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	<title>exil &#8211; Ti Kréol Kont Gro Profitèr !</title>
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	<description>Blog Réyoné pou in kritik sosyal, èk larogans antikolonyal</description>
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		<title>Répression coloniale à La Réunion : L&#8217;ordonnance Debré du 15 octobre 1960</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2014 10:39:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Mémwar]]></category>
		<category><![CDATA[aliénation]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
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		<category><![CDATA[politique coloniale]]></category>
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					<description><![CDATA[Pourquoi en est-on aujourd’hui à ce niveau de « haine de soi » et d’aliénation culturelle à la Réunion ? Pourquoi certains réunionnais ont-ils peur dès qu’il s’agit d’affirmer leur identité réunionnaise aujourd’hui ? Peut-être qu’une partie de la réponse se trouve dans la répression coloniale des années 60-70 sous le régime de terreur imposé par Michel Debré ?]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">Pourquoi en est-on aujourd&rsquo;hui à ce niveau de <strong>« haine de soi » et d&rsquo;aliénation culturelle</strong> à la Réunion ? Pourquoi certains réunionnais ont-ils peur dès qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;affirmer leur <strong>identité réunionnaise</strong> aujourd&rsquo;hui ? Peut-être qu&rsquo;une partie de la réponse se trouve dans <strong>la répression coloniale</strong> des années 60-70 sous le régime de terreur imposé par Michel Debré ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Michel Debré</strong> était Premier Ministre, en pleine guerre d&rsquo;Algérie (1954-1962). Celui-ci promulgue le 15 Octobre 1960 une ordonnance dans l&rsquo;objectif de réprimer toute contestation en Algérie (Algérie qui était découpée en « départements français »), et qui a pour but d&rsquo;<strong>éloigner par l&rsquo;exil les fonctionnaires qui pourraient « troubler l&rsquo;ordre public »</strong> : en clair, ceux qui remettent en cause la <strong>domination française</strong>. La guerre d&rsquo;Algérie s&rsquo;arrête en 1962 avec la victoire et la libération du peuple algérien. Mais l&rsquo;ordonnance n&rsquo;est pas supprimée pour autant pour les autres colonies, les autres « DOM ».  (elle ne sera abrogée qu&rsquo;en 1972&#8230;)<br />
L&rsquo;année suivante, Debré débarque à la Réunion et se fait élire député le 5 mai 1963. La politique du pouvoir français de l&rsquo;époque, dont Debré n&rsquo;est qu&rsquo;un des rouages, est alors très clair : <strong>« sauver » les dernières colonies de la France coûte que coûte</strong>. La Réunion, comme les Antilles et la Guyane, connaîtra alors une <strong>répression culturelle et politique peut-être sans égal au cours du XXème siècle sur notre île</strong> : interdiction du Maloya de 1960 jusqu&rsquo;en 1981, interdiction du créole dans les écoles et les radios jusque dans les années 70, déportation des fonctionnaires insoumis, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=oP3W7pl7yvA">déportation des réunionnais par le BUMIDOM</a>, <a title="Documentaire « Une enfance en exil » : les réunionnais déportés dans la Creuse" href="https://www.tikreol.re/documentaire-une-enfance-en-exil-les-reunionnais-deportes-dans-la-creuse/">enlèvement d&rsquo;enfants dans les quartiers pauvres de l&rsquo;île</a> (« enfants de la Creuse » et la tristement célèbre camionnette 2CV de la DDASS qui kidnappait les enfants réunionnais « pas sages »)&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour aider à la compréhension de cette période de notre histoire, je partage ici 3 textes qui portent spécifiquement sur l&rsquo;ordonnance Debré :</p>
<h3>&#8211; <a href="#quotidien">Il y a 50 ans, l&rsquo;ordonnance Debré</a> (Le Quotidien)</h3>
<h3>&#8211; <a href="#7lameslamer">Document : le « Rideau de cannes » épingle l’ordonnance Debré</a> (7 Lames la mer)</h3>
<h3>&#8211; <a href="#humanite">L’ordonnance du 15 octobre 1960, un texte scélérat</a> (L&rsquo;Humanité)</h3>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<h2 id="quotidien">Il y a 50 ans, l&rsquo;ordonnance Debré</h2>
<p><em>Tiré du site du journal Le Quotidien, texte d&rsquo;Eugène Rousse, ancien enseignant et auteur d&rsquo;ouvrages sur l&rsquo;histoire de la Réunion</em><br />
<em> Source :<a href="www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html"> www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html</a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le 15 octobre 1960 – il y a aujourd’hui 50 ans – à Paris, le Premier ministre Michel Debré signait une ordonnance, dont l’application aux seuls départements d’outre-mer allait soulever indignation et colère à <a title="La Réunion" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">La Réunion</a>, au cours de la décennie 1960. Afin de comprendre les raisons du recours du pouvoir à un texte aussi odieux, il faut replacer celui-ci dans le contexte politique de l’époque.</p>
<p style="text-align: justify;">1960 marque l’accession à l’indépendance des colonies françaises d’Afrique. Indépendance précédée de celle de l’Indochine (1954,) puis de celles de la Tunisie et du Maroc (1956). En dépit des moyens énormes mis en œuvre pour que l’Algérie reste une terre sous domination française, la guerre extrêmement meurtrière qui s’y poursuit depuis 6 ans risque de s’achever par un nouveau Dien Bien Phu. Le général De Gaulle en est persuadé après la « tournée des popotes » qu’il entreprend en mars 1960 en Algérie.</p>
<p style="text-align: justify;">Farouche partisan de « l’Algérie française », Michel Debré, qui est à Matignon depuis le 8 janvier 1959, s’emploie alors à retarder le plus possible la fin de ses illusions en ayant recours notamment à l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont voici un bref extrait :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le Président de la République,</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le rapport du Premier ministre (&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Vu la loi du 4 février 1960, autorisant le gouvernement à prendre (&#8230;) certaines mesures relatives au maintien de l’ordre, (&#8230;) à la pacification et à l’administration de l’Algérie ; (&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">Ordonne</p>
<p style="text-align: justify;">art 1 : les fonctionnaires de l’Etat en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du <a title="Préfet" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">préfet</a> et sans autre formalité, rappelés d’office en Métropole (&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Conserver à tout prix les ex-confetti de l’Empire </strong><br />
Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l’objet ».</p>
<p style="text-align: justify;">Comment ne pas faire observer que nous sommes en présence d’un texte qui, manifestement, selon les termes employés, n’aurait dû s’appliquer qu’à l’Algérie en guerre et devenir caduc dès la signature le 18 mars 1962 des accords d’Évian mettant fin au conflit algérien.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce point précis, l’avis de Michel Debré lui-même mérite d’être rappelé : au cours d’une conférence de presse tenue à <a title="Saint-Denis" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Saint-Denis</a> le 30 novembre 1966, l’ancien Premier ministre déclare en effet : « Cette ordonnance, je l’ai voulue, je l’ai rédigée et je l’ai même appliquée (&#8230;). Elle n’a pas été faite pour La Réunion (&#8230; )».</p>
<p style="text-align: justify;">« Ni pour les autres DOM », aurait-il pu ajouter, puisque l’article 3 de la loi du 4 février 1960 prévoit expressément la ratification des ordonnances par le Parlement. Or, celle du 15 octobre 1960 n’a jamais été ratifiée.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes donc fondés à nous poser la question de savoir pourquoi une mesure prévue pour les départements algériens a pu être étendue aux 4 « vieilles colonies » devenues départements français le 19 mars 1946.</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse est évidente : en prévision de la perte plus que probable de l’Algérie, le gouvernement estimait qu’il devait se donner les moyens de conserver à tout prix les ex-confetti de l’Empire, dont les populations exprimaient avec force dans les années 1950 et 1960 leur volonté d’exiger le respect de leurs droits fondamentaux, violés en permanence avec un cynisme révoltant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Les premières victimes </strong><br />
Il me faut rappeler que bien avant que le gouvernement Debré ait reçu l’autorisation de recourir aux ordonnances, les <a title="Réunionnais" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Réunionnais</a> ont vécu sous un régime d’exception qui faisait d’eux des sous-citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette situation, qui s’est aggravée avec l’arrivée dans l’île le 13 juin 1956 du préfet Jean Perreau-Pradier, les responsables des organisations démocratiques réunionnaises, dirigées souvent par des fonctionnaires, ont appelé leurs compatriotes à se mobiliser et à résister. Et cela, dans des conditions particulièrement difficiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les fonctionnaires victimes de l’arbitraire préfectoral antérieurement à la promulgation de l’ordonnance du 15 octobre 1960, citons :</p>
<p style="text-align: justify;">L’inspecteur de l’Éducation nationale Roger Ueberschlag, brutalement expulsé de La Réunion au début de 1960 sous l’incroyable prétexte que les méthodes pédagogiques dont il préconisait l’<a title="Emploi" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">emploi</a> déplaisaient à Jean Perreau-Pradier. Son épouse, institutrice à La Réunion, ne put rejoindre son Alsace natale que 2 mois plus tard, en voyageant à ses frais, à bord d’un cargo hollandais.</p>
<p style="text-align: justify;">Le professeur d’allemand Daniel Lallemand, retenu à Marseille le 9 août 1960, au moment précis où il allait prendre l’avion pour La Réunion, où il devait occuper un poste au lycée Leconte-de-Lisle, en application d’un arrêté ministériel du 21 juillet 1960. Son épouse, Iris, institutrice réunionnaise, se voit offrir pour sa part un poste&#8230; en Haute-Savoie, alors qu’elle est en route pour La Réunion, où elle obtiendra d’ailleurs un poste.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Une première liste d’exilés en application de l’ordonnance </strong><br />
L’instituteur Marcel Le Guen, enseignant breton, arrivé dans l’île le 10 décembre 1951 en compagnie de son épouse également institutrice, est nommé le 9 septembre 1958 à l’école Edgar-Avril, à la Plaine-des-Cafres, où il doit, avec l’accord du vice-recteur Cormary, expérimenter une nouvelle façon d’enseigner, autorisant les élèves à utiliser le <a title="Créole" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">créole</a>. Cela suffit à irriter le préfet Perreau-Pradier.</p>
<p style="text-align: justify;">A son départ en congé administratif le 11 juillet 1963, il apprend que le préfet s’oppose à son retour à La Réunion. Le 21 août 1961, ce fut une première liste : 10 Réunionnais reçoivent une lettre signée du préfet Jean Perreau-Pradier leur apprenant qu’en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, ils sont expulsés de La Réunion. Il s’agit de Nelly et Gervais Barret, Jean-Baptiste Ponama, <a title="Roland Robert" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Roland Robert</a>, Max Rivière, Bernard Gançarski, tous enseignants ; Pierre Rossolin, inspecteur des PTT ; Jean Le Toullec, cadre des Ponts et Chaussées ; Georges Thiébaut, inspecteur des Douanes ; et Joseph Quasimodo, agent du Trésor public.</p>
<p style="text-align: justify;">Le départ de six d’entre eux est fixé au mardi 5 septembre sur le <a title="Vol" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">vol</a> d’<a title="Air France" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Air France</a>. Les responsables des différents services auxquels appartiennent ces fonctionnaires sont avisés pour leur part, par le préfet, qu’il leur interdit d’accorder des autorisations d’absence le mardi 5 septembre. Cela, on le devine, afin d’éviter toute <a title="Manifestation" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">manifestation</a> à <a title="Gillot" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Gillot</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> « Atteinte aux droits de l’Homme » </strong><br />
Dès que cette nouvelle est rendue publique, les deux quotidiens de La Réunion, « <a title="Témoignages" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Témoignages</a> » et le « <a title="Journal" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Journal</a> de l’<a title="Ile de la Réunion" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Ile de La Réunion</a> » – considéré pourtant à l’époque comme le porte-parole de la préfecture – condamnent une mesure prise « pour délit d’opinion ».</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la réaction des élus, elle réserve une surprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Réuni le mardi 29 août à Saint-Denis, le <a title="Conseil Général" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">conseil général</a> entend une longue déclaration du président Roger Payet, largement applaudi par la foule qui se presse dans les tribunes réservées au public. Mais pas par les élus, dont la plupart ne cachent pas leur stupéfaction. Le président Roger Payet, pourtant très proche du pouvoir, tient à exprimer sa réprobation devant « les atteintes aux droits les plus imprescriptibles de l’Homme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de lever la séance, le président Roger Payet donne lecture d’une motion (non soumise au vote), dont voici un très bref extrait : « Le conseil général demande que le département de La Réunion ne soit pas considéré comme un département d’exception, auquel sont appliquées des lois d’exception soulevant la réprobation générale. (&#8230;) Il émet le vœu que soient suspendus les arrêtés déjà pris ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’appel du président Roger Payet suscite ce qui s’apparente à une riposte des élus de la droite ultra à La Réunion. Réunis discrètement en congrès à Saint-Denis le 4 septembre, 19 maires de l’île sur 23 et 21 conseillers généraux sur 36 tiennent à affirmer qu’ils « déplorent que des fonctionnaires de l’État se soient mis dans le cas d’encourir des mesures de mutations (&#8230;) et assurent les fonctionnaires loyaux (!!) (…)» qu’ils « les défendront toujours, tant qu’ils serviront les seuls intérêts de la France ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Mobilisation des organisations démocratiques </strong><br />
Dès le lundi 21 août, d’innombrables initiatives sont prises dans toute l’île afin d’exprimer la colère et l’indignation des travailleurs réunionnais devant l’arbitraire qui frappe leurs compatriotes fonctionnaires. Le jeudi 24 août, un collectif composé des dirigeants du <a title="syndicat" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">Syndicat</a> National des instituteurs (SNI), de l’Union départementale des syndicats CGT (UD-CGT), de la Fédération des œuvres laïques (FOL) est chargé d’organiser notamment une manifestation au <a title="Cinéma" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">cinéma</a> Rio à Saint-Denis, le dimanche 3 septembre 1961, en présence des victimes de l’ordonnance qui doivent quitter l’île deux jours plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de ce rassemblement empreint de gravité dans une salle du Rio archi-comble, les responsables de toutes les organisations démocratiques de l’île dénoncent l’illégalité d’une mesure qui frappe des Réunionnais pour la seule raison qu’ils participent au combat de leur peuple, visant à faire de La Réunion une terre de liberté, de <a title="Justice" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">justice</a> et de fraternité. Ils s’engagent à mettre tout en œuvre pour que cesse l’arbitraire.</p>
<p style="text-align: justify;">La parole est ensuite donnée à l’instituteur Max Rivière, qui s’exprime au nom de ses camarades proscrits. Le syndicaliste dionysien déclare notamment : « Le gouvernement nous frappe parce que nous dénonçons la réalité coloniale imposée à notre peuple (&#8230;). Dans notre activité politique, syndicale, comme d’ailleurs sur le plan professionnel, le gouvernement n’a pu, à aucun moment, retenir contre l’un quelconque d’entre nous un seul acte susceptible de poursuites judiciaires, une seule faute, (&#8230;) un manquement à l’honneur et à la probité. Il ne restait plus à ce gouvernement que l’arbitraire absolu. Il l’a choisi (&#8230;), apportant lui-même la preuve que les DOM sont bien des territoires d’exception ».</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de se séparer, l’assemblée du Rio adopte une motion dans laquelle elle exige l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 ; elle décide ensuite de constituer un Comité d’action pour l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont la présidence sera confiée au gouverneur honoraire de la France d’Outre-Mer, Anatolien Vincent-Dolor.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 5 septembre 1961, l’embarquement des exilés à Gillot se fait en présence de quelques personnalités et d’imposantes forces de police. Et à son arrivée à Orly, ce convoi de la honte ne peut accéder à l’aérogare, où il est attendu par une forte délégation de Réunionnais, que par une porte dérobée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Un combat de plus de 11 ans </strong><br />
Dès leur installation dans la région parisienne ou en province, les fonctionnaires exilés commencent le combat pour leur retour. C’est un combat qui durera un peu plus de 11 ans pour la plupart, malgré le soutien, notamment, de nombreux parlementaires et de juristes, dont il n’est pas possible ici de donner la liste complète. Citons parmi eux : Aimé Césaire, député de Fort de France, Me Louis Labadie, du barreau de Paris, qui déclare : « En sanctionnant non pas le trouble, mais le comportement de nature à troubler l’ordre public, la disposition législative recrée un véritable délit d’intention et constitue une violation certaine de la liberté d’opinion et d’expression (&#8230;). En fait, cette ordonnance permet au Pouvoir de frapper d’une véritable peine de bannissement tout <a title="Fonctionnaire" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">fonctionnaire</a> dont (&#8230;) la pensée politique ne traduirait pas une servilité totale au régime ».</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à nos compatriotes exilés, ils s’empressent de se pourvoir devant les juridictions administratives. Le 17 juin 1966, le ministre de l’Education nationale, au mépris de la chose jugée, se permet même d’écrire à Roland Robert : « Après examen de votre dossier, j’ai décidé, en application de l’ordonnance du 15 octobre 1960, votre maintien en Métropole ». Il s’agit en fait d’un abus de pouvoir caractérisé car l’ordonnance « scélérate » – le mot est de Victor Sablé, député de la même famille politique que Michel Debré – prévoit le « retour » et non le « maintien » en métropole.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Des propos scandaleux </strong><br />
Aux dix fonctionnaires dont les noms ont été cités plus haut, il faut ajouter les enseignants Clélie et Boris Gamaleya, ainsi que l’agent des Ponts et Chaussées (ancêtre de la DDE) Yvon Poudroux. Soit au total 13 fonctionnaires réunionnais victimes d’un texte odieux. A ces 13, il convient d’ajouter Iris et Daniel Lallemand, Roger Ueberschlag et Marcel Le Guen, frappés par une mesure qui s’apparente à l’ordonnance du 15 octobre 1960.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que nos compatriotes retenus contre leur gré en France hexagonale se battaient pour le respect de leurs droits, Michel Debré, devenu député de La Réunion depuis le 5 mai 1963, n’a eu de cesse, au cours de ses fréquents séjours dans l’île, de tenter de justifier les « lettres de cachet » portant sa signature : « L’ordonnance ne vise pas les libres citoyens ; elle ne vise que les gens que l’Etat paie. (&#8230;) L’ordonnance dit que les fonctionnaires payés par l’État ne pourront pas, sur place, déclarer que la politique est mauvaise (&#8230; )». Ces propos scandaleux ont été tenus à la préfecture de Saint-Denis le 30 novembre 1966.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Le recours aux grands moyens </strong><br />
Afin de mettre fin à l’arbitraire qui les frappe, certains exilés ont pris une retraite anticipée ; les frais du voyage retour sont restés à leur charge. L’un d’entre eux, Jean-Baptiste Ponama, a été rayé des cadres fin 1962, pour avoir refusé de regagner son poste en France, après un congé à La Réunion. Roland Robert a eu pour sa part, la chance de bénéficier du soutien du ministre Edgard Faure, qui lui permit de revenir exercer à La Réunion, en septembre 1969.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la plupart des autres, ils ont dû recourir à l’arme terrible de la <a title="Grève" href="http://www.lequotidien.re/opinion/le-courrier-des-lecteurs/140724-il-50-ans-ordonnance-debre.html" target="_blank">grève</a> de la faim, en janvier 1972, pour contraindre le Parlement à voter l’abrogation de « l’ordonnance Debré ». Durant cette douloureuse épreuve, ils ont obtenu l’appui de personnalités politiques et syndicales nationales. L’abrogation sera votée le 12 octobre 1972.</p>
<p style="text-align: justify;">Nos compatriotes exilés ont pu enfin retourner à La Réunion. Il n’en reste pas moins que le grave préjudice qu’ils ont subi n’a jamais été réparé, comme le demandait le député communiste Louis Odru.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de tourner une des pages les plus sombres de notre Histoire, comment ne pas déplorer le silence, un silence honteux, observé par le père le l’ordonnance, au cours de l’examen de celle-ci au Palais Bourbon, où il représentait La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;">Un silence d’autant moins compréhensible que 6 mois plus tôt, en visite dans l’île, il répétait inlassablement : « L’attaque contre l’ordonnance est un pur scandale ».</p>
<p><a href="#sommaire">Retour au sommaire</a></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<h2 id="7lameslamer">Document : le « Rideau de cannes » épingle l’ordonnance Debré</h2>
<p><em>Article tiré du site « 7 lames la mer »</em><br />
<em> Source : <a href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html">http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html</a></em></p>
<div>
<div>
<p style="text-align: justify;">« 7 Lames la Mer » sort de ses archives un document extrait du « Rideau de Cannes » — organe de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion — qui évoque l’ordonnance scélérate du 15 octobre 1960 de Michel Debré. Regard sur un passé proche qui conjuguait présent et avenir à l’imparfait.</p>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Le « <i>Rideau de Cannes</i> », organe de l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion (UGECR), est publié à Paris au début des années soixante. L’UGECR contribue à défricher les sentiers marrons de la résistance et à cristalliser la conscience réunionnaise. Dans le « <i> Rideau de cannes</i> », on découvre une poésie engagée, une approche expérimentale de la graphie, des dossiers sur des sujets encore sensibles aujourd’hui : « <i>Créole ou Zoreil </i> », « <i>Ordonnance et colonialisme</i> », « <i>Contributions à l’étude de notre langue créole réunionnaise</i> », « <i>Deux siècles d’esclavage : histoire des esclaves et du marronnage à La Réunion </i> », etc… Les acteurs de ce mouvement sont aujourd’hui reconnus comme « <i>les novateurs qui ont tracé la voie de la promotion de la langue créole et de la littérature réunionnaise.</i> » [<a id="nh1" title="La Littérature réunionnaise d’expression créole, Alain Armand et Gérard (...)" href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html#nb1">1</a>] Nous vous proposons de découvrir leur analyse face à l’ordonnance de Debré du 15 octobre 1960 qui consiste, ni plus ni moins, à expulser de La Réunion, les fonctionnaires qui ne plaisent pas au pouvoir pour cause d’opinions politiques ! Les jeunes Réunionnais qui, à l’époque, étudient et militent en France, s’expriment sans détour et aujourd’hui, leurs écrits conservent un portée subversive. Nous reproduisons ci-dessous leurs textes dans leur intégralité. Tardra, viendra&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><i> <strong>7 Lames la Mer</strong> </i></p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter" src="http://www.7lameslamer.net/local/cache-vignettes/L550xH292/capture_d_e_cran_2013-10-02_a_17.17.57-75aa5.png" alt="" width="550" height="292" /></p>
<dl>
<dd>Derrière le rideau de cannes&#8230; « Le rideau de cannes » était un « organe périodique édité par l’Union générale des étudiants créoles de La Réunion ». Créé en 1961, il disparaît au bout de quatre numéros, en juillet 1963</dd>
</dl>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ordonnance et colonialisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Des « <i>risques de tempête</i> » — nous dit le journal français « <i>l’Express</i> » — viennent couronner la politique menée depuis quinze ans dans les quatre « <i>Départements d’outre-mer</i> ». Et le gouvernement français, au lieu de satisfaire aux légitimes aspirations des peuples de ces pays à la gestion de leurs affaires par des mesures de décolonisation affective — les seules qui puissent résoudre les problèmes posés — préfère répondre par la suppression des libertés fondamentales et par l’aggravation de la répression, comme le prouve l’ordonnance du 15 octobre 1960, dont les premières mesures d’application viennent d’être prises simultanément à La Guadeloupe, à La Martinique et à La Réunion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’ordonnance</strong><br />
L’article premier de cette ordonnance, rédigé en termes précis, est très significatif. Il stipule que : « <i>les fonctionnaires de l’Etat et des établissements publics de l’Etat en service dans les Départements d’Outre-Mer, dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, peuvent être, sur proposition du préfet et sans autre formaloité, rappelés d’office en métropole pour y recevoir une nouvelle affectation</i> ». Signé : De Gaulle, Debré. Nous croyons pouvoir affirmer tout de suite que l’esprit même de cette ordonnance est de nature à troubler l’ordre public et non le comportement des fonctionnaires, car elle ouvre la voie à l’arbitraire le plus absolu, laissant au seul préfet toute liberté pour apprécier le moment à partir duquel un fonctionnaire trouble l’ordre public, et M. Vincent-Dolor, ancien gouverneur honoraire, président du « <i>Comité d’action en vue d’obtenir des pouvoirs publics l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre 1960 et l’annulation des décisions prises en application de cette ordonnance</i> », s’adressant à une mission parlementaire française, a pu dire : « <i>On se demande si on se rend compte en métropole et ici qu’on n’agirait pas autrement si on voulait pousser les Réunionnais à se séparer de la France</i> ».</p>
<dl>
<dt><img decoding="async" class="aligncenter" src="http://www.7lameslamer.net/local/cache-vignettes/L550xH283/capture_d_e_cran_2013-10-02_a_16.10.33-2cd31.png" alt="PNG - 316.3 ko" width="550" height="283" /></dt>
<dd>Photo réunissant quelques unes des victimes de l’ordonnance. Au premier rang notamment, les époux Ponama, Roland Robert, etc. On aperçoit aussi au second plan, Paul Vergès à gauche et Isnelle Amelin à droite.</dd>
</dl>
<p style="text-align: justify;"><strong>Premières mesures d’application</strong><br />
Les récentes décisions, prises en application de cette ordonnance, se traduisent par la « <i>mutation d’office</i> » de sept de nos compatriotes, d’un Français en fonction à La Réunion, de neuf fonctionnaires guadeloupéens et de trois fonctionnaires martiniquais, qui furent en fait, expulsés de leurs pays, séparés brutalement, tels des esclaves sur le marché, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs familles. Ces décisions sont d’une extrême gravité parce qu’elles menacent désormais tous les fonctionnaires réunionnais, portant une grave atteinte à la liberté de notre peuple déjà privé du droit de choisir ses élus, du droit de défendre ses intérêts, déjà bafoué constamment dans sa dignité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un prétexte</strong><br />
A un moment où les Réunionnais participent de plus en plus activement à la lutte des pays coloniaux contre l’asservissement, cette ordonnance vise à briser le combat politique que mène le front uni de tous les Réunionnais conscients des intérêts supérieurs du pays. L’idée, avancée par ses défenseurs, selon laquelle l’ordonnance ne vise que les communistes, ne doit tromper personne. Et même si les communistes seuls étaient visés, nous, étudiants de l’UGECR [<a id="nh2" title="Union générale des étudiants créoles de la Réunion" href="http://www.7lameslamer.net/document-le-rideau-de-cannes.html#nb2">2</a>], n’approuverions pas pour autant cette ordonnance et ses mesures d’application, car non seulement son caractère anticommuniste ne peut pas effacer son caractère arbitraire, contraire aux principes fondamentaux de la liberté, mais encore l’étiquette « <i>communiste</i> » sera demain attribuée à tout Réunionnais qui luttera contre ces mesures, à tout Réunionnais honnête qui désirera le bien de sa patrie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La lutte de l’UGECR et des Réunionnais</strong><br />
L’UGECR a élevé une protestation, dans un communiqué envoyé à la presse, contre l’ordonnance et ses premières mesures d’application ; notre union a demandé le retour immédiat des exilés dans leur pays, qui manque actuellement de cadres et elles participera à toute démarche, toute action visant l’abrogation de l’ordonnance du 15 octobre. Dans l’immédiat les étudiants ne manqueront pas à leur devoir de lutter contre les expulsions qui ont déjà provoqué la réprobation unanime de tout le peuple réunionnais. Tous les journaux de l’île, chacun à sa manière, ont crié leur indignation — à l’exception du Journal de l’île de La Réunion dont le directeur est un zoreil, et du journal La Démocratie qui se prétend Réunionnais. A propos de l’attitude du Président du conseil général, qui s’est prononcé ouvertement contre les expulsions, le journal Le Progrès a pu, à juste titre, écrire : L’acte de Président Payet est une affirmation hautement autorisée de la personnalité réunionnaise.</p>
<p><strong>Le colonialisme français</strong><br />
Mais si les étudiants comprennent qu’il faut lutter dans l’immédiat contre l’ordonnance du 15 octobre, ils ne peuvent pas ne pas comprendre aussi, à la lumière de cette expérience, que cette lutte doit s’inscrire dans le car plus large <strong>de la lutte des Réunionnais pour l’émancipation définitive de leurs pays de la tutelle coloniale</strong>. C’est parce que notre pays est enchaîné par un statut dit « <i>départemental</i> » mais cachant grossièrement une réalité coloniale, c’est parce que notre pays est dominé, qu’une telle ordonnance <strong>extérieure</strong> est possible. Cette ordonnance émane bien du gouvernement français, elle a été décidée par lui, approuvée par lui, pour pouvoir mieux asservir notre peuple, et non par des Réunionnais, comme l’a prouvé de façon éclatante la position digne du Président Payet. Les mesures d’expulsion <strong>n’ont jamais été décidées par les Réunionnais</strong>, car les quelques maires et conseillers généraux qui les ont approuvées sont les traitres habituels à notre pays, élus de la fraude, les authentiques valets du colonialisme français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La solution</strong><br />
Le problème fondamental qui se pose aujourd’hui aux Réunionnais est de mettre le gouvernement français dans l’impossibilité de prendre de telles mesures arbitraires à leur encontre. Et un seul statut d’autonomie conforme aux idées de notre temps, où les Réunionnais seront maîtres de leur destin, maîtres chez soi, peut empêcher qu’une telle ordonnance soit prise.</p>
<p style="text-align: justify;"><i> <strong>Le Rideau de cannes</strong> </i></p>
<p style="text-align: justify;">P.S. Nous avons appris que M. Daniel Lallemand, professeur au lycée, vient de recevoir un mandat d’expulsion de son pays, et qu’il a adressé une lettre au ministre de l’Education nationale lui signifiant son refus d’obéir à cette mesure et sa volonté de continuer à travailler dans son pays.</p>
<div><strong>Communiqué sur les expulsions de fonctionnaires créoles en France</strong></div>
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<p style="text-align: justify;">L’Union générale des étudiants créoles de La Réunion apprend avec indignation la nouvelle vague de mutations en France dont sont victimes plusieurs fonctionnaires réuninnais.<br />
— Constate que ces expulsions ne sont justifiées par aucune faute professionnelles.<br />
— En déduit que ces fonctionnaires créoles n’ont été expulsés de notre pays que pour avoir exprimé leurs opinions politiques.<br />
— se prononce pour le respect du principe de la libre expression de toutes les tendances dans notre pays.<br />
— Dénonce le caractère dictatorial de l’ordonnance du gouvernement français colonialiste en date du 15 octobre 1960 selon laquelle « <i>les fonctionnaires de l’Etat et des établissements publics de l’Etat en service dans les Départements d’Outre-Mer, dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public, peuvent être, <strong>sur la proposition du préfet et sans autre formalité</strong>, rappelés d’office en métropole.</i> »<br />
— Demande la réintégration immédiate de tous ces fonctionnaires et l’abrogation de cette ordonnance dont les conséquences néfastes se font particulièrement sentir en vidant notre pays de ses cadres.<br />
<i>Motion votée à l’unanimité.</i></p>
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<hr />
<p>&nbsp;</p>
<h2 id="humanite">L’ordonnance du 15 octobre 1960, un texte scélérat</h2>
<p><em>Article tiré du site du journal L&rsquo;Humanité, qui élargit au contexte antillais</em><br />
<em> Source : <a href="http://www.humanite.fr/monde/l%E2%80%99ordonnance-du-15-octobre-1960-un-texte-scelerat-488191">http://www.humanite.fr/monde/l%E2%80%99ordonnance-du-15-octobre-1960-un-texte-scelerat-488191</a></em></p>
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<div style="text-align: justify;">Le 15 octobre 1960, le Journal officiel publie une  ordonnance par laquelle l’État français livre à l’arbitraire les fonctionnaires des départements d’outre-mer. Militants anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes, en majorité communistes, sont mutés sans autre forme de procès.</div>
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<p style="text-align: justify;">Promulguée à l’initiative du premier ministre de l’époque, Michel Debré, l’ordonnance du 15 octobre 1960 stipulait que « les fonctionnaires de l’État et des établissements publics de l’État en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d’office en métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation ». Il y a cinquante ans, c’était l’époque de la guerre d’Algérie. Le gouvernement français avait reçu du Parlement les pleins pouvoirs pour légiférer par ordonnance. Lors d’une rencontre avec la presse, le 30 novembre 1966, à Saint-Denis de la Réunion, Michel Debré reconnaissait « avoir voulu cette ordonnance, l’avoir rédigée et même appliquée (…) ». Et surtout qu’« elle n’a pas été faite pour la Réunion (…) ». Ni pour les autres DOM d’ailleurs, aurait-il pu ajouter puisque l’article 3 de la loi du 4 février 1960 prévoit la ratification des ordonnances par le Parlement. Or, celle du 15 octobre 1960 n’a jamais été ratifiée. La question qui se posait était de savoir pourquoi une mesure prévue pour les départements algériens a pu être élargie aux « quatre vieilles colonies » des Antilles, à la Guyane et à l’île de la Réunion. La réponse était évidente : la probabilité de la perte de l’Algérie. Et donc, le gouvernement français estimait nécessaire de se donner les moyens de conserver ses autres « propriétés ». D’autant que ça chauffait dans les départements français d’outre-mer.</p>
<p style="text-align: justify;">En décembre 1959, à la Martinique, un banal incident de circulation, place de la Savane, à Fort-de-France, tourne à l’altercation entre un Martiniquais et un… Français. Des CRS présents interviennent violemment à coups de gaz lacrymogènes et dispersent tout le monde. Mais des badauds et des militaires en permission ne s’en laissent pas conter et ripostent. Durant trois jours la bataille a fait rage, dans un premier temps entre des groupes descendus des quartiers populaires de la capitale et les CRS. Et quand ces derniers ont été consignés dans leur casernement au Fort-Saint-Louis, les différents groupes ont affronté les gendarmes et les policiers. Ces émeutes seront cause de la mort, par les forces de l’ordre, de trois jeunes Martiniquais : Edmond Éloi dit Rosile, vingt ans, Christian Marajo, quinze ans, et Julien Betzi, dix-neuf ans. Avec la mort de ces trois jeunes se précisait l’entrée de la Martinique au cœur d’une période troublée. Les débordements de cette fin des années 1960 sont à chercher dans le contexte socio-économique : la restructuration de l’économie sucrière battait son plein. Le chômage y était endémique et l’exode était massif vers les quartiers populaires de Fort-de-France. À cela s’ajoutait l’accélération de la mise en place de la loi de mars 1946 sur la départementalisation, et une multiplication d’incidents racistes dus aux CRS et aux fonctionnaires français en poste dans les administrations de la Martinique.</p>
<p style="text-align: justify;">La répression a frappé là où les communistes agissaient le plus. Sur proposition des préfets et sans formalité, des fonctionnaires militants anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes, en majorité communistes, furent mutés sans autre forme de procès. Neuf Guadeloupéens, un Guyanais, treize Réunionnais ont été pris pour cible. Certains se sont retrouvés en Corse, en Afrique. D’autres furent exilés dans l’Hexagone. À la Martinique, quatre fonctionnaires ont fait les frais de leurs engagements. Ces quatre victimes : Armand Nicolas (professeur de lycée et plus tard secrétaire général du PCM), Guy Dufond (professeur de lycée), Georges Mauvois et Walter Guitteaud (inspecteurs de la poste) ont très vite reçu leur mutation d’office pour la métropole. Ils étaient tous les quatre des dirigeants du Parti communiste martiniquais (PCM). Des hommes férus d’engagement anticolonialiste. Ils ont refusé d’obtempérer et ont été révoqués. Leur refus de se soumettre venait de l’éveil des consciences très fort à cette époque où, en figure de proue de la revendication identitaire et au plus fort de la bataille contre l’ordre colonial, il y avait Aimé Césaire. Pour avoir été l’un des fondateurs du Front antillo-guyanais pour l’autonomie, Édouard Glissant fut interdit de séjour dans son île natale. Tout comme l’avocat Marcel Manville. Yvon Leborgne, professeur de philosophie en Guadeloupe, fut exilé en Corse. Le haut fonctionnaire Albert Beville, connu aussi sous le nom de Paul Niger, fut rétrogradé et interdit de séjour en Guadeloupe. D’autres fonctionnaires, métropolitains, ont aussi payé tribut à l’ordonnance du 15 octobre 1960 pour avoir protesté contre la situation coloniale avant que cette ordonnance scélérate soit abrogée en 1972.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un demi-siècle  plus tard</strong> Le 16 octobre 2011 a eu lieu, à l’Atrium, à Fort-de-France, une soirée d’évocation, de mémoire et d’histoire de la Martinique. Un colloque bien symbolique, pour rappeler qu’il y a cinquante ans la répression coloniale frappait durement des citoyens en se servant de l’ordonnance du 15 octobre 1960. À cette occasion, un film documentaire d’un jeune réalisateur martiniquais, Jonaz Joslen, retraçant cet épisode douloureux, a été projeté lors de cette soirée. La manifestation était placée sous la présidence du docteur Michel Yoyo, avec la participation d’Armand Nicolas, Georges Mauvois et Guy Dufond. Trois des quatre victimes martiniquaises de cette ordonnance (le quatrième, Walter Guitteaud, est décédé). Cinquante ans plus tard, cette soirée d’échange était une invitation à revivre une page importante de l’histoire du pays, mais aussi une invite à la population à continuer de plus belle le combat pour une Martinique martiniquaise.</p>
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<hr />
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		<title>La mobilité des jeunes réunionnais</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Apr 2014 12:06:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[ant]]></category>
		<category><![CDATA[bumidom]]></category>
		<category><![CDATA[émigration]]></category>
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					<description><![CDATA[Je partage ici un article de l'anthropologue Lucette LABACHE, qui a travaillé sur la migration des réunionnais en France et l'identité réunionnaise.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<section>Je partage ici un article de l&rsquo;anthropologue Lucette LABACHE, qui a travaillé sur la migration des réunionnais en France et l&rsquo;identité réunionnaise. Cet article a été publié en 2008 dans la revue Agora (n°50), et provient du site du <a href="http://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2008-4-page-22.htm">CAIRN</a></p>
<h3>Plan de l&rsquo;article</h3>
<p><span style="text-decoration: underline;">De la migration à la mobilité</span><br />
&#8211; L’institutionnalisation de la migration<br />
&#8211; Une rupture idéologique avec le concept de mobilité<br />
&#8211; Organisation de la mobilité aujourd’hui</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">La mobilité des réunionnais en métropole : des réalités contradictoires et complexes</span><br />
&#8211; Difficultés et crise identitaire<br />
&#8211; La mobilité comme expérience positive<br />
&#8211; Rêve de retour et mobilité subie<br />
&#8211; Une communauté introuvable</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Évolutions de la mobilité</span><br />
&#8211; La descendance des Réunionnais en métropole<br />
&#8211; Les résistances à la mobilité<br />
&#8211; Repenser la mobilité</p>
<p><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-228" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion-300x174.jpg" alt="a" width="300" height="174" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion-300x174.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion.jpg 1000w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a></p>
<h2>De la migration à la mobilité</h2>
<h3>L’institutionnalisation de la migration</h3>
<section>Les premiers mouvements de mobilité, qui ont toujours existé entre la Réunion et la métropole, étaient réservés aux personnes privilégiées socialement, dont les intellectuels qui venaient poursuivre leurs études sur le sol métropolitain, les artistes et certains cadres administratifs. Ce n’est que dans la deuxième moitié des années 1960, et surtout au début des années 1970, que la présence des originaires de la Réunion devient fortement lisible en métropole avec le développement de la migration de masse.Au lendemain de la départementalisation votée en 1946, la Réunion, tout comme les autres départements d’outre-mer (DOM), se trouve dans une situation sociale et économique catastrophique. En effet, une importante croissance démographique a provoqué une forte hausse de la part des jeunes dans la pyramide des âges et cette jeunesse se trouve confrontée à une situation de sous-emploi chronique. De plus, les réformes promises par le nouveau statut tardent à se mettre en place. Le désintérêt de la métropole pour son nouveau DOM sera sanctionné au niveau politique par une demande d’autonomie, puis par des revendications d’indépendance. Climat social tendu, revendications de sécession et absence de perspectives d’insertion socioprofessionnelle pour les jeunes poussent les pouvoirs publics à institutionnaliser la migration comme principale solution de lutte contre le chômage. Cette volonté politique répond alors à trois nécessités de régulation sociale : réduire l’accroissement démographique du département, proche alors de celui d’un pays du tiers-monde, juguler les tentatives d’explosion sociale et de revendications politiques causées par le sous-emploi et fournir à la métropole une importante main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité bien spécifiés comme les hôpitaux, les postes et télécommunications ou les transports publics.En 1963 est créé le Bureau des migrations d’outre-mer (Bumidom). Il faut noter cette curiosité dans l’intitulé même de cet organisme qui considère les Réunionnais comme des « migrants » alors que juridiquement, ce sont des Français vivant à plusieurs milliers de kilomètres de leur métropole et qui se déplacent sur le territoire national. Le Bumidom devient l’organisme chargé d’organiser le départ de milliers de jeunes originaires de l’outre-mer pour leur installation en métropole. Dès lors, de nombreux Réunionnais adhérant au mythe de la mère patrie fondent leur projet de vie sur un départ de l’île et une installation sur le territoire métropolitain. Des propositions très attractives comme « partir en métropole pour y faire fortune », « trouver un emploi rapidement avec possibilités d’évolution professionnelle rapide » incitent des milliers de personnes à tenter l’aventure. Les Antillais, géographiquement plus proches de la métropole, utiliseront massivement le dispositif dédié à la migration dès sa création tandis que les Réunionnais attendront la fin des années 1960 pour partir chaque année par milliers vers la métropole. Ainsi, pendant plusieurs décennies, le départ vers celle-ci fera partie intégrante du parcours initiatique d’une grande partie de la jeunesse réunionnaise.</p>
<p>Pendant des années, les représentations et les débats sur la migration oscilleront entre deux pôles antinomiques. Critiquée vivement à l’époque par certains partis politiques de gauche qui dénoncent une saignée dans la population par « le départ des forces vives du département », la migration est alors interprétée comme une arme politique dont l’objectif est d’éviter « l’explosion sociale ». Aux Antilles, Aimé Césaire ira même jusqu’à comparer le déplacement massif de ces populations à un « génocide » tant est important le nombre de jeunes qui quittent chaque année les régions ultramarines. Les opposants à la migration diaboliseront la « déportation de la jeunesse réunionnaise » et mèneront une campagne de presse organisée autour des images les plus dramatiques, les plus misérabilistes de la migration. Le suicide de certains jeunes migrants réunionnais, les conditions misérables dans lesquelles vivent d’autres, les décompensations psychopathologiques seront fortement médiatisés par le camp qui rejette la migration. Dans les années 1970, alors qu’environ 5 000 jeunes quittent leur île chaque année, « Vivre et travailler au pays » devient le slogan contestataire vis-à-vis de la migration.</p>
<p>Tout à fait à l’opposé, de nombreux représentants des partis de droite présenteront la migration comme un véritable outil de promotion sociale. Ils soutiendront leurs arguments en valorisant des originaires de la Réunion qui « réussissent » en métropole. Ces images de la réussite seront étayées par l’accès à un meilleur niveau économique ou à une plus grande ouverture culturelle. Le projet d’installation définitive sur le territoire métropolitain sera censé couronner une parfaite « intégration » des migrants réunionnais dans leur nouveau milieu.</p>
<p>Cependant, ce temps du Bumidom reste une période douloureuse dans l’histoire de la migration réunionnaise. Les Réunionnais de cette génération sont considérés, souvent avec raison, comme une génération de sacrifiés. En effet, les jeunes étaient projetés dans un univers étranger sans qu’ils n’aient été préalablement préparés à affronter leur nouvelle vie. De même, certaines promesses de réussite, de promotion, d’insertion rapide, d’intégration sont le plus souvent apparues comme des leurres. Beaucoup de migrants de cette génération ont l’impression amère d’avoir été trompés. Mais la poursuite du mythe de la réussite a aidé de nombreux Réunionnais à surmonter leurs désillusions et à s’enraciner sur le territoire métropolitain. De retour au pays lors des vacances, par un effet de surcompensation, ils vont occulter leurs souffrances et afficher un sentiment de satisfaction de vivre en migration. S’appuyant sur un mécanisme de mimétisme, ils vont décider d’autres personnes à s’engager dans la même voie qu’eux. Les pionniers du Bumidom ont ainsi posé les bases de la communauté réunionnaise en métropole.</p>
</section>
<section>
<h3>Une rupture idéologique avec le concept de mobilité</h3>
<p>Les changements politiques de 1981 se répercuteront sur la conception même de la migration. En 1982, avec l’objectif d’opérer une rupture idéologique avec le Bumidom, un nouvel organisme d’État, l’actuelle Agence nationale pour la promotion et l’insertion des travailleurs d’outre-mer (ANT), est créé en vue d’organiser le départ et de favoriser l’installation des originaires d’outre-mer en métropole.</p>
<p>En opposition au Bumidom, qui dans son intitulé même faisait porter l’accent sur le terme « migration », qui sous-entend le déplacement d’un pays à l’autre, un nouveau concept est inventé, celui de mobilité, qui fait plus référence à la souplesse de déplacement d’une région d’emploi à une autre, à l’intérieur d’une même entité territoriale. De ce fait, les originaires des DOM ne sont plus considérés comme des « migrants », dont l’essence même se réfère à l’étrangeté, mais comme des Français en mobilité qui effectuent un déplacement transnational. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, le concept de mobilité qui se substitue à celui de migration fait désormais partie du langage commun utilisé à la Réunion.</p>
<p>Après plus de vingt-cinq ans de solde migratoire positif pendant lesquels les départs sont plus nombreux que les entrées à la Réunion, le milieu des années 1980 annonce une nouvelle tendance. À partir de 1985, les retours en nombre de ceux qui ont passé des années en métropole et ont été découragés par la situation socio-économique, ainsi que l’arrivée de nouveaux venus, dont beaucoup de métropolitains, font que le solde migratoire de l’île redevient positif. Pendant cette même période, la « sinistrose » qui règne en métropole et la poussée des mouvements d’extrême droite incitent les jeunes à rester dans leur département d’origine.</p>
<p>Au début des années 1990, le chef-lieu de la Réunion connaît de graves émeutes sociales que l’histoire retient désormais sous le nom des « événements du Chaudron ». La question du chômage et de l’insertion des jeunes réapparaît alors au premier plan. Malgré le fait qu’il existe un dynamisme dans le domaine de la création d’emplois où le taux de croissance est supérieur à celui de la métropole, ces postes nouvellement créés ne suffisent pas pour résorber le chômage de manière significative. De plus, la plupart de ces emplois sont des postes aidés par l’État. Confrontés à l’urgence de la situation sociale, les décideurs vont magnifier la mobilité et essayer de promouvoir une culture de la mobilité pour la jeunesse réunionnaise. Face à la pénurie de travail dans l’île, la mobilité des originaires de la Réunion vers la métropole ou les autres pays européens constitue une donnée fondamentale tant pour les autorités locales que pour les instances nationales. Les responsables politiques de la Réunion se montrent alors unanimes quant à la nécessité d’encourager les jeunes à partir. La traditionnelle opposition entre politiques de droite et de gauche sur le sujet s’efface au profit d’un consensus à tel point que pratiquement aucune personnalité publique n’ose contester la mobilité comme une obligation économique vitale pour la Réunion. Si aux Antilles et en Guyane l’initiative du départ est laissée à la libre appréciation des acteurs, en revanche, la Réunion consacre chaque année des budgets de plus en plus importants à la mobilité et des campagnes de publicité sont activement menées autour de la mobilité.</p>
<p>Depuis le début des années 1990, les autorités politiques locales incitent les jeunes en quête d’un emploi ou d’une formation à partir non seulement vers la métropole mais aussi à explorer de nouvelles destinations en se tournant vers certains pays de l’Union européenne. La Grande-Bretagne ou l’Allemagne deviennent depuis peu de nouveaux lieux d’accueil pour les jeunes travailleurs réunionnais tandis que certains jeunes intellectuels vont parfaire leur formation dans les universités ou grandes écoles d’Amérique du Nord ou, plus récemment, d’Australie.</p>
<p>Dopée par les pouvoirs publics qui investissent annuellement des sommes de plus en plus importantes en faveur de la mobilité, celle-ci est diversement perçue par la population réunionnaise. Échec d’une véritable politique de développement de l’emploi attendue depuis la loi de départementalisation en 1946, solution par défaut qui traite partiellement le problème du chômage ou injonction étatique qui pousse les jeunes Réunionnais à aller chercher du travail en dehors de leur département d’origine représentent les principales raisons invoquées par les plus fatalistes. Chance de trouver du travail, meilleures possibilités d’ouverture sur le monde ou encore recherche d’épanouissement en dehors du monde insulaire sont avancées comme arguments par ceux qui choisissent de faire de la mobilité un capital personnel, social et symbolique.</p>
<p>Cette injonction de la mobilité produit, insidieusement, deux conceptions de la jeunesse réunionnaise. Les jeunes Réunionnais qui s’engagent dans la mobilité seraient valorisés comme des combatifs qui osent la culture du risque et considérés comme des courageux qui quittent le milieu sécurisant de leur île. À l’opposé, ceux qui choisissent de rester dans leur département deviendraient peu ou prou disqualifiés ; ils seraient en effet perçus comme n’ayant pas la capacité de couper le cordon ombilical avec leur île.</p>
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<h3>Organisation de la mobilité aujourd’hui</h3>
<p>Inscrite dans les schémas régionaux et locaux de formation professionnelle, la mobilité s’affirme comme un outil au service des jeunes de la Réunion. Les deux filières organisées, l’ANT et le Comité national d’accueil des Réunionnais en métropole (CNARM), créé en 1965 pour aider les ressortissants de la Réunion sur le territoire métropolitain, s’imposent comme les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics pour la gestion de la mobilité. Ces deux opérateurs de mobilité offrent chacun des prestations spécifiques aux personnes qui désirent s’installer en métropole ou dans un autre pays d’Europe. Mais d’autres instances étatiques, telles que l’Éducation nationale et récemment encore le service national, jouent un rôle non négligeable dans le départ des jeunes. À côté des filières organisées, la mobilité spontanée qui résulte des solidarités familiales ou amicales, la cooptation par les amis, l’effet d’émulation joué par ceux qui connaissent une réussite professionnelle et sociale représentent une autre voie pour les candidats au départ vers la métropole, qui s’affranchissent ainsi des contraintes administratives imposées par les filières organisées. Aussi, en raison de l’existence de la filière spontanée, il devient difficile voire impossible de chiffrer le nombre de départs chaque année, évalué à plus de deux mille par les deux agences. La plupart du temps, la mobilité des originaires de la Réunion est surtout motivée par des raisons économiques. Des motifs d’ordre psychosociologique, comme la recherche d’épanouissement personnel et social ou la décision de regroupement familial, la fuite d’un climat social anxiogène qui a induit une sorte de dépression collective dans l’île, mais aussi le simple désir de changer de vie ou d’occulter un passé encombrant décident également de nombreuses personnes à quitter leur département chaque année.</p>
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<h2>La mobilité des réunionnais en métropole : des réalités contradictoires et complexes</h2>
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<h3>Difficultés et crise identitaire</h3>
<p>La première génération de Réunionnais installée en métropole a affiché sa volonté d’intégration économique et sociale et revendiqué le désir d’être reconnue comme des citoyens français à part entière. Mais l’ignorance de beaucoup de membres de la société d’accueil, des incompréhensions font que ces natifs d’outremer ont rapidement été associés aux immigrés en provenance d’Afrique du Nord, d’Afrique noire ou d’Asie. Dans leur grande majorité, la situation des Réunionnais et de leurs enfants devient comparable à celle des travailleurs étrangers. Souvent, ils occupent les postes les moins qualifiés du secteur public ou privé et souffrent de conditions d’existence difficiles. Pour ces natifs d’outremer, la migration ou la mobilité sont souvent associées à des sentiments de traumatisme et d’exil. La douloureuse confrontation avec certaines réalités de la société d’accueil, dont le racisme ou les discriminations dans l’accès à l’emploi ou au logement, aboutit alors à une crise identitaire : perçus comme des étrangers par les métropolitains qui annulent leur identité juridique, ils éprouvent un conflit entre l’être social qu’ils représentent et leur propre sentiment d’identité fondé sur la conviction d’être Français. Les récits de vie des Réunionnais mentionnent presque toujours la souffrance identitaire des migrants pendant leur déplacement transnational. Leur phénotype, le fait qu’ils aient vécu dans une aire géographique située en dehors de l’espace hexagonal, qu’ils soient porteurs de particularités culturelles les classent dans une catégorie de Français particuliers. En dépit de leur carte d’identité et de leur appartenance objective à la France, d’un point de vue juridique, la plupart d’entre eux souffrent du syndrome de l’immigré qui s’exprime par des difficultés d’adaptation, le mal du pays, les épreuves de discrimination et une intégration plus ou moins problématique.</p>
<p>Si chez certains cette crise débouche parfois sur des souffrances identitaires insurmontables, dans la majorité des cas, elle favorise une meilleure définition de soi, dont la reconnaissance de leur ethnicité réunionnaise. Le bouleversement identitaire aurait en fait une fonction salutaire et thérapeutique puisqu’il provoque une meilleure définition de soi et permet au Réunionnais une appropriation de son histoire et une découverte de sa personnalité, ce qui l’amène à construire une identification plus conforme à la réalité ; comme si l’exil, la distance prise avec le lieu de naissance aboutissaient à une sorte de révélation de soi.</p>
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<h3>La mobilité comme expérience positive</h3>
<p>La mobilité a permis à beaucoup de personnes de « s’en sortir », d’avoir une expérience de travail et pour certaines d’envisager en métropole la poursuite de leur carrière professionnelle. « C’est dur », mais parce que les migrants connaissent les dures réalités sociales et économiques de leur île natale, ils « s’accroche[nt] ». En dépit d’une certaine souffrance liée à l’éloignement, beaucoup disent « tenir le coup » parce qu’ils savent que là-bas, « [ils] n’aur[ont] pas grand-chose ».</p>
<p>D’autres, qui se montrent toujours émus par leurs débuts difficiles, vantent la découverte d’une nouvelle vie épanouissante et conçoivent le projet de retour comme une régression. Les femmes réunionnaises se rangent majoritairement parmi ceux qui se montrent les plus satisfaits de la vie sur le sol métropolitain. Ces personnes considèrent la mobilité comme un capital et leur migration devient alors une expérience de vie enrichissante. La prise de distance affective avec la famille, le fait de sortir de l’insularité, la fuite du contrôle social, l’accès à une autre ouverture culturelle, le bilan positif de leur intégration ont permis à certaines migrantes d’exprimer un sentiment satisfaisant d’accomplissement de soi.</p>
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<h3>Rêve de retour et mobilité subie</h3>
<p>Certains, qui manifestent le désir de « vivre chez eux » ou de rentrer dans leur « pays », se heurtent à un retour impossible. La mutation tant espérée se transforme en chimère. Obtenir un poste dans leur île reste pour quelques-uns un rêve qui ne se réalisera pas, ils se voient donc contraints de subir un exil à vie.</p>
<p>Pour quelques sujets, l’expérience migratoire a été un projet défini pour quelques mois ou plusieurs années. Pour d’autres, la trop grande souffrance générée par l’acculturation provoque un réel échec de la mobilité. En raison d’une expérience de migration vécue de manière dramatique (racisme, conditions de précarité au niveau de l’emploi ou du logement, impossibilité de forger des projets à long terme) ou d’une lassitude de la vie en métropole ou encore de pathologies de l’adaptation avec impossibilité de faire le deuil de l’île natale, certains migrants brossent un tableau de leurs désillusions en présentant la mobilité comme un miroir aux alouettes.</p>
<p>Des Réunionnais en mobilité déplorent le fait que les politiques poussent les jeunes à partir mais ne les aident pas dans leurs difficultés sur le territoire métropolitain. La notion d’abandon est mentionnée à plusieurs reprises. La souffrance d’avoir été oublié par les siens et de ne pas être entendu par les politiques revient de manière récurrente dans les discours.</p>
<p>Cependant la réalisation du rêve de retour peut se transformer en cauchemar pour quelques migrants qui comptent nombre d’années d’installation en métropole et qui ont tenté un retour au pays. La distance prise avec la société d’origine, les « problèmes d’adaptation à la mentalité du pays », de difficultés d’insertion ou de malaise psychosocial et une nouvelle crise d’identité ont motivé de fréquents retours sur la terre d’exil en raison d’une sorte d’impossibilité à se réadapter. Ce phénomène de « retour provisoire au pays » apparaît comme une parenthèse au cours de laquelle l’ancien migrant effectue une véritable prise de conscience quant au lieu où se déroulera son avenir social et professionnel.</p>
<p>D’autres, qui ont caressé le rêve de capitaliser leurs acquis obtenus grâce à la mobilité en mettant leurs compétences au service de leur département d’origine, soulignent le manque d’attention des décideurs envers les projets de développement présentés par les Réunionnais et pour la Réunion. Dans la même logique, nombre de personnes qui ont été distinguées par un haut niveau de formation regrettent de ne pouvoir trouver un poste dans leur île natale. Ces derniers temps, des intellectuels travaillant en métropole ou à l’étranger et dont certains se sont vu refuser un poste à la Réunion tentent de s’organiser afin de proposer leurs capacités d’expertise à leur département d’origine.</p>
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<h3>Une communauté introuvable</h3>
<p>Si vivre loin de sa terre natale engendre des souffrances multiples et pousse souvent les migrants à se regrouper pour former une diaspora, chez les Réunionnais en migration, des attitudes symptomatiques que l’on voit dans les conduites d’évitement généralisées interrogent sur la réalité de la communauté réunionnaise sur la terre d’exil. La confrontation à la crise d’identité, aux désillusions, au racisme sera d’autant plus douloureuse à vivre que, la plupart du temps, les Réunionnais se trouvent dans une grande solitude. Des conduites d’évitement délibérées, « pour ne pas faire face à celui qui nous ressemble le plus, qui vit sans doute les mêmes affres que nous », semblent être caractéristiques de l’émigration réunionnaise. Une absence de solidarité généralisée entre les Réunionnais, le manque de lieux ressources placeraient les migrants réunionnais face à un vide. La comparaison avec les Antillais qui eux sont censés être plus proches des leurs revient souvent dans les conversations des migrants.</p>
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<h2>Évolutions de la mobilité</h2>
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<h3>La descendance des Réunionnais en métropole</h3>
<p>Beaucoup de ressortissants de la Réunion se sont engagés dans une vie de famille et ont donné naissance à la deuxième génération : environ 80 000 enfants dont au moins un des parents est né à la Réunion ont été dénombrés par l’INSEE. Cette nombreuse descendance montre l’acheminement vers une immigration d’implantation. Ces enfants de la double culture connaissent aussi une souffrance identitaire car ils ne sont pas reconnus dans leur pays de naissance. Ils se sentent affiliés affectivement au « pays » de leurs parents, mais ne peuvent investir cette terre natale comme leur propre lieu de réalisation. En général, la quasi-totalité des enfants de la deuxième génération n’envisage pas de s’installer dans le département d’origine de ses parents et ne cultive pas d’ambivalence entre son lieu de naissance et le « pays » des parents. Si leur identité française est bien établie, ce n’est pas pour autant qu’ils ne connaissent pas un vécu ambigu de leur ethnicité.</p>
<p>Pour certains jeunes qui ont vécu une forte crise identitaire, ont sublimé le pays des parents et y ont forgé un projet de vie jusqu’à y tenter une installation, cette expérience n’aura duré que quelques mois ou quelques années ; et face à une crise identitaire à l’envers et la découverte de leur étrangeté dans un lieu qu’ils avaient fortement investi, ces enfants de la double culture sont revenus s’installer en France, leur pays de naissance.</p>
<p>L’attachement sentimental à la Réunion est effectif pour la plupart de ces jeunes qui se sentent plutôt proches du département d’origine de leurs parents. Les attaches avec le pays des racines sont maintenues par les vacances, la cuisine faite à la maison, le créole parlé par les parents, la musique, le lien avec les grands-parents ou les autres membres de la famille. La fréquentation du milieu associatif réunionnais ainsi que certains projets à caractère culturel, comme la réalisation de documentaires sur la Réunion par des jeunes de la double culture ou l’organisation de voyages de découverte dans l’île, témoignent d’une autre façon de garder le contact avec le lieu des origines.</p>
<p>Très minoritaire est donc cette migration des jeunes de la deuxième génération qui s’installent durablement dans le département d’origine de leurs parents. En raison de problèmes identitaires aigus, ces jeunes se dirigent vers le lieu de naissance de leurs parents qu’ils considèrent comme un contenant symbolique.</p>
<p>La migration de jeunes de la deuxième génération vers les États-Unis ou la Grande-Bretagne pour y développer un projet de vie est par ailleurs un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Ces jeunes, confrontés à diverses discriminations à cause de leurs origines, envisagent l’installation dans ces aires anglo-saxonnes comme une tentative de réparation de leurs blessures symboliques.</p>
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<h3>Les résistances à la mobilité</h3>
<p>Le flux migratoire en métropole des originaires de la Réunion s’organise dans un mouvement dynamique. En général, les pionniers de la migration formulaient des projets d’installation à long terme en métropole et projetaient de retourner dans leur département natal au moment de leur retraite. Depuis environ quinze ans, ceux qui partent circonscrivent leur mobilité sur quelques mois ou années et attendent une longue immersion avant de se prononcer sur leur projet d’installation. En quatre décennies, les mouvements de déplacement ont connu de fortes transformations. Entre 1954 et 1975, la migration connaît son âge d’or. Au cours de cette période qui voit des milliers de jeunes venir en métropole pour y rechercher une insertion professionnelle, le nombre de Réunionnais est multiplié par dix. En 1954, on en dénombrait 3 180 ; en 1968, 16 548 ; en 1975, 34 985 ; en 1982, 75 724 ; en 1990, 92 354 ; et en 1999 moins de 100 000 personnes.</p>
<p>Mais si les jeunes continuent de partir de la Réunion, ils ne restent pas en métropole, ce qui signifie qu’une grande partie d’entre eux choisissent de retourner dans leur île. Entre 1990 et 1999, l’INSEE n’a enregistré que 4 % d’installations durables, soit la plus faible progression jamais observée depuis la mise en place de la politique de migration au début des années 1960, alors que pour la même période à la Réunion, le nombre d’entrées était trois fois supérieur à celui des départs. Ce manque d’attraction pour la migration mis en évidence par les statistiques, l’effondrement progressif du mythe du modèle métropolitain, le retournement significatif du solde migratoire alliés aux mouvements de résistance relevés ces derniers temps à la Réunion et aussi en métropole inaugurent une nouvelle étape pour la migration réunionnaise.</p>
<p>De plus en plus, de jeunes Réunionnais, de mieux en mieux informés sur les réalités de la vie en migration, opposent ainsi une véritable résistance face à la mobilité. Le slogan « Vivre et travailler au pays » qui a fait ses preuves dans les années 1970 est remis en vigueur par les jeunes et leurs parents, qui souvent les soutiennent dans leur combat contre la mobilité. Par exemple, ce mouvement de protestation entamé au mois de juillet 2002 par de jeunes enseignants affectés en métropole qui refusaient de quitter leur terre natale pour aller travailler sur le sol métropolitain a été largement soutenu par des syndicats, des associations culturelles et des particuliers.</p>
<p>Dans ces mouvements de contestation de la politique voulue par les autorités locales, beaucoup de Réunionnais refusent la mobilité car ils l’envisagent comme une violence étatique qui oblige les jeunes à aller travailler à plus de 10 000 km de leur île. Pour beaucoup, la culture de la mobilité signifie aussi l’échec du développement socio-économique pour le département. Pour de nombreuses personnes, le départ de l’île pour raisons économiques est alors considéré comme une solution par défaut au lieu d’un choix librement consenti. L’opposition à la mobilité va de pair avec l’effondrement du mythe de la métropole car la mère patrie n’est plus considérée comme le lieu de réalisation de soi par excellence. Par conséquent, de nombreux Réunionnais affirment leur attachement territorial par leur souhait de rester dans leur île. Ce lien affectif avec le territoire d’origine devient plus que jamais associé au mouvement de revendication identitaire exprimée par les Réunionnais depuis plusieurs années. Imbriqué avec la revendication de reconnaissance d’une identité régionale pour la Réunion, le refus de la mobilité participe d’une force politique pour de plus en plus de Réunionnais.</p>
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<h3>Repenser la mobilité</h3>
<p>Force est de constater que la mobilité des Réunionnais connaît actuellement un tournant dans son histoire. Les migrants de la génération Bumidom arrivent maintenant à l’âge de la retraite. Chez les jeunes générations qui empruntent la voie de la mobilité, le territoire métropolitain est moins sublimé que chez les pionniers des années 1960 et le projet de retour effectif dans leur île est envisagé avant même leur départ. Pour ceux qui refusent de partir, l’opposition à la mobilité constitue un acte politique délibéré.</p>
<p>On peut se demander si le phénomène de la mobilité est vraiment différent de celui de la migration. Or, différentes études et observations démontrent que même si des évolutions notables sont apparues, certaines pratiques semblent perdurer et les manières de faire d’un autre temps se retrouvent en ce début dexxi<sup>e</sup> siècle. Parmi celles-ci, on déplore encore le manque de préparation des jeunes à leur nouvelle vie, l’entretien du mythe de l’Europe ou des pays nord-américains et de l’Australie comme terre promise. On regrette également le manque de prise en compte de la question identitaire des Réunionnais et le peu d’intérêt des décideurs locaux pour ceux qui sont en migration.</p>
<p>Depuis quarante ans, les politiques de migration ont changé mais le même problème crucial pour la Réunion demeure : elle ne peut fournir du travail à toutes ses forces vives. Si les solutions imaginées convergent inévitablement, et plus que jamais, vers la mobilité, on peut s’interroger sur les efforts réels effectués en faveur du développement de l’emploi à la Réunion. Si la mobilité reste une solution d’avenir, ne pourrait-on réfléchir à une meilleure organisation des dispositifs existants et à un véritable accompagnement des jeunes pendant les premiers moments de leur nouvelle vie ? Il faudrait, en quelque sorte, repenser la mobilité.</p>
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<h3>Bibliographie</h3>
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