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	<title>colonialisme &#8211; Ti Kréol Kont Gro Profitèr !</title>
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	<description>Blog Réyoné pou in kritik sosyal, èk larogans antikolonyal</description>
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		<title>Hommage à René Vautier, cinéaste français anticolonialiste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jan 2015 08:36:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Aktialité]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique 50]]></category>
		<category><![CDATA[anticolonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[René Vautier]]></category>
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					<description><![CDATA[René Vautier nous a quitté ce dimanche 4 janvier 2015 à l'âge de 86 ans. Réalisateur du premier film anticolonialiste en 1950 (Afrique 50, film qui fut censuré pendant 40 ans et lui valut 1 an de prison), cet ancien résistant a consacré ses films à la dénonciation de l'idéologie colonialiste, ce qui lui a valu les foudres des défenseurs de l'impérialisme français...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">René Vautier nous a quitté ce dimanche 4 janvier 2015 à l&rsquo;âge de 86 ans. Réalisateur du premier film anticolonialiste en 1950 (Afrique 50, film qui fut censuré pendant 40 ans et lui valut 1 an de prison), cet ancien résistant a consacré ses films à la dénonciation de l&rsquo;idéologie colonialiste, ce qui lui a valu les foudres des défenseurs de l&rsquo;impérialisme français. En hommage à son travail, voici une vidéo retraçant sa vie, puis trois de ses films : « Afrique 50 » (1950), « L&rsquo;Algérie en flammes » (1958) , « Avoir vingt ans dans les Aurès » (1972), ainsi qu&rsquo;une interview de lui datant de 2009.</p>
<h3 style="text-align: justify;">René Vautier :</h3>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="//www.youtube.com/embed/3K4wBiRV11w" width="420" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<h3 style="text-align: justify;">Afrique 50 :</h3>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="//www.youtube.com/embed/i5vIXhs8qic" width="420" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<h3 style="text-align: justify;">L&rsquo;Algérie en flammes :</h3>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="//www.youtube.com/embed/fnSrGUDksVo" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<h3 style="text-align: justify;">Avoir vingt ans dans les Aurès :</h3>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="//www.youtube.com/embed/X2uhpyEtobg" width="420" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;">René Vautier « Les attardés du colonialisme me poursuivent encore de leur vindicte »</h3>
<p style="text-align: justify;">(source :<a href="http://www.humanite.fr/node/416311" target="_blank"> http://www.humanite.fr/node/416311</a>)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment expliquer que des films comme Afrique 50 et Avoir vingt ans dans les Aurès soient encore aujourd&rsquo;hui la cible de violentes attaques des tenants de l&rsquo;idéologie colonialiste ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>René Vautier.</strong> J&rsquo;ai fait Afrique 50 à l&rsquo;âge de vingt et un ans. Mon seul but était de montrer la vérité sur le quotidien des paysans noirs en Afrique occidentale française. J&rsquo;ai simplement filmé ce que je voyais. On a alors tenté de m&#8217;empêcher de filmer. Les choses se sont très mal passées avec les colons. Ce film, auquel la Cinémathèque française a rendu il y a quelques années un élogieux hommage, m&rsquo;a valu, à l&rsquo;époque, de sérieux ennuis. Avoir vingt ans dans les Aurès a reçu, en 1972, le prix de la critique internationale au Festival de Cannes. En dépit de cette récompense, le film a dû attendre douze ans avant d&rsquo;être diffusé sur une chaîne de télévision française. Certains y voyaient une insupportable mise en cause des prétendus bienfaits de la présence française dans les colonies. Ces films continuent d&rsquo;être diffusés, cités, ce qui nourrit le ressentiment des attardés du colonialisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Comment expliquer le regain d&rsquo;activisme des nostalgiques de la colonisation, du vote d&rsquo;une loi exaltant « les aspects positifs » de la colonisation à la construction de stèles et de monuments glorifiant les criminels de l&rsquo;OAS ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>René Vautier.</strong> Le député UMP Christian Vanneste (l&rsquo;un des plus fervents défenseurs de la loi du 23 février 2005 sur la colonisation « positive » &#8211; NDLR) a tenté, il y a quelque temps, de faire interdire Avoir vingt ans dans les Aurès dans une salle de la banlieue lilloise. Des jeunes ont protesté. Du coup, il n&rsquo;y a pas eu une, mais dix projections, qui ont rencontré un franc succès auprès du public. Ces nostalgiques, liés à la droite ou au Front national, me poursuivent encore aujourd&rsquo;hui de leur vindicte, perturbant les manifestations auxquelles je participe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ces gens vous accusent d&rsquo;être un ennemi de la « blanchitude » et de la « France française ». Comment le résistant juge-t-il de tels propos ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>René Vautier. </strong>C&rsquo;est à 200 mètres du palais de justice de Quimper (où s&rsquo;est tenu le procès &#8211; NDLR) que j&rsquo;ai été décoré de la Croix de guerre à l&rsquo;âge de seize ans pour faits de résistance. J&rsquo;appartenais à un groupe d&rsquo;Éclaireurs de France qui se sont battus contre les occupants allemands. J&rsquo;ai continué, après la guerre, à me battre pour les mêmes idées : l&rsquo;égalité des peuples, la lutte contre le fascisme, quel qu&rsquo;il soit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&rsquo;idéologie coloniale reste-t-elle, selon vous, enracinée en France ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>René Vautier. </strong>Certains milieux refusent catégoriquement tout regard lucide sur le passé colonial. Or les jeunes générations doivent être instruites de ce qui fut fait au nom de la France dans les colonies. J&rsquo;espère que mes films peuvent continuer à y contribuer.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Comprendre le colonialisme et le racisme : le cas d&#8217;Alain Soral</title>
		<link>https://www.tikreol.re/comprendre-le-colonialisme-et-le-racisme-le-cas-de-alain-soral/</link>
					<comments>https://www.tikreol.re/comprendre-le-colonialisme-et-le-racisme-le-cas-de-alain-soral/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Nov 2014 14:20:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[dieudonné]]></category>
		<category><![CDATA[jo dalton]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[soral]]></category>
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					<description><![CDATA[Rien de mieux qu'un exemple concret pour expliquer ce qu'est le racisme et le colonialisme. Prenons donc le cas d'Alain Soral,  un célèbre gourou sur le web qui "fait du buzz" et de l'argent grâce à ses "explications" sur le système.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Rien de mieux qu&rsquo;un exemple concret pour expliquer ce qu&rsquo;est le racisme et le colonialisme. Prenons le cas d&rsquo;Alain Soral,  un célèbre gourou sur le web qui « fait du buzz » et de l&rsquo;argent grâce à ses « explications » sur le système.</strong></p>
<h3>Qui est Alain Soral ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Alain Soral est un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=a57bUhnlkZo">manipulateur intelligent</a>, qui a commencé en faisant de la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=misI57fGLOQ" target="_blank">télévision</a> (on a tous le droit de faire des erreurs). Parait-il ancien militant au Parti Communiste Français, il s&rsquo;improvise comme <a href="https://www.youtube.com/watch?v=GC4x5YxwYZ8" target="_blank">pseudo-sociologue sur les plateaux télé</a>, et devient l&rsquo;idéologue de Dieudonné lorsque ce dernier fut lynché médiatiquement à cause d&rsquo;un sketch sur les colons israéliens chez Fogiel en 2003.</p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté d&rsquo;exprimer un point de vue antisioniste dans les médias et dans la rue en France est une réalité que personne ne peut nier, tant <a href="http://www.dailymotion.com/video/xuz3ar_le-demon-antisemite-houria-bouteldja_news" target="_blank">certaines associations qui défendent la politique israélienne savent mettre une énorme pression contre quiconque ose remettre en doute la légimité des actions d&rsquo;Israël</a>, en accusant les anticolonialistes d&rsquo;être antisémites. En revanche, si la politique française se fait complice de la colonisation israélienne, c&rsquo;est parce-que <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Xn2DFVj9Xc0" target="_blank">les deux sont liées historiquement, idéologiquement et économiquement</a>, et non pas parce-que un complot dirigerait la France&#8230; <a href="https://bouamamas.wordpress.com/2014/10/26/du-colonialisme-au-sionisme-chronique-dune-continuite-ideologique-du-parti-socialiste/" target="_blank">Et le PS n&rsquo;y fait pas exception, bien au contraire.<br />
</a><br />
Mais tomber dans la paranoïa, voir le lobby sioniste partout, lui imaginer des pouvoirs qu&rsquo;il n&rsquo;a pas, et se moquer du génocide juif, <strong>cela n&rsquo;a rien à voir avec <a href="https://www.youtube.com/watch?v=sQKFee0lB9k" target="_blank">l&rsquo;antisionisme</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce terme « sioniste », Alain Soral l&#8217;emploie &#8211; souvent &#8211; pour parler des juifs, car en définitive <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Srs_7F9BdXU" target="_blank">il ne s&rsquo;oppose pas au projet colonial sioniste en Palestine</a> en lui-même. Il vous dira que c&rsquo;est faux, mais tous ceux qui connaissent bien son discours savent qu&rsquo;il est obsédé par le complot des banquiers juifs de Wall Street&#8230;  <strong>Au final, Soral fait exactement la même chose que les sionistes : entretenir la confusion entre judaïsme et sionisme.</strong> (Pour comprendre ce qu&rsquo;est réellement le sionisme, voir <a href="https://www.youtube.com/watch?v=ERNXoBDtjso" target="_blank">cette vidéo</a> ou <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Xn2DFVj9Xc0" target="_blank">celle-ci</a> et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Oxr8clXQby4" target="_blank">celle-là</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Soral instrumentalise le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobby" target="_blank">lobbying</a> des sionistes (qui veulent faire taire toute voix pro-palestinienne) pour montrer que c&rsquo;est « eux » qui contrôlent le système. Il pointe aussi du doigt le « deux poids deux mesures » concernant la lutte contre l&rsquo;antisémitisme : les actes antisémites sont pris plus au sérieux que les actes islamophobes ou négrophobes. C&rsquo;est ce que les médias et le pouvoir peuvent souvent laisser penser, et c&rsquo;est malheureusement une réalité dans les faits, quand un acte antisémite fait la Une des journaux alors qu&rsquo;un acte islamophobe est à peine mentionné&#8230; Soral sait très bien s&rsquo;en servir comme preuve pour ses théories conspirationnistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rassembler ses disciples, en 2007, il va créer <del>sa secte</del> son association « Égalité et Réconciliation », qui aujourd&rsquo;hui fait partie des sites d&rsquo;extrême-droite les plus visités sur le web. Sa ligne politique : plaire aux jeunes des quartiers populaires qui sont <strong>légitimement enragés par les injustices qu&rsquo;ils subissent</strong>, et les orienter pour qu&rsquo;ils votent Front National (<a href="http://indigenes-republique.fr/sos-racisme-des-potes-qui-nous-voulaient-du-bien-sadri-khiari/" target="_blank">comme SOS Racisme le faisait pour le PS dans les années 80, avec la récupération de la marche pour l&rsquo;Égalité</a>), parti politique dont il a été un membre important pendant quelques temps, avant de le quitter parce-qu&rsquo;on lui a refusé la place de tête de liste aux européennes de 2009. Il fondra alors avec Dieudonné et d&rsquo;autres, la « Liste Antisioniste ». Aujourd&rsquo;hui, il semble s&rsquo;orienter vers <a href="http://www.arretsurimages.net/breves/2014-10-21/Dieudonne-et-Soral-lancent-un-parti-sur-fond-d-antisemitisme-Mediapart-id18103" target="_blank">un nouveau parti, « Réconciliation Nationale »</a>, car en ce moment le Front National montre un peu trop que le nationalisme français et le nationalisme israélien font parti du même projet de domination par l&rsquo;Occident (Israël n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;un morceau de l&rsquo;Occident implanté en Palestine).  D&rsquo;ailleurs, connaissant les manipulations de Soral depuis quelques années, il ne serait pas étonnant que son nouveau parti n&rsquo;ait pour objectif que de se faire interdire par le pouvoir, dans le but de faire du buzz&#8230; (« Le système nous interdit parce-qu&rsquo;on dit la vérité ! »)</p>
<p style="text-align: justify;">Ce Alain Soral ne peut pas éviter cependant quelques contradictions : quand par exemple il essaie de se faire passer pour un « anti-système », tout en étant l&rsquo;ami de <strong>la police raciste de l&rsquo;État français</strong> qui humilie et <a href="http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/" target="_blank">assassine des noirs et des arabes dans les quartiers populaires</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-559" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs-289x300.jpg" alt="soral_crs" width="289" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs-289x300.jpg 289w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/soral_crs.jpg 317w" sizes="(max-width: 289px) 100vw, 289px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;attaque préférée de Soral contre ceux qui le contredisent : dire que ces derniers sont complices ou font parti d&rsquo;un complot sioniste ou franc-maçonnique (ou autre variation, selon son humeur). Mais parfois il ne se contrôle pas et se lâche en traitant les gens de « pédé », « juif »&#8230; (<a href="http://blogs.lexpress.fr/barbier/2009/02/17/le_pen_des_potr/" target="_blank">d&rsquo;après les propos de Jean-Marie Le Pen, pourtant pas un très grand anti-raciste</a>). Son Ego sur-dimensionné ne supporte pas qu&rsquo;on lui refuse quoique ce soit. Et malheur à celui ou celle qui refuse de lui obéir, surtout si il ou elle est noir. <a href="http://www.streetpress.com/sujet/1416422707-soral-accuse-injures-racistes-mannequin#" target="_blank">Dernièrement Soral a voulu mettre une top-model noire dans son lit</a>, mais quand elle a refusé, voici le genre de choses qu&rsquo;il lui a dit :</p>
<div id="attachment_546" style="width: 210px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n.jpg"><img aria-describedby="caption-attachment-546" decoding="async" class="wp-image-546 size-medium" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n-200x300.jpg" alt="textos soral" width="200" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n-200x300.jpg 200w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/1509781_294646440736960_5840076305534416346_n.jpg 640w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a><p id="caption-attachment-546" class="wp-caption-text"><a href="http://www.streetpress.com/sujet/1416422707-soral-accuse-injures-racistes-mannequin#" target="_blank">Harcèlement raciste de Alain Soral contre Binti Makaveli</a></p></div>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Pourquoi Alain Soral est-il raciste ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Le racisme ce n&rsquo;est pas « ne pas aimer » quelqu&rsquo;un à cause de sa couleur de peau, ce n&rsquo;est pas ne pas vouloir parler à quelqu&rsquo;un en raison de son origine. Durant l&rsquo;esclavage, le maître blanc pouvait très bien vivre aux côtés de noirs, et leur parler, sans que cela ne lui pose problème.<br />
Le racisme est un système de domination historiquement construit (par l&rsquo;esclavage et la colonisation), basé sur des privilèges et des discriminations en fonction de la race. La race étant une construction sociale qui peut être basée sur plusieurs caractéristiques : couleur de peau, religion, culture, langue, accent&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Alain Soral nie fondamentalement que c&rsquo;est le groupe des B<a href="http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-blanc-25-le-concept-de-blanchite-2014-09-30" target="_blank">lancs</a> qui domine en France (socialement, économiquement, politiquement). Ce qu&rsquo;il dit encore et encore, c&rsquo;est que lui et la majorité des français aujourd&rsquo;hui ne sont pas responsables de la colonisation. Or, celui qui comprend bien le racisme comprend qu&rsquo;<strong>il n&rsquo;y a pas « besoin » d&rsquo;être responsable de la colonisation pour en tirer des privilèges en tant que français <a href="http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-blanc-25-le-concept-de-blanchite-2014-09-30" target="_blank">blanc</a>.</strong> <strong> </strong>Et aujourd&rsquo;hui, que Soral et les racistes le veuillent ou non, le racisme hérité de la colonisation profite aux Blancs, et stigmatise, infériorise et discrimine des non-blancs racisés (dans l&rsquo;accès au travail, au logement, à l&rsquo;éducation&#8230;). L&rsquo;élite française est blanche dans son écrasante majorité (il n&rsquo;y a qu&rsquo;à regarder la « couleur » de l&rsquo;assemblée nationale, des conseils d&rsquo;administration dans les entreprises, et de comparer avec les personnes en prison, en France ou à La Réunion).</p>
<p style="text-align: justify;">Soral se sert du lobby « sioniste » comme d&rsquo;un faux prétexte, comme d&rsquo;un ennemi commun (stratégie du bouc-émissaire), pour « rassembler » et protéger la France d&rsquo;une future guerre entre communautés ou « choc des civilisations ».  <strong>Mais dans le monde réel, ce qui crée des tensions au sein du peuple, c&rsquo;est l&rsquo;État raciste (et ceux qui portent son discours)</strong>, qui attise la haine contre les immigrés, les musulmans, les Rroms, les noirs, et cela <strong>au profit de la communauté majoritaire et dominante à laquelle Alain Soral appartient, la communauté <a href="http://www.franceculture.fr/emission-les-nouvelles-vagues-le-blanc-25-le-concept-de-blanchite-2014-09-30" target="_blank">blanche</a>.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-568 size-full" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1.jpg" alt="Soral1" width="480" height="360" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1.jpg 480w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soral1-300x225.jpg 300w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Soral (et tous les autres racistes), les noirs et les arabes peuvent être acceptés en France si ils sont bien assimilés, si ils respectent les maîtres blancs, si ils ne parlent pas de « réparations pour l&rsquo;esclavage et la colonisation » (<strong>une attaque contre le système raciste !</strong>), et qu&rsquo;ils font ce que Soral leur dit de faire. Pas question de parler des massacres commis par la France dans ses colonies ou sur le territoire français. Il faut garder l&rsquo;honneur de la France intact&#8230;.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Alain Soral qualifie<a href="http://indigenes-republique.fr/video-de-la-seance-de-conference-formation-17-octobre-61-un-crime-detat/" target="_blank"> le massacre du 17 Octobre 1961</a> de « Shoah du pauvre » (à 3min20) :</strong></p>
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<audio class="wp-audio-shortcode" id="audio-535-1" preload="none" style="width: 100%;" controls="controls"><source type="audio/mpeg" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/alain-soral-sur-radio-gazelle-marseille-24-10-2014_webcam.mp3?_=1" /><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/alain-soral-sur-radio-gazelle-marseille-24-10-2014_webcam.mp3">https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/alain-soral-sur-radio-gazelle-marseille-24-10-2014_webcam.mp3</a></audio>
<p style="text-align: center;">Extrait d&rsquo;émission sur Radio Gazelle (Marseille) du 24/10/2014 (trouvé sur le site d&rsquo;Égalité et Réconciliation)</p>
<p style="text-align: justify;">Cet extrait audio est à l&rsquo;image de Soral :<br />
« Je dis que le PS a manipulé les jeunes maghrébins, mais je fais pareil.<br />
Je dis que certains veulent diviser les gens et attiser la haine en remettant sur la table des anciens évènements historiques, mais je fais pareil.<br />
Je dis que je n&rsquo;ai pas à donner mon opinion sur un évènement auquel je n&rsquo;ai pas pu participer, mais je la donne quand même ! »<br />
Alain Soral : l&rsquo;art et la manière de dire une chose et son contraire</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&rsquo;a aucun respect pour la mémoire des autres : ni pour la mémoire de l&rsquo;esclavage, ni celle des colonisés assassinés par la France (par son armée ou sa police), ni celle du génocide des juifs tués pendant la Seconde Guerre Mondiale. <strong>Les sionistes instrumentalisent le génocide juif et l&rsquo;antisémitisme pour légitimer la politique criminelle d&rsquo;Israël, et Soral instrumentalise l&rsquo;antisionisme pour légitimer l&rsquo;antisémitisme&#8230;</strong> <strong>sionistes et antisémites se renforcent</strong><strong> :</strong></p>
<div id="attachment_572" style="width: 235px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin.jpg"><img aria-describedby="caption-attachment-572" decoding="async" class="size-medium wp-image-572" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin-225x300.jpg" alt="Soral qui fait une &quot;quenelle&quot; au mémorial de la Shoah à Berlin" width="225" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin-225x300.jpg 225w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/Soralberlin.jpg 540w" sizes="(max-width: 225px) 100vw, 225px" /></a><p id="caption-attachment-572" class="wp-caption-text">Soral qui fait une « quenelle » au mémorial de la Shoah à Berlin</p></div>
<h3>Pourquoi Alain Soral est-il colonialiste ?</h3>
<p style="text-align: justify;">Si la France fait partie des plus grandes puissances économiques du monde, c&rsquo;est grâce à l&rsquo;esclavage, la colonisation, le pillage des ressources de l&rsquo;Afrique et de l&rsquo;exploitation d&rsquo;ouvriers sous-payés en Chine ou ailleurs dans le monde.<br />
La France n&rsquo;a officiellement plus de colonies, pourtant elle continue à être une puissance impérialiste qui possède des bases militaires un peu partout dans ses « anciennes » colonies (ici aussi à La Réunion), intervient militairement partout où cela lui est nécessaire pour protéger ses intérêts (uranium, pétrole, positions stratégiques, etc&#8230;), en imposant un<a href="http://www.africa-libre.com/politique/688-france/2268-14-pays-africains-forces-par-la-france-a-payent-limpot-colonial-pour-les-avantages-de-lesclavage-et-de-la-colonisation" target="_blank"> impôt colonial</a> et <a href="http://survie.org/francafrique/colonialisme/article/le-franc-cfa-un-outil-de-controle" target="_blank">le franc CFA</a>, en soutenant des dictatures ou en finançant des oppositions politiques, etc&#8230; : la fameuse « <a href="http://www.dailymotion.com/video/xoc8rn_la-francafrique-expliquee-par-francois-xavier-verschave_news">Françafrique</a> » (<a href="http://www.dailymotion.com/video/xoc8rn_la-francafrique-expliquee-par-francois-xavier-verschave_news" target="_blank">écoutez Verschave&#8230;</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">Soral est un digne héritier des colonialistes français lorsqu&rsquo;il veut défendre la France des « patriotes », puisque la France tire sa puissance du pillage du « tiers-monde ». Son projet, comme tout nationaliste de pays impérialiste, c&rsquo;est que son pays soit toujours plus puissant, donc toujours plus impérialiste, toujours plus colonisateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&rsquo;hésite pas à récupérer l&rsquo;image des révolutionnaires anti-impérialistes (Guevara, Chavez, Lumumba, Sankara&#8230;) en disant : « voyez ils sont nationalistes, tout comme moi ». Sauf qu&rsquo;un « nationalisme » comme celui de <a href="http://www.dailymotion.com/video/x3ob8l_discours-de-thomas-sankara-sur-la-d_people" target="_blank">Thomas Sankara</a> était un nationalisme de libération contre l&rsquo;impérialisme des pays occidentaux. <strong>Le nationalisme de Soral est au contraire un nationalisme de pays oppresseur, impérialiste, colonialiste</strong>. Ce type de nationalisme n&rsquo;a pas pour but de libérer un peuple, mais de le faire marcher droit pour la grandeur d&rsquo;un pays (ou plutôt d&rsquo;une classe dirigeante) qui opprime les peuples, et qui doit être fort pour être compétitif face aux autres pays impérialistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand Alain Soral dit ce que disent tous les autres colonialistes français (comme parler des effets positifs de la colonisation, ou bien demander d&rsquo;arrêter avec la repentance sur l&rsquo;histoire coloniale de la France), cela ne fait plus aucun doute : ce sont les intérêts de la France blanche qui comptent pour lui, rien d&rsquo;autre. Pour lui tout est bon pour redorer l&rsquo;image de la France, comme de dire par exemple que l&rsquo;Algérie se portait mieux quand elle était française :</p>
<p><iframe width="616" height="462" src="https://www.youtube.com/embed/kXuUU1Pg7dY?feature=oembed" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Ce que veulent Alain Soral et les « dissidents » de <del>sa secte</del> son association Égalité et Réconciliation , c&rsquo;est que les colonisés cessent d&rsquo;en vouloir à la France, d&rsquo;en vouloir au pouvoir blanc, et se battent comme les tirailleurs sénégalais de l&rsquo;armée coloniale qui ont aidés à libérer la France de l&rsquo;envahisseur. Pour Soral aujourd&rsquo;hui, cet envahisseur c&rsquo;est le « lobby sioniste ». Mais si il dénonce le capitalisme financier de Wall Street contrôlé par les « sionistes » (le Mal !), ce n&rsquo;est que pour mieux nous vendre son capitalisme bien français (et donc par définition forcément bien&#8230;?). Capitalisme qui lui permet de s&rsquo;enrichir grassement grâce à sa boutique en ligne, ses livres, ses vidéos payantes etc&#8230; comme un bon et gentil petit patron « gaulois » (tout en profitant des banques des soi-disant « sionistes », mais il n&rsquo;en est pas à une contradiction près).</p>
<p>Son projet est de libérer la France de ce soi-disant lobby qui tire les ficelles. Pour cela<strong> il a besoin que les français noirs, arabes et les créoles cessent de revendiquer l&rsquo;égalité, oublient le passé colonial de la France, et se mettent à chanter la marseillaise avec un drapeau bleu-blanc-rouge dans les mains</strong>, en se concentrant sur ce lobby maléfique, <a href="http://stoplecontroleaufacies.fr/slcaf/" target="_blank">pour faire oublier les injustices sociales et racistes</a>.</p>
<h3>Soral le mytho</h3>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre les manipulations de Soral, le mieux c&rsquo;est encore d&rsquo;écouter ceux qui le connaissent de près. Parfois il s&rsquo;agit même d&rsquo;anciens alliés que Alain-le-mégalomane a fini par calomnier et insulter parce-qu&rsquo;ils ont osé le critiquer, lui et sa Dissidence. Pour se défendre, Soral répondra presque à chaque fois la même chose : ces personnes sont manipulées par les sionistes ou par un autre complot, ou simplement il dira que ce sont des menteurs (ce qu&rsquo;il est lui).</p>
<p>&#8211; <a href="http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/lettre-ouverte-a-alain-soral-96194" target="_blank">Olivier Mukuna, journaliste indépendant belge</a> (voir aussi <a href="http://www.medialibre.eu/france/quand-olivier-mukuna-raconte-le-vrai-alain-soral/13188" target="_blank">son témoignage d&rsquo;une rencontre entre Soral et lui organisée par Dieudo</a>)<br />
&#8211; <a href="https://www.youtube.com/watch?v=xNW8NyyOJB4" target="_blank">Ahmed Moualek, ancien colistier de Dieudonné sur la « Liste Antisioniste »</a> (sa chaîne Youtube dénonce <a href="https://www.youtube.com/channel/UCpJftKaeCE2QKQVeqttqKjg" target="_blank">plusieurs mensonges de Soral</a>)<br />
&#8211; <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fArCol-5Xgc" target="_blank">Jo Dalton, Black Dragon</a><br />
&#8211; <a href="http://www.dailymotion.com/video/x286hfe_farida-belghoul-demande-un-debat-avec-alain-soral-meta-tv_news" target="_blank">Farida Belghoul</a>, qui milite contre la « <a href="http://www.huffingtonpost.fr/pascal-huguet/explications-theorie-du-genre_b_4759264.html" target="_blank">théorie du genre</a> »</p>
<blockquote><p>« La Dissidence :  tu n&rsquo;es pas d&rsquo;accord avec eux = t&rsquo;es un traître »<br />
Ahmed Moualek</p></blockquote>
<h3>La réponse de Kemi Seba au « Soralgate » (l&rsquo;affaire révélée par Jo Dalton, sur les propos racistes de Soral)</h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.youtube.com/watch?v=uq1H4mEde2g" target="_blank">Quand Jo Dalton demande à Kémi Seba si il « marche toujours avec Soral ? »</a>, <a href="http://www.lelibrepenseur.org/2014/11/19/soralgate-kemi-seba-repond/" target="_blank">Kémi Seba répond en gros que les noirs ne doivent pas lutter contre le racisme en France, mais venir vivre en Afrique.</a><br />
Kemi Seba a raison sur un point : Soral ne fait pas ce qu&rsquo;il fait pour les noirs et les arabes, mais pour maintenir la domination blanche en France. Kemi oublie par contre que pour que la France continue à être une puissance impérialiste compétitive sur le plan international, elle doit continuer à piller les richesses de l&rsquo;Afrique, comme elle le fait depuis la traite des noirs. <strong>Les ambitions d&rsquo;un impérialiste européen qui veut que son pays soit parmi les plus puissants du monde ne sont pas compatibles avec les ambitions de celui qui veut libérer l&rsquo;Afrique de l&rsquo;exploitation (néo)coloniale.</strong><br />
Le problème de l&rsquo;Afrique vient des élites blanches du monde occidental. Faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Margerie, le patron de TOTAL qui s&rsquo;est crashé récemment, était un français de souche 100% colon, comme Soral. Chercher une responsabilité autre, c&rsquo;est détourner les africains d&rsquo;un vrai ennemi :<strong> le pouvoir français blanc (néo)colonialiste et capitaliste</strong>.</p>
<div id="attachment_552" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain.png"><img aria-describedby="caption-attachment-552" decoding="async" class="size-medium wp-image-552" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain-300x225.png" alt="&quot;Margerie l'africain&quot;" width="300" height="225" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain-300x225.png 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/margerie-lafricain.png 600w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><p id="caption-attachment-552" class="wp-caption-text">« Margerie l&rsquo;africain »</p></div>
<p style="text-align: justify;">Comment parvenir à l&rsquo;auto-détermination des peuples africains quand les puissances impérialistes étrangères viennent piller les richesses du continent et mettent tout en oeuvre pour maintenir les divisions entre les peuples africains ? Ces puissances impérialistes ne sont pas dirigées par un soi-disant lobby juif (la « communauté organisée apatride »), mais par des élites économiques capitalistes (Kemi les appellent des oligarques, mais c&rsquo;est un pléonasme, car un système capitaliste est contrôlé par ceux qui possèdent les richesses, c&rsquo;est un fait) , et ces élites sont <strong>blanches</strong> (dont une majorité de non-juifs !).</p>
<blockquote>
<p style="text-align: center;">Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe !<br />
Thomas Sankara</p>
</blockquote>
<div id="attachment_556" style="width: 415px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291.png"><img aria-describedby="caption-attachment-556" decoding="async" class="wp-image-556" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291-300x153.png" alt="Montre-moi un capitaliste, et je te montrerai un suceur de sang." width="405" height="207" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291-300x153.png 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/quote-Malcolm-X-you-show-me-a-capitalist-and-ill-134291.png 1000w" sizes="(max-width: 405px) 100vw, 405px" /></a><p id="caption-attachment-556" class="wp-caption-text">« Montre-moi un capitaliste, et je te montrerai un suceur de sang. » (Malcolm X)</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi Kemi Seba ne comprend-il pas que le pouvoir blanc raciste en France est le même qui exploite l&rsquo;Afrique ? Croit-il réellement aux histoires de conspiration de lobby qui dirige le monde (stratégie du bouc-émissaire) racontées par Soral ? Le gourou a-t-il donc réussi à lui faire croire que les Blancs n&rsquo;y sont pour rien dans le néo-colonialisme et les guerres impérialistes ? Ou s&rsquo;agit-il simplement d&rsquo;un calcul politique pour éviter de s&rsquo;en prendre directement à la « dissidence », qui l&rsquo;aide à diffuser ses messages en France ?</p>
<p><center><strong>Comment peut-on se dire panafricain et dire à ses frères africains (noirs et arabes) en Europe et aux USA d&rsquo;accepter de se faire marcher sur les pieds, de se laisser insulter et cracher dessus par les racistes ?</strong></center></p>
<p style="text-align: center;"><strong> Malcolm X disait-il vraiment qu&rsquo;il faut tendre l&rsquo;autre joue, sous prétexte qu&rsquo;on est dans le pays des Blancs ?</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong> Jo Dalton et tous les noirs africains, les arabes, martiniquais, guadeloupéens, guyanais, réunionnais, qui refusent d&rsquo;être humiliés, ont raison de s&rsquo;en prendre au pouvoir raciste blanc, qui peut avoir de multiples visages&#8230;</strong></p>
<h3 style="text-align: center;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-554" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1.jpg" alt="antifachos" width="535" height="235" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1.jpg 535w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos1-300x131.jpg 300w" sizes="(max-width: 535px) 100vw, 535px" /></a><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/11/antifachos.jpg"><br />
</a><strong>Solidarité des peuples contre les impérialistes et leurs valets !</strong></h3>
<h3 style="text-align: center;"><strong> Solidarité avec la lutte palestinienne contre l&rsquo;État sioniste !</strong></h3>
<h3 style="text-align: center;"><strong> Excuses et réparations de la France pour l&rsquo;esclavage et la colonisation !</strong></h3>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: left;"><strong> Ti Kréol</strong></h3>
<hr />
<p style="text-align: left;">
]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Voici pourquoi les tee-shirts Pardon! sont racistes. Ti Kréol répond à Pardon! et à ses fausses excuses</title>
		<link>https://www.tikreol.re/voici-pourquoi-les-t-shirts-pardon-sont-racistes-ti-kreol-repond-a-pardon-et-a-ses-fausses-excuses/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2014 07:22:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Aktialité]]></category>
		<category><![CDATA[bondamanjak]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[pardon]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[raciste]]></category>
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					<description><![CDATA[L'article de Bondamanjak à propos d'un tee-shirt Pardon! à La Réunion agite les réseaux sociaux depuis quelques jours. Hier 15 septembre 2014, le CRAN a décidé de saisir le procureur de la République pour « incitation à la haine raciale ». Le jour même, Pardon! publie un communiqué à ce sujet sur son site où il fait SEMBLANT de demander pardon. Voyons quel est le problème.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bondamanjak.com/pardon-repete-je-nai-pas-compris-tu-me-traites-de-raciste-la/" target="_blank">L&rsquo;article de Bondamanjak (#Pardon…répète…je n’ai pas compris…tu me traites de #raciste là )</a> à propos d&rsquo;un tee-shirt Pardon! à La Réunion agite les réseaux sociaux depuis quelques jours. Hier 15 septembre 2014, le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) a décidé de <a href="http://www.le-cran.fr/communique-cran-associations-noires-de-france_lire_--pardon-----la-marque-reunionnaise-de-pret-a-porter-et-coutumiere-des-derapages-organises_189_0_0.html" target="_blank">saisir le procureur de la République pour « incitation à la haine raciale »</a>. Le jour même, <a href="http://www.pardon.net/6732-pardon-je-nai-pas-compris-tu-me-traites-de-racistes-la" target="_blank">Pardon! publie un communiqué à ce sujet sur son site </a>où la marque fait <strong>SEMBLANT</strong> de demander pardon. Voyons quel est le problème.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne fait pas bon de dénoncer le racisme à La Réunion. Pourquoi ? Car depuis une certaine époque (que je situerais aux alentours des années 80), on formate les réunionnais à croire que La Réunion est une île où le racisme n&rsquo;existe pas, où tous les peuples vivent en harmonie. Cette idée que la Réunion ne connaît pas le racisme sert cadre idyllique à la publicité pour le tourisme. Ce mensonge ne repose en fait sur rien, si ce n&rsquo;est effectivement que des peuples venus de différents horizons ont été contraints de vivre ensemble (colons venus d&rsquo;Europe, africains déportés lors de la traite, engagés indiens et chinois) et ont petit à petit fondé l&rsquo;identité créole réunionnaise. Leur destinée commune est ce qui a forgé cette unité culturelle. La société réunionnaise n&rsquo;est pas plus tolérante qu&rsquo;une autre. Elle est le fruit de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sudel_Fuma" target="_blank">son histoire</a>.<br />
L&rsquo;idée que l&rsquo;île est depuis toujours une terre de paix et d&rsquo;harmonie est une idée fausse, basée sur une méconnaissance de notre histoire. Une histoire faite de<a href="http://www.anneauxdelamemoire.org/fr/ressources/publications-et-conferences/articles-et-nouvelles-parutions/item/429-la-r%C3%A9volte-des-oreilles-coup%C3%A9es.html"> révoltes d&rsquo;esclaves</a>, de marronage, de luttes sociales et anticoloniales. Une méconnaissance partagée par beaucoup de réunionnais, dont le célèbre chanteur Gérald de Palmas qui avait osé dire sur un plateau télé en 2009 :</p>
<blockquote><p>Il y a eu énormément d’esclavage et d’esclaves en Guadeloupe.<strong> Ce qui n’a pas été le cas vraiment à la Réunion</strong> où il y a un mélange qui se fait plus <strong>facilement</strong>. [&#8230;] les gens sont arrivés au fur et à mesure avec <strong>assez peu d’esclavage</strong>.</p></blockquote>
<p>source : <a href="http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/12/01/1819031_gerald-de-palmas-choque-a-la-reunion-au-sujet-de-l-esclavage.html" target="_blank">http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/12/01/1819031_gerald-de-palmas-choque-a-la-reunion-au-sujet-de-l-esclavage.html</a></p>
<p style="text-align: justify;">Alors, quand on dénonce un <a href="http://lmsi.net/Un-racisme-post-colonial">racisme</a> qui existe depuis toujours ici, mais qui a évolué  <strong>(le <a href="http://lmsi.net/Un-racisme-post-colonial" target="_blank">racisme</a> qui s&rsquo;exprime aujourd&rsquo;hui à La Réunion n&rsquo;est principalement plus un racisme biologique, mais<a href="http://manychroniques.wordpress.com/2014/01/15/le-racisme-culturel-ce-mal-trop-souvent-occulte/" target="_blank"> un racisme culturel</a>)</strong>, forcément ça fait grincer des dents. Surtout quand c&rsquo;est pour dénoncer une marque de vêtements « cool », « drôle », et « rebelle », célèbre à La Réunion : Pardon!</p>
<h3 style="text-align: justify;">Un petit florilège de clichés racistes pour comprendre le problème :</h3>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8211; Les réunionnais aiment boire et fumer des joints : <a href="http://www.shop-pardon.net/fr/tee-shirts-pardon-homme/969-mc-a-bedo-boulot-dodo.html" target="_blank">« bedo boulot dodo »</a>,<a href="http://www.shop-pardon.net/fr/tee-shirts-pardon-homme/53-mc-a-la-dodo-le-la-rond.html" target="_blank">« la dodo lé la »</a>,  <a href="http://www.shop-pardon.net/fr/tee-shirts-pardon-homme/65-mc-a-zamal-a-la-tete.html" target="_blank">« zamal à la tête »</a>, <a href="http://www.shop-pardon.net/fr/tee-shirts-pardon-homme/371-mc-a-reunion-heroes.html" target="_blank">un tee-shirt montrant une bière locale comme un héro réunionnais&#8230;</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8211; Les réunionnais sont allocataires de la CAF pour leur plaisir :  «<a href="http://www.shop-pardon.net/fr/tee-shirts-pardon-homme/978-mc-a-caf.html" target="_blank">CAF = Comment Agrandir sa Famille</a>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8211; Un sac aux étranges ressemblances avec la célèbre pub coloniale <a href="http://a142.idata.over-blog.com/0/40/66/71/terminale/banania-00-1920.jpg" target="_blank">« Y&rsquo;a bon Banania »</a> qui mettait en scène un tirailleur sénégalais : <a href="http://www.pardon.net/705-sac-shopping-une-marque-pour-tous" target="_blank">« la marque pas que pour les zoreils »</a></strong></p>
<p><strong>&#8211; Les réunionnais sont contents d&rsquo;être au chômage :  <a href="http://www.shop-pardon.net/en/pareo/638-pareo-rmi.html" target="_blank">« RMI = Repos Mérité dans les Îles »</a></strong></p>
<p>et puis aussi :</p>
<p><strong>&#8211; Les zoreys (« métro », comme ils disent) ont remplacé les créoles blancs :<a href="http://www.7lameslamer.net/okile-lo-kivi-cherche-yab.html" target="_blank"> « MALBAR + ZARAB + CHINOI + CAFRE + METRO = KREOL » </a>(Merci au site 7 Lames La Mer)</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8211; <a href="http://www.pardon.net/2393-retrospective-pardon-2012" target="_blank">Une mahoraise seins nus qui porte un drapeau bleu blanc rouge</a> (Mayotte, à majorité musulmane et qui est une<a href="http://survie.org/publications/les-dossiers-noirs/article/comores-mayotte-une-histoire" target="_blank"> île comorienne occupée par la France qui viole le droit international</a>)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Edit 12/01/2015: &#8211; <a href="http://41.media.tumblr.com/940e6e69d83c350b551e4036e4290a47/tumblr_ni2dvscwnr1u7mzk7o1_500.jpg" target="_blank">Une attaque contre les musulmans pour se moquer de leurs pratiques religieuses</a>, dans un contexte nauséabond d&rsquo;islamophobie après l&rsquo;attentat contre Charlie Hebdo.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mais surtout</strong>, comment Pardon! justifie son image sur les étiquettes des tee-shirts, où l&rsquo;on voit le petit diable représentant la marque Pardon!, porté comme à l&rsquo;époque de l&rsquo;esclavage et de la <a title="Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme (Texte intégral)" href="https://www.tikreol.re/aime-cesaire-discours-sur-le-colonialisme-texte-integral/" target="_blank">colonisation</a>, par deux africaines nues qui semblent avoir un os dans les cheveux  :</p>
<p style="text-align: center;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/IMG_8470-0.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter  wp-image-388" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/IMG_8470-0-768x1024.jpg" alt="IMG_8470-0" width="308" height="410" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/IMG_8470-0-768x1024.jpg 768w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/IMG_8470-0-225x300.jpg 225w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/IMG_8470-0.jpg 960w" sizes="(max-width: 308px) 100vw, 308px" /></a></p>
<p style="text-align: center;"><strong>En 2011 une autre marque <a href="http://www.linfo.re/la-reunion/societe/des-tee-shirts-a-caractere-raciste-en-vente-a-la-reunion" target="_blank">avait fait parler d&rsquo;elle pour ses tee-shirts racistes</a> :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/t-shirt-raciste-69c18.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter  wp-image-389" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/t-shirt-raciste-69c18.jpg" alt="t-shirt-raciste-69c18" width="433" height="400" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/t-shirt-raciste-69c18.jpg 600w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/t-shirt-raciste-69c18-300x277.jpg 300w" sizes="(max-width: 433px) 100vw, 433px" /></a><br />
<strong>Non, il n&rsquo;y a rien de drôle à stigmatiser les réunionnais qui sont au chômage, qui ont des problèmes d&rsquo;alcool, qui reçoivent des allocations de la CAF, et ainsi contribuer à les enfermer dans ces stéréotypes colonialistes et racistes (=qui les maintiennent au bas de l&rsquo;échelle sociale du fait de leur origine).<br />
Le Front National et ses électeurs font cela très bien déjà.</strong></p>
<h3 style="text-align: center;">Fini de rigoler avec le racisme.</h3>
<h3>La réponse de Pardon!</h3>
<p style="text-align: justify;">Et quelle est<a href="http://www.pardon.net/6732-pardon-je-nai-pas-compris-tu-me-traites-de-racistes-la" target="_blank"> la réponse de Pardon! au CRAN ?</a> <a href="http://www.pardon.net/6732-pardon-je-nai-pas-compris-tu-me-traites-de-racistes-la" target="_blank">(Réponse publiée sur son site le jour même du communiqué du CRAN)</a><br />
Un petit « Nous vous demandons Pardon! », suivi de 30 lignes d&rsquo;explications bidon pour se justifier et dire en gros : « je ne suis pas raciste j&rsquo;ai des amis réunionnais », « je ne suis pas raciste, j&rsquo;aide l&rsquo;Afrique ». En fait c&rsquo;est ce que tout bon raciste dit aujourd&rsquo;hui pour se disculper. Avec en plus la technique bien connue de l&rsquo;utilisation du colonisé contre les autres colonisés. (« c&rsquo;est pas nous, c&rsquo;est un réunionnais qui a fait ça ! »). Aliénation quand tu nous tiens&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">A l&rsquo;époque de l&rsquo;esclavage, certains noirs s&rsquo;entendaient bien avec certains blancs. Des maîtres ont même pu accorder quelques faveurs à leurs esclaves préférés. Est-ce que cela rendait l&rsquo;esclavage moins raciste ? Il y avait quelques maîtres « gentils », donc l&rsquo;esclavage était plus acceptable ? Des noirs maltraitaient d&rsquo;autres noirs, donc les noirs étaient aussi « méchants » que les blancs ? Rien de tout cela. Il ne s&rsquo;agit pas de dire que les blancs sont comme ceci, et les noirs comme cela, les zoreys comme ceci et les réunionnais comme cela. Pas du tout. Il faut comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et déjà je vois certains qui lisent ceci se dire : « Pff, il parle de l&rsquo;esclavage, celui là est resté bloqué 200 ans en arrière. » C&rsquo;est exactement cela qu&rsquo;il faut comprendre : monsieur ou madame untel, venu d&rsquo;Europe, est venu vivre ici dans l&rsquo;océan indien depuis 5, 10, ou 30 ans. Il ne connait sans doute pas le poids de l&rsquo;Histoire de La Réunion. Pour lui l&rsquo;esclavage, la <a title="Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme (Texte intégral)" href="https://www.tikreol.re/aime-cesaire-discours-sur-le-colonialisme-texte-integral/" target="_blank">colonisation</a>, c&rsquo;est quelque chose d&rsquo;extérieur, qu&rsquo;on voit dans les livres et les films. Cela ne le concerne donc pas. S&rsquo;il se dit ça, alors <strong>il reproduira les mêmes schémas que les colons qui ont débarqué à La Réunion avant lui. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Petit rappel : L&rsquo;histoire coloniale réunionnaise a commencée il y a plus de 300 ans, et ne s&rsquo;est pas arrêtée ni en 1848 ni en 1946, quand notre île a demandé un statut de département français. Rappelons que l&rsquo;Algérie était une colonie française, mais qu&rsquo;elle a aussi été un ensemble de départements français. Un changement de statut ne fait pas tout. (sinon l&rsquo;Afrique serait réellement indépendante aujourd&rsquo;hui, ce qui n&rsquo;est vrai que sur le papier et pas dans la réalité)</p>
<p style="text-align: justify;">Certains diront que La Réunion est toujours une colonie, d&rsquo;autres que nous sommes un département français (bravo, ils savent répéter ce qu&rsquo;on leur a appris à l&rsquo;école), d&rsquo;autres encore une néo-colonie, ou une post-colonie, ou<strong> un peu tout ça en même temps</strong>. Ce qui est sûr, c&rsquo;est que l&rsquo;île possède une <strong>histoire coloniale</strong>, et on ne balaie pas d&rsquo;un revers de la main l&rsquo;histoire d&rsquo;un Peuple, sans en attiser sa colère.<br />
Les réunionnais subissaient un système raciste à l&rsquo;époque de l&rsquo;esclavage, à l&rsquo;époque de l&rsquo;engagisme, et même encore après que La Réunion soit devenue un département français. (affaire des<a title="Documentaire « Une enfance en exil » : les réunionnais déportés dans la Creuse" href="https://www.tikreol.re/documentaire-une-enfance-en-exil-les-reunionnais-deportes-dans-la-creuse/" target="_blank"> « Enfants de la Creuse »</a>, <a title="Répression coloniale à la Réunion : L’ordonnance Debré du 15 octobre 1960" href="https://www.tikreol.re/repression-coloniale-a-la-reunion-lordonnance-debre-du-15-octobre-1960/" target="_blank">la répression coloniale sous Debré</a>). Les séquelles de la colonisation sont mêmes visibles encore de nos jours :</p>
<h3>La Réunion de toutes les couleurs ? du « métissage » ? Voyons la réalité en face !</h3>
<p>Pourquoi la <strong>majorité</strong> des postes de cadres à La Réunion sont aujourd&rsquo;hui encore occupés par des blancs (zoreys ou réunionnais) ?<br />
Pourquoi  en prison les personnes de couleur sont <strong>sur-représentées</strong> ? Et les blancs, <strong>sous-représentés</strong> ?<br />
Pourquoi y a-t-il autant de chômage sur l&rsquo;île, et particulièrement chez les réunionnais ?<br />
On ne peut pas comprendre ces problèmes si l&rsquo;on ignore<strong> les structures sociales et économiques</strong> héritées du <a title="Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme (Texte intégral)" href="https://www.tikreol.re/aime-cesaire-discours-sur-le-colonialisme-texte-integral/" target="_blank">colonialisme</a> qui agissent encore aujourd&rsquo;hui.</p>
<h3>L&rsquo;excuse du réunionnais et de la réunionnaise qui travaille avec Pardon!</h3>
<p style="text-align: justify;">Il ne suffit pas de mettre en avant <a href="http://www.pardon.net/6252-danse-pei">quelques personnes de couleur sur votre site</a> pour vous disculper de tout racisme. Ni même de prouver que les tee-shirts ont été imaginés par des réunionnais.<br />
Car si l&rsquo;on va par là, Marine Le Pen aussi connaît des noirs, Marine Le Pen aussi soutient les africains contre la « barbarie islamiste », et il y a même des noirs et des arabes au FN.<br />
Être en lien avec des personnes de couleur ou envoyer de l&rsquo;argent pour « aider » l&rsquo;Afrique, ne veut rien dire. Cela ne veut certainement pas dire que l&rsquo;on n&rsquo;est pas raciste. (au contraire, le blanc qui dit qu&rsquo;il n&rsquo;est pas raciste parce-qu&rsquo;il a un ami africain noir est d&rsquo;autant plus suspect qu&rsquo;il cherche à se justifier)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Oui, depuis longtemps</strong>, l&rsquo;idéologie <a title="Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme (Texte intégral)" href="https://www.tikreol.re/aime-cesaire-discours-sur-le-colonialisme-texte-integral/" target="_blank">colonialiste</a> produite par le système économique et social, <strong>pénètre l&rsquo;esprit des réunionnais</strong>.<br />
<strong>Oui, depuis longtemps,</strong> le système colonial inculque aux enfants réunionnais, dès le plus jeune âge,<strong> la haine de sa propre culture</strong>, notamment en disqualifiant dès le départ ceux qui ne possède pas entièrement la langue et la culture française comme n&rsquo;importe quel bon français devrait.<br />
<strong>Oui, depuis longtemps,</strong> et même peut-être <strong>surtout depuis que La Réunion est un département français</strong>, les réunionnais doivent savoir mettre leur culture de côté (car sous-entendue inférieure), et prendre ce qui vient de « Métropole » (le vocabulaire colonial de toujours) comme étant ce qui est le mieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ne nous trompons pas</strong>. Il n&rsquo;y a pas de « méchant » ou de « gentil ». Il n&rsquo;y a pas de bons ou de mauvaises personnes.<strong> Il n&rsquo;y a que de mauvais systèmes.</strong> Des zoreys conscients de leur position sociale du fait des <strong>rapports de domination</strong> et qui font en sorte de <strong>ne pas se comporter comme des colons</strong> venus s&rsquo;enrichir à La Réunion et draguer des petites réunionnaises, il y en a plein. <strong>De même que des réunionnais qui continuent à voir les kafs comme des humains inférieurs</strong>. Il y en a aussi.</p>
<h3>PARDON !</h3>
<p style="text-align: justify;">Alors plutôt que de nous ressortir l&rsquo;argument fallacieux du métissage de La Réunion, Pardon! devrait réellement demander pardon pour les <strong>clichés racistes</strong> qu&rsquo;elle véhicule avec certains de ses tee-shirts et qui contribuent à donner aux réunionnais une <strong>image négative d&rsquo;eux-mêmes</strong> (votre <a href="http://www.shop-pardon.net/fr/tee-shirts-pardon-homme/1242-mc-h-kreol-power.html">« kréol power »</a> ne vous excuse pas). L&rsquo;image que les racistes de France nous envoie à la face tout le temps est bien suffisant : « vous êtes des fainéants », « des chômeurs », « vous faites des enfants pour la CAF »&#8230;<br />
Avez-vous besoin de <strong>stigmatiser</strong> encore plus la situation sociale vécue par les réunionnais ? A nous donner encore plus la <strong>honte de nous-mêmes</strong> ? A tout faire pour qu&rsquo;au bout du compte les réunionnais et réunionnaises se taisent pour vous donner raison, se contentent de sourire pour faire de jolies photos, ou vous fassent de beaux tee-shirts racistes à votre place ?</p>
<h3 style="text-align: center;">Arrêtez de chercher à vous justifier.<br />
Demandez VRAIMENT PARDON!<br />
RESPEKT ANOU !</h3>
]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme (Texte intégral)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Sep 2014 20:25:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Liv]]></category>
		<category><![CDATA[aimé]]></category>
		<category><![CDATA[césaire]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[discours]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce livre d'Aimé Césaire est le livre fondateur de plus d'un mouvement anti-colonialiste dans le monde. Ce livre fait parti des livres qui ont bouleversé ma façon de penser. Aimé Césaire, ainsi que Frantz Fanon,  devraient être lus par tous les réunionnais soucieux d'élever leur conscience et briser les chaînes mentales du colonialisme. Voici le texte intégral de cet ouvrage.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Ce livre d&rsquo;Aimé Césaire est le livre fondateur de plus d&rsquo;un mouvement anti-colonialiste dans le monde. Ce livre fait parti des livres qui ont bouleversé ma façon de penser. Aimé Césaire, ainsi que Frantz Fanon,  devraient être lus par tous les réunionnais soucieux d&rsquo;élever leur conscience et briser les chaînes mentales du colonialisme. Voici le texte intégral de cet ouvrage.<br />
</strong></p>
<p><strong>Source</strong> : <a href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718">http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718</a></p>
<p><strong>VERSION PDF</strong> :<a href="%20www.larevuedesressources.org/IMG/pdf/CESAIRE.pdf"> www.larevuedesressources.org/IMG/pdf/CESAIRE.pdf</a></p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-376" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/09/9782708705319-188x300.jpg" alt="9782708705319" width="188" height="300" /></p>
<h3 class="spip">1</h3>
<p style="text-align: justify;">Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.</p>
<p style="text-align: justify;">Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.</p>
<p style="text-align: justify;">Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.</p>
<p style="text-align: justify;">Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les deux problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.</p>
<p style="text-align: justify;"><i>L ’Europe est indéfendable.</i><br />
Il parait que c’est la constatation que se confient tout bas les stratèges américains.<br />
En soi cela n’est pas grave.<br />
Le grave est que « l’Europe » est moralement, spirituellement indéfendable.</p>
<p style="text-align: justify;">Et aujourd’hui il se trouve que ce ne sont pas seulement les masses européennes qui incriminent, mais que l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.<br />
Donc que leurs maîtres sont faibles.<br />
Et puisque aujourd’hui il m’est demandé de parler de la colonisation et de la civilisation, allons droit au mensonge principal à partir duquel prolifèrent tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Colonisation et civilisation ?</p>
<p style="text-align: justify;">La malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point : ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de <i>Dieu</i>, ni extension du <i>Droit</i> ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Poursuivant mon analyse, je trouve que l’hypocrisie est de date récente ; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du grand <i>téocalli</i>, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant <i>Cambaluc</i>), ne protestent d’être les fourriers d’un ordre supérieur ; qu’ils tuent ; qu’ils pillent ; qu’ils ont des casques, des lances, des cupidités ; que les baveurs sont venus plus tard ; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : <i>christianisme = civilisation</i> ; <i>paganisme = sauvagerie,</i> d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais alors, je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment <i>mis en contact ?</i> ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’<i>établir le contact,</i> était-elle la meilleure ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je réponds <i>non.</i><br />
Et je dis que de la <i>colonisation</i> à la <i>civilisation,</i> la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine.</p>
<hr class="spip" />
<h3 class="spip" style="text-align: justify;">2</h3>
<p style="text-align: justify;">Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à <i>déciviliser</i> le colonisateur, à l’<i>abrutir</i> au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’<i>ensauvagement</i> du continent.</p>
<p style="text-align: justify;">Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.</p>
<p style="text-align: justify;">On s’étonne, on s’indigne. On dit : « Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera ! » Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’<i>habite</i>, qu’Hitler est son<i>démon</i>, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le <i>crime</i> en soi, le <i>crime contre l’homme</i>, ce n’est pas l’<i>humiliation de l’homme en soi</i>, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est là le grand reproche que j’adresse au pseudo-humanisme : d’avoir trop longtemps rapetissé les droits de l’homme, d’en avoir eu, d’en avoir encore une conception étroite et parcellaire, partielle et partiale et, tout compte fait, sordidement raciste.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non : au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer, de Schuman, Bidault et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.</p>
<p style="text-align: justify;">Et, dès lors, une de ses phrases s’impose à moi :<br />
« Nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi. »<br />
Cela sonne net, hautain, brutal, et nous installe en pleine sauvagerie hurlante. Mais descendons d’un degré.<br />
Qui parle ? J’ai honte à le dire : c’est l’<i>humaniste</i> occidental, le philosophe « idéaliste ». Qu’il s’appelle Renan, c’est un hasard. Que ce soit tiré d’un livre intitulé : <i>La Réforme intellectuelle et morale</i>, qu’il ait été écrit en France, au lendemain d’une guerre que la France avait voulu du droit contre la force, cela en dit long sur les mœurs bourgeoises.</p>
<p style="text-align: justify;">« La régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité. L’homme du peuple est presque toujours, chez nous, un noble déclassé, sa lourde main est bien mieux faite pour manier l’épée que l’outil servile. Plutôt que de travailler, il choisit de se battre, c’est-à-dire qu’il revient à son premier état. <i>Regere imperio populos</i>, voilà notre vocation. Versez cette dévorante activité sur des pays qui, comme la Chine, appellent la conquête étrangère. Des aventuriers qui troublent la société européenne, faites un <i>ver sacrum</i>, un essaim comme ceux des Francs, des Lombards, des Normands, chacun sera dans son rôle. La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise, d’une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d’honneur ; gouvernez-la avec justice, en prélevant d’elle, pour le bienfait d’un tel gouvernement, un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre ; soyez pour lui bon et humain, et tout sera dans l’ordre ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. Réduisez cette noble race à travailler dans l’ergastule comme des nègres et des Chinois, elle se révolte. Tout révolté est, chez nous, plus ou moins, un soldat qui a manqué sa vocation, un être fait pour la vie héroïque, et que vous appliquez à une <i>besogne contraire à sa race</i>, mauvais ouvrier, trop bon soldat. Or, la vie qui révolte nos travailleurs rendrait heureux un Chinois, un fellah, êtres qui ne sont nullement militaires. <i>Que chacun fasse ce pour quoi il est fait, et tout ira bien. »</i></p>
<p style="text-align: justify;">Hitler ? Rosenberg ? Non, Renan.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais descendons encore d’un degré. Et c’est le politicien verbeux. Qui proteste ? Personne, que je sache, lorsque M. Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale, leur enseigne qu’il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation « un prétendu droit d’occupation et je ne sais quel autre droit de farouche isolement qui pérenniseraient en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et qui s’indigne d’entendre un certain R.P. Barde assurer que les biens de ce monde, « s’ils restaient indéfiniment répartis, comme ils le seraient sans la colonisation, ne répondraient ni aux desseins de Dieu, ni aux justes exigences de la collectivité humaine » ?</p>
<p style="text-align: justify;">Attendu, comme l’affirme son confrère en christianisme, le R. P. Muller : « que l’humanité ne doit pas, ne peut pas souffrir que l’incapacité, l’incurie, la paresse des peuples sauvages laissent indéfiniment sans emploi les richesses que Dieu leur a confiées avec mission de les faire servir au bien de tous ».</p>
<p style="text-align: justify;">Personne.</p>
<p style="text-align: justify;">Je veux dire pas un écrivain patenté, pas un académicien, pas un prédicateur, pas un politicien, pas un croisé du droit et de la religion, pas un « défenseur delà personne humaine ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et pourtant, par la bouche des Sarraut et des Barde, des Muller et des Renan, par la bouche de tous ceux qui jugeaient et jugent licite d’appliquer aux peuples extra-européens, et au bénéfice de nations plus fortes et mieux équipées, « une sorte d’expropriation pour cause d’utilité publique », c’était déjà Hitler qui parlait !</p>
<p style="text-align: justify;">Où veux-je en venir ? A cette idée : que nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation &#8211; donc la force &#8211; est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment.</p>
<p style="text-align: justify;">Colonisation : tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation.</p>
<p style="text-align: justify;">___</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.<br />
Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire !</p>
<p style="text-align: justify;">Était-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie :<br />
« Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes. »</p>
<p style="text-align: justify;">Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson :<br />
« Il est vrai que nous rapportons un plein barils d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. »</p>
<p style="text-align: justify;">Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de foi barbare :<br />
« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. » Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres : « Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths. »</p>
<p style="text-align: justify;">Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes mémorable du commandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé se défendre : v« Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant&#8230; A la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant. »</p>
<p style="text-align: justify;">Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les innommables jouissances qui vous frisselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrai ? [<a id="nh2" class="spip_note" title="II s’agit du récit de la prise de Thouan-An paru dans Le Figaro en septembre (...)" href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb2" rel="footnote">2</a>] Et si ces faits sont vrais, comme n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-t-on, pour les minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées, ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la<i> bête</i>, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en <i>bête</i>. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler.</p>
<p style="text-align: justify;">Partialité ? Non. Il fut un temps où de ces mêmes faits on tirait vanité, et où, sûr du lendemain, on ne mâchait pas ses mots. Une dernière citation ; je l’emprunte à un certain Cari Siger, auteur d’un <i>Essai sur la Colonisation</i> [<a id="nh3" class="spip_note" title="Cari Siger, Essai sur la Colonisation, Paris, 1907." href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb3" rel="footnote">3</a>] :<br />
« Les pays neufs sont un vaste champ ouvert aux activités individuelles, violentes, qui, dans les métropoles, se heurteraient à certains préjugés, à une conception sage et réglée de la vie, et qui, aux colonies, peuvent se développer plus librement et mieux affirmer, par suite, leur valeur. Ainsi, les colonies peuvent, à un certain point, servir de soupape de sûreté à la société moderne. Cette utilité serait-elle la seule, elle est immense. »</p>
<p style="text-align: justify;">En vérité, il est des tares qu’il n’est au pouvoir de personne de réparer et que l ’on n’a jamais fini d’expier.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais parlons des colonisés.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vois bien ce que la colonisation a détruit : les admirables civilisations indiennes et que ni Deterding, ni Royal Dutch, ni Standard Oil ne me consoleront jamais des Aztèques ni des lncas.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vois bien celles &#8211; condamnées à terme &#8211; dans lesquelles elle a introduit un principe de ruine : Océanie, Nigeria, Nyassaland. Je vois moins bien ce qu’elle a apporté.</p>
<p style="text-align: justify;">Sécurité ? Culture ? Juridisme ? En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelques milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai parlé de contact.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production.</p>
<p style="text-align: justify;">A mon tour de poser une équation : <i>colonisation = chosification.</i></p>
<p style="text-align: justify;">J’entends la tempête. On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires <i>possibilités</i> supprimées.</p>
<p style="text-align: justify;">On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer.</p>
<p style="text-align: justify;">Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse.</p>
<p style="text-align: justify;">Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.</p>
<p style="text-align: justify;">On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés.</p>
<p style="text-align: justify;">Moi, je parle d’<i>économies</i> naturelles, d’<i>économies</i> harmonieuses et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.</p>
<p style="text-align: justify;">On se targue d’abus supprimés.</p>
<p style="text-align: justify;">Moi aussi, je parle d’abus, mais pour dire qu’aux anciens &#8211; très réels &#8211; on en a superposé d’autres &#8211; très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu’en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice- versa, il s’est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.</p>
<p style="text-align: justify;">On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part, je fais l’apologie systématique des civilisations para- européennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque jour qui passe, chaque déni de justice, chaque matraquage policier, chaque réclamation ouvrière noyée dans le sang, chaque scandale étouffé, chaque expédition punitive, chaque car de C.R.S., chaque policier et chaque milicien nous fait sentir le prix de nos vieilles sociétés.</p>
<p style="text-align: justify;">C’étaient des sociétés communautaires, jamais de tous pour quelques-uns.<br />
C’étaient des sociétés pas seulement antécapitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anticapitalistes.<br />
C’étaient des sociétés démocratiques, toujours.<br />
C’étaient des sociétés coopératives, des sociétés fraternelles.</p>
<p style="text-align: justify;">Je fais l’apologie systématique des sociétés détruites par l’impérialisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles étaient le fait, elles n’avaient aucune prétention à être l’idée, elles n’étaient, malgré leurs défauts, ni haïssables, ni condamnables. Elles se contentaient d’être. Devant elles n’avaient de sens, ni le mot <i>échec</i>, ni le mot <i>avatar</i>. Elles réservaient, intact, l’espoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Au lieu que ce soient les seuls mots que l’on puisse, en toute honnêteté, appliquer aux entreprises européennes hors d’Europe. Ma seule consolation est que les colonisations passent, que les nations ne sommeillent qu’un temps et que les peuples demeurent.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dit, il paraît que, dans certains milieux, l’on a feint de découvrir en moi un « ennemi de l’Europe » et un prophète du retour au passé <i>anté</i> &#8211; européen.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ma part, je cherche vainement où j’ai pu tenir de pareils discours ; où l’on m’a vu sous-estimer l’importance de l’Europe dans l’histoire de la pensée humaine ; où l’on m’a entendu prêcher un quelconque <i>retour ;</i> où l’on m’a vu prétendre qu’il pouvait y avoir <i>retour.</i></p>
<p style="text-align: justify;">La vérité est que j’ai dit toute autre chose : savoir que le grand drame historique de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c’est au moment où l’Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d’industrie les plus dénués de scrupules que l’Europe s’est « propagée » ; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontrée sur notre route et que l’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, jugeant l’action colonisatrice, j’ai ajouté que l’Europe a fait fort bon ménage avec tous les féodaux indigènes qui acceptaient de servir ; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n’a tendu à rien de moins qu’à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu’ils avaient de plus pernicieux.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai dit, &#8211; et c’est très différent, &#8211; que l’Europe colonisatrice a enté l’abus moderne sur l’antique injustice ; l’odieux racisme sur la vieille inégalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Que si c’est un procès d’intention que l’on me fait, je maintiens que l’Europe colonisatrice est déloyale à légitimer <i>a posteriori</i> l’action colonisatrice par les évidents progrès matériels réalisés dans certains domaines sous le régime colonial, attendu que la <i>mutation brusque</i> est chose toujours possible, en histoire comme ailleurs ; que nul ne sait à quel stade de développement matériel eussent été ces mêmes pays sans l’intervention européenne ; que l’équipement technique, la réorganisation administrative, « l’européanisation », en un mot, de l’Afrique ou de l’Asie n’étaient &#8211; comme le prouve l’exemple japonais &#8211; aucunement liés à l’occupation européenne ; que l’européanisation des continents non européens pouvait se faire autrement que sous la botte de l’Europe ; que ce mouvement d’européanisation était en train ; qu’il a même été ralenti ; qu’en tout cas il a été faussé par la mainmise de l’Europe.</p>
<p style="text-align: justify;">À preuve qu’à l’heure actuelle, ce sont les indigènes d’Afrique ou d’Asie qui réclament des écoles et que c’est l’Europe colonisatrice qui en refuse ; que c’est l’homme africain qui demande des ports et des routes, que c’est l’Europe colonisatrice qui, à ce sujet, lésine ; que c’est le colonisé qui veut aller de l’avant, que c’est le colonisateur qui retient en arrière.</p>
<hr class="spip" />
<h3 class="spip" style="text-align: justify;">3</h3>
<p style="text-align: justify;">Passant plus outre, je ne fais point mystère de penser qu’à l’heure actuelle, la barbarie de l’Europe occidentale est incroyablement haute, surpassée par une seule, de très loin, il est vrai, l’<i>américaine.</i></p>
<p style="text-align: justify;">Et je ne parle pas de Hitler, ni du garde-chiourme, ni de l’aventurier, mais du « brave homme » d’en face ; ni du S.S., ni du gangster, mais de l’honnête bourgeois. La candeur de Léon Bloy s’indignait jadis que des escrocs, des parjures, des faussaires, des voleurs, des proxénètes fussent chargés de « porter aux Indes l’exemple des vertus chrétiennes ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le progrès est qu’aujourd’hui, c’est le détenteur des « vertus chrétiennes » qui brigue &#8211; et s’en tire fort bien &#8211; l’honneur d’administrer outre-mer selon les procédés des faussaires et des tortionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Signe que la cruauté, le mensonge, la bassesse, la corruption ont merveilleusement mordu l’âme de la bourgeoisie européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">Je répète que je ne parle ni de Hitler, ni du S.S., ni du pogrom, ni de l’exécution sommaire. Mais de telle réaction surprise, de tel réflexe admis, de tel cynisme toléré. Et, si en veut des témoignages, de telle scène d’hystérie anthropophagique à laquelle il m’a été donné d’assister à l’Assemblée Nationale française.</p>
<p style="text-align: justify;">Bigre, mes chers collègues (comme on dit), je vous ôte mon chapeau (mon chapeau d’anthropophage, bien entendu).</p>
<p style="text-align: justify;">Pensez donc ! quatre-vingt-dix mille morts à Madagascar ! L’Indochine piétinée, broyée, assassinée, des tortures ramenées du fond du Moyen-Age ! Et quel spectacle ! Ce frisson d’aise qui vous revigorait les somnolences ! Ces clameurs sauvages ! Bidault avec son air d’hostie conchiée &#8211; l’anthropophagie papelarde et Sainte-Nitouche ; Teitgen, fils grabeleur en diable, l’Aliboron du décervelage &#8211; l’anthropophagie des Pandectes ; Moutet, l’anthropophagie maquignarde, la baguenaude ronflante et du beurre sur la tête ; Coste-Floret, l’anthropophagie faite ours mal léché et les pieds dans le plat.</p>
<p style="text-align: justify;">Inoubliable, messieurs ! De belles phrases solennelles et froides comme des bandelettes, on vous ligote le Malgache. De quelques mots convenus, on vous le poignarde. Le temps de rincer le sifflet, on vous l’étripe. Le beau travail ! Pas une goutte de sang ne sera perdue !</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui en font rubis sur l’ongle, n’y mettant jamais d’eau. Ceux qui, comme Ramadier, s’en barbouillent &#8211; à la Silène &#8211; la face ; Fonlup &#8211; Esperaber [<a id="nh4" class="spip_note" title="Pas mauvais diable au fond, come la suite l’a prouvé, mais déchaîné ce (...)" href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb4" rel="footnote">4</a>], qui s’en empèse les moustaches, genre vieux-Gaulois-à-la-tête-ronde ; le vieux Desjardins penché sur les effluves de la cuve, et s’en grisant comme d’un vin doux. La violence ! celle des faibles. Chose significative : ce n’est pas par la tête que les civilisations pourrissent. C’est d’abord par le cœur.</p>
<p style="text-align: justify;">J’avoue que, pour la bonne santé de l’Europe et de la civilisation, ces « tue ! tue ! », ces « il faut que ça saigne » éructés par le vieillard qui tremble et le bon jeune homme, élève des bons Pères, m’impressionnent beaucoup plus désagréablement que les plus sensationnels hold-up à la porte d’une banque parisienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Et cela, voyez-vous, n’a rien de l’exception.</p>
<p style="text-align: justify;">La règle, au contraire, est de la muflerie bourgeoise. Cette muflerie, on la piste, depuis un siècle. On l’ausculte, on la surprend, on la sent, on la suit, on la perd, on la retrouve, on la file et elle s’étale chaque jour plus nauséeuse. Oh ! le racisme de ces messieurs ne me vexe pas. Il ne m’indigne pas. J’en prends seulement connaissance. Je le constate, et c’est tout. Je lui sais presque gré de s’exprimer et de paraître au grand jour, signe. Signe que l’intrépide classe qui monta jadis à l’assaut des Bastilles a les jarrets coupés. Signe qu’elle se sent mortelle. Signe qu’elle se sent cadavre. Et quand le cadavre bafouille, ça donne des choses dans le goût que voici :</p>
<p style="text-align: justify;"><i>« Il n’y avait que trop de vérité dans ce premier mouvement des Européens qui refusèrent, au siècle de Colomb, de reconnaître leurs semblables dans les hommes dégradés qui peuplaient le nouveau monde&#8230;</i> On ne saurait fixer un instant ses regards sur le sauvage sans lire l’anathème écrit, je ne dis pas seulement dans son âme, mais jusque sur la forme extérieure de son corps. »<br />
Et c’est signé Joseph de Maistre.<br />
(Ça, c’est la mouture mystique.)</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis ça donne encore ceci :<br />
« Au point de vue sélectionniste, je regarderais comme fâcheux le très grand développement numérique des éléments jaunes et noirs qui seraient d’une élimination difficile. Si toutefois la société future s’organise sur une base dualiste, <i>avec une classe dolichoblonde dirigeante et une classe de race inférieure confinée dans la main-d’œuvre la plus grossière, il est possible que ce dernier rôle incombe à des éléments jaunes et noirs.</i> En ce cas d’ailleurs, ils ne seraient pas une gêne, mais un avantage pour les dolicho-blonds&#8230; <i>Il ne faut pas oublier que [l’esclavage] n’a rien de plus anormal que la domestication du cheval ou du bœuf.</i> Il est donc possible qu’il reparaisse dans l’avenir sous une forme quelconque. Cela se produira même probablement d’une manière inévitable si la solution simpliste n’intervient pas : une seule race supérieure, nivelée par sélection. »<br />
Ça, c’est la mouture scientiste et c’est signé Lapouge.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ça donne encore ceci (cette fois mouture littéraire) :<br />
« Je sais que je dois me croire supérieur aux pauvres Bayas de la Mambéré. <i>Je sais que je dois avoir l’orgueil de mon sang.</i> Lorsqu’un homme supérieur cesse de se croire supérieur, il cesse effectivement d’être supérieur&#8230; <i>Lorsqu’une race supérieure cesse de se croire une race élue, elle cesse effectivement d’être une race élue. »</i><br />
Et c’est signé Psichari-soldat-d’Afrique.</p>
<p style="text-align: justify;">Traduit en patois journalistique, on obtient du Faguet :<br />
« Le Barbare est de même race, après tout, que le Romain et le Grec. C’est un cousin. Le Jaune, le Noir n’est pas du tout notre cousin. Ici, il y a une vraie différence, une vraie distance, et très grande, ethnologique. Après tout, la civilisation n’a jamais été faite jusqu’à présent que par des Blancs&#8230; L’Europe devenue jaune, il y aura certainement une régression, une nouvelle période d’obscurcissement et de confusion, c’est-à-dire un second Moyen-âge. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, plus bas, toujours plus bas, jusqu’au fond de la fosse, plus bas que ne peut descendre la pelle, M. Jules Romains, de l’Académie française et de la <i>Revue des Deux Mondes</i> (peu importe, bien entendu, que M. Farigoule change de nom une fois de plus -et se fasse, ici, appeler Salsette pour la commodité de la situation). L’essentiel est que M. Jules Romains en arrive à écrire ceci :<br />
« Je n’accepte la discussion qu’avec des gens qui consentent à faire l’hypothèse suivante : une France ayant sur son sol métropolitain dix millions de Noirs, dont cinq ou six millions dans la vallée de la Garonne. Le préjugé de race n’aurait-il jamais effleuré nos vaillantes populations du Sud-Ouest ? Aucune inquiétude, si la question s’était posée de remettre tous les pouvoirs à ces nègres, fils d’esclaves ?&#8230; Il m’est arrivé d’avoir en face de moi une rangée d’une vingtaine de Noirs purs&#8230; Je ne reprocherai même pas à nos nègres et négresses de mâcher du chewing gum. J’observerai seulement&#8230; que ce mouvement a pour effet de mettre les mâchoires bien en valeur et que les évocations qui vous viennent à l’esprit vous ramènent plus près de la forêt équatoriale que de la procession des Panathénées&#8230; La race noire n’a encore donné, ne donnera jamais un Einstein, un Stravinsky, un Gershwin. »</p>
<p style="text-align: justify;">Comparaison idiote pour comparaison idiote : puisque le prophète de la <i>Revue des Deux Mondes</i> et autres lieux nous invite aux rapprochements « distants », qu’il permette au nègre que je suis de trouver &#8211; personne n’étant maître de ses associations d’idées &#8211; que sa voix a moins de rapport avec le chêne, voire les chaudrons de Dodone, qu’avec le braiment des ânes du Missouri.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois, je fais systématiquement l’apologie de nos vieilles civilisations nègres : c’étaient des civilisations courtoises.</p>
<p style="text-align: justify;">Et alors, me dira-t-on, le vrai problème est d’y revenir. Non, je le répète. Nous ne sommes pas les hommes du « ou ceci ou cela ». Pour nous, le problème n’est pas d’une utopique et stérile tentative de réduplication, mais d’un dépassement. Ce n’est pas une société morte que nous voulons faire revivre. Nous laissons cela aux amateurs d’exotisme. Ce n’est pas davantage la société coloniale actuelle que nous voulons prolonger, la plus carne qui ait jamais pourri sous le soleil.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une société nouvelle qu’il nous faut, avec l’aide de tous nos frères esclaves, créer, riche de toute la puissance productive moderne, chaude de toute la fraternité antique.</p>
<p style="text-align: justify;">Que cela soit possible, l’Union Soviétique nous en donne quelques exemples&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à M. Jules Romains.<br />
On ne peut pas dire que le petit bourgeois n’a rien lu. Il a tout lu, tout dévoré au contraire.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement son cerveau fonctionne à la manière de certains appareils digestifs de type élémentaire. Il filtre. Et le filtre ne laisse passer que ce qui peut alimenter la couenne de la bonne conscience bourgeoise.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Vietnamiens, avant l’arrivée des Français dans leur pays, étaient gens de culture vieille, exquise et raffinée. Ce rappel indispose la Banque d’Indochine. Faites fonctionner l’oublioir !</p>
<p style="text-align: justify;">Ces Malgaches, que l’on torture aujourd’hui, étaient, il y a moins d’un siècle, des poètes, des artistes, des administrateurs ? Chut ! Bouche cousue ! Et le silence se fait profond comme un coffre-fort ! Heureusement qu’il reste les nègres. Ah ! les nègres ! parlons-en des nègres !</p>
<p style="text-align: justify;">Eh bien, oui, parlons-en.</p>
<p style="text-align: justify;">Des empires soudanais ? Des bronzes du Bénin ? De la sculpture Shongo ? Je veux bien ; ça nous changera de tant de sensationnels navets qui adornent tant de capitales européennes. De la musique africaine. Pourquoi pas ?<br />
Et de ce qu’ont dit, de ce qu’ont vu les premiers explorateurs&#8230; Pas de ceux qui mangent aux râteliers des Compagnies ! Mais des d’Elbée, des Marchais, des Pigafetta ! Et puis de Frobénius ! Hein, vous savez qui c’est, Frobénius ? Et nous lisons ensemble :<br />
« Civilisés jusqu’à la moelle des os ! L’idée du nègre barbare est une invention européenne. »</p>
<p style="text-align: justify;">Le petit bourgeois ne veut plus rien entendre. D’un battement d’oreilles, il chasse l’idée.<br />
L’idée, la mouche importune.</p>
<hr class="spip" />
<h3 class="spip" style="text-align: justify;">4</h3>
<p style="text-align: justify;">Donc, camarade, te seront ennemis &#8211; de manière haute, lucide et conséquente &#8211; non seulement gouverneurs sadiques et préfets tortionnaires, non seulement colons flagellants et banquiers goulus, non seulement macrotteurs politiciens lèche-chèques et magistrats aux ordres, mais pareillement et au même titre, journalistes fielleux, académiciens goîtreux endollardés de sottises, ethnographes métaphysiciens et dogonneux, théologiens farfelus et belges, intellectuels jaspineux, sortis tout puants de la cuisse de Nietzsche ou chutés calenders-fils-de-Roi d’on ne sait quelle Pléiade, les paternalistes, les embrasseurs, les corrupteurs, les donneurs de tapes dans le dos, les amateurs d’exotisme, les diviseurs, les sociologues agrariens, les endormeurs, les mystificateurs, les haveurs, les matagraboliseurs, et d’une manière générale, tous ceux qui, jouant leur rôle dans la sordide division du travail pour la défense de la société occidentale et bourgeoise, tentant de manière diverse et par diversion infâme de désagréger les forces du Progrès &#8211; quitte à nier la possibilité même du Progrès – tous suppôts du capitalisme, tous tenants déclarés ou honteux du colonialisme pillard, tous responsables, tous haïssables, tous négriers, tous redevables désormais de l’agressivité révolutionnaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Et balaie-moi tous les obscurcisseurs, tous les inventeurs de subterfuges, tous les charlatans mystificateurs, tous les manieurs de charabia. Et n’essaie pas de savoir si ces messieurs sont personnellement de bonne ou de mauvaise foi, s’ils sont personnellement bien ou mal intentionnés, s’ils sont personnellement, c’est-à-dire dans leur conscience intime de Pierre ou Paul, colonialistes ou non, l’essentiel étant que leur très aléatoire bonne foi subjective est sans rapport aucun avec la portée objective et sociale de la mauvaise besogne qu’ils font de chiens de garde du colonialisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Et dans cet ordre d’idées, je cite, à titre d’exemples (pris à dessein dans des disciplines très différentes) :</p>
<ul class="spip" style="text-align: justify;">
<li>De Gourou, son livre : <i>Les pays tropicaux</i>, où, parmi des vues justes, la thèse fondamentale s’exprime partiale, irrecevable, qu’il n’y a jamais eu de grande civilisation tropicale, qu’il n’y a eu de civilisation grande que de climat tempéré, que, dans tout pays tropical, le germe de la civilisation vient et ne peut venir que d’un ailleurs extra-tropical et que sur les pays tropicaux pèse, à défaut de la malédiction biologique des racistes, du moins, et avec les mêmes conséquences, une non moins efficace malédiction géographique.</li>
</ul>
<ul class="spip" style="text-align: justify;">
<li>Du B. P. Tempels, missionnaire et belge, sa <i>Philosophie bantoue</i> vaseuse et méphitique à souhait, mais découverte de manière très opportune, comme par d’autres l’hindouisme, pour faire pièce au « matérialisme communiste », qui menace, paraît-il, de faire des nègres des « vagabonds moraux ».</li>
</ul>
<ul class="spip" style="text-align: justify;">
<li>Des historiens ou des romanciers de la civilisation (c’est tout un), non de tel ou tel, de tous ou presque, leur fausse objectivité, leur chauvinisme, leur racisme sournois, leur vicieuse passion à dénier aux races non blanches, singulièrement aux races mélaniennes, tout mérite, leur monomanie à monopoliser au profit de la leur toute gloire.</li>
</ul>
<ul class="spip" style="text-align: justify;">
<li>Les psychologues, sociologues, etc., leurs vues sur le « primitivisme », leurs investigations dirigées, leurs généralisations intéressées, leurs spéculations tendancieuses, leur insistance sur le caractère en marge, le caractère <i>« à part »</i>des non-Blancs, leur reniement pour les besoins de la cause, dans le temps même où chacun de ces messieurs se réclame, pour accuser de plus haut l’infirmité de la pensée primitive, du rationalisme le plus ferme, leur reniement barbare de la phrase de Descartes, charte de l’universalisme : que « la raison&#8230; est tout entière en chacun » et « qu’il n’y a du plus ou du moins qu’entre les accidents et non point entre les formes ou natures des individus d’une même espèce ».</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Mais n’allons pas trop vite. Il vaut la peine de suivre quelques-uns de ces messieurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne m’étendrai pas sur le cas des historiens, ni celui des historiens de la colonisation ni celui des égyptologues, le cas des premiers étant trop évident, dans le cas des seconds, le mécanisme de leur mystification ayant été définitivement démonté par Cheikh Anta Diop, dans son livre <i>Nations nègres et Culture</i> &#8211; le plus audacieux qu’un nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera, à n’en pas douter, dans le réveil de l’Afrique [<a id="nh5" class="spip_note" title="Cf. Cheikh Anta Diop : Nations nègres et Culture, collection « Présence (...)" href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb5" rel="footnote">5</a>].</p>
<p style="text-align: justify;">Revenons plutôt en arrière. A M. Gourou exactement.</p>
<p style="text-align: justify;">Ai-je besoin de dire que c’est de très haut que l’éminent savant toise les populations indigènes, lesquelles « n’ont pris aucune part » au développement de la science moderne ? Et que ce n’est pas de l’effort de ces populations, de leur lutte libératrice, de leur combat concret pour la vie, la liberté et la culture qu’il attend le salut des pays tropicaux, mais du bon colonisateur ; attendu que la loi est formelle à savoir que « ce sont des éléments culturels préparés dans des régions extratropicales, qui assurent et assureront le progrès des régions tropicales vers une population plus nombreuse et une civilisation supérieure ».</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai dit qu’il y a des vues juste dans le livre de M. Gourou : « Le milieu tropical et les sociétés indigènes, écrit-il, dressant le bilan de la colonisation, ont souffert de l’introduction de techniques mal adaptées, des corvées, du portage, du travail forcé, de l’esclavage, de la transplantation des travailleurs d’une région dans une autre, de changements subits du milieu biologique, de conditions spéciales nouvelles et moins favorables. »</p>
<p style="text-align: justify;">Quel palmarès ! Tête du recteur ! Tête du ministre quand il lit cela ! Notre Gourou est lâché ; ça y est ; il va tout dire ; il commence : « Les pays chauds typiques se trouvent devant le dilemme suivant : stagnation économique et sauvegarde des indigènes ou développement économique provisoire et régression des indigènes. » « Monsieur Gourou, c’est très grave ! Je vous avertis solennellement qu’à ce jeu, c’est votre carrière qui se joue. » Alors notre Gourou choisit de filer doux et d’omettre de préciser que, si le dilemme existe, il n’existe que dans le cadre du régime existant ; que, si cette antinomie constitue une loi d’airain, ce n’est que la loi d’airain du capitalisme colonialiste, donc d’une société non seulement périssable, mais déjà en voie de périr.</p>
<p style="text-align: justify;">Géographie impure et combien séculière !</p>
<p style="text-align: justify;">S’il y a mieux, c’est du R. P. Tempels. Que l’on pille, que l’on torture au Congo, que le colonisateur belge fasse main basse sur toute richesse, qu’il tue toute liberté, qu’il opprime toute fierté &#8211; qu’il aille en paix, le révérend Père Tempels y consent. Mais, attention ! Vous allez au Congo ? Respectez, je ne dis pas la propriété indigène (les grandes compagnies belges pourraient prendre ça pour une pierre dans leur jardin), je ne dis pas la liberté des indigènes (les colons belges pourraient y voir propos subversifs), je ne dis pas la patrie congolaise (le gouvernement belge risquant de prendre fort mal la chose), je dis : Vous allez au Congo, respectez la philosophie bantoue !</p>
<p style="text-align: justify;">« Il serait vraiment inouï, écrit le R.P. Tempels, que l’éducateur blanc s’obstine à tuer dans l’homme noir son esprit humain propre, cette seule réalité qui nous empêche de le considérer comme un être inférieur ! Ce serait un crime de lèse-humanité, de la part du colonisateur, d’émanciper les races primitives de ce qui est valeureux, de ce qui constitue un noyau de vérité dans leur pensée traditionnelle, etc. »</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle générosité, mon Père ! Et quel zèle !</p>
<p style="text-align: justify;">Or donc, apprenez que la pensée bantoue est essentiellement ontologique ; que l’ontologie bantoue est fondée sur les notions véritablement essentielles de force vitale et de hiérarchie de forces vitales : que pour le Bantou enfin l’ordre ontologique qui définit le monde vient de Dieu [<a id="nh6" class="spip_note" title="II est clair qu’ici on s’en prend non pas à la philosophie bantoue, mais à (...)" href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb6" rel="footnote">6</a>] et, décret divin, doit être respecté&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Admirable ! Tout le monde y gagne : grandes compagnies, colons, gouvernement, sauf le Bantou, naturellement.</p>
<p style="text-align: justify;">La pensée des Bantous étant ontologique, les Bantous ne demandent de satisfaction que d’ordre ontologique. Salaires décents ! Logements confortables ! Nourriture ! Ces Bantous sont de purs esprits, vous dis-je : « Ce qu’ils désirent avant tout et par-dessus tout, ce n’est pas l’amélioration de leur situation économique ou matérielle, mais bien la reconnaissance par le Blanc et son respect, pour leur dignité d’homme, pour leur pleine valeur humaine. »</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, un coup de chapeau à la force vitale bantoue, un clin d’œil à l’âme immortelle bantoue. Et vous êtes quitte ! Avouez que c’est à bon compte !</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au gouvernement, de quoi se plaindrait-il ? puisque, note le R. P. Tempels, avec une évidente satisfaction, « les Bantous nous ont considérés, nous les Blancs, et ce, dès le premier contact, de leur point de vue possible, celui de leur philosophie bantoue » et <i>« nous ont intégrés, dans leur hiérarchie des êtres-forces, à un échelon fort élevé ».</i></p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, obtenez qu’en tête de la hiérarchie des forces vitales bantoues, prenne place le Blanc, et le Belge singulièrement, et plus singulièrement encore Albert ou Léopold, et le tour est joué. On obtiendra cette merveille : <i>le Dieu bantou sera garant de l’ordre colonialiste belge et sera sacrilège tout Bantou qui osera y porter la main.</i></p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce qui est de M. Mannoni, ses considérations sur l’âme malgache et son livre méritent que de lui on fasse grand cas.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’on le suive pas à pas dans les tours et détours de ses petits tours de passe-passe, et il vous démontrera clair comme le jour que la colonisation est fondée en psychologie ; qu’il y a de par le monde des groupes d’hommes atteints, on ne sait comment, d’un complexe qu’il faut bien appeler complexe de la dépendance, que ces groupes sont psychologiquement faits pour être dépendants ; qu’ils ont besoin de la dépendance, qu’ils la postulent, qu’ils la réclament, qu’ils l’exigent ; que ce cas est celui de la plupart des peuples colonisés, des Malgaches en particulier.</p>
<p style="text-align: justify;">Foin du racisme ! Foin du colonialisme ! Ça sent trop son barbare. M. Mannoni a mieux : la psychanalyse. Agrémentée d’existentialisme, les résultats sont étonnants : les lieux communs les plus éculés vous sont ressemelés et remis à neuf ; les préjugés les plus absurdes, expliqués et légitimés ; et magiquement les vessies vous deviennent des lanternes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ecoutez- le plutôt :<br />
« Le destin de l’Occidental rencontre l’obligation d’obéir au commandement : <i>Tu quitteras ton père et ta mère.</i> Cette obligation est incompréhensible pour le Malgache. Tout Européen, à un moment de son développement, découvre en lui le désir&#8230; de rompre avec ses liens de dépendance, de s’égaler à son père. Le Malgache, jamais ! Il ignore la rivalité avec l’autorité paternelle, la « protestation virile », l’infériorité adlérienne, épreuves par lesquelles l’Européen doit passer et qui sont comme les formes civilisées&#8230; des rites d’initiation par lesquels on atteint à la virilité&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">Que les subtilités du vocabulaire, que les nouveautés terminologiques ne vous effraient pas ! Vous connaissez la rengaine :<br />
« Les Nègres-sont-de-grands-Enfants ». On vous la prend, on vous l’habille, on vous l’emberlificote. Le résultat, c’est du Mannoni. Encore une fois, rassurez- vous ! Au départ, ça peut paraître un peu pénible, mais à l’arrivée, vous verrez, vous retrouverez tous vos bagages. Rien ne manquera, pas même le célèbre fardeau de l’homme blanc. Donc, oyez : « Par ces épreuves (réservées à l’Occidental [A.C.]), on triomphe de la peur infantile de l’abandon et on acquiert liberté et autonomie, biens suprêmes et aussi fardeaux de l’Occidental. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et le Malgache ? direz-vous. Race serve et mensongère, dirait Kipling. M. Mannoni diagnostique : « Le Malgache n’essaie même pas d’imaginer pareille situation d’abandon&#8230; Il ne désire ni autonomie personnelle ni libre responsabilité. » (Vous savez bien, voyons. Ces nègres n’imaginent même pas ce que c’est que la liberté. Ils ne la désirent pas, ils ne la revendiquent pas. Ce sont les meneurs blancs qui leur fourrent ça dans la tête. Et si on la leur donnait, ils ne sauraient qu’en faire.)</p>
<p style="text-align: justify;">Si on fait remarquer à M. Mannoni que les Malgaches se sont pourtant révoltés à plusieurs reprises depuis l’occupation française et dernièrement encore, en 1947, M . Mannoni, fidèle à ses prémisses, vous expliquera qu’il s’agit là d’un comportement purement névrotique, d’une folie collective, d’un comportement d’amok ; que d’ailleurs, en la circonstance, il ne s’agissait pas pour les Malgaches de partir à la conquête de biens réels, mais d’une « sécurité imaginaire », ce qui implique évidemment que l’oppression dont ils se plaignent est une oppression imaginaire. Si nettement, si démentiellement imaginaire, qu’il n’est pas interdit de parler d’ingratitude monstrueuse, selon le type classique du Fidjien qui brûle le séchoir du capitaine qui l’a guéri de ses blessures.</p>
<p style="text-align: justify;">Que, si vous faîtes la critique du colonialisme qui accule au désespoir les populations les plus pacifiques, M. Mannoni vous expliquera qu’après tout, le responsable, <i>ce n’est pas le Blanc colonialiste</i>, mais les Malgaches colonisés. Que diable ! Ils prenaient les Blancs pour des dieux et attendaient d’eux tout ce qu’on attend de la divinité !</p>
<p style="text-align: justify;">Que si vous trouvez que le traitement appliqué à la névrose malgache a été un peu rude, M. Mannoni, qui a réponse à tout, vous prouvera que les fameuses brutalités dont on parle ont été très largement exagérées, que nous sommes là en pleine fiction&#8230; névrotique, que les tortures étaient des tortures imaginaires appliquées par des « bourreaux imaginaires ». Quant au gouvernement français, il se serait montré singulièrement modéré, puisqu’il s’est contenté d’arrêter les députés malgaches, alors qu’il aurait dû les <i>sacrifier</i>, s’il avait voulu respecter les lois d’une saine psychologie.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’exagère rien. C’est M. Mannoni qui parle : « Suivant des chemins très classiques, ces Malgaches transformaient leurs saints en martyrs, leurs sauveurs en boucs émissaires ; ils voulaient laver leurs péchés imaginaires dans le sang de leurs propres dieux. Ils étaient prêts, même à ce prix, ou plutôt <i>à ce prix seulement</i>, à renverser encore une fois leur attitude. Un trait de cette psychologie dépendante semblerait être que, puisque nul ne peut avoir deux maîtres, il convient que l’un des deux soit sacrifié à l’autre. La partie la plus troublée des colonialistes de Tananarive comprenait confusément l’essentiel de cette psychologie du sacrifice, et ils réclamaient leurs victimes. Ils assiégeaient le Haut- Commissariat, assurant que, si on leur accordait le sang de quelques innocents, « tout le monde serait satisfait ». Cette attitude, humainement déshonorante, était <i>fondée sur une aperception assez juste en gros des troubles émotionnels que traversait la population des hauts plateaux. »</i></p>
<p style="text-align: justify;">De là à absoudre les colonialistes altérés de sang, il n’y a évidemment qu’un pas. La « psychologie » de M. Mannoni est aussi « désintéressée », aussi « libre », que la géographie de M. Gourou ou la théologie missionnaire du R. P.Tempels !</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici la saisissante unité de tout cela, la persévérante tentative bourgeoise de ramener les problèmes les plus humains à des notions confortables et creuses : l’<i>idée</i>du complexe de dépendance chez Mannoni, l’<i>idée</i> ontologique chez le R. P. Tempels, l’<i>idée</i> de « tropicalité » chez Gourou. Que devient la Banque d’Indochine dans tout cela ? Et la Banque de Madagascar ? Et la chicote ? et l’impôt ? et la poignée de riz au Malgache ou au nhaqué ? Et ces martyrs ? Et ces innocents assassinés ? Et cet argent sanglant qui s’amasse dans vos coffres, messieurs ? Volatilisés ! Disparus, confondus, méconnaissables au royaume des pâles ratiocinations.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il y a pour ces messieurs un malheur. C’est que l’entendement bourgeois est de plus en plus rebelle à la finasserie et que leurs maîtres sont condamnés à se détourner d’eux de plus en plus pour applaudir de plus en plus d’autres moins subtils et plus brutaux. C’est très précisément cela qui donne une chance à M. Yves Florenne. Et, en effet, voici, sur le plateau du journal <i>Le Monde</i>, bien sagement rangées, ses petites offres de service. Aucune surprise possible. Tout garanti, efficacité éprouvée, toute expérience faite et concluante, c’est d’un racisme qu’il s’agit, d’un racisme français encore maigrelet certes, mais prometteur. Oyez plutôt :</p>
<p style="text-align: justify;">« Notre lectrice&#8230; (une dame professeur qui a eu l’audace de contredire l’irascible M. Florenne) éprouve, en contemplant deux jeunes métisses, ses élèves, <i>l’émotion de fierté que lui donne le sentiment d’une intégration croissante à notre famille française&#8230;</i>Son émotion serait- elle la même si elle voyait à l’inverse la France s’intégrer dans la famille noire (ou jaune ou rouge, peu importe), c’est-à-dire se diluer, disparaître ? »</p>
<p style="text-align: justify;">C’est clair, pour M. Yves Florenne, c’est le sang qui fait la France et les bases de la nation sont biologiques : « Son peuple, son génie sont faits d’un équilibre millénaire, vigoureux et délicat à la fois et&#8230; certaines ruptures inquiétantes de cet équilibre coïncident avec l’infusion massive et souvent hasardeuse de sang étranger qu’elle a dû subir depuis une trentaine d’années. »</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le métissage, voilà l’ennemi. Plus de crise sociale ! Plus de crise économique ! Il n’y a plus que des crises raciales ! Bien entendu, l’humanisme ne perd point ses droits (nous sommes en Occident), mais entendons-nous :</p>
<p style="text-align: justify;">« Ce n’est pas en se perdant dans l’univers humain avec son sang et son esprit, que la France sera universelle, c’est en demeurant elle-même. » Voilà où en est arrivée la bourgeoisie française, cinq ans après la défaite de Hitler ! Et c’est en cela précisément que réside son châtiment historique : d’être condamnée, y revenant comme par vice, à remâcher le vomi de Hitler.</p>
<p style="text-align: justify;">Car enfin, M. Yves Florenne en était encore à fignoler des romans paysans, des « drames de la terre », des histoires de mauvais œil, quand, l’œil autrement mauvais qu’un agreste héros de <i>jettatura</i>, Hitler annonçait : « Le but suprême de l’Etat-Peuple est de conserver les éléments originaires de la race qui, en répandant la culture, créent la beauté et la dignité d’une humanité supérieure. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cette filiation, M .Yves Florenne la connaît.<br />
Et il n’a garde d’en être gêné.<br />
Fort bien, c’est son droit.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme ce n’est pas notre droit de nous en indigner.</p>
<p style="text-align: justify;">Car enfin, il faut en prendre son parti et se dire, une fois pour toutes, que la bourgeoisie est condamnée à être chaque jour plus hargneuse, plus ouvertement féroce, plus dénuée de pudeur, plus sommairement barbare ; que c’est une loi implacable que toute classe décadente se voit transformée en réceptacle où affluent toutes les eaux sales de l’histoire ; que c’est une loi universelle que toute classe, avant de disparaître, doit préalablement se déshonorer complètement, omni latéralement, et que c’est la tête enfouie sous le fumier que les sociétés moribondes poussent leur chant du cygne.</p>
<hr class="spip" />
<h3 class="spip" style="text-align: justify;">5</h3>
<p style="text-align: justify;">Au fait, le dossier est accablant.<br />
Un rude animal qui, par l’élémentaire exercice de sa vitalité, répand le sang et sème la mort, on se souvient qu’historiquement, c’est sous cette forme d’archétype féroce que se manifesta, à la conscience et à l’esprit des meilleurs, la révélation de la société capitaliste.</p>
<p style="text-align: justify;">L’animal s’est anémié depuis ; son poil s’est fait rare, son cuir décati, mais la férocité est restée, tout juste mêlée de sadisme. Hitler a bon dos Rosenberg a bon dos. Bon dos Junger et les autres. Le S. S. a bon dos.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ceci :</p>
<p style="text-align: justify;">« Tout en ce monde sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l’homme. »<br />
C’est du Baudelaire, et Hitler n’était pas né !</p>
<p style="text-align: justify;">Preuve que le mal vient de plus loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Et Isidore Ducasse, comte de Lautréamont !<br />
À ce sujet, il est grand temps de dissiper l’atmosphère de scandale qui a été créée autour des <i>Chants de Maldoror</i>.<br />
Monstruosité ? Aérolithe littéraire ? Délire d’une imagination malade ? Allons donc ! Comme c’est commode !<br />
La vérité est que Lautréamont n’a eu qu’à regarder, les yeux dans les yeux, l’homme de fer forgé par la société capitaliste, pour appréhender le monstre, le monstre quotidien son héros.</p>
<p style="text-align: justify;">Nul ne nie la véracité de Balzac.<br />
Mais attention : faites Vautrin, retour des pays chauds, donnez-lui les ailes de l’archange et les frissons du paludisme, faites-le accompagner, sur le pavé parisien, d’une escorte de vampires urugayens et de fourmis tambochas, et vous aurez Maldoror.</p>
<p style="text-align: justify;">Variante du décor, mais c’est bien du même monde, c’est bien du même homme qu’il s’agit, dur, inflexible, sans scrupules amateur, comme pas un, « de la viande d’autrui ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ouvrir ici une parenthèse dans ma parenthèse, je crois qu’un jour viendra où tous les éléments réunis, toutes les sources dépouillées, toutes les circonstances de l’œuvre élucidées, il sera possible de donner des <i>Chants de Maldoror</i> une interprétation matérialiste et historique qui fera apparaître de cette épopée forcenée un aspect par trop méconnu, celui d’une implacable dénonciation d’une forme très précise de société, telle qu’elle ne pouvait échapper au plus aigu des regards vers l’année 1865.</p>
<p style="text-align: justify;">Auparavant, bien entendu, il aura fallu débroussailler la route des commentaires occultistes et métaphysiques qui l’offusquent ; redonner son importance à telles strophes négligées &#8211; celle, par exemple, entre toutes, étrange de la mine de poux où on n’acceptera de voir ni plus ni moins que la dénonciation du pouvoir maléfique de l’or et de la thésaurisation ; restituer sa vraie place à l’admirable épisode de l’omnibus, et consentir à y trouver très platement ce qui y est, savoir la peinture à peine allégorique d’une société où les privilégiés, confortablement assis, refusent de se serrer pour faire place au nouvel arrivant, et &#8211; soit dit en passant &#8211; qui recueille l’enfant durement rejeté ? Le peuple ! Ici représenté par le chiffonnier. Le chiffonnier de Baudelaire :</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets<br />
Epanche tout son cœur en glorieux projet.<br />
Il prête des serments, dicte des lois sublimes,<br />
Terrasse les méchants, relève les victimes</i>.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, n’est-il pas vrai, on comprendra que l’ennemi dont Lautréamont a fait l’<i>ennemi</i>, le « créateur » anthropophage et décerveleur, le sadique « juché sur un trône formé d’excréments humains et d’or », l’hypocrite, le débauché, le fainéant qui « mange le pain des autres » et que l’on retrouve de temps en temps ivre-mort « comme une punaise qui a mâché pendant la nuit trois tonneaux de sang », on comprendra que ce créateur-là, ce n’est pas derrière le nuage qu’il faut aller le chercher, mais que nous avons plus de chance de le trouver dans l’annuaire Desfossés et dans quelque confortable conseil d’administration !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais laissons cela.<br />
Les moralistes n’y peuvent rien.<br />
La bourgeoisie, en tant que classe, est condamnée, qu’on le veuille ou non, à prendre en charge toute la barbarie de l’histoire, les tortures du Moyen-Age comme l’inquisition, la raison d’état comme le bellicisme, le racisme comme l’esclavagisme, bref, tout ce contre quoi elle a protesté et en termes inoubliables, du temps que, classe à l’attaque, elle incarnait le progrès humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Les moralistes n’y peuvent rien. Il y a une loi de <i>déshumanisation progressive</i> en vertu de quoi désormais, à l’ordre du jour de la bourgeoisie, il n’y a, il ne peut y avoir maintenant que la violence, la corruption et la barbarie.</p>
<p style="text-align: justify;">J’allais oublier la haine, le mensonge, la suffisance.</p>
<p style="text-align: justify;">J’allais oublier M. Roger Caillois .<br />
Or donc, M. Caillois à qui mission a été donnée de toute éternité d’enseigner à un siècle lâche et débraillé la rigueur de la pensée et la tenue du style, M. Caillois donc vient d’éprouver une grande colère.<br />
Le motif ?<br />
La grande trahison de l’ethnographie occidentale, laquelle, depuis quelque temps, avec une détérioration déplorable du sens de ses responsabilités, s’ingénie à mettre en doute la supériorité omni latérale de la civilisation occidentale sur les civilisations exotiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Du coup, M. Caillois entre en campagne.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la vertu de l’Europe d’ainsi susciter au moment le plus critique des héroïsmes salvateurs.<br />
On est impardonnable de ne pas se souvenir de M. Massis, lequel, vers 1927, se croisa pour la défense de l’Occident.<br />
On veut s’assurer qu’un meilleur sort sera réservé à M. Caillois, qui, pour défendre la même cause sacrée, transforme sa plume en bonne dague de Tolède.</p>
<p style="text-align: justify;">Que disait M. Massis ? Il déplorait que « le destin de la civilisation d’Occident, le destin de l’homme tout court » fussent aujourd’hui menacés ; que l’on s’efforçât de toutes parts « de faire appel à nos angoisses, de contester les titres de notre culture, de mettre en question l’essentiel de notre avoir », et M. Massis faisait serment de partir en guerre contre ces « désastreux prophètes ».</p>
<p style="text-align: justify;">M. Caillois n’identifie pas autrement l’ennemi. Ce sont ces « intellectuels européens » qui, « par une déception et une rancœur exceptionnellement aiguës », s’acharnent depuis une cinquantaine d’années « à renier les divers idéaux de leur culture » et qui, de ce fait, entretiennent, « notamment en Europe, un malaise tenace ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est à ce malaise, à cette inquiétude, que M . Caillois, pour sa part, entend mettre fin [<a id="nh7" class="spip_note" title="II est significatif qu’au moment même où M. Caillois entreprenait sa croisade, (...)" href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb7" rel="footnote">7</a>].</p>
<p style="text-align: justify;">Et de fait, jamais, depuis l’Anglais de l’époque victorienne, personne ne promena à travers l’histoire une bonne conscience plus sereine et moins ennuagée de doute.<br />
Sa doctrine ? Elle a le mérite d’être simple.</p>
<p style="text-align: justify;">Que l’Occident a inventé la science. Que seul l’Occident sait penser ; qu’aux limites du monde occidental commence le ténébreux royaume de la pensée primitive, laquelle, dominée par la notion de participation, incapable de logique, est le type même de la fausse pensée.</p>
<p style="text-align: justify;">Là-dessus on sursaute. On objecte à M. Caillois que la fameuse loi de participation inventée par Lévy-Bruhl, Lévy-Bruhl lui-même l’a reniée ; qu’au soir de sa vie, il a proclamé à la face du monde avoir eu tort « de vouloir définir un caractère propre à la mentalité primitive en tant que logique » ; qu’il avait, au contraire, acquis la conviction que « ces esprits ne différent point du nôtre du point de vue logique&#8230; Donc, ne supportent pas plus que nous une contradiction formelle&#8230; Donc rejettent comme nous, par une sorte de réflexe mental ce qui est logiquement impossible » [<a id="nh8" class="spip_note" title="Les Carnets de Lucien Lévy-Bruhl, Presses Universitaires de France, (...)" href="http://www.socialgerie.net/spip.php?breve718#nb8" rel="footnote">8</a>].</p>
<p style="text-align: justify;">Peine perdue ! M. Caillois tient la rectification pour nulle et non avenue. Pour M. Caillois, le véritable Lévy-Bruhl ne peut être que le Lévy- Bruhl où le primitif extravague.</p>
<p style="text-align: justify;">Il reste, bien sûr, quelques menus faits qui résistent. Savoir l’invention de l’arithmétique et de la géométrie par les Egyptiens. Savoir la découverte de l’astronomie par les Assyriens. Savoir la naissance de la chimie chez les Arabes. Savoir l’apparition du rationalisme ou sein de l’Islam à une époque où la pensée occidentale avait l’allure furieusement prélogique. Mais ces détails impertinents, M. Caillois a vite fait de les rabrouer, le principe étant formel « qu’une découverte qui ne rentre pas dans un ensemble » n’est précisément qu’un détail, c’est-à-dire un rien négligeable.</p>
<p style="text-align: justify;">On pense bien qu’ainsi lancé, M. Caillois ne s’arrête pas en si beau chemin.</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir annexé la science, le voilà qui revendique la morale.</p>
<p style="text-align: justify;">Pensez donc ! M. Caillois n’a jamais mangé personne ! M. Caillois n’a jamais songé à achever un infirme ! M. Caillois, jamais l’idée ne lui est venue d’abréger les jours de ses vieux parents ! Eh bien, la voilà, la supériorité de l’Occident : « Cette discipline de vie qui s’efforce d’obtenir que la personne humaine soit suffisamment respectée pour qu’on ne trouve pas normal de supprimer les vieillards et les infirmes. »</p>
<p style="text-align: justify;">La conclusion s’impose face aux anthropophages, aux dépeceurs et autres comprachicos, l’Europe, l’Occident incarnent le respect de la dignité humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais passons et pressons, crainte que notre pensée ne s’égare vers Alger, le Maroc, et autres lieux où, à l’heure même où j’écris ceci, tant de vaillants fils de l’Occident, dans le clair-obscur des cachots, prodiguent à leurs frères inférieurs d’Afrique, avec tant d’inlassables soins, ces authentiques marques de respect de la dignité humaine qui s’appellent, en termes techniques, « la baignoire », « l’électricité », « le goulot de bouteille ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pressons : M. Caillois n’est pas encore au bout de son palmarès. Après la supériorité scientifique et la supériorité morale, la supériorité religieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, M. Caillois n’a garde de se laisser abuser par le vain prestige de l’Orient. L’Asie, mère des dieux peut-être. En tout cas, l’Europe, maîtresse des rites. Et voyez la merveille : d’un côté hors d’Europe, des cérémonies type vaudou avec tout ce qu’elles comportent « de mascarade burlesque, de frénésie collective, d’alcoolisme débraillé, d’exploitation grossière d’une naïve ferveur », et de l’autre &#8211; côté Europe -, ces valeurs authentiques que célébrait déjà Chateaubriand dans le <i>Génie du Christianisme</i> : « les dogmes et les mystères de la religion catholique, sa liturgie, le symbolisme de ses sculpteurs et la gloire du plain-chant ».</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, ultime motif de satisfaction.</p>
<p style="text-align: justify;">Gobineau disait : « Il n’est d’histoire que blanche ». M. Caillois, à son tour, constate : « Il n’est d’ethnographie que blanche ». C’est l’Occident qui fait l’ethnographie des autres, non les autres qui font l’ethnographie de l’Occident.</p>
<p style="text-align: justify;">Intense motif de jubilation, n’est-il pas vrai ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et pas une minute, il ne vient à l’esprit de M. Caillois que les musées dont il fait vanité, il eût mieux valu, à tout prendre, n’avoir pas eu besoin de les ouvrir ; que l’Europe eût mieux fait de tolérer à côté d’elle, bien vivantes, dynamiques et prospères, entières et non mutilées, les civilisations extra-européennes ; qu’il eût mieux valu les laisser se développer et s’accomplir que de nous en donner à admirer, dûment étiquetés, les membres épars, les membres morts ; qu’au demeurant, le musée par lui-même n’est rien ; qu’il ne veut rien dire, qu’il ne peut rien dire, là où la béate satisfaction de soi-même pourrit les yeux, là où le secret mépris des autres dessèche les cœurs, là où, avoué ou non, le racisme tarit la sympathie ; qu’il ne veut rien dire s’il n’est pas destiné qu’à fournir aux délices de l’amour-propre ; qu’après tout, l’honnête contemporain de saint Louis, qui combattait mais respectait l’Islam, avait meilleure chance de le connaître que nos contemporains même frottés de littérature ethnographique qui le méprisent.</p>
<p style="text-align: justify;">Non, jamais dans la balance de la connaissance, le poids de tous les musées du monde ne pèsera autant qu’une étincelle de sympathie humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">La conclusion de tout cela ?</p>
<p style="text-align: justify;">Soyons justes ; M. Caillois est modéré.</p>
<p style="text-align: justify;">Ayant établi la supériorité dans tous les domaines de l’Occident ; ayant ainsi rétabli une saine et précieuse hiérarchie, M. Caillois donne une preuve immédiate de cette supériorité en concluant à n’exterminer personne. Avec lui les nègres sont sûrs de n’être pas lynchés, les juifs de ne pas alimenter de nouveaux bûchers. Seulement, attention ; il importe qu’il soit bien entendu que cette tolérance, nègres, Juifs, Australiens, la doivent, non à leurs mérites respectifs, mais à la magnanimité de M. Caillois, non à un diktat de la science, laquelle ne saurait offrir de vérités qu’éphémères, mais à un décret de la conscience de M. Caillois, laquelle ne saurait être qu’absolue ; que cette tolérance n’est conditionnée par rien, garantie par rien si ce n’est par ce que M. Caillois se doit à lui- même.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être la science commandera-t-elle un jour de débarrasser la route de l’humanité de ces poids lourds, de ces impedimenta, que constituent des cultures arriérées et des peuples attardés, mais nous sommes assurés qu’à l’instant fatal la conscience de M. Caillois, qui, de bonne conscience, se mue aussitôt en belle conscience, arrêtera le bras meurtrier et prononcera le <i>Salvus sis.</i></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui nous vaut la note succulente que voic : « Pour moi, la question de l’égalité des races, des peuples, ou des cultures, n’a de sens que s’il s’agit d’une égalité de droit, non d’une égalité de fait. De la même manière, un aveugle, un mutilé, un malade, un idiot, un ignorant, un pauvre (on ne saurait être plus gentil pour les non-Occidentaux), ne sont pas respectivement égaux, au sens matériel du mot, à un homme fort, clairvoyant, complet, bien portant, intelligent, cultivé ou riche. Ceux-ci ont de plus grandes capacités qui d’ailleurs ne leur donnent pas plus de droits, mais seulement plus de devoirs&#8230; De même, il existe actuellement, que les causes en soient biologiques ou historiques, des différences de niveau, de puissance et de valeur entre les différentes cultures. Elles entraînent une inégalité de fait. Elles ne justifient aucunement une inégalité de droits en faveur des peuples dits supérieurs, comme le voudrait le racisme. Elles leur confèrent plutôt des charges supplémentaires et une responsabilité accrue. »</p>
<p style="text-align: justify;">Responsabilité accrue ? Quoi donc, sinon celle de diriger le monde ?<br />
Charge accrue ? Quoi donc, sinon la charge du monde ?<br />
Et Caillois-Atlas de s’arcbouter philantropiquement dans la poussière et de recharger ses robustes épaules de l’inévitable fardeau de l’homme blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">On m’excusera d’avoir si longuement parlé de M. Caillois. Ce n’est pas que je surestime a quelque degré que ce soit la valeur intrinsèque de sa « philosophie » (on aura pu juger du sérieux d’une pensée qui, tout en se revendiquant de l’esprit de rigueur, sacrifie si complaisamment aux préjugés et barbote avec une telle volupté dans le lieu commun), mais elle méritait d’être signalée, parce que significative.</p>
<p style="text-align: justify;">De quoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">De ceci que jamais l’Occident, dans le temps même où il se gargarise le plus du mot, n’a été plus éloigné de pouvoir assumer les exigences d’un humanisme vrai, de pouvoir vivre l’humanisme vrai &#8211; l’humanisme à la mesure du monde.</p>
<hr class="spip" />
<h3 class="spip" style="text-align: justify;">6</h3>
<p style="text-align: justify;">Des valeurs inventées jadis par la bourgeoisie et qu’elle lança à travers le monde, l’une est celle de l’<i>homme</i> et de l’humanisme &#8211; et nous avons vu ce qu’elle est devenue &#8211; l’autre est celle de la nation.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un fait : la <i>nation</i> est un phénomène bourgeois&#8230;<br />
Mais précisément, si je détourne les yeux de l’homme pour regarder les nations, je constate qu’ici encore, le péril est grand ; que l’entreprise coloniale est, au monde moderne, ce que l’impérialisme romain fut au monde antique : préparateur du <i>Désastre</i>et fourrier de la <i>Catastrophe</i> : Eh quoi ? les Indiens massacrés, le monde musulman vidé de lui-même, le monde chinois pendant un bon siècle souillé et dénaturé ; le monde nègre disqualifié ; d’immenses voix à tout jamais éteintes ; des foyers dispersés au vent ; tout ce bousillage, tout ce gaspillage, l’humanité réduite au monologue et vous croyez que tout cela ne se paie pas ? La vérité est que, dans cette politique, <i>la perte de l’Europe elle-même est inscrite</i>, et, que l’Europe, si elle n’y prend garde, périra du vide qu’elle a fait autour d’elle.</p>
<p style="text-align: justify;">On a cru n’abattre que des Indiens, ou des Hindous, ou des Océaniens, ou des Africains. On a en fait renversé, les uns après les autres, les remparts en deçà desquels la civilisation européenne pouvait se développer librement.</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais tout ce qu’il y a de fallacieux dans les parallèles historiques, dans celui que je vais esquisser notamment. Cependant, que l’on me permette ici de recopier une page de Quinet pour la part non négligeable de vérité qu’elle contient et qui mérite d’être méditée.<br />
La voici :<br />
« On demande pourquoi la barbarie a débouché d’un seul coup dans la civilisation antique. Je crois pouvoir le dire. Il est étonnant qu’une cause si simple ne frappe pas tous les yeux. Le système de la civilisation antique se composait d’un certain nombre de nationalités, de patries, qui, bien qu’elles semblassent ennemies, ou même qu’elles s’ignorassent, se protégeaient, se soutenaient, se gardaient l’une l’autre. Quand l’empire romain, en grandissant, entreprit de conquérir et de détruire ces corps de nations, les sophistes éblouis crurent voir, au bout de ce chemin, l’humanité triomphante dans Rome. On parla de l’unité de l’esprit humain ; ce ne fut qu’un rêve. Il se trouva que ces nationalités étaient autant de boulevards qui protégeaient Rome elle-même&#8230; Lors donc que Rome, dans cette prétendue marche triomphale vers la civilisation unique, eut détruit, l’une après l’autre, Carthage, l’Egypte, la Grèce, la Judée, la Perse, la Dacie, les Gaules, il arriva qu’elle avait dévoré elle-même les digues qui la protégeaient contre l’océan humain sous lequel elle devait périr. Le magnanime César, en écrasant les Gaules, ne fît qu’ouvrir la route aux Germains. Tant de sociétés, tant de langues éteintes, de cités, de droits, de foyers anéantis, firent le vide autour de Rome, et là où les barbares n’arrivaient pas, la barbarie naissait d’elle-même. Les Gaulois détruits se changeaient en Bagaudes. Ainsi la chute violente, l’extirpation progressive des cités particulières causa l’écroulement de la civilisation antique. Cet édifice social était soutenu par les nationalités comme par autant de colonnes différentes de marbre ou de porphyre.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand on eut détruit, aux applaudissements des sages du temps, chacune de ces colonnes vivantes, l’édifice tomba par terre et les sages de nos jours cherchent encore comment ont pu se faire en un moment de si grandes ruines ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Et alors, je le demande : qu’a-t-elle fait d’autre, l’Europe bourgeoise ? Elle a sapé les civilisations, détruit les patries, ruiné les nationalités, extirpé « la racine de diversité ». Plus de digue. Plus de boulevard. L’heure est arrivée du Barbare. Du Barbare moderne. L’heure américaine. Violence, démesure, gaspillage, mercantilisme, bluff, grégarisme, la bêtise, la vulgarité, le désordre.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1913, Page écrivait à Wilson :<br />
« L’avenir du monde est à nous. Qu’allons-nous faire lorsque bientôt la domination du monde va tomber entre nos mains. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et en 1914 : « Que ferons-nous de cette Angleterre et de cet Empire, prochainement, quand les forces économiques auront mis entre nos mains la direction de la race ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Cet Empire&#8230; Et les autres&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Et de fait, ne voyez-vous pas avec quelle ostentation ces messieurs viennent de déployer l’étendard de l’anti-colonialisme ?</p>
<p style="text-align: justify;"><i>« Aide aux pays déshérités »</i>, dit Truman. « Le temps du vieux colonialisme est passé ». C’est encore du Truman.</p>
<p style="text-align: justify;">Entendez que la grande finance américaine juge l’heure venue de rafler toutes les colonies du monde. Alors, chers amis, de ce côté-ci, attention !</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais que beaucoup d’entre vous, dégoûtés de l’Europe, de la grande dégueulasserie dont vous n’avez pas choisi d’être les témoins, se tournent &#8211; oh ! en petit nombre &#8211; vers l’Amérique, et s’accoutument à voir en elle une possible libératrice.</p>
<p style="text-align: justify;">« L’aubaine ! » pensent-ils.</p>
<p style="text-align: justify;">« Les bulls-dozers ! Les investissements massifs de capitaux ! Les routes ! Les ports !<br />
&#8211; Mais le racisme américain ?<br />
&#8211; Peuh ! le racisme européen aux colonies nous a aguerris ! »<br />
Et nous voilà prêts à courir le grand risque yankee. Alors, encore une fois, attention !<br />
L’américaine, la seule domination dont on ne réchappe pas. Je veux dire dont on ne réchappe pas tout à fait indemne.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puisque vous parlez d’usines et d’industries, ne voyez-vous pas, hystérique, en plein cœur de nos forêts ou de nos brousses, crachant ses escarbilles, la formidable usine, mais à larbins, la prodigieuse mécanisation, mais de l’homme, le gigantesque viol de ce que notre humanité de spoliés a su encore préserver d’intime, d’intact, de non souillé, la machine, oui, jamais vue la machine, mais a écraser, à broyer, à abrutir les peuples ?</p>
<p style="text-align: justify;">En sorte que le danger est immense.</p>
<p style="text-align: justify;">En sorte que, si l’Europe occidentale ne prend d’elle-même, en Afrique, en Océanie, à Madagascar, c’est-à-dire aux portes de l’Afrique du Sud, aux Antilles, c’est-à-dire aux portes de l’Amérique, l’initiative d’une politique des nationalités, l’initiative d’une politique nouvelle fondée sur le respect des peuples et des cultures ; que dis-je ? Si l’Europe ne galvanise les cultures moribondes ou ne suscite des cultures nouvelles ; si elle ne se fait réveilleuse de patries et de civilisations, ceci dit sans tenir compte de l’admirable résistance des peuples coloniaux, que symbolisent actuellement le Viet-Nam de façon éclatante, mais aussi l’Afrique du R.D.A., l’Europe se sera enlevé à elle-même son ultime chance et, de ses propres mains, tiré sur elle-même le drap des mortelles ténèbres.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui, en net, veut dire que le salut de l’Europe n’est pas l’affaire d’une révolution dans les méthodes ; que c’est l’affaire de la Révolution : celle qui, à l’étroite tyrannie d’une bourgeoisie déshumanisée, substituera, en attendant la société sans classes, la prépondérance de la seule classe qui ait encore mission universelle, car dans sa chair elle souffre de tous les maux de l’histoire, de tous les maux universels : le prolétariat.</p>
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		<title>Répression coloniale à La Réunion : L&#8217;ordonnance Debré du 15 octobre 1960</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2014 10:39:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
		<category><![CDATA[aliénation]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Debré]]></category>
		<category><![CDATA[déportation]]></category>
		<category><![CDATA[exil]]></category>
		<category><![CDATA[michel debré]]></category>
		<category><![CDATA[ordonnance]]></category>
		<category><![CDATA[politique coloniale]]></category>
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					<description><![CDATA[Pourquoi en est-on aujourd’hui à ce niveau de « haine de soi » et d’aliénation culturelle à la Réunion ? Pourquoi certains réunionnais ont-ils peur dès qu’il s’agit d’affirmer leur identité réunionnaise aujourd’hui ? Peut-être qu’une partie de la réponse se trouve dans la répression coloniale des années 60-70 sous le régime de terreur imposé par Michel Debré ?]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">Pourquoi en est-on aujourd&rsquo;hui à ce niveau de <strong>« haine de soi » et d&rsquo;aliénation culturelle</strong> à la Réunion ? Pourquoi certains réunionnais ont-ils peur dès qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;affirmer leur <strong>identité réunionnaise</strong> aujourd&rsquo;hui ? Peut-être qu&rsquo;une partie de la réponse se trouve dans <strong>la répression coloniale</strong> des années 60-70 sous le régime de terreur imposé par Michel Debré ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Michel Debré</strong> était Premier Ministre, en pleine guerre d&rsquo;Algérie (1954-1962). Celui-ci promulgue le 15 Octobre 1960 une ordonnance dans l&rsquo;objectif de réprimer toute contestation en Algérie (Algérie qui était découpée en « départements français »), et qui a pour but d&rsquo;<strong>éloigner par l&rsquo;exil les fonctionnaires qui pourraient « troubler l&rsquo;ordre public »</strong> : en clair, ceux qui remettent en cause la <strong>domination française</strong>. La guerre d&rsquo;Algérie s&rsquo;arrête en 1962 avec la victoire et la libération du peuple algérien. Mais l&rsquo;ordonnance n&rsquo;est pas supprimée pour autant pour les autres colonies, les autres « DOM ».  (elle ne sera abrogée qu&rsquo;en 1972&#8230;)<br />
L&rsquo;année suivante, Debré débarque à la Réunion et se fait élire député le 5 mai 1963. La politique du pouvoir français de l&rsquo;époque, dont Debré n&rsquo;est qu&rsquo;un des rouages, est alors très clair : <strong>« sauver » les dernières colonies de la France coûte que coûte</strong>. La Réunion, comme les Antilles et la Guyane, connaîtra alors une <strong>répression culturelle et politique peut-être sans égal au cours du XXème siècle sur notre île</strong> : interdiction du Maloya de 1960 jusqu&rsquo;en 1981, interdiction du créole dans les écoles et les radios jusque dans les années 70, déportation des fonctionnaires insoumis, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=oP3W7pl7yvA">déportation des réunionnais par le BUMIDOM</a>, <a title="Documentaire « Une enfance en exil » : les réunionnais déportés dans la Creuse" href="https://www.tikreol.re/documentaire-une-enfance-en-exil-les-reunionnais-deportes-dans-la-creuse/">enlèvement d&rsquo;enfants dans les quartiers pauvres de l&rsquo;île</a> (« enfants de la Creuse » et la tristement célèbre camionnette 2CV de la DDASS qui kidnappait les enfants réunionnais « pas sages »)&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour aider à la compréhension de cette période de notre histoire, je partage ici 3 textes qui portent spécifiquement sur l&rsquo;ordonnance Debré :</p>
<h3>&#8211; <a href="#quotidien">Il y a 50 ans, l&rsquo;ordonnance Debré</a> (Le Quotidien)</h3>
<h3>&#8211; <a href="#7lameslamer">Document : le « Rideau de cannes » épingle l’ordonnance Debré</a> (7 Lames la mer)</h3>
<h3>&#8211; <a href="#humanite">L’ordonnance du 15 octobre 1960, un texte scélérat</a> (L&rsquo;Humanité)</h3>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<h2 id="quotidien">Il y a 50 ans, l&rsquo;ordonnance Debré</h2>
<p><em>Tiré du site du journal Le Quotidien, texte d&rsquo;Eugène Rousse, ancien enseignant et auteur d&rsquo;ouvrages sur l&rsquo;histoire de la Réunion</em><br />
<em> Source :<a href="www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html"> www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html</a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le 15 octobre 1960 – il y a aujourd’hui 50 ans – à Paris, le Premier ministre Michel Debré signait une ordonnance, dont l’application aux seuls départements d’outre-mer allait soulever indignation et colère à <a title="La Réunion" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">La Réunion</a>, au cours de la décennie 1960. Afin de comprendre les raisons du recours du pouvoir à un texte aussi odieux, il faut replacer celui-ci dans le contexte politique de l’époque.</p>
<p style="text-align: justify;">1960 marque l’accession à l’indépendance des colonies françaises d’Afrique. Indépendance précédée de celle de l’Indochine (1954,) puis de celles de la Tunisie et du Maroc (1956). En dépit des moyens énormes mis en œuvre pour que l’Algérie reste une terre sous domination française, la guerre extrêmement meurtrière qui s’y poursuit depuis 6 ans risque de s’achever par un nouveau Dien Bien Phu. Le général De Gaulle en est persuadé après la « tournée des popotes » qu’il entreprend en mars 1960 en Algérie.</p>
<p style="text-align: justify;">Farouche partisan de « l’Algérie française », Michel Debré, qui est à Matignon depuis le 8 janvier 1959, s’emploie alors à retarder le plus possible la fin de ses illusions en ayant recours notamment à l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont voici un bref extrait :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le Président de la République,</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le rapport du Premier ministre (&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Vu la loi du 4 février 1960, autorisant le gouvernement à prendre (&#8230;) certaines mesures relatives au maintien de l’ordre, (&#8230;) à la pacification et à l’administration de l’Algérie ; (&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Ordonne</p>
<p style="text-align: justify;">art 1 : les fonctionnaires de l’Etat en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du <a title="Préfet" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">préfet</a> et sans autre formalité, rappelés d’office en Métropole (&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Conserver à tout prix les ex-confetti de l’Empire </strong><br />
Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l’objet ».</p>
<p style="text-align: justify;">Comment ne pas faire observer que nous sommes en présence d’un texte qui, manifestement, selon les termes employés, n’aurait dû s’appliquer qu’à l’Algérie en guerre et devenir caduc dès la signature le 18 mars 1962 des accords d’Évian mettant fin au conflit algérien.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce point précis, l’avis de Michel Debré lui-même mérite d’être rappelé : au cours d’une conférence de presse tenue à <a title="Saint-Denis" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Saint-Denis</a> le 30 novembre 1966, l’ancien Premier ministre déclare en effet : « Cette ordonnance, je l’ai voulue, je l’ai rédigée et je l’ai même appliquée (&#8230;). Elle n’a pas été faite pour La Réunion (&#8230; )».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ni pour les autres DOM », aurait-il pu ajouter, puisque l’article 3 de la loi du 4 février 1960 prévoit expressément la ratification des ordonnances par le Parlement. Or, celle du 15 octobre 1960 n’a jamais été ratifiée.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes donc fondés à nous poser la question de savoir pourquoi une mesure prévue pour les départements algériens a pu être étendue aux 4 « vieilles colonies » devenues départements français le 19 mars 1946.</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse est évidente : en prévision de la perte plus que probable de l’Algérie, le gouvernement estimait qu’il devait se donner les moyens de conserver à tout prix les ex-confetti de l’Empire, dont les populations exprimaient avec force dans les années 1950 et 1960 leur volonté d’exiger le respect de leurs droits fondamentaux, violés en permanence avec un cynisme révoltant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Les premières victimes </strong><br />
Il me faut rappeler que bien avant que le gouvernement Debré ait reçu l’autorisation de recourir aux ordonnances, les <a title="Réunionnais" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Réunionnais</a> ont vécu sous un régime d’exception qui faisait d’eux des sous-citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette situation, qui s’est aggravée avec l’arrivée dans l’île le 13 juin 1956 du préfet Jean Perreau-Pradier, les responsables des organisations démocratiques réunionnaises, dirigées souvent par des fonctionnaires, ont appelé leurs compatriotes à se mobiliser et à résister. Et cela, dans des conditions particulièrement difficiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les fonctionnaires victimes de l’arbitraire préfectoral antérieurement à la promulgation de l’ordonnance du 15 octobre 1960, citons :</p>
<p style="text-align: justify;">L’inspecteur de l’Éducation nationale Roger Ueberschlag, brutalement expulsé de La Réunion au début de 1960 sous l’incroyable prétexte que les méthodes pédagogiques dont il préconisait l’<a title="Emploi" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">emploi</a> déplaisaient à Jean Perreau-Pradier. Son épouse, institutrice à La Réunion, ne put rejoindre son Alsace natale que 2 mois plus tard, en voyageant à ses frais, à bord d’un cargo hollandais.</p>
<p style="text-align: justify;">Le professeur d’allemand Daniel Lallemand, retenu à Marseille le 9 août 1960, au moment précis où il allait prendre l’avion pour La Réunion, où il devait occuper un poste au lycée Leconte-de-Lisle, en application d’un arrêté ministériel du 21 juillet 1960. Son épouse, Iris, institutrice réunionnaise, se voit offrir pour sa part un poste&#8230; en Haute-Savoie, alors qu’elle est en route pour La Réunion, où elle obtiendra d’ailleurs un poste.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Une première liste d’exilés en application de l’ordonnance </strong><br />
L’instituteur Marcel Le Guen, enseignant breton, arrivé dans l’île le 10 décembre 1951 en compagnie de son épouse également institutrice, est nommé le 9 septembre 1958 à l’école Edgar-Avril, à la Plaine-des-Cafres, où il doit, avec l’accord du vice-recteur Cormary, expérimenter une nouvelle façon d’enseigner, autorisant les élèves à utiliser le <a title="Créole" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">créole</a>. Cela suffit à irriter le préfet Perreau-Pradier.</p>
<p style="text-align: justify;">A son départ en congé administratif le 11 juillet 1963, il apprend que le préfet s’oppose à son retour à La Réunion. Le 21 août 1961, ce fut une première liste : 10 Réunionnais reçoivent une lettre signée du préfet Jean Perreau-Pradier leur apprenant qu’en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, ils sont expulsés de La Réunion. Il s’agit de Nelly et Gervais Barret, Jean-Baptiste Ponama, <a title="Roland Robert" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Roland Robert</a>, Max Rivière, Bernard Gançarski, tous enseignants ; Pierre Rossolin, inspecteur des PTT ; Jean Le Toullec, cadre des Ponts et Chaussées ; Georges Thiébaut, inspecteur des Douanes ; et Joseph Quasimodo, agent du Trésor public.</p>
<p style="text-align: justify;">Le départ de six d’entre eux est fixé au mardi 5 septembre sur le <a title="Vol" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">vol</a> d’<a title="Air France" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Air France</a>. Les responsables des différents services auxquels appartiennent ces fonctionnaires sont avisés pour leur part, par le préfet, qu’il leur interdit d’accorder des autorisations d’absence le mardi 5 septembre. Cela, on le devine, afin d’éviter toute <a title="Manifestation" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">manifestation</a> à <a title="Gillot" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Gillot</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> « Atteinte aux droits de l’Homme » </strong><br />
Dès que cette nouvelle est rendue publique, les deux quotidiens de La Réunion, « <a title="Témoignages" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Témoignages</a> » et le « <a title="Journal" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Journal</a> de l’<a title="Ile de la Réunion" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Ile de La Réunion</a> » – considéré pourtant à l’époque comme le porte-parole de la préfecture – condamnent une mesure prise « pour délit d’opinion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la réaction des élus, elle réserve une surprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Réuni le mardi 29 août à Saint-Denis, le <a title="Conseil Général" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">conseil général</a> entend une longue déclaration du président Roger Payet, largement applaudi par la foule qui se presse dans les tribunes réservées au public. Mais pas par les élus, dont la plupart ne cachent pas leur stupéfaction. Le président Roger Payet, pourtant très proche du pouvoir, tient à exprimer sa réprobation devant « les atteintes aux droits les plus imprescriptibles de l’Homme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de lever la séance, le président Roger Payet donne lecture d’une motion (non soumise au vote), dont voici un très bref extrait : « Le conseil général demande que le département de La Réunion ne soit pas considéré comme un département d’exception, auquel sont appliquées des lois d’exception soulevant la réprobation générale. (&#8230;) Il émet le vœu que soient suspendus les arrêtés déjà pris ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’appel du président Roger Payet suscite ce qui s’apparente à une riposte des élus de la droite ultra à La Réunion. Réunis discrètement en congrès à Saint-Denis le 4 septembre, 19 maires de l’île sur 23 et 21 conseillers généraux sur 36 tiennent à affirmer qu’ils « déplorent que des fonctionnaires de l’État se soient mis dans le cas d’encourir des mesures de mutations (&#8230;) et assurent les fonctionnaires loyaux (!!) (…)» qu’ils « les défendront toujours, tant qu’ils serviront les seuls intérêts de la France ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Mobilisation des organisations démocratiques </strong><br />
Dès le lundi 21 août, d’innombrables initiatives sont prises dans toute l’île afin d’exprimer la colère et l’indignation des travailleurs réunionnais devant l’arbitraire qui frappe leurs compatriotes fonctionnaires. Le jeudi 24 août, un collectif composé des dirigeants du <a title="syndicat" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Syndicat</a> National des instituteurs (SNI), de l’Union départementale des syndicats CGT (UD-CGT), de la Fédération des œuvres laïques (FOL) est chargé d’organiser notamment une manifestation au <a title="Cinéma" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">cinéma</a> Rio à Saint-Denis, le dimanche 3 septembre 1961, en présence des victimes de l’ordonnance qui doivent quitter l’île deux jours plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de ce rassemblement empreint de gravité dans une salle du Rio archi-comble, les responsables de toutes les organisations démocratiques de l’île dénoncent l’illégalité d’une mesure qui frappe des Réunionnais pour la seule raison qu’ils participent au combat de leur peuple, visant à faire de La Réunion une terre de liberté, de <a title="Justice" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">justice</a> et de fraternité. Ils s’engagent à mettre tout en œuvre pour que cesse l’arbitraire.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est ensuite donnée à l’instituteur Max Rivière, qui s’exprime au nom de ses camarades proscrits. Le syndicaliste dionysien déclare notamment : « Le gouvernement nous frappe parce que nous dénonçons la réalité coloniale imposée à notre peuple (&#8230;). Dans notre activité politique, syndicale, comme d’ailleurs sur le plan professionnel, le gouvernement n’a pu, à aucun moment, retenir contre l’un quelconque d’entre nous un seul acte susceptible de poursuites judiciaires, une seule faute, (&#8230;) un manquement à l’honneur et à la probité. Il ne restait plus à ce gouvernement que l’arbitraire absolu. Il l’a choisi (&#8230;), apportant lui-même la preuve que les DOM sont bien des territoires d’exception ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de se séparer, l’assemblée du Rio adopte une motion dans laquelle elle exige l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 ; elle décide ensuite de constituer un Comité d’action pour l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont la présidence sera confiée au gouverneur honoraire de la France d’Outre-Mer, Anatolien Vincent-Dolor.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 5 septembre 1961, l’embarquement des exilés à Gillot se fait en présence de quelques personnalités et d’imposantes forces de police. Et à son arrivée à Orly, ce convoi de la honte ne peut accéder à l’aérogare, où il est attendu par une forte délégation de Réunionnais, que par une porte dérobée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Un combat de plus de 11 ans </strong><br />
Dès leur installation dans la région parisienne ou en province, les fonctionnaires exilés commencent le combat pour leur retour. C’est un combat qui durera un peu plus de 11 ans pour la plupart, malgré le soutien, notamment, de nombreux parlementaires et de juristes, dont il n’est pas possible ici de donner la liste complète. Citons parmi eux : Aimé Césaire, député de Fort de France, Me Louis Labadie, du barreau de Paris, qui déclare : « En sanctionnant non pas le trouble, mais le comportement de nature à troubler l’ordre public, la disposition législative recrée un véritable délit d’intention et constitue une violation certaine de la liberté d’opinion et d’expression (&#8230;). En fait, cette ordonnance permet au Pouvoir de frapper d’une véritable peine de bannissement tout <a title="Fonctionnaire" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">fonctionnaire</a> dont (&#8230;) la pensée politique ne traduirait pas une servilité totale au régime ».</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à nos compatriotes exilés, ils s’empressent de se pourvoir devant les juridictions administratives. Le 17 juin 1966, le ministre de l’Education nationale, au mépris de la chose jugée, se permet même d’écrire à Roland Robert : « Après examen de votre dossier, j’ai décidé, en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, votre maintien en Métropole ». Il s’agit en fait d’un abus de pouvoir caractérisé car l’ordonnance « scélérate » – le mot est de Victor Sablé, député de la même famille politique que Michel Debré – prévoit le « retour » et non le « maintien » en métropole.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Des propos scandaleux </strong><br />
Aux dix fonctionnaires dont les noms ont été cités plus haut, il faut ajouter les enseignants Clélie et Boris Gamaleya, ainsi que l’agent des Ponts et Chaussées (ancêtre de la DDE) Yvon Poudroux. Soit au total 13 fonctionnaires réunionnais victimes d’un texte odieux. A ces 13, il convient d’ajouter Iris et Daniel Lallemand, Roger Ueberschlag et Marcel Le Guen, frappés par une mesure qui s’apparente à l’ordonnance du 15 octobre 1960.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que nos compatriotes retenus contre leur gré en France hexagonale se battaient pour le respect de leurs droits, Michel Debré, devenu député de La Réunion depuis le 5 mai 1963, n’a eu de cesse, au cours de ses fréquents séjours dans l’île, de tenter de justifier les « lettres de cachet » portant sa signature : « L’ordonnance ne vise pas les libres citoyens ; elle ne vise que les gens que l’Etat paie. (&#8230;) L’ordonnance dit que les fonctionnaires payés par l’État ne pourront pas, sur place, déclarer que la politique est mauvaise (&#8230; )». Ces propos scandaleux ont été tenus à la préfecture de Saint-Denis le 30 novembre 1966.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Le recours aux grands moyens </strong><br />
Afin de mettre fin à l’arbitraire qui les frappe, certains exilés ont pris une retraite anticipée ; les frais du voyage retour sont restés à leur charge. L’un d’entre eux, Jean-Baptiste Ponama, a été rayé des cadres fin 1962, pour avoir refusé de regagner son poste en France, après un congé à La Réunion. Roland Robert a eu pour sa part, la chance de bénéficier du soutien du ministre Edgard Faure, qui lui permit de revenir exercer à La Réunion, en septembre 1969.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la plupart des autres, ils ont dû recourir à l’arme terrible de la <a title="Grève" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">grève</a> de la faim, en janvier 1972, pour contraindre le Parlement à voter l’abrogation de « l’ordonnance Debré ». Durant cette douloureuse épreuve, ils ont obtenu l’appui de personnalités politiques et syndicales nationales. L’abrogation sera votée le 12 octobre 1972.</p>
<p style="text-align: justify;">Nos compatriotes exilés ont pu enfin retourner à La Réunion. Il n’en reste pas moins que le grave préjudice qu’ils ont subi n’a jamais été réparé, comme le demandait le député communiste Louis Odru.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de tourner une des pages les plus sombres de notre Histoire, comment ne pas déplorer le silence, un silence honteux, observé par le père le l’ordonnance, au cours de l’examen de celle-ci au Palais Bourbon, où il représentait La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;">Un silence d’autant moins compréhensible que 6 mois plus tôt, en visite dans l’île, il répétait inlassablement : « L’attaque contre l’ordonnance est un pur scandale ».</p>
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<h2 id="7lameslamer">Document : le « Rideau de cannes » épingle l’ordonnance Debré</h2>
<p><em>Article tiré du site « 7 lames la mer »</em><br />
<em> Source : <a href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html">http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html</a></em></p>
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<p style="text-align: justify;">« 7 Lames la Mer » sort de ses archives un document extrait du « Rideau de Cannes » — organe de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion — qui évoque l’ordonnance scélérate du 15 octobre 1960 de Michel Debré. Regard sur un passé proche qui conjuguait présent et avenir à l’imparfait.</p>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Le « <i>Rideau de Cannes</i> », organe de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion (UGECR), est publié à Paris au début des années soixante. L’UGECR contribue à défricher les sentiers marrons de la résistance et à cristalliser la conscience réunionnaise. Dans le « <i> Rideau de cannes</i> », on découvre une poésie engagée, une approche expérimentale de la graphie, des dossiers sur des sujets encore sensibles aujourd’hui : « <i>Créole ou Zoreil </i> », « <i>Ordonnance et colonialisme</i> », « <i>Contributions à l’étude de notre langue créole réunionnaise</i> », « <i>Deux siècles d’esclavage : histoire des esclaves et du marronnage à La Réunion </i> », etc… Les acteurs de ce mouvement sont aujourd’hui reconnus comme « <i>les novateurs qui ont tracé la voie de la promotion de la langue créole et de la littérature réunionnaise.</i> » [<a id="nh1" title="La Littérature réunionnaise d’expression créole, Alain Armand et Gérard (...)" href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html#nb1">1</a>] Nous vous proposons de découvrir leur analyse face à l’ordonnance de Debré du 15 octobre 1960 qui consiste, ni plus ni moins, à expulser de La Réunion, les fonctionnaires qui ne plaisent pas au pouvoir pour cause d’opinions politiques ! Les jeunes Réunionnais qui, à l’époque, étudient et militent en France, s’expriment sans détour et aujourd’hui, leurs écrits conservent un portée subversive. Nous reproduisons ci-dessous leurs textes dans leur intégralité. Tardra, viendra&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><i> <strong>7 Lames la Mer</strong> </i></p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter" src="http://www.7lameslamer.net/local/cache-vignettes/L550xH292/capture_d_e_cran_2013-10-02_a_17.17.57-75aa5.png" alt="" width="550" height="292" /></p>
<dl>
<dd>Derrière le rideau de cannes&#8230; « Le rideau de cannes » était un « organe périodique édité par l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion ». Créé en 1961, il disparaît au bout de quatre numéros, en juillet 1963</dd>
</dl>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ordonnance et colonialisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Des « <i>risques de tempête</i> » — nous dit le journal français « <i>l’Express</i> » — viennent couronner la politique menée depuis quinze ans dans les quatre « <i>Départements d’outre-mer</i> ». Et le gouvernement français, au lieu de satisfaire aux légitimes aspirations des peuples de ces pays à la gestion de leurs affaires par des mesures de décolonisation affective — les seules qui puissent résoudre les problèmes posés — préfère répondre par la suppression des libertés fondamentales et par l’aggravation de la répression, comme le prouve l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont les premières mesures d’application viennent d’être prises simultanément à La Guadeloupe, à La Martinique et à La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’ordonnance</strong><br />
L’article premier de cette ordonnance, rédigé en termes précis, est très significatif. Il stipule que : « <i>les fonctionnaires de l’Etat et des établissements publics de l’Etat en service dans les Départements d’Outre-Mer, dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, peuvent être, sur proposition du préfet et sans autre formaloité, rappelés d’office en métropole pour y recevoir une nouvelle affectation</i> ». Signé : De Gaulle, Debré. Nous croyons pouvoir affirmer tout de suite que l’esprit même de cette ordonnance est de nature à troubler l’ordre public et non le comportement des fonctionnaires, car elle ouvre la voie à l’arbitraire le plus absolu, laissant au seul préfet toute liberté pour apprécier le moment à partir duquel un fonctionnaire trouble l’ordre public, et M. Vincent-Dolor, ancien gouverneur honoraire, président du « <i>Comité d’action en vue d’obtenir des pouvoirs publics l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 et l’annulation des décisions prises en application de cette ordonnance</i> », s’adressant à une mission parlementaire française, a pu dire : « <i>On se demande si on se rend compte en métropole et ici qu’on n’agirait pas autrement si on voulait pousser les Réunionnais à se séparer de la France</i> ».</p>
<dl>
<dt><img decoding="async" class="aligncenter" src="http://www.7lameslamer.net/local/cache-vignettes/L550xH283/capture_d_e_cran_2013-10-02_a_16.10.33-2cd31.png" alt="PNG - 316.3 ko" width="550" height="283" /></dt>
<dd>Photo réunissant quelques unes des victimes de l’ordonnance. Au premier rang notamment, les époux Ponama, Roland Robert, etc. On aperçoit aussi au second plan, Paul Vergès à gauche et Isnelle Amelin à droite.</dd>
</dl>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premières mesures d’application</strong><br />
Les récentes décisions, prises en application de cette ordonnance, se traduisent par la « <i>mutation d’office</i> » de sept de nos compatriotes, d’un Français en fonction à La Réunion, de neuf fonctionnaires guadeloupéens et de trois fonctionnaires martiniquais, qui furent en fait, expulsés de leurs pays, séparés brutalement, tels des esclaves sur le marché, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs familles. Ces décisions sont d’une extrême gravité parce qu’elles menacent désormais tous les fonctionnaires réunionnais, portant une grave atteinte à la liberté de notre peuple déjà privé du droit de choisir ses élus, du droit de défendre ses intérêts, déjà bafoué constamment dans sa dignité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un prétexte</strong><br />
A un moment où les Réunionnais participent de plus en plus activement à la lutte des pays coloniaux contre l’asservissement, cette ordonnance vise à briser le combat politique que mène le front uni de tous les Réunionnais conscients des intérêts supérieurs du pays. L’idée, avancée par ses défenseurs, selon laquelle l’ordonnance ne vise que les communistes, ne doit tromper personne. Et même si les communistes seuls étaient visés, nous, étudiants de l’UGECR [<a id="nh2" title="Union générale des étudiants créoles de la Réunion" href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html#nb2">2</a>], n’approuverions pas pour autant cette ordonnance et ses mesures d’application, car non seulement son caractère anticommuniste ne peut pas effacer son caractère arbitraire, contraire aux principes fondamentaux de la liberté, mais encore l’étiquette « <i>communiste</i> » sera demain attribuée à tout Réunionnais qui luttera contre ces mesures, à tout Réunionnais honnête qui désirera le bien de sa patrie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La lutte de l’UGECR et des Réunionnais</strong><br />
L’UGECR a élevé une protestation, dans un communiqué envoyé à la presse, contre l’ordonnance et ses premières mesures d’application ; notre union a demandé le retour immédiat des exilés dans leur pays, qui manque actuellement de cadres et elles participera à toute démarche, toute action visant l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre. Dans l’immédiat les étudiants ne manqueront pas à leur devoir de lutter contre les expulsions qui ont déjà provoqué la réprobation unanime de tout le peuple réunionnais. Tous les journaux de l’île, chacun à sa manière, ont crié leur indignation — à l’exception du Journal de l’île de La Réunion dont le directeur est un zoreil, et du journal La Démocratie qui se prétend Réunionnais. A propos de l’attitude du Président du conseil général, qui s’est prononcé ouvertement contre les expulsions, le journal Le Progrès a pu, à juste titre, écrire : L’acte de Président Payet est une affirmation hautement autorisée de la personnalité réunionnaise.</p>
<p><strong>Le colonialisme français</strong><br />
Mais si les étudiants comprennent qu’il faut lutter dans l’immédiat contre l’ordonnance du 15 octobre, ils ne peuvent pas ne pas comprendre aussi, à la lumière de cette expérience, que cette lutte doit s’inscrire dans le car plus large <strong>de la lutte des Réunionnais pour l’émancipation définitive de leurs pays de la tutelle coloniale</strong>. C’est parce que notre pays est enchaîné par un statut dit « <i>départemental</i> » mais cachant grossièrement une réalité coloniale, c’est parce que notre pays est dominé, qu’une telle ordonnance <strong>extérieure</strong> est possible. Cette ordonnance émane bien du gouvernement français, elle a été décidée par lui, approuvée par lui, pour pouvoir mieux asservir notre peuple, et non par des Réunionnais, comme l’a prouvé de façon éclatante la position digne du Président Payet. Les mesures d’expulsion <strong>n’ont jamais été décidées par les Réunionnais</strong>, car les quelques maires et conseillers généraux qui les ont approuvées sont les traitres habituels à notre pays, élus de la fraude, les authentiques valets du colonialisme français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La solution</strong><br />
Le problème fondamental qui se pose aujourd’hui aux Réunionnais est de mettre le gouvernement français dans l’impossibilité de prendre de telles mesures arbitraires à leur encontre. Et un seul statut d’autonomie conforme aux idées de notre temps, où les Réunionnais seront maîtres de leur destin, maîtres chez soi, peut empêcher qu’une telle ordonnance soit prise.</p>
<p style="text-align: justify;"><i> <strong>Le Rideau de cannes</strong> </i></p>
<p style="text-align: justify;">P.S. Nous avons appris que M. Daniel Lallemand, professeur au lycée, vient de recevoir un mandat d’expulsion de son pays, et qu’il a adressé une lettre au ministre de l’Education nationale lui signifiant son refus d’obéir à cette mesure et sa volonté de continuer à travailler dans son pays.</p>
<div><strong>Communiqué sur les expulsions de fonctionnaires créoles en France</strong></div>
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<p style="text-align: justify;">L’Union générale des étudiants créoles de La Réunion apprend avec indignation la nouvelle vague de mutations en France dont sont victimes plusieurs fonctionnaires réuninnais.<br />
— Constate que ces expulsions ne sont justifiées par aucune faute professionnelles.<br />
— En déduit que ces fonctionnaires créoles n’ont été expulsés de notre pays que pour avoir exprimé leurs opinions politiques.<br />
— se prononce pour le respect du principe de la libre expression de toutes les tendances dans notre pays.<br />
— Dénonce le caractère dictatorial de l’ordonnance du gouvernement français colonialiste en date du 15 octobre 1960 selon laquelle « <i>les fonctionnaires de l’Etat et des établissements publics de l’Etat en service dans les Départements d’Outre-Mer, dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, peuvent être, <strong>sur la proposition du préfet et sans autre formalité</strong>, rappelés d’office en métropole.</i> »<br />
— Demande la réintégration immédiate de tous ces fonctionnaires et l’abrogation de cette ordonnance dont les conséquences néfastes se font particulièrement sentir en vidant notre pays de ses cadres.<br />
<i>Motion votée à l’unanimité.</i></p>
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<h2 id="humanite">L’ordonnance du 15 octobre 1960, un texte scélérat</h2>
<p><em>Article tiré du site du journal L&rsquo;Humanité, qui élargit au contexte antillais</em><br />
<em> Source : <a href="http://www.humanite.fr/monde/l%E2%80%99ordonnance-du-15-octobre-1960-un-texte-scelerat-488191">http://www.humanite.fr/monde/l%E2%80%99ordonnance-du-15-octobre-1960-un-texte-scelerat-488191</a></em></p>
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<div style="text-align: justify;">Le 15 octobre 1960, le Journal officiel publie une  ordonnance par laquelle l’État français livre à l’arbitraire les fonctionnaires des départements d’outre-mer. Militants anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes, en majorité communistes, sont mutés sans autre forme de procès.</div>
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<p style="text-align: justify;">Promulguée à l’initiative du premier ministre de l’époque, Michel Debré, l’ordonnance du 15 octobre 1960 stipulait que « les fonctionnaires de l’État et des établissements publics de l’État en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d’office en métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation ». Il y a cinquante ans, c’était l’époque de la guerre d’Algérie. Le gouvernement français avait reçu du Parlement les pleins pouvoirs pour légiférer par ordonnance. Lors d’une rencontre avec la presse, le 30 novembre 1966, à Saint-Denis de la Réunion, Michel Debré reconnaissait « avoir voulu cette ordonnance, l’avoir rédigée et même appliquée (…) ». Et surtout qu’« elle n’a pas été faite pour la Réunion (…) ». Ni pour les autres DOM d’ailleurs, aurait-il pu ajouter puisque l’article 3 de la loi du 4 février 1960 prévoit la ratification des ordonnances par le Parlement. Or, celle du 15 octobre 1960 n’a jamais été ratifiée. La question qui se posait était de savoir pourquoi une mesure prévue pour les départements algériens a pu être élargie aux « quatre vieilles colonies » des Antilles, à la Guyane et à l’île de la Réunion. La réponse était évidente : la probabilité de la perte de l’Algérie. Et donc, le gouvernement français estimait nécessaire de se donner les moyens de conserver ses autres « propriétés ». D’autant que ça chauffait dans les départements français d’outre-mer.</p>
<p style="text-align: justify;">En décembre 1959, à la Martinique, un banal incident de circulation, place de la Savane, à Fort-de-France, tourne à l’altercation entre un Martiniquais et un… Français. Des CRS présents interviennent violemment à coups de gaz lacrymogènes et dispersent tout le monde. Mais des badauds et des militaires en permission ne s’en laissent pas conter et ripostent. Durant trois jours la bataille a fait rage, dans un premier temps entre des groupes descendus des quartiers populaires de la capitale et les CRS. Et quand ces derniers ont été consignés dans leur casernement au Fort-Saint-Louis, les différents groupes ont affronté les gendarmes et les policiers. Ces émeutes seront cause de la mort, par les forces de l’ordre, de trois jeunes Martiniquais : Edmond Éloi dit Rosile, vingt ans, Christian Marajo, quinze ans, et Julien Betzi, dix-neuf ans. Avec la mort de ces trois jeunes se précisait l’entrée de la Martinique au cœur d’une période troublée. Les débordements de cette fin des années 1960 sont à chercher dans le contexte socio-économique : la restructuration de l’économie sucrière battait son plein. Le chômage y était endémique et l’exode était massif vers les quartiers populaires de Fort-de-France. À cela s’ajoutait l’accélération de la mise en place de la loi de mars 1946 sur la départementalisation, et une multiplication d’incidents racistes dus aux CRS et aux fonctionnaires français en poste dans les administrations de la Martinique.</p>
<p style="text-align: justify;">La répression a frappé là où les communistes agissaient le plus. Sur proposition des préfets et sans formalité, des fonctionnaires militants anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes, en majorité communistes, furent mutés sans autre forme de procès. Neuf Guadeloupéens, un Guyanais, treize Réunionnais ont été pris pour cible. Certains se sont retrouvés en Corse, en Afrique. D’autres furent exilés dans l’Hexagone. À la Martinique, quatre fonctionnaires ont fait les frais de leurs engagements. Ces quatre victimes : Armand Nicolas (professeur de lycée et plus tard secrétaire général du PCM), Guy Dufond (professeur de lycée), Georges Mauvois et Walter Guitteaud (inspecteurs de la poste) ont très vite reçu leur mutation d’office pour la métropole. Ils étaient tous les quatre des dirigeants du Parti communiste martiniquais (PCM). Des hommes férus d’engagement anticolonialiste. Ils ont refusé d’obtempérer et ont été révoqués. Leur refus de se soumettre venait de l’éveil des consciences très fort à cette époque où, en figure de proue de la revendication identitaire et au plus fort de la bataille contre l’ordre colonial, il y avait Aimé Césaire. Pour avoir été l’un des fondateurs du Front antillo-guyanais pour l’autonomie, Édouard Glissant fut interdit de séjour dans son île natale. Tout comme l’avocat Marcel Manville. Yvon Leborgne, professeur de philosophie en Guadeloupe, fut exilé en Corse. Le haut fonctionnaire Albert Beville, connu aussi sous le nom de Paul Niger, fut rétrogradé et interdit de séjour en Guadeloupe. D’autres fonctionnaires, métropolitains, ont aussi payé tribut à l’ordonnance du 15 octobre 1960 pour avoir protesté contre la situation coloniale avant que cette ordonnance scélérate soit abrogée en 1972.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un demi-siècle  plus tard</strong> Le 16 octobre 2011 a eu lieu, à l’Atrium, à Fort-de-France, une soirée d’évocation, de mémoire et d’histoire de la Martinique. Un colloque bien symbolique, pour rappeler qu’il y a cinquante ans la répression coloniale frappait durement des citoyens en se servant de l’ordonnance du 15 octobre 1960. À cette occasion, un film documentaire d’un jeune réalisateur martiniquais, Jonaz Joslen, retraçant cet épisode douloureux, a été projeté lors de cette soirée. La manifestation était placée sous la présidence du docteur Michel Yoyo, avec la participation d’Armand Nicolas, Georges Mauvois et Guy Dufond. Trois des quatre victimes martiniquaises de cette ordonnance (le quatrième, Walter Guitteaud, est décédé). Cinquante ans plus tard, cette soirée d’échange était une invitation à revivre une page importante de l’histoire du pays, mais aussi une invite à la population à continuer de plus belle le combat pour une Martinique martiniquaise.</p>
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<hr />
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		<title>« J&#8217;ai séparé nos routes »</title>
		<link>https://www.tikreol.re/jai-separe-nos-routes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Jul 2014 10:07:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[ethnocentrisme]]></category>
		<category><![CDATA[néocolonialisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Voici un texte retranscrivant une réflexion que je partage, qui dénonce l’ethnocentrisme et le paternalisme colonialiste que l’on retrouve en France même dans les milieux « d’extrême-gauche »,  qui voudraient que l’on calque les modèles politiques occidentaux « révolutionnaires » à nos contextes à nous, à nos vies, à nos résistances. Non, la France et l’Europe ne sont pas le centre du monde. Non, le monde ne vous appartient pas.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Voici un texte retranscrivant une réflexion que je partage, qui dénonce l&rsquo;ethnocentrisme et le paternalisme colonialiste que l&rsquo;on retrouve en France même dans les milieux « d&rsquo;extrême-gauche »,  qui voudraient que l&rsquo;on calque les modèles politiques occidentaux « révolutionnaires » à nos contextes à nous, à nos vies, à nos résistances. Non, la France et l&rsquo;Europe ne sont pas le centre du monde. Non, le monde ne vous appartient pas.</strong><br />
<strong>Texte repris avec l&rsquo;aimable autorisation de cases-rebelles.org</strong></p>
<h3><strong></strong>J&rsquo;ai séparé nos routes</h3>
<p style="text-align: justify;">Il y a de cela quelques années j’ai séparé nos routes. Séché mes larmes de votre insistance à être si blancHEs, si occidentaux-ales.<br />
Vos références aveuglantes d’égocentrisme culturel et historique; vos révolutions françaises, russes, vos guerres d’Espagne, 68, et que sais-je…<br />
Où étions-nous pendant ce temps là ?<br />
Suant, saignant, braillant, crevant d’absences sans doute.<br />
Pendant que vous vous rêviez marxistes léninistes, anarchistes, féministes, socialistes, républicainEs, antifascistes, en attendant de nous apprendre à notre « réveil » que la société qui nous avait annexés, génocidés, enchaînés avait aussi accouché de plans de sorties, que vous alliez « partager » dans votre grande mansuétude.</p>
<p style="text-align: justify;">Vos mythologies libératrices je les profane ; ce ne sont pas les miennes.<br />
Je n’espère rien d’autre que vous fermiez vos gueules. On a trop entendu l’homme blanc chanter au vent ses stratégies étouffantes.<br />
Chaque fois que nous avons été dans la lutte à ses côtés on l’a vu écrire une histoire à son image ; comme à Stonewall par exemple. Et à chaque fois qu’il nous est arrivé de dire nous sommes queers, féministes, marxistes, anarchistes, écologistes, indépendantistes ou autres vous avez entendu « nous vous aimons tant que nous voulons être comme vous, nous voulons nous battre comme vous qui nous avez tout appris. » Et puis vous avez constamment jaugé, jugé, soupesé nos révoltes. Ah nous ne faisions pas comme il fallait faire.<br />
Il n’a jamais été question pour vous de comprendre en quoi nous faisions nos propres lectures à la lumière d’autres vécus et d’autres analyses qui vous échappaient fondamentalement.</p>
<p style="text-align: justify;">Votre monde n’est qu’un petit bout écrasant des univers disponibles. Les nôtres incluent l’invisible, la foi, l’irrationnel et tout cela fait sens.<br />
Vous avez tant piétiné de peuples et d’histoires.<br />
Ne bougez plus.<br />
Tendez l’oreille si vous en êtes capables.</p>
<p style="text-align: justify;">Écoutez-vous. Vraiment.<br />
Vos discours, vos mots, vos souffles courts, vos artistes engagéEs, votre amour du voyage.<br />
Vous voulez pouvoir tendre la main sans qu’on y crache.<br />
Nous comprendre, nous fréquenter, nous développer, nous inviter à vos auberges « espagnoles », nous imposer vos convivialités de bonne bouffe que je déteste. Vos vins, vos plats, votre savoir-bien-vivre.<br />
Ou votre mépris ostensible du savoir-bien-vivre parce que les révoltéEs bien élevéEs doivent savoir à leur heure mimer l’inconvenance, jouer le mépris des bourgeois de façon bien bourgeoise.<br />
C’est tellement mignon votre nomadisme de classe, vos retours à l’usine, vos squats, vos fausses trahisons vis-à-vis de vos mondes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je peux en raconter des racismes asphyxiants et chaque fois on m’a dit que c’était un « malentendu », que j’avais dû « mal comprendre » et qu’en plus les formes de ma colère la disqualifiaient.<br />
J’étais « trop agressif, écorché ». Mais écorché par qui ?<br />
Aux belles heures pratiques les militantEs dominantEs mutent soudainement en êtres indulgents et compréhensifs. Indulgents et compréhensifs d’eux-mêmes parce qu’ils ne veulent pas se donner la peine de regarder dans le miroir.<br />
Parce qu’ils veulent quelques uns d’entre nous sur la photo de famille mais ne veulent surtout pas qu’on critique la famille, qu’on défie l’arrogance du groupe affinitaire. Sous peine de vendetta, calomnies et exclusions définitives. A ces heures pratiques, sacrifier l’Autre ça n’empêchera pas de dormir, ça ne perturbera pas les fêtes. Parce qu’ils sont trop forts les héritierEs des Lumières et qu’ils restent trop beaux même dans l’agir fasciste. Même quand ils éliminent, précisEs comme des snipers les voix critiques et dissonantes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.cases-rebelles.org/wp-content/uploads/2014/07/tintin-au-congo.jpg"><img decoding="async" class="alignleft" title="Tintin_au_Congo" alt="" src="http://www.cases-rebelles.org/wp-content/uploads/2014/07/tintin-au-congo.jpg" width="210" height="285" /></a>Et ce besoin d’aller voir, d’être témoins. D’aller visiter Sénégal, Inde, Burkina-Faso, Palestine, Haïti. Tout comme les quartiers populaires, les IME ou les prisons.<br />
Visiter pour dire : j’y étais. Éternels explorateurs, saletés de découvreurs.<br />
Pour se payer le luxe d’une fausse promiscuité : toute une belle ribambelle de Tintins au Congo.<br />
Pour pouvoir raconter. Pour qu’on vous dise «  fais gaffe ça va être dur ». Ou alors «  Houlala, ça a du être difficile! ». Pour pouvoir raconter, qu’on vous chante au retour des félicitations pour avoir supporté pendant quelques heures, semaines ou mois ce qui n&rsquo;est pour les autres qu’un quotidien sans perspectives de changement. Fraternisant, sympathisant, posant, couchant avec les autochtones. Soutenu par vos statuts de mégaprivilégiés.<br />
Quel courage !!! Quelle bonté. Quelle fierté.<br />
De risquer vos importantes petites vies au Chiapas, en Égypte ou en Colombie.</p>
<p style="text-align: justify;">Tant de kilomètres pour ne pas voir.<br />
Ne pas vous voir ici. Ne pas vous regarder ici chez vous.<br />
Pour animer le dimanche à table de vos récits sans honte vos réunions bourgeoises.<br />
Souvent je vous retrouve égaux à vous-mêmes.<br />
Vos parents, vos familles, vos pairs.<br />
Où étaient-ils pendant la guerre ?<br />
Et puis c’est quoi leurs liens à la colonisation ?<br />
Combien dans la coopération, le « développement » ?<br />
Non ça ne suffit pas de ne pas avoir fait la guerre d’Algérie.<br />
On peut s’être empiffrés dans le Cameroun sous napalm.<br />
Vos mutations. Vos mutations d’expat’ comme vous dîtes.<br />
Tout ça ça continue… Tout comme les mutations coloniales aux Antilles « Françaises ».<br />
Vos voyages en Inde, au Sénégal, en République Dominicaine, à Madagascar.<br />
Le tourisme n’a jamais sauvé personne. Vous semez le chaos dans vos safaris, le désespoir et l’envie. A tarifs low costs.<br />
Mais l’Occident ne veut pas se refuser le monde. Ne veut pas cesser de se dire qu’il va découvrir le monde.  Redécouvrir le monde. L’Occident ne veut pas se priver de bonnes vacances. Il ne veut pas se partager en ligne ses ballades planétaires. Il ne veut pas se priver d’une bonne coupe du monde, peu importe le sang.<br />
Il ne veut pas se bouder le plaisir d’un bon western comme si on faisait des films à la gloire des nazis. L’Allemagne nazie c’est l’Amérique des cow-boys et de celle de Custer. Celle de l’esclavage et des lynchages. Cette belle Amérique, ébahie de son impunité, n’a pas hésité à Hiroshima et Nagasaki parce qu’on l’avait déjà tellement applaudie qu’elle pouvait prendre de l’avance. Et au Vietnam, en Irak, en Afghanistan les westerns n’en finissent plus de se tourner. Et il y a des cowboys d’Afrique jusqu’en Palestine en passant par le Brésil.<br />
Vous allez me dire que j’ai raison et que vous consentez à cela. Mais je m’en contrefiche si vous ne voyiez pas votre participation dans tout ce mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">Consentez au silence, à la parcimonie de vos langues envahissantes.<br />
Votre sentiment de culpabilité ne m’intéresse pas. Pas plus que votre mauvaise conscience.<br />
Actez. Taisez-vous. Travaillez. Regardez-vous.<br />
Pour tenter de comprendre. Comprendre que vous ne pouvez panser des plaies créées à votre contact.<br />
J’ai grandi avec votre télévision, vos images, vos personnages noirs caricaturaux et votre omniprésence.<br />
Je vous connais bien mieux que vous ne me connaissez. Vos révoltes d’adolescence. Le nom de nos héros brandis. Comme nos cultures de résistance, nos musiques, vidées de sens par vous. Vous parlant de nous sans nous. Jouant  notre musique sans nous.<br />
Et vous vous pensez du bon côté de la ligne. Sans jamais reconnaître tous les traits communs que vous partagez avec vos jumeaux fascistes. Comme d’avoir su, au hasard, entretenu si bien la flamme islamophobe.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand vous serez plus vieux que vous vous serez poséEs ce ne sont pas nos misères qui vous empêcheront de dormir, ce n’est pas la conscience qui vous poussera à ne rien dire. C’est juste que vous serez passéEs à d’autres tourismes. Mais moi ça fait longtemps que j’aurai séparé nos routes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M.L. – Cases Rebelles </strong><em>(Juin 2014)</em></p>
<p style="text-align: justify;">Source : <a href="http://www.cases-rebelles.org/jai-separe-nos-routes/">http://www.cases-rebelles.org/jai-separe-nos-routes/</a></p>
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		<title>Déclaration de Serge Sinamalé à la conférence des dernières colonies françaises (1985)</title>
		<link>https://www.tikreol.re/declaration-de-serge-sinamale-a-la-conference-des-dernieres-colonies-francaises-1985/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Mar 2014 09:57:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[colonies]]></category>
		<category><![CDATA[conférence]]></category>
		<category><![CDATA[france]]></category>
		<category><![CDATA[sinamalé]]></category>
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					<description><![CDATA[Voici une déclaration de l'indépendantiste progressiste Serge SINAMALÉ, militant du M.I.R. (Mouvement Indépendantiste Réunionnais)  en avril 1985 dans le cadre la conférence internationale des dernières colonies françaises, en Guadeloupe. Ce texte est issu d'un recueil des discours des différents représentants d'organisations présentes à cette conférence.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Voici une déclaration de l&rsquo;indépendantiste progressiste Serge SINAMALÉ, militant du M.I.R. (Mouvement Indépendantiste Réunionnais)  en avril 1985 dans le cadre la conférence internationale des dernières colonies françaises, en Guadeloupe. Ce texte est issu d&rsquo;un recueil des discours des différents représentants d&rsquo;organisations présentes à cette conférence.</strong><br />
<strong>Que l&rsquo;on soit indépendantiste ou pas, ce document est intéressant dans la mesure où il livre un état des lieux objectif sur la situation de la Réunion après plus de 300 ans de système colonial. C&rsquo;est un état des lieux fait il y a bientôt 30 ans, qui mériterait donc une petite actualisation, mais qui est d&rsquo;autant plus éclairant que certains faits cités se sont encore aggravés aujourd&rsquo;hui.</strong><br />
<em>J&rsquo;ai modifié un peu la mise en page ainsi que la syntaxe à certains endroits pour une lecture plus facile. Les éléments entre crochets sont des ajouts de ma part.</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">DÉCLARATION DE S. SINAMALÉ (Réunion)</h3>
<p style="text-align: justify;">Chers Invités, chers Amis, Frères de combat,</p>
<p style="text-align: justify;">Le M.I.R. adresse ses fraternelles salutations à tous les membres de cette conférence historique.<br />
Le M.I.R. remercie les camarades de l&rsquo;U.P.L.G. [Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe] qui ont tout mis en œuvre, malgré les intimidations et les difficultés de toutes sortes, pour faire de cette conférence internationale un succès.<br />
C&rsquo;est avec une profonde émotion que le M.I.R. salue le représentant du F.L.N.K.S. [Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste] ici présent. A travers lui, le M.I.R. salue le peuple Kanak qui depuis le 18 novembre 1984 connaît l&rsquo;horreur de l&rsquo;occupation française comme au premier jour de la colonisation en 1853.</p>
<p style="text-align: justify;">Le M.I.R. flétrit l&rsquo;odieux crime que commettent le gouvernement français et ses représentants qui n&rsquo;hésitent pas à assassiner les héros du peuple kanak qui sont aussi les nôtres.<br />
Le M.I.R. s&rsquo;incline devant la mémoire d&rsquo;Éloi Machoro, de Marcel Nonnaro et des autres martyrs kanaks.</p>
<p style="text-align: justify;">Chers Amis, Frères de combat,</p>
<p style="text-align: justify;">Comme les kanaks, les guyanais, les martiniquais, les guadeloupéens, les ouvriers réunionnais ne sont pas restés sourds à l&rsquo;appel de leurs frères d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Amérique Latine qui se sont dressés contre leurs impérialismes respectifs pour leur émancipation, pour la liberté et la dignité.<br />
Aujourd&rsquo;hui plus qu&rsquo;hier les patriotes réunionnais veulent assumer l&rsquo;héritage légué par leurs glorieux ancêtres Anchaing, Cimendef&#8230; par tous les hommes et femmes qui, durant la longue nuit coloniale se sont dressés contre l&rsquo;injustice, le vol, le pillage, contre l&rsquo;arbitraire du pouvoir colonial, pour la libération nationale.<br />
Frères,<br />
Comme pour les autres DOM-TOM, la Réunion n&rsquo;est pas la France.<br />
Chers Amis, chers Frères de combat,<br />
Permettez-moi, avant d&rsquo;aborder la réalité coloniale de la Réunion, de faire un bref historique de la formation du peuple réunionnais et de la nation réunionnaise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LA REUNION, UN PEUPLE, UNE NATION</strong><br />
Le développement historique de la société réunionnaise est marqué par trois périodes :<br />
&#8211; La période esclavagiste qui s&rsquo;étend de 1663, date de l&rsquo;arrivée des premiers habitants dans l&rsquo;île, à 1848, date de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage<br />
&#8211; La seconde période qui va de 1848 à 1946 est marquée par le phénomène des engagés venus de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;arrivée de deux nouvelles communautés : chinoises et musulmanes.<br />
&#8211; Enfin 1946 qui marque l&rsquo;ère de la départementalisation, nouvelle forme juridique et administrative de la colonisation.</p>
<h4 style="text-align: justify;">A. La période coloniale et esclavagiste</h4>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est en 1663 que l&rsquo;île de la Réunion est occupée définitivement. A cette date le colonialisme français y installe deux colons blancs avec dix esclaves malgaches. Ces esclaves se révoltent contre leurs maîtres et se réfugient dans les hautes montagnes à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;île. Ils inaugurent ainsi la principale forme de lutte des esclaves : le marronnage.<br />
Avec le plan de colonisation de 1717, la traite des Noirs est organisée systématiquement sur une grande échelle. Le nombre des esclaves arrachés sur les côtes de Madagascar, d&rsquo;Afrique Orientale et même périodiquement sur les côtes d&rsquo;Afrique Occidentale augmente très rapidement pour constituer  à la fin du 18ème siècle 80 % de la population.<br />
Pendant toute cette première période les esclaves refuseront la domination des blancs. Beaucoup s&rsquo;enfuiront, s&rsquo;organiseront dans les camps et en opposition au système de servitude imposé par le colonialisme français, ils donneront naissance sur les hauteurs de l&rsquo;île à une nouvelle société basée sur l&rsquo;égalité et la liberté. Une lutte acharnée s&rsquo;engagera entre les deux formes de société. Les blancs organiseront des milices chargées de démanteler les camps et d&rsquo;exterminer les marrons.<br />
De leur côté, les esclaves se donneront comme but d&rsquo;en finir avec la domination des blancs et la libération de l&rsquo;île afin d&rsquo;instaurer un régime basé sur l&rsquo;égalité et la liberté. Cette lutte menée pendant plus d&rsquo;un siècle et demi a été l&rsquo;un des facteurs essentiels qui a conduit à l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage le 20 décembre 1848.<br />
Parallèlement au marronnage se développe, avec la transformation de la Réunion en île à sucre, la prolétarisation d&rsquo;une très forte proportion de blancs. C&rsquo;est le phénomène des &lsquo;petits blancs&rsquo; ou blancs pauvres. Ces petits blancs, sans terre et sans esclave se réfugient dans les hauts de l&rsquo;île et tentent de subsister en pratiquant une agriculture vivrière.<br />
En 1848, les 2/3 de la population blanche sont constitués de &lsquo;petits blancs&rsquo;.<br />
A cette date la répartition de la population réunionnaise est la suivante : sur 110.000 habitants, 60.000 sont esclaves, 8.000 affranchis, 28.000 sont des petits blancs (et 14.000 gros blancs)</p>
<h4 style="text-align: justify;">B. La période coloniale, semi-féodale et semi-capitaliste</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;esclavage a été aboli mais il n&rsquo;y a pas eu de transformation radicale de la société réunionnaise. Sur 60000 esclaves affranchis, plus de la moitié quitteront les terres de leurs anciens maîtres et iront rejoindre les petits blancs sur les hauteurs de l&rsquo;île où ils partageront une existence misérable. Les besoins en main d’œuvre pousseront les gros propriétaires à développer la politique des engagés. De 1848 [à ?] ce sont 20.000 malgaches et africains qui seront recrutés.<br />
[De 1848 à 1882, 40.000 engagés africains, comoriens et malgaches sont introduits à la Réunion. Voir texte de l&rsquo;historien Sudel FUMA : <a href="https://histoire974.wordpress.com/2016/01/19/le-servilisme-a-la-place-du-concept-dengagisme-pour-definir-le-statut-des-travailleurs-immigres-ou-affranchis-apres-labolition-de-lesclavage-en-1848-sudel-fuma/" target="_blank">« le servilisme à la place du concept d&rsquo;engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en 1848. »</a>]</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin du 19ème siècle, plus de 100.000 indiens venus de l’État de Madras se sont implantés dans l&rsquo;île. Ces hommes et ces femmes engagés sous contrat, remplaceront les esclaves sur les terres et constitueront la main d’œuvre salariée des usines sucrières. Ils connaîtront des conditions d&rsquo;existence pénibles souvent pires que celles des esclaves. La nouvelle traite étant interdite à partir de 1882, le lobby du sucre, la poignée de gros propriétaires blancs trouveront un palliatif dans un nouveau mode de faire valoir féodal : le colonat partiaire.<br />
Les anciens esclaves affranchis, les immigrés indiens, les petits blancs travailleront les terres les plus arides, moyennant la redevance d&rsquo;un tiers des récoltes des propriétaires.<br />
Le propriétaire assure la paternité de l&rsquo;exploitation, tandis que les colons [les « ti colon », soumis au régime du colonat]  sont condamnés à rester des êtres inférieurs, incapables de prendre des décisions, subissant le joug du propriétaire. Ce mode de faire valoir subsiste encore aujourd&rsquo;hui, mais il est en passe de disparaître.<br />
Ainsi, paradoxalement, au cours de cette deuxième période de notre histoire, se développe simultanément des rapports de production capitalistes et féodaux.<br />
Cette deuxième période se caractérise aussi par l&rsquo;arrivée, à partir de la deuxième moitié du 19ème siècle, des deux communautés qui peupleront l&rsquo;île : les chinois et les indiens musulmans.<br />
Les chinois originaires de Canton et des provinces du Nord de la Chine se disperseront dans l&rsquo;île et assureront le commerce du détail.<br />
Les indiens musulmans, originaires en majorité du GUJARAT, se localiseront presque uniquement en ville et contrôleront le commerce de tissus.</p>
<h4 style="text-align: justify;">C. La période coloniale et capitaliste</h4>
<p style="text-align: justify;">Cette troisième période aboutit à la situation coloniale qui est celle de notre pays aujourd&rsquo;hui.<br />
Elle se caractérise par le développement des structures capitalistes tant dans le domaine industriel que commercial et agricole.<br />
Cependant, il existe encore des vestiges du passé esclavagiste et féodal surtout au niveau de l&rsquo;agriculture.<br />
La départementalisation entraînera une offensive du colonialisme français au niveau culturel et politique. Tous les moyens seront utilisés pour dépersonnaliser et assimiler les réunionnais afin de contrer sa prise de conscience nationale. En conclusion, l&rsquo;histoire de la Réunion n&rsquo;est aucunement réductible à celle de la France.<br />
Au cours de ces trois siècles de domination coloniale, les différents groupes ethniques arrachés à leur terre natale, subissant la dépersonnalisation, l&rsquo;assimilation à outrance, connaissant les mêmes injustices et la même exploitation ont formé un peuple : LE PEUPLE RÉUNIONNAIS.<br />
Malgré les diversités culturelles qui subsistent encore entre ces différents groupes qui composent notre peuple, l&rsquo;ensemble des réunionnais ont une même langue ; la langue créole, et une culture commune.<br />
Les réunionnais font partie d&rsquo;une même communauté, possèdent une même terre natale, et subissent la même loi de l&rsquo;HISTOIRE. Ethniquement, historiquement, culturellement, la nation réunionnaise est différente de la nation française.<br />
Chers frères de combat,<br />
Depuis le début du peuplement de notre pays, la Réunion a été et demeure une colonie de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Cette réalité fondamentale est le facteur dominant de toute notre histoire. Les orientations économiques de notre pays ont toujours été prises en fonction des besoins et des intérêts de l&rsquo;impérialisme français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi de 1715 à 1765 ce fut l&rsquo;ère du café</strong><br />
A cette époque la mode en France était de consommer exotique. Notre pays a été obligé de produire du café et des épices.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>De 1765 à 1820 elle fut le grenier des Mascareignes</em></strong><br />
Les colonialistes français et anglais se battent dans l&rsquo;Océan Indien pour leurs intérêts dans les colonies. La Réunion est désignée comme base de ravitaillement pour la flotte française. La France nous oblige donc à arracher le café et à planter du blé, du riz et des grains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De 1820 à nos jours, c&rsquo;est l&rsquo;ère de la canne à sucre</strong><br />
La guerre terminée, la France n&rsquo;a plus besoin de ravitailler sa flotte. D&rsquo;autre part, les esclaves de Saint-Domingue arrachent leur indépendance, la France perd ainsi son principal fournisseur du sucre. Elle impose à la Réunion la culture de la canne à sucre.<br />
Si demain l&rsquo;impérialisme français a besoin d&rsquo;une autre production, il nous obligera certainement à arracher la canne.</p>
<h4 style="text-align: justify;">D. Quelle est la situation actuelle de notre pays ?</h4>
<p style="text-align: justify;">Examinons brièvement la situation économique :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Notre pays est dominé par les monopoles de l&rsquo;impérialisme français.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les banques, les sociétés d&rsquo;assurances, les sociétés d&rsquo;import-export, les sociétés de construction et de travaux publics, les société de transport aérien et maritime sont entre les mains des monopoles français.<br />
Frappé par la concurrence des monopoles, des milliers de petits commerçants et artisans sont ruinés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Notre pays est entre les mains de grands propriétaires féodaux.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">12 grandes familles possèdent plus de la moitié de la Réunion. Sur 100 planteurs, 92 exploitent seulement 20 % de la SAU tandis que 2 autres en exploitent 70 %.<br />
Cette tendance à la concentration des terres dans les mains d&rsquo;une poignée de gros blancs s&rsquo;accentue.<br />
La conséquence est l&rsquo;élimination progressive des petits et moyens producteurs qui vont grossir la masse déjà énorme des chômeurs. (14.000 ont disparu entre 1973 et 1981).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. La Réunion est un pays de monoculture de la canne.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur 65.0000 ha cultivés ; 37.760 sont plantés en canne à sucre, soit 70 % de terres cultivées.<br />
La production sucrière représente aujourd&rsquo;hui 60 % de la valeur totale de la production réunionnaise.<br />
Les autres cultures industrielles (géranium, vétiver, vanille, tabac) sont destinées aussi à l&rsquo;exportation et ne représente que 4 % de la valeur de la production agricole réunionnaise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. La Réunion est un marché privilégié pour l&rsquo;impérialisme français.</strong><br />
Ne produisant pas ce que nous consommons, nous sommes obligés d&rsquo;importer de France tous les produits dont nous avons besoin. L&rsquo;impérialisme français profite du monopole colonial pour acheter à bas prix nos produits et pour nous imposer à prix fort ses produits manufacturés. La balance commerciale est de plus en plus déficitaire. Le taux de couverture ne représente que 10 % (1983)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. La Réunion est un réservoir à main-d’œuvre à bon marché.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1963, la France a créé un organisme spécial, le BUMIDOM (A.N.T)  pour vider notre pays des forces vives. Chaque année, 4.000 à 5.000 réunionnais sont expatriés en France.<br />
Actuellement, ils sont plus de 150.000 dont la majeure partie vit dans des conditions pénibles. Ils subissent le racisme, l&rsquo;exploitation, connaissent le chômage. Certains, même, sont amenés à se prostituer ou à se suicider.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6. La Réunion est un pays ou l&rsquo;aide française se transforme en capitaux privés français.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur les 4 milliards 708 millions de francs qui sont déversés en 1982 par la France sous forme d&rsquo;aide, plus de 4 milliards sont retournés en France dans les poches des capitalistes français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7. La Réunion est un pays sous-développé.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour conserver son monopole économique, sa domination politique et culturelle, l&rsquo;impérialisme français étouffe toutes tentatives de développement économique de notre pays.</p>
<h4 style="text-align: justify;">E. Situation politique</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;impérialisme français nous impose sa loi. Toutes les décisions concernant notre pays sont prises par le gouvernement de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Sur place, tous les pouvoirs sont légués à un super-préfet, véritable gouverneur colonial. Munis de pouvoirs spéciaux, il est chargé d&rsquo;imposer aux réunionnais les décisions de Paris.<br />
Le Conseil Régional et le Conseil Général n&rsquo;ont aucun pouvoir de décision. L&rsquo;administration est sous le contrôle direct du Préfet, de la D.S.T, et des R.G.<br />
Pour mener sa politique réactionnaire, l&rsquo;impérialisme français s&rsquo;appuie sur la grande-bourgeoisie locale (usiniers, gros propriétaires fonciers et gros commerçants). Ces individus, non seulement détiennent avec les capitalistes français l&rsquo;économie du pays, mais ils se retrouvent à tous les niveaux dans l&rsquo;appareil politique.<br />
Quand aux fonctionnaires ils constituent la base sociale de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Militaires, policiers, C.R.S., gendarmes, nervis pullulent dans notre pays et assurent le maintien de l&rsquo;ordre colonial. Ils sont là pour casser du créole. La plus petite manifestation populaire est sauvagement réprimée. Les tribunaux, les casernes, se multiplient dans le pays.</p>
<h4 style="text-align: justify;">F. Base militaire</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;impérialisme français a transformé notre pays en une base militaire d&rsquo;agression et de repli.<br />
4.000 militaires français stationnent dans notre pays. L&rsquo;île est semée de casernes, de camps militaires, et de terrain d&rsquo;entraînement.<br />
Une station militaire franco-américain OMEGA fait de notre pays un maillon du système américain de radio-navigation qui fonctionne à l&rsquo;échelle mondiale.<br />
L&rsquo;armée française basée à la Réunion a une double mission :<br />
&#8211; mater toute tentative de révolte de la part du peuple réunionnais.<br />
&#8211; intervenir contre les peuples progressistes de la réunion de l&rsquo;Océan Indien et d&rsquo;Afrique pour sauvegarder les intérêts de la France impérialiste. Les mercenaires qu&rsquo;on retrouve au Liban, au Tchad, au Zaïre sont formés à la Réunion.<br />
Périodiquement, notre pays est le théâtre de grandes manœuvres de débarquement et d&rsquo;opération anti-guérilla.</p>
<h4 style="text-align: justify;">G. Coopération régionale</h4>
<p style="text-align: justify;">La France utilise notre pays comme la vitrine de l&rsquo;Europe dans l&rsquo;Océan Indien. La Réunion est un &lsquo;porte-avion&rsquo; pour la pénétration de l&rsquo;impérialisme français dans la Région, où l&rsquo;occident voit son influence diminuer. Qui tient l&rsquo;Océan Indien, tient le cœur du monde disait quelqu&rsquo;un. En effet, l&rsquo;Océan Indien baigne 37 États indépendants où vivent 1.400.000.000 hommes, soit le tiers de l&rsquo;humanité. Cette coopération régionale profite surtout à l&rsquo;impérialisme français.</p>
<h4 style="text-align: justify;">H. Situation sociale</h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Le chômage</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour une population de 542.000 habitants, 80.000 personnes sont sans emploi.<br />
Une personne sur deux en âge de travailler est au chômage. Le pouvoir colonial organise le chômage pour contraindre la jeunesse réunionnaise, force vive de la nation, à s&rsquo;exiler en France.<br />
Le but étant :<br />
&#8211; de vider l&rsquo;île de son potentiel révolutionnaire<br />
&#8211; de changer le rapport numérique des communautés par l&rsquo;immigration massive des zoreys et des ressortissants d&rsquo;origine étrangère ayant la nationalité française (indiens musulmans de Madagascar, Pondichéryens, etc&#8230;). Créant ainsi vers l&rsquo;an 2000 une situation à la calédonienne. La France exporte chez nous ses clochards, ses drogués, ses prostituées, ses gangsters et ses escrocs.<br />
&#8211; permettre à l&rsquo;impérialisme français de se débarrasser de ses éléments indésirables. Le Réunionnais se retrouvera minoritaire dans son propres pays.<br />
&#8211; profiter d&rsquo;une main d’œuvre à bon marché comprenant tant bien que mal le français, et tenue à exécuter n&rsquo;importe quel travail.<br />
&#8211; empêcher la fuite des devises françaises vers les autres pays fournisseurs de main-d’œuvre (Portugal, Espagne, Afrique du Nord, etc&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. La misère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La concentration des terres et des usines, la mécanisation de l&rsquo;agriculture, l&rsquo;augmentation de coûts de production ruinent les petits et moyens planteurs. Des milliers de gens sont obligés de quitter la campagne et de s&rsquo;entasser dans les bidonvilles où règnent la misère et la maladie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.  L&rsquo;assistance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour empêcher l&rsquo;explosion inévitable et maintenir la misère des masses à un niveau juste supportable, le pouvoir colonial a recours à une politique d&rsquo;assistance (réclamée par tous les partis).<br />
Pour survivre, le travailleur réunionnais est obligé d&rsquo;accepter l&rsquo;aide sous différentes formes.<br />
La conséquence tragique, c&rsquo;est que le réunionnais a pris l&rsquo;habitude de résoudre ses problèmes en fonction de l&rsquo;aide du gouvernement colonialiste français. Petit à petit, prend naissance chez lui le sentiment qu&rsquo;il ne pourrait pas vivre sans cette aide, donc sans la FRANCE.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. Luxe insolent pour une poignée de gens</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans notre pays, il y a deux mondes qui vivent face à face. Si l&rsquo;exploitation coloniale de notre pays par l&rsquo;impérialisme français accule notre peuple à la misère, il existe une poignée de gens qui tirent profit de cette situation.<br />
En effet, un petit nombre de familles riches, descendants de colons-esclavagistes détiennent plus de 60 % des meilleures terres cultivées et possèdent en même temps les quelques industries existantes.<br />
D&rsquo;autre part, pour assurer la rentabilité de son marché, le colonialisme a créé artificiellement une couche moyenne, grassement payée, assurée d&rsquo;une certaine aisance, fière des attentions du régime, prête à toutes complicités et trahisons.<br />
Ce sont les médecins, pharmaciens, dentistes, commerçants et fonctionnaires.<br />
Cette grande et moyenne bourgeoisie vivent dans un luxe insolent et sont entièrement coupées des masses laborieuses. Ces gens mangent à l&rsquo;Européenne, s&rsquo;habille à la dernière mode de Paris, changent de voiture chaque année, passent leurs vacances à l&rsquo;étranger.<br />
Cette couche de privilégiés, par son genre de vie, intoxique tout le peuple réunionnais, en y développant des habitudes, des goûts et des mœurs européens, et accentuent ainsi le déséquilibre social.</p>
<h4 style="text-align: justify;">I. Situation culturelle</h4>
<p style="text-align: justify;">A la Réunion, l&rsquo;école colonialiste, les mass-médias et les églises ont pour rôle principal  la dépersonnalisation et l&rsquo;assimilation des réunionnais.<br />
L&rsquo;école colonialiste proclame la supériorité du colonisateur, et l&rsquo;infériorité éternelle du colonisé. Elle nourrit les esprits des valeurs morales et culturelles de la civilisation de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Elle nie l&rsquo;existence d&rsquo;une culture réunionnaise.<br />
A l&rsquo;école primaire, le petit réunionnais apprit que ses ancêtres étaient des gaulois. On meuble son imagination de neige, de châteaux, de cathédrales. Quand on lui enseigne l&rsquo;histoire de son pays, c&rsquo;est pour lui apprendre les bienfaits de la compagnie des Indes, de tel ou tel gouverneur, de tel ou tel gros propriétaire esclavagiste.<br />
Selon l&rsquo;école colonialiste, les marrons étaient des sans foi ni loi, c&rsquo;étaient des brigands haïs et bannis par le peuple, alors qu&rsquo;ils avaient osé se révolter contre la domination du blanc pour la liberté et la dignité.<br />
Le colonisateur et ses valets réduisent notre langue au niveau de patois, notre culture au niveau de folklore.<br />
Ces deux réalités font que l&rsquo;enfant et l&rsquo;étudiant réunionnais disposent d&rsquo;un enseignement inadapté à leur personnalité : cela explique en grande partie l&rsquo;état catastrophique dans lequel se trouve l&rsquo;enseignement et le malaise dans le milieu étudiant.</p>
<p style="text-align: justify;">Chers amis, chers frères de combat,<br />
Que ce soit dans le domaine économique, politique et social ou culturel, la réalité réunionnaise est une réalité coloniale. La contradiction principale de notre société se situe entre le peuple réunionnais et l&rsquo;impérialisme français.<br />
Tout changement est impossible, tant que la France demeurera présente dans notre pays, et ceci quelque soit le gouvernement français en place.<br />
Pour finir avec la domination et l&rsquo;exploitation coloniales, pour sortir notre pays de son sous-développement, pour permettre l&rsquo;épanouissement d&rsquo;une culture authentiquement réunionnaise, il est nécessaire d&rsquo;expulser de notre sol l&rsquo;impérialisme français et ses valets locaux. Il est indispensable de créer un état réunionnais, libre, indépendant, et souverain.<br />
Sur le plan INTERNATIONNAL, la Réunion indépendante et souveraine pratiquera le NON ALIGNEMENT actif et œuvrera pour une communauté Indiano-Océanique, au sein de laquelle les liens seront basés sur le respect réciproque de la souveraineté des États membres et sur la solidarité.<br />
Les liens avec le peuple de France seront débarrassés de leur contenu de domination et la coopération entre les deux pays sera renforcée.<br />
La lutte du peuple réunionnais se confond avec celle de la NAMIBIE, et des autres peuples du sud, et du continent africain pour se débarrasser du régime odieux de l&rsquo;apartheid, du joug des divers impérialismes.<br />
La Réunion indépendante participera à toutes les rencontres internationales, visant à faire de l&rsquo;OCEAN INDIEN une ZONE DE PAIX, c&rsquo;est-à-dire sans base militaire, sans flotte de guerre opérationnelle dans la région.<br />
Nous, les indépendantistes réunionnais, nous sommes fiers de ne plus être les oubliés de la décolonisation et d&rsquo;avoir rejoint le rang de tous ceux qui luttent pour la libération de leur patrie et l&rsquo;émancipation de leur peuple.<br />
Malgré les difficultés, les trahisons, la répression,<br />
Malgré l&rsquo;assimilation, et les conditions de toutes sortes,<br />
Malgré le chantage, l&rsquo;assistance, la corruption,<br />
Malgré le contexte régional défavorable dû aux intrigues de l&rsquo;impérialisme français avec les gouvernements des États voisins, les patriotes réunionnais, stimulés par la lutte des peuples frères des soi-disant &lsquo;DOM-TOM&rsquo;, ne reculeront devant aucun sacrifice pour libérer la Réunion du joug colonial.</p>
<p style="text-align: justify;">VIVE LA SOLIDARITÉ DES PEUPLES FRÈRES DES DERNIÈRES COLONIES FRANÇAISES<br />
VIVE LA SOLIDARITÉ DE TOUS LES PEUPLES EN LUTTE CONTRE LA COLONISATION<br />
ET LA NEOCOLONISATION ET POUR LA LIBERTÉ ET LA DIGNITÉ<br />
VIVE LA CONFÉRENCE DES DERNIÈRES COLONIES FRANÇAISES</p>
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