l’usage dans la colonie est de nommer un patron à l’esclave qui se prétend libre pour établir les droits qu’il pouvait avoir à la liberté ». Boucher finit par se plier aux pratiques locales et permit que l’on nomme un patron. Le mémoire de Constance est néanmoins demeuré une pièce importante parmi les témoignages pris en compte par la cour.</p>
<p style="text-align: justify;">Les premières déclarations faites à Boucher par Furcy et Constance insistent sur la duplicité avec laquelle les Routier et Lory se sont comportés vis-à-vis de leur mère : sa condition de femme libre, quoique effective dès 1789, ne lui a été signifiée que dix-neuf ans plus tard. En outre, Lory et son notaire ont intimidé Madeleine pour la forcer à signer les documents qui faisaient de Furcy l’esclave de Lory. Ils ne manquent pas de mentionner les arguments fondés sur la race et sur le « sol libre », qui finiront par revêtir une importance prédominante aux yeux des avocats et des juges. Néanmoins, puisque ces documents sont déjà passés entre les mains des avocats – ce ne sont pas les témoignages bruts de Furcy et de Constance, mais des mémoires rédigés –, il semble vraisemblable que l’argument de la race ait été introduit dans l’affaire par Boucher, qui a pu le rencontrer dans ses lectures, puisqu’il était couramment employé à propos des lois coloniales (nous y reviendrons plus loin).</p>
<p style="text-align: justify;">Boucher prit au sérieux la plainte de Constance et l’informa que Furcy avait droit à une défense gratuite. Il lui enjoignit de s’adresser au « substitut procureur du roi » de la « Cour de première instance », Sully Brunet, riche planteur créole de 22 ans dont les idées étaient pourtant nettement libérales. La première requête déposée par Furcy – élaborée par un rédacteur anonyme, mais dans laquelle il faut probablement voir l’œuvre de Sully Brunet assisté de Boucher – exposait d’une manière formelle une série de raisons justifiant la liberté revendiquée par Furcy. C’est la première fois qu’un avocat tenta de le défendre selon des voies légales ; il vaut donc la peine d’examiner soigneusement ces arguments.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier argument mis en avant est que Furcy était libre parce qu’il était né d’une mère libre. La condition de celle-ci reposait sur trois éléments :</p>
<blockquote>
<ol>
<li>Comme originaire de l’inde.</li>
<li>En supposant qu’elle ait pu malgré sa naissance devenir l’Esclave de Mademoiselle Dispense à qui elle avait été confiée pour être élevée en Europe, son apparition sur le sol de la liberté (la France) était suffisante pour lui faire recouvrir sa liberté que Furcy prétend au reste que sa mère n’a jamais perdue ni pu perdre.</li>
<li>[&#8230;] qu’admettant pour un instant que malgré les raisons ci dessus déduites elle fut toujours demeurée esclave de Mlle Dispense, il est impossible qu’elle soit devenue celle des Sr et Dame Routier non plus que de ses représentans [sic] qui ne pouvaient jamais justifiés d’aucun titre de propriété et d’acquisition de la dite Madelaine.</li>
</ol>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, d’emblée, les avocats de Furcy mirent l’accent sur deux arguments qui allaient perdurer dans les débats juridiques français durant un quart de siècle : l’argument de la race, selon lequel il est injustifiable de réduire en esclavage les Indiens, et le principe du « sol libre » de la France qui veut que tout esclave mettant le pied sur le sol français devienne libre aussitôt. Afin d’appuyer ces deux éléments cardinaux de sa requête, et pour le cas où l’un d’eux apparaîtrait comme insuffisant, Furcy dénonçait également la cession de Madeleine à Mme Routier, qui avait eu lieu à Lorient, et le fait que cette dernière n’avait pas respecté sa promesse d’affranchir la jeune esclave dès son arrivée sur l’île Bourbon.</p>
<p style="text-align: justify;">En dépit du secours de ces deux juristes bienveillants, la requête de Furcy fut rejetée par la cour de première instance. Le procureur du roi était Pierre Hippolyte Michault d’Émery, qui n’était autre que le beau-frère de Lory et le notaire qui avait dupé Madeleine, cinq ans plus tôt, pour la faire renoncer à sa pension et à son fils. L’avocat général de la Cour royale de l’île Bourbon, Gillot l’Étang, qui prit part aux délibérations, était le cousin germain de Lory. Le premier président était Joseph Boulley-Duparc, un créole de Saint-Martin qui avait pris femme dans une riche famille de planteurs créoles de l’île Bourbon. Aucun de ces personnages ne pouvait entendre les arguments en faveur de la liberté de Furcy et la cour de première instance finit par rejeter sa demande, en faisant observer que la famille Routier avait inscrit Madeleine sur ses registres comme esclave pendant seize ans avant de l’affranchir en 1789 et que Furcy, étant né d’une mère esclave, était donc un esclave lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet arrêt donna naissance à « une rumeur de haro » et le gouverneur y répondit en envoyant Furcy en prison, tandis que son patron faisait appel auprès de la Cour coloniale de l’île Bourbon. Pendant ce temps, le procureur du roi, Sully Brunet, et le procureur général, Boucher, furent démis de leurs fonctions ; le second fut exilé loin de la colonie et un nouveau poste de procureur général lui fut assigné en Corse, à Bastia. Une fois ces agitateurs réduits au silence, la Cour royale de Bourbon confirma la décision de la cour inférieure, le 12 février 1818. Furcy devait demeurer l’esclave de Lory.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 2 novembre 1818, Furcy sortit de prison, dépouillé de tous ses papiers, et on l’envoya vivre auprès de la belle-sœur de Lory, une veuve habitant l’île de France. Selon un témoignage cité ultérieurement par les avocats de Furcy, « l’esclave révolté eut à expier par les plus rudes travaux son audacieuse prétention à la liberté ». Furcy ne renonça pourtant pas à obtenir justice. Depuis l’île de France, pendant près de vingt ans, il écrivit plusieurs lettres à Boucher, lui demandant son aide pour trouver de nouveaux documents propres à soutenir sa revendication, tandis que le magistrat quittait la Corse et s’installait à Paris, puis à Poitiers. En 1829, Furcy « éleva de nouveau sa voix ; il réclama avec force sa liberté ». Les autorités anglaises finirent par l’affranchir, pour la raison qu’il n’avait pas été enregistré, ni à la douane, ni sur le bateau qui l’avait transporté sur l’île de France.</p>
<p style="text-align: justify;">Les lettres de Furcy à Boucher, transitant par l’intermédiaire d’un réseau d’alliés qui acheminaient ses missives à son ancien allié, font connaître les sentiments et l’opiniâtreté de leur rédacteur durant son exil à l’île de France dans les années 1820 et 1830. Cette correspondance ne laisse aucun doute sur le fait que Furcy avait une famille et des enfants sur l’île Bourbon, et qu’il souffrait d’en être séparé.</p>
<p style="text-align: justify;">À sa libération, Furcy demeura sur l’île de France et devint une célébrité locale en tant que « confiseur ». Son nouveau négoce lui permit d’ « amasser une fortune qui n’ [était] pas sans quelque importance ». Pourtant, selon son avocat, Furcy « n’est plus agité que d’une seule pensée, celle de venir demander justice en France ». Malgré son affranchissement par les autorités britanniques de l’île Maurice, le gouverneur de l’île Bourbon refusa de protéger Furcy de la confiscation qui le menaçait, au bénéfice des Lory, s’il tentait de rentrer chez lui. Peut-être les élites créoles de l’île Bourbon, particulièrement soudées, s’inspirèrent-elles de l’arrêt rendu en 1827 par la cour de l’Amirauté anglaise au sujet de l’esclave Grace : selon cette décision, les esclaves devenus libres à leur arrivée sur le sol métropolitain ne conservaient pas leur liberté s’ils retournaient de leur plein gré dans une colonie où l’esclavage était inscrit dans les lois.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années 1830, à un moment indéterminé, Furcy s’embarqua sur un navire, emportant avec lui l’original de sa requête, dissimulé dans la semelle de sa chaussure, et « touch [a] enfin le sol français ». Le 12 août 1835, avec le soutien du procureur général André-Marie-Jean-Jacques Dupin, Furcy demanda à ce que son cas soit examiné de nouveau devant la Cour de cassation, en se fondant sur deux éléments : 1) l’argument de la race, d’après lequel les Indiens ne peuvent être réduits en esclavage ; 2) l’argument du « sol libre », faisant valoir que sa mère avait mis le pied sur le sol de France en 1771. Le 6 mai 1840, la Cour de cassation invalida la décision rendue en 1818 par la Cour royale de Bourbon, en alléguant « le principe du droit public français, lequel assurait le bienfait de la liberté à tout esclave dont le pied touchait le sol de la France » et en ramenant « les parties au même état où elles étaient avant ledit arrêt ». L’affaire fut renvoyée devant la Cour royale de Paris, mais il fallut attendre plus de trois ans avant qu’il n’en soit question. Pendant ce temps, le procureur général Dupin s’était arrangé avec la reine et avec le ministre de la Marine pour que Furcy puisse regagner l’île Bourbon aux frais de l’État.</p>
<p style="text-align: justify;">Au mois de décembre 1843, Furcy revint à Paris, où la Cour royale entendit les argumentations développées par l’avocat de Furcy, Édouard Thureau, par l’avocat des Lory, Alphonse Paillet, et par le procureur général, Michel Hébert. À l’issue de l’audience finale, le 23 décembre, après avoir écouté le discours d’Hébert « avec une attention religieuse », les juges de la Cour royale se retirèrent pour délibérer. Une heure plus tard, le président Séguier déclara que Furcy était un homme libre. Furcy avait alors 56 ans. Sa mère, Madeleine, avait débarqué à Lorient presque quatre-vingts ans plus tôt.</p>
<p style="text-align: justify;">Le verdict de la Cour royale – non seulement Furcy était libre, mais sa mère l’avait été au regard de la loi depuis son arrivée à Lorient en 1772 – était une victoire, mais non un triomphe sans mélange. Si la cour condamnait les héritiers de Lory à payer les frais du procès et rejetait leur demande de dommages et intérêts, rien n’indique que Furcy ait reçu la moindre compensation pour les quarante et une premières années de sa vie qu’il avait vécues en esclavage. Il n’y avait pas de réparation.</p>
<p><em>L&rsquo;article complet sur le site du CAIRN :</em> <a href="http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=ANNA_646_1305" target="_blank">http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=ANNA_646_1305</a></p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;">Pour aller plus loin :</h3>
<ul>
<li style="text-align: justify;">Le livre de Mohammed Aïssaoui, <em>L&rsquo;affaire de l&rsquo;esclave Furcy : récit</em>, éd. Gallimard, 2010</li>
<li style="text-align: justify;">Wikipedia : <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Furcy" target="_blank">http://fr.wikipedia.org/wiki/Furcy</a></li>
<li style="text-align: justify;"><a href="https://www.facebook.com/LiberNoutFURCY?fref=ts" target="_blank">Page Facebook Libèr nout Furcy</a></li>
<li style="text-align: justify;"><a href="https://www.facebook.com/pages/Furcy-le-film/1414725122126505?fref=ts" target="_blank">Furcy le film d&rsquo;animation, en cours de réalisation, prévu pour 2018 : page facebook</a></li>
</ul>
<h2 style="text-align: center;"></h2>
<h2 style="text-align: center;">Nous sommes les héritiers de son combat,</h2>
<h2 style="text-align: center;">Libèr Furcy dan nout lèspri !</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-469" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/10/furcy-197x300.png" alt="furcy" width="197" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/10/furcy-197x300.png 197w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/10/furcy.png 526w" sizes="(max-width: 197px) 100vw, 197px" /></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Répression coloniale à La Réunion : L&#8217;ordonnance Debré du 15 octobre 1960</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2014 10:39:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
		<category><![CDATA[aliénation]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Debré]]></category>
		<category><![CDATA[déportation]]></category>
		<category><![CDATA[exil]]></category>
		<category><![CDATA[michel debré]]></category>
		<category><![CDATA[ordonnance]]></category>
		<category><![CDATA[politique coloniale]]></category>
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					<description><![CDATA[Pourquoi en est-on aujourd’hui à ce niveau de « haine de soi » et d’aliénation culturelle à la Réunion ? Pourquoi certains réunionnais ont-ils peur dès qu’il s’agit d’affirmer leur identité réunionnaise aujourd’hui ? Peut-être qu’une partie de la réponse se trouve dans la répression coloniale des années 60-70 sous le régime de terreur imposé par Michel Debré ?]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">Pourquoi en est-on aujourd&rsquo;hui à ce niveau de <strong>« haine de soi » et d&rsquo;aliénation culturelle</strong> à la Réunion ? Pourquoi certains réunionnais ont-ils peur dès qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;affirmer leur <strong>identité réunionnaise</strong> aujourd&rsquo;hui ? Peut-être qu&rsquo;une partie de la réponse se trouve dans <strong>la répression coloniale</strong> des années 60-70 sous le régime de terreur imposé par Michel Debré ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Michel Debré</strong> était Premier Ministre, en pleine guerre d&rsquo;Algérie (1954-1962). Celui-ci promulgue le 15 Octobre 1960 une ordonnance dans l&rsquo;objectif de réprimer toute contestation en Algérie (Algérie qui était découpée en « départements français »), et qui a pour but d&rsquo;<strong>éloigner par l&rsquo;exil les fonctionnaires qui pourraient « troubler l&rsquo;ordre public »</strong> : en clair, ceux qui remettent en cause la <strong>domination française</strong>. La guerre d&rsquo;Algérie s&rsquo;arrête en 1962 avec la victoire et la libération du peuple algérien. Mais l&rsquo;ordonnance n&rsquo;est pas supprimée pour autant pour les autres colonies, les autres « DOM ».  (elle ne sera abrogée qu&rsquo;en 1972&#8230;)<br />
L&rsquo;année suivante, Debré débarque à la Réunion et se fait élire député le 5 mai 1963. La politique du pouvoir français de l&rsquo;époque, dont Debré n&rsquo;est qu&rsquo;un des rouages, est alors très clair : <strong>« sauver » les dernières colonies de la France coûte que coûte</strong>. La Réunion, comme les Antilles et la Guyane, connaîtra alors une <strong>répression culturelle et politique peut-être sans égal au cours du XXème siècle sur notre île</strong> : interdiction du Maloya de 1960 jusqu&rsquo;en 1981, interdiction du créole dans les écoles et les radios jusque dans les années 70, déportation des fonctionnaires insoumis, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=oP3W7pl7yvA">déportation des réunionnais par le BUMIDOM</a>, <a title="Documentaire « Une enfance en exil » : les réunionnais déportés dans la Creuse" href="https://www.tikreol.re/documentaire-une-enfance-en-exil-les-reunionnais-deportes-dans-la-creuse/">enlèvement d&rsquo;enfants dans les quartiers pauvres de l&rsquo;île</a> (« enfants de la Creuse » et la tristement célèbre camionnette 2CV de la DDASS qui kidnappait les enfants réunionnais « pas sages »)&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour aider à la compréhension de cette période de notre histoire, je partage ici 3 textes qui portent spécifiquement sur l&rsquo;ordonnance Debré :</p>
<h3>&#8211; <a href="#quotidien">Il y a 50 ans, l&rsquo;ordonnance Debré</a> (Le Quotidien)</h3>
<h3>&#8211; <a href="#7lameslamer">Document : le « Rideau de cannes » épingle l’ordonnance Debré</a> (7 Lames la mer)</h3>
<h3>&#8211; <a href="#humanite">L’ordonnance du 15 octobre 1960, un texte scélérat</a> (L&rsquo;Humanité)</h3>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<h2 id="quotidien">Il y a 50 ans, l&rsquo;ordonnance Debré</h2>
<p><em>Tiré du site du journal Le Quotidien, texte d&rsquo;Eugène Rousse, ancien enseignant et auteur d&rsquo;ouvrages sur l&rsquo;histoire de la Réunion</em><br />
<em> Source :<a href="www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html"> www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html</a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le 15 octobre 1960 – il y a aujourd’hui 50 ans – à Paris, le Premier ministre Michel Debré signait une ordonnance, dont l’application aux seuls départements d’outre-mer allait soulever indignation et colère à <a title="La Réunion" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">La Réunion</a>, au cours de la décennie 1960. Afin de comprendre les raisons du recours du pouvoir à un texte aussi odieux, il faut replacer celui-ci dans le contexte politique de l’époque.</p>
<p style="text-align: justify;">1960 marque l’accession à l’indépendance des colonies françaises d’Afrique. Indépendance précédée de celle de l’Indochine (1954,) puis de celles de la Tunisie et du Maroc (1956). En dépit des moyens énormes mis en œuvre pour que l’Algérie reste une terre sous domination française, la guerre extrêmement meurtrière qui s’y poursuit depuis 6 ans risque de s’achever par un nouveau Dien Bien Phu. Le général De Gaulle en est persuadé après la « tournée des popotes » qu’il entreprend en mars 1960 en Algérie.</p>
<p style="text-align: justify;">Farouche partisan de « l’Algérie française », Michel Debré, qui est à Matignon depuis le 8 janvier 1959, s’emploie alors à retarder le plus possible la fin de ses illusions en ayant recours notamment à l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont voici un bref extrait :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le Président de la République,</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le rapport du Premier ministre (&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Vu la loi du 4 février 1960, autorisant le gouvernement à prendre (&#8230;) certaines mesures relatives au maintien de l’ordre, (&#8230;) à la pacification et à l’administration de l’Algérie ; (&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Ordonne</p>
<p style="text-align: justify;">art 1 : les fonctionnaires de l’Etat en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du <a title="Préfet" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">préfet</a> et sans autre formalité, rappelés d’office en Métropole (&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Conserver à tout prix les ex-confetti de l’Empire </strong><br />
Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l’objet ».</p>
<p style="text-align: justify;">Comment ne pas faire observer que nous sommes en présence d’un texte qui, manifestement, selon les termes employés, n’aurait dû s’appliquer qu’à l’Algérie en guerre et devenir caduc dès la signature le 18 mars 1962 des accords d’Évian mettant fin au conflit algérien.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce point précis, l’avis de Michel Debré lui-même mérite d’être rappelé : au cours d’une conférence de presse tenue à <a title="Saint-Denis" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Saint-Denis</a> le 30 novembre 1966, l’ancien Premier ministre déclare en effet : « Cette ordonnance, je l’ai voulue, je l’ai rédigée et je l’ai même appliquée (&#8230;). Elle n’a pas été faite pour La Réunion (&#8230; )».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ni pour les autres DOM », aurait-il pu ajouter, puisque l’article 3 de la loi du 4 février 1960 prévoit expressément la ratification des ordonnances par le Parlement. Or, celle du 15 octobre 1960 n’a jamais été ratifiée.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes donc fondés à nous poser la question de savoir pourquoi une mesure prévue pour les départements algériens a pu être étendue aux 4 « vieilles colonies » devenues départements français le 19 mars 1946.</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse est évidente : en prévision de la perte plus que probable de l’Algérie, le gouvernement estimait qu’il devait se donner les moyens de conserver à tout prix les ex-confetti de l’Empire, dont les populations exprimaient avec force dans les années 1950 et 1960 leur volonté d’exiger le respect de leurs droits fondamentaux, violés en permanence avec un cynisme révoltant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Les premières victimes </strong><br />
Il me faut rappeler que bien avant que le gouvernement Debré ait reçu l’autorisation de recourir aux ordonnances, les <a title="Réunionnais" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Réunionnais</a> ont vécu sous un régime d’exception qui faisait d’eux des sous-citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette situation, qui s’est aggravée avec l’arrivée dans l’île le 13 juin 1956 du préfet Jean Perreau-Pradier, les responsables des organisations démocratiques réunionnaises, dirigées souvent par des fonctionnaires, ont appelé leurs compatriotes à se mobiliser et à résister. Et cela, dans des conditions particulièrement difficiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les fonctionnaires victimes de l’arbitraire préfectoral antérieurement à la promulgation de l’ordonnance du 15 octobre 1960, citons :</p>
<p style="text-align: justify;">L’inspecteur de l’Éducation nationale Roger Ueberschlag, brutalement expulsé de La Réunion au début de 1960 sous l’incroyable prétexte que les méthodes pédagogiques dont il préconisait l’<a title="Emploi" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">emploi</a> déplaisaient à Jean Perreau-Pradier. Son épouse, institutrice à La Réunion, ne put rejoindre son Alsace natale que 2 mois plus tard, en voyageant à ses frais, à bord d’un cargo hollandais.</p>
<p style="text-align: justify;">Le professeur d’allemand Daniel Lallemand, retenu à Marseille le 9 août 1960, au moment précis où il allait prendre l’avion pour La Réunion, où il devait occuper un poste au lycée Leconte-de-Lisle, en application d’un arrêté ministériel du 21 juillet 1960. Son épouse, Iris, institutrice réunionnaise, se voit offrir pour sa part un poste&#8230; en Haute-Savoie, alors qu’elle est en route pour La Réunion, où elle obtiendra d’ailleurs un poste.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Une première liste d’exilés en application de l’ordonnance </strong><br />
L’instituteur Marcel Le Guen, enseignant breton, arrivé dans l’île le 10 décembre 1951 en compagnie de son épouse également institutrice, est nommé le 9 septembre 1958 à l’école Edgar-Avril, à la Plaine-des-Cafres, où il doit, avec l’accord du vice-recteur Cormary, expérimenter une nouvelle façon d’enseigner, autorisant les élèves à utiliser le <a title="Créole" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">créole</a>. Cela suffit à irriter le préfet Perreau-Pradier.</p>
<p style="text-align: justify;">A son départ en congé administratif le 11 juillet 1963, il apprend que le préfet s’oppose à son retour à La Réunion. Le 21 août 1961, ce fut une première liste : 10 Réunionnais reçoivent une lettre signée du préfet Jean Perreau-Pradier leur apprenant qu’en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, ils sont expulsés de La Réunion. Il s’agit de Nelly et Gervais Barret, Jean-Baptiste Ponama, <a title="Roland Robert" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Roland Robert</a>, Max Rivière, Bernard Gançarski, tous enseignants ; Pierre Rossolin, inspecteur des PTT ; Jean Le Toullec, cadre des Ponts et Chaussées ; Georges Thiébaut, inspecteur des Douanes ; et Joseph Quasimodo, agent du Trésor public.</p>
<p style="text-align: justify;">Le départ de six d’entre eux est fixé au mardi 5 septembre sur le <a title="Vol" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">vol</a> d’<a title="Air France" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Air France</a>. Les responsables des différents services auxquels appartiennent ces fonctionnaires sont avisés pour leur part, par le préfet, qu’il leur interdit d’accorder des autorisations d’absence le mardi 5 septembre. Cela, on le devine, afin d’éviter toute <a title="Manifestation" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">manifestation</a> à <a title="Gillot" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Gillot</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> « Atteinte aux droits de l’Homme » </strong><br />
Dès que cette nouvelle est rendue publique, les deux quotidiens de La Réunion, « <a title="Témoignages" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Témoignages</a> » et le « <a title="Journal" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Journal</a> de l’<a title="Ile de la Réunion" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Ile de La Réunion</a> » – considéré pourtant à l’époque comme le porte-parole de la préfecture – condamnent une mesure prise « pour délit d’opinion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la réaction des élus, elle réserve une surprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Réuni le mardi 29 août à Saint-Denis, le <a title="Conseil Général" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">conseil général</a> entend une longue déclaration du président Roger Payet, largement applaudi par la foule qui se presse dans les tribunes réservées au public. Mais pas par les élus, dont la plupart ne cachent pas leur stupéfaction. Le président Roger Payet, pourtant très proche du pouvoir, tient à exprimer sa réprobation devant « les atteintes aux droits les plus imprescriptibles de l’Homme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de lever la séance, le président Roger Payet donne lecture d’une motion (non soumise au vote), dont voici un très bref extrait : « Le conseil général demande que le département de La Réunion ne soit pas considéré comme un département d’exception, auquel sont appliquées des lois d’exception soulevant la réprobation générale. (&#8230;) Il émet le vœu que soient suspendus les arrêtés déjà pris ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’appel du président Roger Payet suscite ce qui s’apparente à une riposte des élus de la droite ultra à La Réunion. Réunis discrètement en congrès à Saint-Denis le 4 septembre, 19 maires de l’île sur 23 et 21 conseillers généraux sur 36 tiennent à affirmer qu’ils « déplorent que des fonctionnaires de l’État se soient mis dans le cas d’encourir des mesures de mutations (&#8230;) et assurent les fonctionnaires loyaux (!!) (…)» qu’ils « les défendront toujours, tant qu’ils serviront les seuls intérêts de la France ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Mobilisation des organisations démocratiques </strong><br />
Dès le lundi 21 août, d’innombrables initiatives sont prises dans toute l’île afin d’exprimer la colère et l’indignation des travailleurs réunionnais devant l’arbitraire qui frappe leurs compatriotes fonctionnaires. Le jeudi 24 août, un collectif composé des dirigeants du <a title="syndicat" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Syndicat</a> National des instituteurs (SNI), de l’Union départementale des syndicats CGT (UD-CGT), de la Fédération des œuvres laïques (FOL) est chargé d’organiser notamment une manifestation au <a title="Cinéma" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">cinéma</a> Rio à Saint-Denis, le dimanche 3 septembre 1961, en présence des victimes de l’ordonnance qui doivent quitter l’île deux jours plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de ce rassemblement empreint de gravité dans une salle du Rio archi-comble, les responsables de toutes les organisations démocratiques de l’île dénoncent l’illégalité d’une mesure qui frappe des Réunionnais pour la seule raison qu’ils participent au combat de leur peuple, visant à faire de La Réunion une terre de liberté, de <a title="Justice" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">justice</a> et de fraternité. Ils s’engagent à mettre tout en œuvre pour que cesse l’arbitraire.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est ensuite donnée à l’instituteur Max Rivière, qui s’exprime au nom de ses camarades proscrits. Le syndicaliste dionysien déclare notamment : « Le gouvernement nous frappe parce que nous dénonçons la réalité coloniale imposée à notre peuple (&#8230;). Dans notre activité politique, syndicale, comme d’ailleurs sur le plan professionnel, le gouvernement n’a pu, à aucun moment, retenir contre l’un quelconque d’entre nous un seul acte susceptible de poursuites judiciaires, une seule faute, (&#8230;) un manquement à l’honneur et à la probité. Il ne restait plus à ce gouvernement que l’arbitraire absolu. Il l’a choisi (&#8230;), apportant lui-même la preuve que les DOM sont bien des territoires d’exception ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de se séparer, l’assemblée du Rio adopte une motion dans laquelle elle exige l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 ; elle décide ensuite de constituer un Comité d’action pour l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont la présidence sera confiée au gouverneur honoraire de la France d’Outre-Mer, Anatolien Vincent-Dolor.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 5 septembre 1961, l’embarquement des exilés à Gillot se fait en présence de quelques personnalités et d’imposantes forces de police. Et à son arrivée à Orly, ce convoi de la honte ne peut accéder à l’aérogare, où il est attendu par une forte délégation de Réunionnais, que par une porte dérobée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Un combat de plus de 11 ans </strong><br />
Dès leur installation dans la région parisienne ou en province, les fonctionnaires exilés commencent le combat pour leur retour. C’est un combat qui durera un peu plus de 11 ans pour la plupart, malgré le soutien, notamment, de nombreux parlementaires et de juristes, dont il n’est pas possible ici de donner la liste complète. Citons parmi eux : Aimé Césaire, député de Fort de France, Me Louis Labadie, du barreau de Paris, qui déclare : « En sanctionnant non pas le trouble, mais le comportement de nature à troubler l’ordre public, la disposition législative recrée un véritable délit d’intention et constitue une violation certaine de la liberté d’opinion et d’expression (&#8230;). En fait, cette ordonnance permet au Pouvoir de frapper d’une véritable peine de bannissement tout <a title="Fonctionnaire" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">fonctionnaire</a> dont (&#8230;) la pensée politique ne traduirait pas une servilité totale au régime ».</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à nos compatriotes exilés, ils s’empressent de se pourvoir devant les juridictions administratives. Le 17 juin 1966, le ministre de l’Education nationale, au mépris de la chose jugée, se permet même d’écrire à Roland Robert : « Après examen de votre dossier, j’ai décidé, en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, votre maintien en Métropole ». Il s’agit en fait d’un abus de pouvoir caractérisé car l’ordonnance « scélérate » – le mot est de Victor Sablé, député de la même famille politique que Michel Debré – prévoit le « retour » et non le « maintien » en métropole.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Des propos scandaleux </strong><br />
Aux dix fonctionnaires dont les noms ont été cités plus haut, il faut ajouter les enseignants Clélie et Boris Gamaleya, ainsi que l’agent des Ponts et Chaussées (ancêtre de la DDE) Yvon Poudroux. Soit au total 13 fonctionnaires réunionnais victimes d’un texte odieux. A ces 13, il convient d’ajouter Iris et Daniel Lallemand, Roger Ueberschlag et Marcel Le Guen, frappés par une mesure qui s’apparente à l’ordonnance du 15 octobre 1960.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que nos compatriotes retenus contre leur gré en France hexagonale se battaient pour le respect de leurs droits, Michel Debré, devenu député de La Réunion depuis le 5 mai 1963, n’a eu de cesse, au cours de ses fréquents séjours dans l’île, de tenter de justifier les « lettres de cachet » portant sa signature : « L’ordonnance ne vise pas les libres citoyens ; elle ne vise que les gens que l’Etat paie. (&#8230;) L’ordonnance dit que les fonctionnaires payés par l’État ne pourront pas, sur place, déclarer que la politique est mauvaise (&#8230; )». Ces propos scandaleux ont été tenus à la préfecture de Saint-Denis le 30 novembre 1966.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Le recours aux grands moyens </strong><br />
Afin de mettre fin à l’arbitraire qui les frappe, certains exilés ont pris une retraite anticipée ; les frais du voyage retour sont restés à leur charge. L’un d’entre eux, Jean-Baptiste Ponama, a été rayé des cadres fin 1962, pour avoir refusé de regagner son poste en France, après un congé à La Réunion. Roland Robert a eu pour sa part, la chance de bénéficier du soutien du ministre Edgard Faure, qui lui permit de revenir exercer à La Réunion, en septembre 1969.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la plupart des autres, ils ont dû recourir à l’arme terrible de la <a title="Grève" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">grève</a> de la faim, en janvier 1972, pour contraindre le Parlement à voter l’abrogation de « l’ordonnance Debré ». Durant cette douloureuse épreuve, ils ont obtenu l’appui de personnalités politiques et syndicales nationales. L’abrogation sera votée le 12 octobre 1972.</p>
<p style="text-align: justify;">Nos compatriotes exilés ont pu enfin retourner à La Réunion. Il n’en reste pas moins que le grave préjudice qu’ils ont subi n’a jamais été réparé, comme le demandait le député communiste Louis Odru.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de tourner une des pages les plus sombres de notre Histoire, comment ne pas déplorer le silence, un silence honteux, observé par le père le l’ordonnance, au cours de l’examen de celle-ci au Palais Bourbon, où il représentait La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;">Un silence d’autant moins compréhensible que 6 mois plus tôt, en visite dans l’île, il répétait inlassablement : « L’attaque contre l’ordonnance est un pur scandale ».</p>
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<h2 id="7lameslamer">Document : le « Rideau de cannes » épingle l’ordonnance Debré</h2>
<p><em>Article tiré du site « 7 lames la mer »</em><br />
<em> Source : <a href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html">http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html</a></em></p>
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<p style="text-align: justify;">« 7 Lames la Mer » sort de ses archives un document extrait du « Rideau de Cannes » — organe de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion — qui évoque l’ordonnance scélérate du 15 octobre 1960 de Michel Debré. Regard sur un passé proche qui conjuguait présent et avenir à l’imparfait.</p>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Le « <i>Rideau de Cannes</i> », organe de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion (UGECR), est publié à Paris au début des années soixante. L’UGECR contribue à défricher les sentiers marrons de la résistance et à cristalliser la conscience réunionnaise. Dans le « <i> Rideau de cannes</i> », on découvre une poésie engagée, une approche expérimentale de la graphie, des dossiers sur des sujets encore sensibles aujourd’hui : « <i>Créole ou Zoreil </i> », « <i>Ordonnance et colonialisme</i> », « <i>Contributions à l’étude de notre langue créole réunionnaise</i> », « <i>Deux siècles d’esclavage : histoire des esclaves et du marronnage à La Réunion </i> », etc… Les acteurs de ce mouvement sont aujourd’hui reconnus comme « <i>les novateurs qui ont tracé la voie de la promotion de la langue créole et de la littérature réunionnaise.</i> » [<a id="nh1" title="La Littérature réunionnaise d’expression créole, Alain Armand et Gérard (...)" href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html#nb1">1</a>] Nous vous proposons de découvrir leur analyse face à l’ordonnance de Debré du 15 octobre 1960 qui consiste, ni plus ni moins, à expulser de La Réunion, les fonctionnaires qui ne plaisent pas au pouvoir pour cause d’opinions politiques ! Les jeunes Réunionnais qui, à l’époque, étudient et militent en France, s’expriment sans détour et aujourd’hui, leurs écrits conservent un portée subversive. Nous reproduisons ci-dessous leurs textes dans leur intégralité. Tardra, viendra&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><i> <strong>7 Lames la Mer</strong> </i></p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter" src="http://www.7lameslamer.net/local/cache-vignettes/L550xH292/capture_d_e_cran_2013-10-02_a_17.17.57-75aa5.png" alt="" width="550" height="292" /></p>
<dl>
<dd>Derrière le rideau de cannes&#8230; « Le rideau de cannes » était un « organe périodique édité par l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion ». Créé en 1961, il disparaît au bout de quatre numéros, en juillet 1963</dd>
</dl>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ordonnance et colonialisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Des « <i>risques de tempête</i> » — nous dit le journal français « <i>l’Express</i> » — viennent couronner la politique menée depuis quinze ans dans les quatre « <i>Départements d’outre-mer</i> ». Et le gouvernement français, au lieu de satisfaire aux légitimes aspirations des peuples de ces pays à la gestion de leurs affaires par des mesures de décolonisation affective — les seules qui puissent résoudre les problèmes posés — préfère répondre par la suppression des libertés fondamentales et par l’aggravation de la répression, comme le prouve l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont les premières mesures d’application viennent d’être prises simultanément à La Guadeloupe, à La Martinique et à La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’ordonnance</strong><br />
L’article premier de cette ordonnance, rédigé en termes précis, est très significatif. Il stipule que : « <i>les fonctionnaires de l’Etat et des établissements publics de l’Etat en service dans les Départements d’Outre-Mer, dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, peuvent être, sur proposition du préfet et sans autre formaloité, rappelés d’office en métropole pour y recevoir une nouvelle affectation</i> ». Signé : De Gaulle, Debré. Nous croyons pouvoir affirmer tout de suite que l’esprit même de cette ordonnance est de nature à troubler l’ordre public et non le comportement des fonctionnaires, car elle ouvre la voie à l’arbitraire le plus absolu, laissant au seul préfet toute liberté pour apprécier le moment à partir duquel un fonctionnaire trouble l’ordre public, et M. Vincent-Dolor, ancien gouverneur honoraire, président du « <i>Comité d’action en vue d’obtenir des pouvoirs publics l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 et l’annulation des décisions prises en application de cette ordonnance</i> », s’adressant à une mission parlementaire française, a pu dire : « <i>On se demande si on se rend compte en métropole et ici qu’on n’agirait pas autrement si on voulait pousser les Réunionnais à se séparer de la France</i> ».</p>
<dl>
<dt><img decoding="async" class="aligncenter" src="http://www.7lameslamer.net/local/cache-vignettes/L550xH283/capture_d_e_cran_2013-10-02_a_16.10.33-2cd31.png" alt="PNG - 316.3 ko" width="550" height="283" /></dt>
<dd>Photo réunissant quelques unes des victimes de l’ordonnance. Au premier rang notamment, les époux Ponama, Roland Robert, etc. On aperçoit aussi au second plan, Paul Vergès à gauche et Isnelle Amelin à droite.</dd>
</dl>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premières mesures d’application</strong><br />
Les récentes décisions, prises en application de cette ordonnance, se traduisent par la « <i>mutation d’office</i> » de sept de nos compatriotes, d’un Français en fonction à La Réunion, de neuf fonctionnaires guadeloupéens et de trois fonctionnaires martiniquais, qui furent en fait, expulsés de leurs pays, séparés brutalement, tels des esclaves sur le marché, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs familles. Ces décisions sont d’une extrême gravité parce qu’elles menacent désormais tous les fonctionnaires réunionnais, portant une grave atteinte à la liberté de notre peuple déjà privé du droit de choisir ses élus, du droit de défendre ses intérêts, déjà bafoué constamment dans sa dignité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un prétexte</strong><br />
A un moment où les Réunionnais participent de plus en plus activement à la lutte des pays coloniaux contre l’asservissement, cette ordonnance vise à briser le combat politique que mène le front uni de tous les Réunionnais conscients des intérêts supérieurs du pays. L’idée, avancée par ses défenseurs, selon laquelle l’ordonnance ne vise que les communistes, ne doit tromper personne. Et même si les communistes seuls étaient visés, nous, étudiants de l’UGECR [<a id="nh2" title="Union générale des étudiants créoles de la Réunion" href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html#nb2">2</a>], n’approuverions pas pour autant cette ordonnance et ses mesures d’application, car non seulement son caractère anticommuniste ne peut pas effacer son caractère arbitraire, contraire aux principes fondamentaux de la liberté, mais encore l’étiquette « <i>communiste</i> » sera demain attribuée à tout Réunionnais qui luttera contre ces mesures, à tout Réunionnais honnête qui désirera le bien de sa patrie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La lutte de l’UGECR et des Réunionnais</strong><br />
L’UGECR a élevé une protestation, dans un communiqué envoyé à la presse, contre l’ordonnance et ses premières mesures d’application ; notre union a demandé le retour immédiat des exilés dans leur pays, qui manque actuellement de cadres et elles participera à toute démarche, toute action visant l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre. Dans l’immédiat les étudiants ne manqueront pas à leur devoir de lutter contre les expulsions qui ont déjà provoqué la réprobation unanime de tout le peuple réunionnais. Tous les journaux de l’île, chacun à sa manière, ont crié leur indignation — à l’exception du Journal de l’île de La Réunion dont le directeur est un zoreil, et du journal La Démocratie qui se prétend Réunionnais. A propos de l’attitude du Président du conseil général, qui s’est prononcé ouvertement contre les expulsions, le journal Le Progrès a pu, à juste titre, écrire : L’acte de Président Payet est une affirmation hautement autorisée de la personnalité réunionnaise.</p>
<p><strong>Le colonialisme français</strong><br />
Mais si les étudiants comprennent qu’il faut lutter dans l’immédiat contre l’ordonnance du 15 octobre, ils ne peuvent pas ne pas comprendre aussi, à la lumière de cette expérience, que cette lutte doit s’inscrire dans le car plus large <strong>de la lutte des Réunionnais pour l’émancipation définitive de leurs pays de la tutelle coloniale</strong>. C’est parce que notre pays est enchaîné par un statut dit « <i>départemental</i> » mais cachant grossièrement une réalité coloniale, c’est parce que notre pays est dominé, qu’une telle ordonnance <strong>extérieure</strong> est possible. Cette ordonnance émane bien du gouvernement français, elle a été décidée par lui, approuvée par lui, pour pouvoir mieux asservir notre peuple, et non par des Réunionnais, comme l’a prouvé de façon éclatante la position digne du Président Payet. Les mesures d’expulsion <strong>n’ont jamais été décidées par les Réunionnais</strong>, car les quelques maires et conseillers généraux qui les ont approuvées sont les traitres habituels à notre pays, élus de la fraude, les authentiques valets du colonialisme français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La solution</strong><br />
Le problème fondamental qui se pose aujourd’hui aux Réunionnais est de mettre le gouvernement français dans l’impossibilité de prendre de telles mesures arbitraires à leur encontre. Et un seul statut d’autonomie conforme aux idées de notre temps, où les Réunionnais seront maîtres de leur destin, maîtres chez soi, peut empêcher qu’une telle ordonnance soit prise.</p>
<p style="text-align: justify;"><i> <strong>Le Rideau de cannes</strong> </i></p>
<p style="text-align: justify;">P.S. Nous avons appris que M. Daniel Lallemand, professeur au lycée, vient de recevoir un mandat d’expulsion de son pays, et qu’il a adressé une lettre au ministre de l’Education nationale lui signifiant son refus d’obéir à cette mesure et sa volonté de continuer à travailler dans son pays.</p>
<div><strong>Communiqué sur les expulsions de fonctionnaires créoles en France</strong></div>
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<p style="text-align: justify;">L’Union générale des étudiants créoles de La Réunion apprend avec indignation la nouvelle vague de mutations en France dont sont victimes plusieurs fonctionnaires réuninnais.<br />
— Constate que ces expulsions ne sont justifiées par aucune faute professionnelles.<br />
— En déduit que ces fonctionnaires créoles n’ont été expulsés de notre pays que pour avoir exprimé leurs opinions politiques.<br />
— se prononce pour le respect du principe de la libre expression de toutes les tendances dans notre pays.<br />
— Dénonce le caractère dictatorial de l’ordonnance du gouvernement français colonialiste en date du 15 octobre 1960 selon laquelle « <i>les fonctionnaires de l’Etat et des établissements publics de l’Etat en service dans les Départements d’Outre-Mer, dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, peuvent être, <strong>sur la proposition du préfet et sans autre formalité</strong>, rappelés d’office en métropole.</i> »<br />
— Demande la réintégration immédiate de tous ces fonctionnaires et l’abrogation de cette ordonnance dont les conséquences néfastes se font particulièrement sentir en vidant notre pays de ses cadres.<br />
<i>Motion votée à l’unanimité.</i></p>
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<h2 id="humanite">L’ordonnance du 15 octobre 1960, un texte scélérat</h2>
<p><em>Article tiré du site du journal L&rsquo;Humanité, qui élargit au contexte antillais</em><br />
<em> Source : <a href="http://www.humanite.fr/monde/l%E2%80%99ordonnance-du-15-octobre-1960-un-texte-scelerat-488191">http://www.humanite.fr/monde/l%E2%80%99ordonnance-du-15-octobre-1960-un-texte-scelerat-488191</a></em></p>
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<div style="text-align: justify;">Le 15 octobre 1960, le Journal officiel publie une  ordonnance par laquelle l’État français livre à l’arbitraire les fonctionnaires des départements d’outre-mer. Militants anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes, en majorité communistes, sont mutés sans autre forme de procès.</div>
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<p style="text-align: justify;">Promulguée à l’initiative du premier ministre de l’époque, Michel Debré, l’ordonnance du 15 octobre 1960 stipulait que « les fonctionnaires de l’État et des établissements publics de l’État en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d’office en métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation ». Il y a cinquante ans, c’était l’époque de la guerre d’Algérie. Le gouvernement français avait reçu du Parlement les pleins pouvoirs pour légiférer par ordonnance. Lors d’une rencontre avec la presse, le 30 novembre 1966, à Saint-Denis de la Réunion, Michel Debré reconnaissait « avoir voulu cette ordonnance, l’avoir rédigée et même appliquée (…) ». Et surtout qu’« elle n’a pas été faite pour la Réunion (…) ». Ni pour les autres DOM d’ailleurs, aurait-il pu ajouter puisque l’article 3 de la loi du 4 février 1960 prévoit la ratification des ordonnances par le Parlement. Or, celle du 15 octobre 1960 n’a jamais été ratifiée. La question qui se posait était de savoir pourquoi une mesure prévue pour les départements algériens a pu être élargie aux « quatre vieilles colonies » des Antilles, à la Guyane et à l’île de la Réunion. La réponse était évidente : la probabilité de la perte de l’Algérie. Et donc, le gouvernement français estimait nécessaire de se donner les moyens de conserver ses autres « propriétés ». D’autant que ça chauffait dans les départements français d’outre-mer.</p>
<p style="text-align: justify;">En décembre 1959, à la Martinique, un banal incident de circulation, place de la Savane, à Fort-de-France, tourne à l’altercation entre un Martiniquais et un… Français. Des CRS présents interviennent violemment à coups de gaz lacrymogènes et dispersent tout le monde. Mais des badauds et des militaires en permission ne s’en laissent pas conter et ripostent. Durant trois jours la bataille a fait rage, dans un premier temps entre des groupes descendus des quartiers populaires de la capitale et les CRS. Et quand ces derniers ont été consignés dans leur casernement au Fort-Saint-Louis, les différents groupes ont affronté les gendarmes et les policiers. Ces émeutes seront cause de la mort, par les forces de l’ordre, de trois jeunes Martiniquais : Edmond Éloi dit Rosile, vingt ans, Christian Marajo, quinze ans, et Julien Betzi, dix-neuf ans. Avec la mort de ces trois jeunes se précisait l’entrée de la Martinique au cœur d’une période troublée. Les débordements de cette fin des années 1960 sont à chercher dans le contexte socio-économique : la restructuration de l’économie sucrière battait son plein. Le chômage y était endémique et l’exode était massif vers les quartiers populaires de Fort-de-France. À cela s’ajoutait l’accélération de la mise en place de la loi de mars 1946 sur la départementalisation, et une multiplication d’incidents racistes dus aux CRS et aux fonctionnaires français en poste dans les administrations de la Martinique.</p>
<p style="text-align: justify;">La répression a frappé là où les communistes agissaient le plus. Sur proposition des préfets et sans formalité, des fonctionnaires militants anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes, en majorité communistes, furent mutés sans autre forme de procès. Neuf Guadeloupéens, un Guyanais, treize Réunionnais ont été pris pour cible. Certains se sont retrouvés en Corse, en Afrique. D’autres furent exilés dans l’Hexagone. À la Martinique, quatre fonctionnaires ont fait les frais de leurs engagements. Ces quatre victimes : Armand Nicolas (professeur de lycée et plus tard secrétaire général du PCM), Guy Dufond (professeur de lycée), Georges Mauvois et Walter Guitteaud (inspecteurs de la poste) ont très vite reçu leur mutation d’office pour la métropole. Ils étaient tous les quatre des dirigeants du Parti communiste martiniquais (PCM). Des hommes férus d’engagement anticolonialiste. Ils ont refusé d’obtempérer et ont été révoqués. Leur refus de se soumettre venait de l’éveil des consciences très fort à cette époque où, en figure de proue de la revendication identitaire et au plus fort de la bataille contre l’ordre colonial, il y avait Aimé Césaire. Pour avoir été l’un des fondateurs du Front antillo-guyanais pour l’autonomie, Édouard Glissant fut interdit de séjour dans son île natale. Tout comme l’avocat Marcel Manville. Yvon Leborgne, professeur de philosophie en Guadeloupe, fut exilé en Corse. Le haut fonctionnaire Albert Beville, connu aussi sous le nom de Paul Niger, fut rétrogradé et interdit de séjour en Guadeloupe. D’autres fonctionnaires, métropolitains, ont aussi payé tribut à l’ordonnance du 15 octobre 1960 pour avoir protesté contre la situation coloniale avant que cette ordonnance scélérate soit abrogée en 1972.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un demi-siècle  plus tard</strong> Le 16 octobre 2011 a eu lieu, à l’Atrium, à Fort-de-France, une soirée d’évocation, de mémoire et d’histoire de la Martinique. Un colloque bien symbolique, pour rappeler qu’il y a cinquante ans la répression coloniale frappait durement des citoyens en se servant de l’ordonnance du 15 octobre 1960. À cette occasion, un film documentaire d’un jeune réalisateur martiniquais, Jonaz Joslen, retraçant cet épisode douloureux, a été projeté lors de cette soirée. La manifestation était placée sous la présidence du docteur Michel Yoyo, avec la participation d’Armand Nicolas, Georges Mauvois et Guy Dufond. Trois des quatre victimes martiniquaises de cette ordonnance (le quatrième, Walter Guitteaud, est décédé). Cinquante ans plus tard, cette soirée d’échange était une invitation à revivre une page importante de l’histoire du pays, mais aussi une invite à la population à continuer de plus belle le combat pour une Martinique martiniquaise.</p>
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<hr />
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		<title>Documentaire « Une enfance en exil » : les réunionnais déportés dans la Creuse</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Dec 2013 10:06:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
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					<description><![CDATA[Pour une réflexion autour de l&#8217;utilisation de la notion de « déportation », voir le livre : La déportation des réunionnais de la Creuse : témoignages Dans une lettre adressée à un journal local au début du mois de décembre 2013, Robert Chicaud, patron du Grand Raid, s&#8217;en prend à la stèle en hommage aux réunionnais déportés  [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour une réflexion autour de l&rsquo;utilisation de la notion de « déportation », voir le livre : <a href="http://books.google.com/books?id=ECGnGdkDbmQC">La déportation des réunionnais de la Creuse : témoignages</a> Dans une<a href="http://www.zinfos974.com/Enfants-de-la-Creuse-Un-courrier-de-Robert-Chicaud-declenche-une-polemique_a65432.html"> lettre adressée à un journal local</a> au début du mois de décembre 2013, Robert Chicaud, patron du Grand Raid, s&rsquo;en prend à la <a href="http://www.temoignages.re/hommage-aux-enfants-de-la-creuse-une-stele-pour-les-reunionnais-deportes,72350.html">stèle en hommage aux réunionnais déportés</a>  dans les années 60-80, placée à l&rsquo;aéroport Roland Garros (car lieu de départ des enfants pris par l&rsquo;Etat pour les envoyer en France). Son argument principal étant que celle-ci se trouve à l&rsquo;endroit même où se réunissent chaque année les participants au Grand Raid arrivant sur l&rsquo;île : cette stèle, à cet endroit, renverrait une image négative de la Réunion&#8230; A ce mépris pour la mémoire des réunionnais déportés, s&rsquo;ajoute en plus ses doutes sur la véracité des atrocités commises en employant le conditionnel (« une œuvre de mémoire de 1 600 enfants de La Réunion (qui auraient)… été retirés à leurs familles et exilés »). La « justice » française refuse toujours de reconnaître ce crime d&rsquo;Etat, et en plus, certains se permettent de venir faire la leçon aux réunionnais sur ce qui doit être fait ou pas sur leur île pour ce qui concerne leur histoire&#8230; (edit 18/02/2014:<a href="http://www.ipreunion.com/photo-du-jour/reportage/2014/02/19/enfants-de-la-creuse-l-etat-reconnait-sa-responsabilite-morale,24334.html" target="_blank"> l&rsquo;assemblée nationale promulgue une « résolution mémorielle » reconnaissant la responsabilité morale de l&rsquo;Etat</a>)<br />
<span style="text-decoration: underline;">L</span><span style="text-decoration: underline;">a mémoire du peuple réunionnais ne vaut pas plus ni moins qu&rsquo;une autre</span>.</p>
<h4><strong>Chicaud, ala in nafèr pou ou. Astèr fèrm out bous, tak ali pou touzour.</strong></h4>
<p>Pour ceux qui ne savent vraisemblablement pas ce que représente cette déportation dans la mémoire des réunionnais, voici le  documentaire de William Cally, <em>Une enfance en exil</em>, diffusé dans le cadre de l&rsquo;émission « Le grand débat » sur <em>Réunion 1ère</em>, suivi d&rsquo;un débat avec des victimes de cette déportation :</p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/enfance%20en%20exil.flv">Téléchargement du fichier complet (format .flv à lire avec le logiciel VLC)</a></strong></p>
<h4>PARTIE 1:</h4>
<p><iframe src="//www.dailymotion.com/embed/video/x26euif" width="480" height="270" frameborder="0"></iframe></p>
<h4>PARTIE 2 :</h4>
<p><iframe src="http://www.dailymotion.com/embed/video/x18bgwv" width="480" height="270" frameborder="0"></iframe></p>
<h4>PARTIE 3 :</h4>
<p><iframe src="http://www.dailymotion.com/embed/video/x18cn7t" width="480" height="270" frameborder="0"></iframe></p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Rosa Parks refusa de laisser sa place</title>
		<link>https://www.tikreol.re/rosa-parks-refusa-de-laisser-sa-place/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Dec 2013 08:34:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
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					<description><![CDATA[Aujourd'hui à la Réunion, n'a-t-on pas l'impression que beaucoup de réunionnais sont obligés de laisser injustement leur place à d'autres ? En ce jour anniversaire de son acte de résistance, les mots de Rosa Parks doivent résonner d'une façon exceptionnelle chez nous à la Réunion...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/91957815.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-18" src="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/91957815.jpg" alt="91957815" width="224" height="224" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/91957815.jpg 224w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/91957815-150x150.jpg 150w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/91957815-70x70.jpg 70w" sizes="(max-width: 224px) 100vw, 224px" /></a><br />
1er décembre 1955. Comme tous les jours, Rosa Parks rentre chez elle après une journée de travail. A cette époque, dans sa ville en Alabama (Montgomery), les sièges avant dans les bus sont réservés aux blancs. Mais si ceux-ci sont déjà pris, les blancs sont en droit d&rsquo;avoir les autres places, même si des personnes de couleur s&rsquo;y trouvent déjà. La règle veut donc que si le bus est plein, les noirs doivent descendre du bus pour laisser les blancs s&rsquo;asseoir&#8230;.Mais ce jour là, Rosa Parks refusa de laisser sa place aux blancs. Par ce petit geste, elle défia le système ségrégationniste des États-Unis.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&rsquo;hui à la Réunion, n&rsquo;a-t-on pas l&rsquo;impression que beaucoup de réunionnais sont obligés de laisser injustement leur place à d&rsquo;autres ? En ce jour anniversaire de son acte de résistance, les mots de Rosa Parks doivent résonner d&rsquo;une façon exceptionnelle chez nous à la Réunion :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-605 " src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/Rosa-Parks-citation-1024x3821.jpg" alt="Rosa-Parks-citation-1024x382" width="635" height="237" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/Rosa-Parks-citation-1024x3821.jpg 1024w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2013/12/Rosa-Parks-citation-1024x3821-300x111.jpg 300w" sizes="(max-width: 635px) 100vw, 635px" /></p>
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