<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>france &#8211; Ti Kréol Kont Gro Profitèr !</title>
	<atom:link href="https://www.tikreol.re/tag/france/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.tikreol.re/</link>
	<description>Blog Réyoné pou in kritik sosyal, èk larogans antikolonyal</description>
	<lastBuildDate>Tue, 19 Jan 2016 21:17:58 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.2.2</generator>
	<item>
		<title>La mobilité des jeunes réunionnais</title>
		<link>https://www.tikreol.re/la-mobilite-des-jeunes-reunionnais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Apr 2014 12:06:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[ant]]></category>
		<category><![CDATA[bumidom]]></category>
		<category><![CDATA[émigration]]></category>
		<category><![CDATA[exil]]></category>
		<category><![CDATA[france]]></category>
		<category><![CDATA[ladom]]></category>
		<category><![CDATA[migration]]></category>
		<category><![CDATA[mobilité]]></category>
		<category><![CDATA[réunion]]></category>
		<category><![CDATA[réunionnais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://tikreol.re/?p=223</guid>

					<description><![CDATA[Je partage ici un article de l'anthropologue Lucette LABACHE, qui a travaillé sur la migration des réunionnais en France et l'identité réunionnaise.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: justify;">
<section>Je partage ici un article de l&rsquo;anthropologue Lucette LABACHE, qui a travaillé sur la migration des réunionnais en France et l&rsquo;identité réunionnaise. Cet article a été publié en 2008 dans la revue Agora (n°50), et provient du site du <a href="http://www.cairn.info/revue-agora-debats-jeunesses-2008-4-page-22.htm">CAIRN</a></p>
<h3>Plan de l&rsquo;article</h3>
<p><span style="text-decoration: underline;">De la migration à la mobilité</span><br />
&#8211; L’institutionnalisation de la migration<br />
&#8211; Une rupture idéologique avec le concept de mobilité<br />
&#8211; Organisation de la mobilité aujourd’hui</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">La mobilité des réunionnais en métropole : des réalités contradictoires et complexes</span><br />
&#8211; Difficultés et crise identitaire<br />
&#8211; La mobilité comme expérience positive<br />
&#8211; Rêve de retour et mobilité subie<br />
&#8211; Une communauté introuvable</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Évolutions de la mobilité</span><br />
&#8211; La descendance des Réunionnais en métropole<br />
&#8211; Les résistances à la mobilité<br />
&#8211; Repenser la mobilité</p>
<p><a href="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-228" src="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion-300x174.jpg" alt="a" width="300" height="174" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion-300x174.jpg 300w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/04/avion.jpg 1000w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a></p>
<h2>De la migration à la mobilité</h2>
<h3>L’institutionnalisation de la migration</h3>
<section>Les premiers mouvements de mobilité, qui ont toujours existé entre la Réunion et la métropole, étaient réservés aux personnes privilégiées socialement, dont les intellectuels qui venaient poursuivre leurs études sur le sol métropolitain, les artistes et certains cadres administratifs. Ce n’est que dans la deuxième moitié des années 1960, et surtout au début des années 1970, que la présence des originaires de la Réunion devient fortement lisible en métropole avec le développement de la migration de masse.Au lendemain de la départementalisation votée en 1946, la Réunion, tout comme les autres départements d’outre-mer (DOM), se trouve dans une situation sociale et économique catastrophique. En effet, une importante croissance démographique a provoqué une forte hausse de la part des jeunes dans la pyramide des âges et cette jeunesse se trouve confrontée à une situation de sous-emploi chronique. De plus, les réformes promises par le nouveau statut tardent à se mettre en place. Le désintérêt de la métropole pour son nouveau DOM sera sanctionné au niveau politique par une demande d’autonomie, puis par des revendications d’indépendance. Climat social tendu, revendications de sécession et absence de perspectives d’insertion socioprofessionnelle pour les jeunes poussent les pouvoirs publics à institutionnaliser la migration comme principale solution de lutte contre le chômage. Cette volonté politique répond alors à trois nécessités de régulation sociale : réduire l’accroissement démographique du département, proche alors de celui d’un pays du tiers-monde, juguler les tentatives d’explosion sociale et de revendications politiques causées par le sous-emploi et fournir à la métropole une importante main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité bien spécifiés comme les hôpitaux, les postes et télécommunications ou les transports publics.En 1963 est créé le Bureau des migrations d’outre-mer (Bumidom). Il faut noter cette curiosité dans l’intitulé même de cet organisme qui considère les Réunionnais comme des « migrants » alors que juridiquement, ce sont des Français vivant à plusieurs milliers de kilomètres de leur métropole et qui se déplacent sur le territoire national. Le Bumidom devient l’organisme chargé d’organiser le départ de milliers de jeunes originaires de l’outre-mer pour leur installation en métropole. Dès lors, de nombreux Réunionnais adhérant au mythe de la mère patrie fondent leur projet de vie sur un départ de l’île et une installation sur le territoire métropolitain. Des propositions très attractives comme « partir en métropole pour y faire fortune », « trouver un emploi rapidement avec possibilités d’évolution professionnelle rapide » incitent des milliers de personnes à tenter l’aventure. Les Antillais, géographiquement plus proches de la métropole, utiliseront massivement le dispositif dédié à la migration dès sa création tandis que les Réunionnais attendront la fin des années 1960 pour partir chaque année par milliers vers la métropole. Ainsi, pendant plusieurs décennies, le départ vers celle-ci fera partie intégrante du parcours initiatique d’une grande partie de la jeunesse réunionnaise.</p>
<p>Pendant des années, les représentations et les débats sur la migration oscilleront entre deux pôles antinomiques. Critiquée vivement à l’époque par certains partis politiques de gauche qui dénoncent une saignée dans la population par « le départ des forces vives du département », la migration est alors interprétée comme une arme politique dont l’objectif est d’éviter « l’explosion sociale ». Aux Antilles, Aimé Césaire ira même jusqu’à comparer le déplacement massif de ces populations à un « génocide » tant est important le nombre de jeunes qui quittent chaque année les régions ultramarines. Les opposants à la migration diaboliseront la « déportation de la jeunesse réunionnaise » et mèneront une campagne de presse organisée autour des images les plus dramatiques, les plus misérabilistes de la migration. Le suicide de certains jeunes migrants réunionnais, les conditions misérables dans lesquelles vivent d’autres, les décompensations psychopathologiques seront fortement médiatisés par le camp qui rejette la migration. Dans les années 1970, alors qu’environ 5 000 jeunes quittent leur île chaque année, « Vivre et travailler au pays » devient le slogan contestataire vis-à-vis de la migration.</p>
<p>Tout à fait à l’opposé, de nombreux représentants des partis de droite présenteront la migration comme un véritable outil de promotion sociale. Ils soutiendront leurs arguments en valorisant des originaires de la Réunion qui « réussissent » en métropole. Ces images de la réussite seront étayées par l’accès à un meilleur niveau économique ou à une plus grande ouverture culturelle. Le projet d’installation définitive sur le territoire métropolitain sera censé couronner une parfaite « intégration » des migrants réunionnais dans leur nouveau milieu.</p>
<p>Cependant, ce temps du Bumidom reste une période douloureuse dans l’histoire de la migration réunionnaise. Les Réunionnais de cette génération sont considérés, souvent avec raison, comme une génération de sacrifiés. En effet, les jeunes étaient projetés dans un univers étranger sans qu’ils n’aient été préalablement préparés à affronter leur nouvelle vie. De même, certaines promesses de réussite, de promotion, d’insertion rapide, d’intégration sont le plus souvent apparues comme des leurres. Beaucoup de migrants de cette génération ont l’impression amère d’avoir été trompés. Mais la poursuite du mythe de la réussite a aidé de nombreux Réunionnais à surmonter leurs désillusions et à s’enraciner sur le territoire métropolitain. De retour au pays lors des vacances, par un effet de surcompensation, ils vont occulter leurs souffrances et afficher un sentiment de satisfaction de vivre en migration. S’appuyant sur un mécanisme de mimétisme, ils vont décider d’autres personnes à s’engager dans la même voie qu’eux. Les pionniers du Bumidom ont ainsi posé les bases de la communauté réunionnaise en métropole.</p>
</section>
<section>
<h3>Une rupture idéologique avec le concept de mobilité</h3>
<p>Les changements politiques de 1981 se répercuteront sur la conception même de la migration. En 1982, avec l’objectif d’opérer une rupture idéologique avec le Bumidom, un nouvel organisme d’État, l’actuelle Agence nationale pour la promotion et l’insertion des travailleurs d’outre-mer (ANT), est créé en vue d’organiser le départ et de favoriser l’installation des originaires d’outre-mer en métropole.</p>
<p>En opposition au Bumidom, qui dans son intitulé même faisait porter l’accent sur le terme « migration », qui sous-entend le déplacement d’un pays à l’autre, un nouveau concept est inventé, celui de mobilité, qui fait plus référence à la souplesse de déplacement d’une région d’emploi à une autre, à l’intérieur d’une même entité territoriale. De ce fait, les originaires des DOM ne sont plus considérés comme des « migrants », dont l’essence même se réfère à l’étrangeté, mais comme des Français en mobilité qui effectuent un déplacement transnational. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, le concept de mobilité qui se substitue à celui de migration fait désormais partie du langage commun utilisé à la Réunion.</p>
<p>Après plus de vingt-cinq ans de solde migratoire positif pendant lesquels les départs sont plus nombreux que les entrées à la Réunion, le milieu des années 1980 annonce une nouvelle tendance. À partir de 1985, les retours en nombre de ceux qui ont passé des années en métropole et ont été découragés par la situation socio-économique, ainsi que l’arrivée de nouveaux venus, dont beaucoup de métropolitains, font que le solde migratoire de l’île redevient positif. Pendant cette même période, la « sinistrose » qui règne en métropole et la poussée des mouvements d’extrême droite incitent les jeunes à rester dans leur département d’origine.</p>
<p>Au début des années 1990, le chef-lieu de la Réunion connaît de graves émeutes sociales que l’histoire retient désormais sous le nom des « événements du Chaudron ». La question du chômage et de l’insertion des jeunes réapparaît alors au premier plan. Malgré le fait qu’il existe un dynamisme dans le domaine de la création d’emplois où le taux de croissance est supérieur à celui de la métropole, ces postes nouvellement créés ne suffisent pas pour résorber le chômage de manière significative. De plus, la plupart de ces emplois sont des postes aidés par l’État. Confrontés à l’urgence de la situation sociale, les décideurs vont magnifier la mobilité et essayer de promouvoir une culture de la mobilité pour la jeunesse réunionnaise. Face à la pénurie de travail dans l’île, la mobilité des originaires de la Réunion vers la métropole ou les autres pays européens constitue une donnée fondamentale tant pour les autorités locales que pour les instances nationales. Les responsables politiques de la Réunion se montrent alors unanimes quant à la nécessité d’encourager les jeunes à partir. La traditionnelle opposition entre politiques de droite et de gauche sur le sujet s’efface au profit d’un consensus à tel point que pratiquement aucune personnalité publique n’ose contester la mobilité comme une obligation économique vitale pour la Réunion. Si aux Antilles et en Guyane l’initiative du départ est laissée à la libre appréciation des acteurs, en revanche, la Réunion consacre chaque année des budgets de plus en plus importants à la mobilité et des campagnes de publicité sont activement menées autour de la mobilité.</p>
<p>Depuis le début des années 1990, les autorités politiques locales incitent les jeunes en quête d’un emploi ou d’une formation à partir non seulement vers la métropole mais aussi à explorer de nouvelles destinations en se tournant vers certains pays de l’Union européenne. La Grande-Bretagne ou l’Allemagne deviennent depuis peu de nouveaux lieux d’accueil pour les jeunes travailleurs réunionnais tandis que certains jeunes intellectuels vont parfaire leur formation dans les universités ou grandes écoles d’Amérique du Nord ou, plus récemment, d’Australie.</p>
<p>Dopée par les pouvoirs publics qui investissent annuellement des sommes de plus en plus importantes en faveur de la mobilité, celle-ci est diversement perçue par la population réunionnaise. Échec d’une véritable politique de développement de l’emploi attendue depuis la loi de départementalisation en 1946, solution par défaut qui traite partiellement le problème du chômage ou injonction étatique qui pousse les jeunes Réunionnais à aller chercher du travail en dehors de leur département d’origine représentent les principales raisons invoquées par les plus fatalistes. Chance de trouver du travail, meilleures possibilités d’ouverture sur le monde ou encore recherche d’épanouissement en dehors du monde insulaire sont avancées comme arguments par ceux qui choisissent de faire de la mobilité un capital personnel, social et symbolique.</p>
<p>Cette injonction de la mobilité produit, insidieusement, deux conceptions de la jeunesse réunionnaise. Les jeunes Réunionnais qui s’engagent dans la mobilité seraient valorisés comme des combatifs qui osent la culture du risque et considérés comme des courageux qui quittent le milieu sécurisant de leur île. À l’opposé, ceux qui choisissent de rester dans leur département deviendraient peu ou prou disqualifiés ; ils seraient en effet perçus comme n’ayant pas la capacité de couper le cordon ombilical avec leur île.</p>
</section>
<section>
<h3>Organisation de la mobilité aujourd’hui</h3>
<p>Inscrite dans les schémas régionaux et locaux de formation professionnelle, la mobilité s’affirme comme un outil au service des jeunes de la Réunion. Les deux filières organisées, l’ANT et le Comité national d’accueil des Réunionnais en métropole (CNARM), créé en 1965 pour aider les ressortissants de la Réunion sur le territoire métropolitain, s’imposent comme les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics pour la gestion de la mobilité. Ces deux opérateurs de mobilité offrent chacun des prestations spécifiques aux personnes qui désirent s’installer en métropole ou dans un autre pays d’Europe. Mais d’autres instances étatiques, telles que l’Éducation nationale et récemment encore le service national, jouent un rôle non négligeable dans le départ des jeunes. À côté des filières organisées, la mobilité spontanée qui résulte des solidarités familiales ou amicales, la cooptation par les amis, l’effet d’émulation joué par ceux qui connaissent une réussite professionnelle et sociale représentent une autre voie pour les candidats au départ vers la métropole, qui s’affranchissent ainsi des contraintes administratives imposées par les filières organisées. Aussi, en raison de l’existence de la filière spontanée, il devient difficile voire impossible de chiffrer le nombre de départs chaque année, évalué à plus de deux mille par les deux agences. La plupart du temps, la mobilité des originaires de la Réunion est surtout motivée par des raisons économiques. Des motifs d’ordre psychosociologique, comme la recherche d’épanouissement personnel et social ou la décision de regroupement familial, la fuite d’un climat social anxiogène qui a induit une sorte de dépression collective dans l’île, mais aussi le simple désir de changer de vie ou d’occulter un passé encombrant décident également de nombreuses personnes à quitter leur département chaque année.</p>
</section>
<section>
<h2>La mobilité des réunionnais en métropole : des réalités contradictoires et complexes</h2>
<section>
<h3>Difficultés et crise identitaire</h3>
<p>La première génération de Réunionnais installée en métropole a affiché sa volonté d’intégration économique et sociale et revendiqué le désir d’être reconnue comme des citoyens français à part entière. Mais l’ignorance de beaucoup de membres de la société d’accueil, des incompréhensions font que ces natifs d’outremer ont rapidement été associés aux immigrés en provenance d’Afrique du Nord, d’Afrique noire ou d’Asie. Dans leur grande majorité, la situation des Réunionnais et de leurs enfants devient comparable à celle des travailleurs étrangers. Souvent, ils occupent les postes les moins qualifiés du secteur public ou privé et souffrent de conditions d’existence difficiles. Pour ces natifs d’outremer, la migration ou la mobilité sont souvent associées à des sentiments de traumatisme et d’exil. La douloureuse confrontation avec certaines réalités de la société d’accueil, dont le racisme ou les discriminations dans l’accès à l’emploi ou au logement, aboutit alors à une crise identitaire : perçus comme des étrangers par les métropolitains qui annulent leur identité juridique, ils éprouvent un conflit entre l’être social qu’ils représentent et leur propre sentiment d’identité fondé sur la conviction d’être Français. Les récits de vie des Réunionnais mentionnent presque toujours la souffrance identitaire des migrants pendant leur déplacement transnational. Leur phénotype, le fait qu’ils aient vécu dans une aire géographique située en dehors de l’espace hexagonal, qu’ils soient porteurs de particularités culturelles les classent dans une catégorie de Français particuliers. En dépit de leur carte d’identité et de leur appartenance objective à la France, d’un point de vue juridique, la plupart d’entre eux souffrent du syndrome de l’immigré qui s’exprime par des difficultés d’adaptation, le mal du pays, les épreuves de discrimination et une intégration plus ou moins problématique.</p>
<p>Si chez certains cette crise débouche parfois sur des souffrances identitaires insurmontables, dans la majorité des cas, elle favorise une meilleure définition de soi, dont la reconnaissance de leur ethnicité réunionnaise. Le bouleversement identitaire aurait en fait une fonction salutaire et thérapeutique puisqu’il provoque une meilleure définition de soi et permet au Réunionnais une appropriation de son histoire et une découverte de sa personnalité, ce qui l’amène à construire une identification plus conforme à la réalité ; comme si l’exil, la distance prise avec le lieu de naissance aboutissaient à une sorte de révélation de soi.</p>
</section>
<section>
<h3>La mobilité comme expérience positive</h3>
<p>La mobilité a permis à beaucoup de personnes de « s’en sortir », d’avoir une expérience de travail et pour certaines d’envisager en métropole la poursuite de leur carrière professionnelle. « C’est dur », mais parce que les migrants connaissent les dures réalités sociales et économiques de leur île natale, ils « s’accroche[nt] ». En dépit d’une certaine souffrance liée à l’éloignement, beaucoup disent « tenir le coup » parce qu’ils savent que là-bas, « [ils] n’aur[ont] pas grand-chose ».</p>
<p>D’autres, qui se montrent toujours émus par leurs débuts difficiles, vantent la découverte d’une nouvelle vie épanouissante et conçoivent le projet de retour comme une régression. Les femmes réunionnaises se rangent majoritairement parmi ceux qui se montrent les plus satisfaits de la vie sur le sol métropolitain. Ces personnes considèrent la mobilité comme un capital et leur migration devient alors une expérience de vie enrichissante. La prise de distance affective avec la famille, le fait de sortir de l’insularité, la fuite du contrôle social, l’accès à une autre ouverture culturelle, le bilan positif de leur intégration ont permis à certaines migrantes d’exprimer un sentiment satisfaisant d’accomplissement de soi.</p>
</section>
<section>
<h3>Rêve de retour et mobilité subie</h3>
<p>Certains, qui manifestent le désir de « vivre chez eux » ou de rentrer dans leur « pays », se heurtent à un retour impossible. La mutation tant espérée se transforme en chimère. Obtenir un poste dans leur île reste pour quelques-uns un rêve qui ne se réalisera pas, ils se voient donc contraints de subir un exil à vie.</p>
<p>Pour quelques sujets, l’expérience migratoire a été un projet défini pour quelques mois ou plusieurs années. Pour d’autres, la trop grande souffrance générée par l’acculturation provoque un réel échec de la mobilité. En raison d’une expérience de migration vécue de manière dramatique (racisme, conditions de précarité au niveau de l’emploi ou du logement, impossibilité de forger des projets à long terme) ou d’une lassitude de la vie en métropole ou encore de pathologies de l’adaptation avec impossibilité de faire le deuil de l’île natale, certains migrants brossent un tableau de leurs désillusions en présentant la mobilité comme un miroir aux alouettes.</p>
<p>Des Réunionnais en mobilité déplorent le fait que les politiques poussent les jeunes à partir mais ne les aident pas dans leurs difficultés sur le territoire métropolitain. La notion d’abandon est mentionnée à plusieurs reprises. La souffrance d’avoir été oublié par les siens et de ne pas être entendu par les politiques revient de manière récurrente dans les discours.</p>
<p>Cependant la réalisation du rêve de retour peut se transformer en cauchemar pour quelques migrants qui comptent nombre d’années d’installation en métropole et qui ont tenté un retour au pays. La distance prise avec la société d’origine, les « problèmes d’adaptation à la mentalité du pays », de difficultés d’insertion ou de malaise psychosocial et une nouvelle crise d’identité ont motivé de fréquents retours sur la terre d’exil en raison d’une sorte d’impossibilité à se réadapter. Ce phénomène de « retour provisoire au pays » apparaît comme une parenthèse au cours de laquelle l’ancien migrant effectue une véritable prise de conscience quant au lieu où se déroulera son avenir social et professionnel.</p>
<p>D’autres, qui ont caressé le rêve de capitaliser leurs acquis obtenus grâce à la mobilité en mettant leurs compétences au service de leur département d’origine, soulignent le manque d’attention des décideurs envers les projets de développement présentés par les Réunionnais et pour la Réunion. Dans la même logique, nombre de personnes qui ont été distinguées par un haut niveau de formation regrettent de ne pouvoir trouver un poste dans leur île natale. Ces derniers temps, des intellectuels travaillant en métropole ou à l’étranger et dont certains se sont vu refuser un poste à la Réunion tentent de s’organiser afin de proposer leurs capacités d’expertise à leur département d’origine.</p>
</section>
<section>
<h3>Une communauté introuvable</h3>
<p>Si vivre loin de sa terre natale engendre des souffrances multiples et pousse souvent les migrants à se regrouper pour former une diaspora, chez les Réunionnais en migration, des attitudes symptomatiques que l’on voit dans les conduites d’évitement généralisées interrogent sur la réalité de la communauté réunionnaise sur la terre d’exil. La confrontation à la crise d’identité, aux désillusions, au racisme sera d’autant plus douloureuse à vivre que, la plupart du temps, les Réunionnais se trouvent dans une grande solitude. Des conduites d’évitement délibérées, « pour ne pas faire face à celui qui nous ressemble le plus, qui vit sans doute les mêmes affres que nous », semblent être caractéristiques de l’émigration réunionnaise. Une absence de solidarité généralisée entre les Réunionnais, le manque de lieux ressources placeraient les migrants réunionnais face à un vide. La comparaison avec les Antillais qui eux sont censés être plus proches des leurs revient souvent dans les conversations des migrants.</p>
</section>
</section>
<section>
<h2>Évolutions de la mobilité</h2>
<section>
<h3>La descendance des Réunionnais en métropole</h3>
<p>Beaucoup de ressortissants de la Réunion se sont engagés dans une vie de famille et ont donné naissance à la deuxième génération : environ 80 000 enfants dont au moins un des parents est né à la Réunion ont été dénombrés par l’INSEE. Cette nombreuse descendance montre l’acheminement vers une immigration d’implantation. Ces enfants de la double culture connaissent aussi une souffrance identitaire car ils ne sont pas reconnus dans leur pays de naissance. Ils se sentent affiliés affectivement au « pays » de leurs parents, mais ne peuvent investir cette terre natale comme leur propre lieu de réalisation. En général, la quasi-totalité des enfants de la deuxième génération n’envisage pas de s’installer dans le département d’origine de ses parents et ne cultive pas d’ambivalence entre son lieu de naissance et le « pays » des parents. Si leur identité française est bien établie, ce n’est pas pour autant qu’ils ne connaissent pas un vécu ambigu de leur ethnicité.</p>
<p>Pour certains jeunes qui ont vécu une forte crise identitaire, ont sublimé le pays des parents et y ont forgé un projet de vie jusqu’à y tenter une installation, cette expérience n’aura duré que quelques mois ou quelques années ; et face à une crise identitaire à l’envers et la découverte de leur étrangeté dans un lieu qu’ils avaient fortement investi, ces enfants de la double culture sont revenus s’installer en France, leur pays de naissance.</p>
<p>L’attachement sentimental à la Réunion est effectif pour la plupart de ces jeunes qui se sentent plutôt proches du département d’origine de leurs parents. Les attaches avec le pays des racines sont maintenues par les vacances, la cuisine faite à la maison, le créole parlé par les parents, la musique, le lien avec les grands-parents ou les autres membres de la famille. La fréquentation du milieu associatif réunionnais ainsi que certains projets à caractère culturel, comme la réalisation de documentaires sur la Réunion par des jeunes de la double culture ou l’organisation de voyages de découverte dans l’île, témoignent d’une autre façon de garder le contact avec le lieu des origines.</p>
<p>Très minoritaire est donc cette migration des jeunes de la deuxième génération qui s’installent durablement dans le département d’origine de leurs parents. En raison de problèmes identitaires aigus, ces jeunes se dirigent vers le lieu de naissance de leurs parents qu’ils considèrent comme un contenant symbolique.</p>
<p>La migration de jeunes de la deuxième génération vers les États-Unis ou la Grande-Bretagne pour y développer un projet de vie est par ailleurs un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. Ces jeunes, confrontés à diverses discriminations à cause de leurs origines, envisagent l’installation dans ces aires anglo-saxonnes comme une tentative de réparation de leurs blessures symboliques.</p>
</section>
<section>
<h3>Les résistances à la mobilité</h3>
<p>Le flux migratoire en métropole des originaires de la Réunion s’organise dans un mouvement dynamique. En général, les pionniers de la migration formulaient des projets d’installation à long terme en métropole et projetaient de retourner dans leur département natal au moment de leur retraite. Depuis environ quinze ans, ceux qui partent circonscrivent leur mobilité sur quelques mois ou années et attendent une longue immersion avant de se prononcer sur leur projet d’installation. En quatre décennies, les mouvements de déplacement ont connu de fortes transformations. Entre 1954 et 1975, la migration connaît son âge d’or. Au cours de cette période qui voit des milliers de jeunes venir en métropole pour y rechercher une insertion professionnelle, le nombre de Réunionnais est multiplié par dix. En 1954, on en dénombrait 3 180 ; en 1968, 16 548 ; en 1975, 34 985 ; en 1982, 75 724 ; en 1990, 92 354 ; et en 1999 moins de 100 000 personnes.</p>
<p>Mais si les jeunes continuent de partir de la Réunion, ils ne restent pas en métropole, ce qui signifie qu’une grande partie d’entre eux choisissent de retourner dans leur île. Entre 1990 et 1999, l’INSEE n’a enregistré que 4 % d’installations durables, soit la plus faible progression jamais observée depuis la mise en place de la politique de migration au début des années 1960, alors que pour la même période à la Réunion, le nombre d’entrées était trois fois supérieur à celui des départs. Ce manque d’attraction pour la migration mis en évidence par les statistiques, l’effondrement progressif du mythe du modèle métropolitain, le retournement significatif du solde migratoire alliés aux mouvements de résistance relevés ces derniers temps à la Réunion et aussi en métropole inaugurent une nouvelle étape pour la migration réunionnaise.</p>
<p>De plus en plus, de jeunes Réunionnais, de mieux en mieux informés sur les réalités de la vie en migration, opposent ainsi une véritable résistance face à la mobilité. Le slogan « Vivre et travailler au pays » qui a fait ses preuves dans les années 1970 est remis en vigueur par les jeunes et leurs parents, qui souvent les soutiennent dans leur combat contre la mobilité. Par exemple, ce mouvement de protestation entamé au mois de juillet 2002 par de jeunes enseignants affectés en métropole qui refusaient de quitter leur terre natale pour aller travailler sur le sol métropolitain a été largement soutenu par des syndicats, des associations culturelles et des particuliers.</p>
<p>Dans ces mouvements de contestation de la politique voulue par les autorités locales, beaucoup de Réunionnais refusent la mobilité car ils l’envisagent comme une violence étatique qui oblige les jeunes à aller travailler à plus de 10 000 km de leur île. Pour beaucoup, la culture de la mobilité signifie aussi l’échec du développement socio-économique pour le département. Pour de nombreuses personnes, le départ de l’île pour raisons économiques est alors considéré comme une solution par défaut au lieu d’un choix librement consenti. L’opposition à la mobilité va de pair avec l’effondrement du mythe de la métropole car la mère patrie n’est plus considérée comme le lieu de réalisation de soi par excellence. Par conséquent, de nombreux Réunionnais affirment leur attachement territorial par leur souhait de rester dans leur île. Ce lien affectif avec le territoire d’origine devient plus que jamais associé au mouvement de revendication identitaire exprimée par les Réunionnais depuis plusieurs années. Imbriqué avec la revendication de reconnaissance d’une identité régionale pour la Réunion, le refus de la mobilité participe d’une force politique pour de plus en plus de Réunionnais.</p>
</section>
<section>
<h3>Repenser la mobilité</h3>
<p>Force est de constater que la mobilité des Réunionnais connaît actuellement un tournant dans son histoire. Les migrants de la génération Bumidom arrivent maintenant à l’âge de la retraite. Chez les jeunes générations qui empruntent la voie de la mobilité, le territoire métropolitain est moins sublimé que chez les pionniers des années 1960 et le projet de retour effectif dans leur île est envisagé avant même leur départ. Pour ceux qui refusent de partir, l’opposition à la mobilité constitue un acte politique délibéré.</p>
<p>On peut se demander si le phénomène de la mobilité est vraiment différent de celui de la migration. Or, différentes études et observations démontrent que même si des évolutions notables sont apparues, certaines pratiques semblent perdurer et les manières de faire d’un autre temps se retrouvent en ce début dexxi<sup>e</sup> siècle. Parmi celles-ci, on déplore encore le manque de préparation des jeunes à leur nouvelle vie, l’entretien du mythe de l’Europe ou des pays nord-américains et de l’Australie comme terre promise. On regrette également le manque de prise en compte de la question identitaire des Réunionnais et le peu d’intérêt des décideurs locaux pour ceux qui sont en migration.</p>
<p>Depuis quarante ans, les politiques de migration ont changé mais le même problème crucial pour la Réunion demeure : elle ne peut fournir du travail à toutes ses forces vives. Si les solutions imaginées convergent inévitablement, et plus que jamais, vers la mobilité, on peut s’interroger sur les efforts réels effectués en faveur du développement de l’emploi à la Réunion. Si la mobilité reste une solution d’avenir, ne pourrait-on réfléchir à une meilleure organisation des dispositifs existants et à un véritable accompagnement des jeunes pendant les premiers moments de leur nouvelle vie ? Il faudrait, en quelque sorte, repenser la mobilité.</p>
</section>
</section>
</section>
</div>
<section>
<section>
<hr />
<h3>Bibliographie</h3>
<ul>
<li>
<div>Chane-Kune S., « La migration réunionnaise », <em>Les originaires de l’outre-mer à l’AP-HP</em>, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, 2002, pp. 21-24.</div>
</li>
<li>
<div>Houareau J., <em>Un groupe de Réunionnais à Paris</em>, thèse de doctorat sous la direction de Roger Bastide, Paris, 1971.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., « Désir de France chez les jeunes Réunionnais et les incidences sur leur parcours d’adaptation », <em>Migrations santé</em>, n<sup>os</sup> 96-97, 3<sup>e</sup>-4<sup>e</sup> trimestres 1998, pp. 79-89.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., « Perspectives d’avenir des jeunes à la Réunion », <em>Agora débats/jeunesses</em>, n° 20, 2000, pp. 91-101.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., « Les problématiques d’insertion sociale, professionnelle et identitaire chez les jeunes originaires de l’outre-mer », rapport remis à la Direction interministérielle de la ville et à l’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer, Paris, janvier 2001.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., <em>Les originaires de l’outre-mer à l’AP-HP</em>, Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Paris, 2003.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., « L’ethnicité chez les Réunionnais en migration », <em>Hermès</em>, n<sup>os</sup> 32-33, 2002, pp. 457-469.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., « Les exilés et leur exil », <em>Akoz</em>, n° 17, novembre 2002, pp. 21-24.</div>
</li>
<li>
<div>Labache L., Viracaoundin S., « Une communauté impossible : les conduites d’évitement chez les Réunionnais », <em>Akoz</em>, n° 21, août 2003, pp. 17-20.</div>
</li>
<li>
<div>Lirus J., <em>Identité antilaise</em>, Éditions caribéennes, Paris, 1979.</div>
</li>
<li>
<div>Raveau F., « Ethnicité, migrations et minorités », <em>L’éducation multiculturelle</em>, Centre pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement/Organisation de coopération et de développement économiques, Paris, 1987, pp. 106-128.</div>
</li>
<li>
<div>Taboada-Leonetti I., <em>De l’aliénation à la prise de conscience : itinéraires de l’identité des migrants réunionnais en métropole</em>, thèse de doctorat sous la direction d’Alain Touraine, École pratique des hautes études/Sorbonne, Paris, 1975.</div>
</li>
<li>
<div>« Une population jeune dans les DOM », <em>INSEE première</em>, n° 148, juin 1991.</div>
</li>
<li>
<div>Weber A., <em>L’émigration réunionnaise</em>, L’Harmattan, Paris, 1994.</div>
</li>
</ul>
</section>
</section>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Déclaration de Serge Sinamalé à la conférence des dernières colonies françaises (1985)</title>
		<link>https://www.tikreol.re/declaration-de-serge-sinamale-a-la-conference-des-dernieres-colonies-francaises-1985/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ti Kreol]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Mar 2014 09:57:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Analiz]]></category>
		<category><![CDATA[colonialisme]]></category>
		<category><![CDATA[colonies]]></category>
		<category><![CDATA[conférence]]></category>
		<category><![CDATA[france]]></category>
		<category><![CDATA[sinamalé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://tikreol.re/?p=164</guid>

					<description><![CDATA[Voici une déclaration de l'indépendantiste progressiste Serge SINAMALÉ, militant du M.I.R. (Mouvement Indépendantiste Réunionnais)  en avril 1985 dans le cadre la conférence internationale des dernières colonies françaises, en Guadeloupe. Ce texte est issu d'un recueil des discours des différents représentants d'organisations présentes à cette conférence.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Voici une déclaration de l&rsquo;indépendantiste progressiste Serge SINAMALÉ, militant du M.I.R. (Mouvement Indépendantiste Réunionnais)  en avril 1985 dans le cadre la conférence internationale des dernières colonies françaises, en Guadeloupe. Ce texte est issu d&rsquo;un recueil des discours des différents représentants d&rsquo;organisations présentes à cette conférence.</strong><br />
<strong>Que l&rsquo;on soit indépendantiste ou pas, ce document est intéressant dans la mesure où il livre un état des lieux objectif sur la situation de la Réunion après plus de 300 ans de système colonial. C&rsquo;est un état des lieux fait il y a bientôt 30 ans, qui mériterait donc une petite actualisation, mais qui est d&rsquo;autant plus éclairant que certains faits cités se sont encore aggravés aujourd&rsquo;hui.</strong><br />
<em>J&rsquo;ai modifié un peu la mise en page ainsi que la syntaxe à certains endroits pour une lecture plus facile. Les éléments entre crochets sont des ajouts de ma part.</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">DÉCLARATION DE S. SINAMALÉ (Réunion)</h3>
<p style="text-align: justify;">Chers Invités, chers Amis, Frères de combat,</p>
<p style="text-align: justify;">Le M.I.R. adresse ses fraternelles salutations à tous les membres de cette conférence historique.<br />
Le M.I.R. remercie les camarades de l&rsquo;U.P.L.G. [Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe] qui ont tout mis en œuvre, malgré les intimidations et les difficultés de toutes sortes, pour faire de cette conférence internationale un succès.<br />
C&rsquo;est avec une profonde émotion que le M.I.R. salue le représentant du F.L.N.K.S. [Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste] ici présent. A travers lui, le M.I.R. salue le peuple Kanak qui depuis le 18 novembre 1984 connaît l&rsquo;horreur de l&rsquo;occupation française comme au premier jour de la colonisation en 1853.</p>
<p style="text-align: justify;">Le M.I.R. flétrit l&rsquo;odieux crime que commettent le gouvernement français et ses représentants qui n&rsquo;hésitent pas à assassiner les héros du peuple kanak qui sont aussi les nôtres.<br />
Le M.I.R. s&rsquo;incline devant la mémoire d&rsquo;Éloi Machoro, de Marcel Nonnaro et des autres martyrs kanaks.</p>
<p style="text-align: justify;">Chers Amis, Frères de combat,</p>
<p style="text-align: justify;">Comme les kanaks, les guyanais, les martiniquais, les guadeloupéens, les ouvriers réunionnais ne sont pas restés sourds à l&rsquo;appel de leurs frères d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Amérique Latine qui se sont dressés contre leurs impérialismes respectifs pour leur émancipation, pour la liberté et la dignité.<br />
Aujourd&rsquo;hui plus qu&rsquo;hier les patriotes réunionnais veulent assumer l&rsquo;héritage légué par leurs glorieux ancêtres Anchaing, Cimendef&#8230; par tous les hommes et femmes qui, durant la longue nuit coloniale se sont dressés contre l&rsquo;injustice, le vol, le pillage, contre l&rsquo;arbitraire du pouvoir colonial, pour la libération nationale.<br />
Frères,<br />
Comme pour les autres DOM-TOM, la Réunion n&rsquo;est pas la France.<br />
Chers Amis, chers Frères de combat,<br />
Permettez-moi, avant d&rsquo;aborder la réalité coloniale de la Réunion, de faire un bref historique de la formation du peuple réunionnais et de la nation réunionnaise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LA REUNION, UN PEUPLE, UNE NATION</strong><br />
Le développement historique de la société réunionnaise est marqué par trois périodes :<br />
&#8211; La période esclavagiste qui s&rsquo;étend de 1663, date de l&rsquo;arrivée des premiers habitants dans l&rsquo;île, à 1848, date de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage<br />
&#8211; La seconde période qui va de 1848 à 1946 est marquée par le phénomène des engagés venus de l&rsquo;Inde et de l&rsquo;arrivée de deux nouvelles communautés : chinoises et musulmanes.<br />
&#8211; Enfin 1946 qui marque l&rsquo;ère de la départementalisation, nouvelle forme juridique et administrative de la colonisation.</p>
<h4 style="text-align: justify;">A. La période coloniale et esclavagiste</h4>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est en 1663 que l&rsquo;île de la Réunion est occupée définitivement. A cette date le colonialisme français y installe deux colons blancs avec dix esclaves malgaches. Ces esclaves se révoltent contre leurs maîtres et se réfugient dans les hautes montagnes à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;île. Ils inaugurent ainsi la principale forme de lutte des esclaves : le marronnage.<br />
Avec le plan de colonisation de 1717, la traite des Noirs est organisée systématiquement sur une grande échelle. Le nombre des esclaves arrachés sur les côtes de Madagascar, d&rsquo;Afrique Orientale et même périodiquement sur les côtes d&rsquo;Afrique Occidentale augmente très rapidement pour constituer  à la fin du 18ème siècle 80 % de la population.<br />
Pendant toute cette première période les esclaves refuseront la domination des blancs. Beaucoup s&rsquo;enfuiront, s&rsquo;organiseront dans les camps et en opposition au système de servitude imposé par le colonialisme français, ils donneront naissance sur les hauteurs de l&rsquo;île à une nouvelle société basée sur l&rsquo;égalité et la liberté. Une lutte acharnée s&rsquo;engagera entre les deux formes de société. Les blancs organiseront des milices chargées de démanteler les camps et d&rsquo;exterminer les marrons.<br />
De leur côté, les esclaves se donneront comme but d&rsquo;en finir avec la domination des blancs et la libération de l&rsquo;île afin d&rsquo;instaurer un régime basé sur l&rsquo;égalité et la liberté. Cette lutte menée pendant plus d&rsquo;un siècle et demi a été l&rsquo;un des facteurs essentiels qui a conduit à l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage le 20 décembre 1848.<br />
Parallèlement au marronnage se développe, avec la transformation de la Réunion en île à sucre, la prolétarisation d&rsquo;une très forte proportion de blancs. C&rsquo;est le phénomène des &lsquo;petits blancs&rsquo; ou blancs pauvres. Ces petits blancs, sans terre et sans esclave se réfugient dans les hauts de l&rsquo;île et tentent de subsister en pratiquant une agriculture vivrière.<br />
En 1848, les 2/3 de la population blanche sont constitués de &lsquo;petits blancs&rsquo;.<br />
A cette date la répartition de la population réunionnaise est la suivante : sur 110.000 habitants, 60.000 sont esclaves, 8.000 affranchis, 28.000 sont des petits blancs (et 14.000 gros blancs)</p>
<h4 style="text-align: justify;">B. La période coloniale, semi-féodale et semi-capitaliste</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;esclavage a été aboli mais il n&rsquo;y a pas eu de transformation radicale de la société réunionnaise. Sur 60000 esclaves affranchis, plus de la moitié quitteront les terres de leurs anciens maîtres et iront rejoindre les petits blancs sur les hauteurs de l&rsquo;île où ils partageront une existence misérable. Les besoins en main d’œuvre pousseront les gros propriétaires à développer la politique des engagés. De 1848 [à ?] ce sont 20.000 malgaches et africains qui seront recrutés.<br />
[De 1848 à 1882, 40.000 engagés africains, comoriens et malgaches sont introduits à la Réunion. Voir texte de l&rsquo;historien Sudel FUMA : <a href="https://histoire974.wordpress.com/2016/01/19/le-servilisme-a-la-place-du-concept-dengagisme-pour-definir-le-statut-des-travailleurs-immigres-ou-affranchis-apres-labolition-de-lesclavage-en-1848-sudel-fuma/" target="_blank">« le servilisme à la place du concept d&rsquo;engagisme pour définir le statut des travailleurs immigrés ou affranchis après l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en 1848. »</a>]</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin du 19ème siècle, plus de 100.000 indiens venus de l’État de Madras se sont implantés dans l&rsquo;île. Ces hommes et ces femmes engagés sous contrat, remplaceront les esclaves sur les terres et constitueront la main d’œuvre salariée des usines sucrières. Ils connaîtront des conditions d&rsquo;existence pénibles souvent pires que celles des esclaves. La nouvelle traite étant interdite à partir de 1882, le lobby du sucre, la poignée de gros propriétaires blancs trouveront un palliatif dans un nouveau mode de faire valoir féodal : le colonat partiaire.<br />
Les anciens esclaves affranchis, les immigrés indiens, les petits blancs travailleront les terres les plus arides, moyennant la redevance d&rsquo;un tiers des récoltes des propriétaires.<br />
Le propriétaire assure la paternité de l&rsquo;exploitation, tandis que les colons [les « ti colon », soumis au régime du colonat]  sont condamnés à rester des êtres inférieurs, incapables de prendre des décisions, subissant le joug du propriétaire. Ce mode de faire valoir subsiste encore aujourd&rsquo;hui, mais il est en passe de disparaître.<br />
Ainsi, paradoxalement, au cours de cette deuxième période de notre histoire, se développe simultanément des rapports de production capitalistes et féodaux.<br />
Cette deuxième période se caractérise aussi par l&rsquo;arrivée, à partir de la deuxième moitié du 19ème siècle, des deux communautés qui peupleront l&rsquo;île : les chinois et les indiens musulmans.<br />
Les chinois originaires de Canton et des provinces du Nord de la Chine se disperseront dans l&rsquo;île et assureront le commerce du détail.<br />
Les indiens musulmans, originaires en majorité du GUJARAT, se localiseront presque uniquement en ville et contrôleront le commerce de tissus.</p>
<h4 style="text-align: justify;">C. La période coloniale et capitaliste</h4>
<p style="text-align: justify;">Cette troisième période aboutit à la situation coloniale qui est celle de notre pays aujourd&rsquo;hui.<br />
Elle se caractérise par le développement des structures capitalistes tant dans le domaine industriel que commercial et agricole.<br />
Cependant, il existe encore des vestiges du passé esclavagiste et féodal surtout au niveau de l&rsquo;agriculture.<br />
La départementalisation entraînera une offensive du colonialisme français au niveau culturel et politique. Tous les moyens seront utilisés pour dépersonnaliser et assimiler les réunionnais afin de contrer sa prise de conscience nationale. En conclusion, l&rsquo;histoire de la Réunion n&rsquo;est aucunement réductible à celle de la France.<br />
Au cours de ces trois siècles de domination coloniale, les différents groupes ethniques arrachés à leur terre natale, subissant la dépersonnalisation, l&rsquo;assimilation à outrance, connaissant les mêmes injustices et la même exploitation ont formé un peuple : LE PEUPLE RÉUNIONNAIS.<br />
Malgré les diversités culturelles qui subsistent encore entre ces différents groupes qui composent notre peuple, l&rsquo;ensemble des réunionnais ont une même langue ; la langue créole, et une culture commune.<br />
Les réunionnais font partie d&rsquo;une même communauté, possèdent une même terre natale, et subissent la même loi de l&rsquo;HISTOIRE. Ethniquement, historiquement, culturellement, la nation réunionnaise est différente de la nation française.<br />
Chers frères de combat,<br />
Depuis le début du peuplement de notre pays, la Réunion a été et demeure une colonie de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Cette réalité fondamentale est le facteur dominant de toute notre histoire. Les orientations économiques de notre pays ont toujours été prises en fonction des besoins et des intérêts de l&rsquo;impérialisme français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ainsi de 1715 à 1765 ce fut l&rsquo;ère du café</strong><br />
A cette époque la mode en France était de consommer exotique. Notre pays a été obligé de produire du café et des épices.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>De 1765 à 1820 elle fut le grenier des Mascareignes</em></strong><br />
Les colonialistes français et anglais se battent dans l&rsquo;Océan Indien pour leurs intérêts dans les colonies. La Réunion est désignée comme base de ravitaillement pour la flotte française. La France nous oblige donc à arracher le café et à planter du blé, du riz et des grains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De 1820 à nos jours, c&rsquo;est l&rsquo;ère de la canne à sucre</strong><br />
La guerre terminée, la France n&rsquo;a plus besoin de ravitailler sa flotte. D&rsquo;autre part, les esclaves de Saint-Domingue arrachent leur indépendance, la France perd ainsi son principal fournisseur du sucre. Elle impose à la Réunion la culture de la canne à sucre.<br />
Si demain l&rsquo;impérialisme français a besoin d&rsquo;une autre production, il nous obligera certainement à arracher la canne.</p>
<h4 style="text-align: justify;">D. Quelle est la situation actuelle de notre pays ?</h4>
<p style="text-align: justify;">Examinons brièvement la situation économique :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Notre pays est dominé par les monopoles de l&rsquo;impérialisme français.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les banques, les sociétés d&rsquo;assurances, les sociétés d&rsquo;import-export, les sociétés de construction et de travaux publics, les société de transport aérien et maritime sont entre les mains des monopoles français.<br />
Frappé par la concurrence des monopoles, des milliers de petits commerçants et artisans sont ruinés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Notre pays est entre les mains de grands propriétaires féodaux.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">12 grandes familles possèdent plus de la moitié de la Réunion. Sur 100 planteurs, 92 exploitent seulement 20 % de la SAU tandis que 2 autres en exploitent 70 %.<br />
Cette tendance à la concentration des terres dans les mains d&rsquo;une poignée de gros blancs s&rsquo;accentue.<br />
La conséquence est l&rsquo;élimination progressive des petits et moyens producteurs qui vont grossir la masse déjà énorme des chômeurs. (14.000 ont disparu entre 1973 et 1981).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. La Réunion est un pays de monoculture de la canne.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur 65.0000 ha cultivés ; 37.760 sont plantés en canne à sucre, soit 70 % de terres cultivées.<br />
La production sucrière représente aujourd&rsquo;hui 60 % de la valeur totale de la production réunionnaise.<br />
Les autres cultures industrielles (géranium, vétiver, vanille, tabac) sont destinées aussi à l&rsquo;exportation et ne représente que 4 % de la valeur de la production agricole réunionnaise.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. La Réunion est un marché privilégié pour l&rsquo;impérialisme français.</strong><br />
Ne produisant pas ce que nous consommons, nous sommes obligés d&rsquo;importer de France tous les produits dont nous avons besoin. L&rsquo;impérialisme français profite du monopole colonial pour acheter à bas prix nos produits et pour nous imposer à prix fort ses produits manufacturés. La balance commerciale est de plus en plus déficitaire. Le taux de couverture ne représente que 10 % (1983)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. La Réunion est un réservoir à main-d’œuvre à bon marché.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1963, la France a créé un organisme spécial, le BUMIDOM (A.N.T)  pour vider notre pays des forces vives. Chaque année, 4.000 à 5.000 réunionnais sont expatriés en France.<br />
Actuellement, ils sont plus de 150.000 dont la majeure partie vit dans des conditions pénibles. Ils subissent le racisme, l&rsquo;exploitation, connaissent le chômage. Certains, même, sont amenés à se prostituer ou à se suicider.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6. La Réunion est un pays ou l&rsquo;aide française se transforme en capitaux privés français.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur les 4 milliards 708 millions de francs qui sont déversés en 1982 par la France sous forme d&rsquo;aide, plus de 4 milliards sont retournés en France dans les poches des capitalistes français.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7. La Réunion est un pays sous-développé.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour conserver son monopole économique, sa domination politique et culturelle, l&rsquo;impérialisme français étouffe toutes tentatives de développement économique de notre pays.</p>
<h4 style="text-align: justify;">E. Situation politique</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;impérialisme français nous impose sa loi. Toutes les décisions concernant notre pays sont prises par le gouvernement de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Sur place, tous les pouvoirs sont légués à un super-préfet, véritable gouverneur colonial. Munis de pouvoirs spéciaux, il est chargé d&rsquo;imposer aux réunionnais les décisions de Paris.<br />
Le Conseil Régional et le Conseil Général n&rsquo;ont aucun pouvoir de décision. L&rsquo;administration est sous le contrôle direct du Préfet, de la D.S.T, et des R.G.<br />
Pour mener sa politique réactionnaire, l&rsquo;impérialisme français s&rsquo;appuie sur la grande-bourgeoisie locale (usiniers, gros propriétaires fonciers et gros commerçants). Ces individus, non seulement détiennent avec les capitalistes français l&rsquo;économie du pays, mais ils se retrouvent à tous les niveaux dans l&rsquo;appareil politique.<br />
Quand aux fonctionnaires ils constituent la base sociale de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Militaires, policiers, C.R.S., gendarmes, nervis pullulent dans notre pays et assurent le maintien de l&rsquo;ordre colonial. Ils sont là pour casser du créole. La plus petite manifestation populaire est sauvagement réprimée. Les tribunaux, les casernes, se multiplient dans le pays.</p>
<h4 style="text-align: justify;">F. Base militaire</h4>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;impérialisme français a transformé notre pays en une base militaire d&rsquo;agression et de repli.<br />
4.000 militaires français stationnent dans notre pays. L&rsquo;île est semée de casernes, de camps militaires, et de terrain d&rsquo;entraînement.<br />
Une station militaire franco-américain OMEGA fait de notre pays un maillon du système américain de radio-navigation qui fonctionne à l&rsquo;échelle mondiale.<br />
L&rsquo;armée française basée à la Réunion a une double mission :<br />
&#8211; mater toute tentative de révolte de la part du peuple réunionnais.<br />
&#8211; intervenir contre les peuples progressistes de la réunion de l&rsquo;Océan Indien et d&rsquo;Afrique pour sauvegarder les intérêts de la France impérialiste. Les mercenaires qu&rsquo;on retrouve au Liban, au Tchad, au Zaïre sont formés à la Réunion.<br />
Périodiquement, notre pays est le théâtre de grandes manœuvres de débarquement et d&rsquo;opération anti-guérilla.</p>
<h4 style="text-align: justify;">G. Coopération régionale</h4>
<p style="text-align: justify;">La France utilise notre pays comme la vitrine de l&rsquo;Europe dans l&rsquo;Océan Indien. La Réunion est un &lsquo;porte-avion&rsquo; pour la pénétration de l&rsquo;impérialisme français dans la Région, où l&rsquo;occident voit son influence diminuer. Qui tient l&rsquo;Océan Indien, tient le cœur du monde disait quelqu&rsquo;un. En effet, l&rsquo;Océan Indien baigne 37 États indépendants où vivent 1.400.000.000 hommes, soit le tiers de l&rsquo;humanité. Cette coopération régionale profite surtout à l&rsquo;impérialisme français.</p>
<h4 style="text-align: justify;">H. Situation sociale</h4>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. Le chômage</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour une population de 542.000 habitants, 80.000 personnes sont sans emploi.<br />
Une personne sur deux en âge de travailler est au chômage. Le pouvoir colonial organise le chômage pour contraindre la jeunesse réunionnaise, force vive de la nation, à s&rsquo;exiler en France.<br />
Le but étant :<br />
&#8211; de vider l&rsquo;île de son potentiel révolutionnaire<br />
&#8211; de changer le rapport numérique des communautés par l&rsquo;immigration massive des zoreys et des ressortissants d&rsquo;origine étrangère ayant la nationalité française (indiens musulmans de Madagascar, Pondichéryens, etc&#8230;). Créant ainsi vers l&rsquo;an 2000 une situation à la calédonienne. La France exporte chez nous ses clochards, ses drogués, ses prostituées, ses gangsters et ses escrocs.<br />
&#8211; permettre à l&rsquo;impérialisme français de se débarrasser de ses éléments indésirables. Le Réunionnais se retrouvera minoritaire dans son propres pays.<br />
&#8211; profiter d&rsquo;une main d’œuvre à bon marché comprenant tant bien que mal le français, et tenue à exécuter n&rsquo;importe quel travail.<br />
&#8211; empêcher la fuite des devises françaises vers les autres pays fournisseurs de main-d’œuvre (Portugal, Espagne, Afrique du Nord, etc&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. La misère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La concentration des terres et des usines, la mécanisation de l&rsquo;agriculture, l&rsquo;augmentation de coûts de production ruinent les petits et moyens planteurs. Des milliers de gens sont obligés de quitter la campagne et de s&rsquo;entasser dans les bidonvilles où règnent la misère et la maladie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.  L&rsquo;assistance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour empêcher l&rsquo;explosion inévitable et maintenir la misère des masses à un niveau juste supportable, le pouvoir colonial a recours à une politique d&rsquo;assistance (réclamée par tous les partis).<br />
Pour survivre, le travailleur réunionnais est obligé d&rsquo;accepter l&rsquo;aide sous différentes formes.<br />
La conséquence tragique, c&rsquo;est que le réunionnais a pris l&rsquo;habitude de résoudre ses problèmes en fonction de l&rsquo;aide du gouvernement colonialiste français. Petit à petit, prend naissance chez lui le sentiment qu&rsquo;il ne pourrait pas vivre sans cette aide, donc sans la FRANCE.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. Luxe insolent pour une poignée de gens</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans notre pays, il y a deux mondes qui vivent face à face. Si l&rsquo;exploitation coloniale de notre pays par l&rsquo;impérialisme français accule notre peuple à la misère, il existe une poignée de gens qui tirent profit de cette situation.<br />
En effet, un petit nombre de familles riches, descendants de colons-esclavagistes détiennent plus de 60 % des meilleures terres cultivées et possèdent en même temps les quelques industries existantes.<br />
D&rsquo;autre part, pour assurer la rentabilité de son marché, le colonialisme a créé artificiellement une couche moyenne, grassement payée, assurée d&rsquo;une certaine aisance, fière des attentions du régime, prête à toutes complicités et trahisons.<br />
Ce sont les médecins, pharmaciens, dentistes, commerçants et fonctionnaires.<br />
Cette grande et moyenne bourgeoisie vivent dans un luxe insolent et sont entièrement coupées des masses laborieuses. Ces gens mangent à l&rsquo;Européenne, s&rsquo;habille à la dernière mode de Paris, changent de voiture chaque année, passent leurs vacances à l&rsquo;étranger.<br />
Cette couche de privilégiés, par son genre de vie, intoxique tout le peuple réunionnais, en y développant des habitudes, des goûts et des mœurs européens, et accentuent ainsi le déséquilibre social.</p>
<h4 style="text-align: justify;">I. Situation culturelle</h4>
<p style="text-align: justify;">A la Réunion, l&rsquo;école colonialiste, les mass-médias et les églises ont pour rôle principal  la dépersonnalisation et l&rsquo;assimilation des réunionnais.<br />
L&rsquo;école colonialiste proclame la supériorité du colonisateur, et l&rsquo;infériorité éternelle du colonisé. Elle nourrit les esprits des valeurs morales et culturelles de la civilisation de l&rsquo;impérialisme français.<br />
Elle nie l&rsquo;existence d&rsquo;une culture réunionnaise.<br />
A l&rsquo;école primaire, le petit réunionnais apprit que ses ancêtres étaient des gaulois. On meuble son imagination de neige, de châteaux, de cathédrales. Quand on lui enseigne l&rsquo;histoire de son pays, c&rsquo;est pour lui apprendre les bienfaits de la compagnie des Indes, de tel ou tel gouverneur, de tel ou tel gros propriétaire esclavagiste.<br />
Selon l&rsquo;école colonialiste, les marrons étaient des sans foi ni loi, c&rsquo;étaient des brigands haïs et bannis par le peuple, alors qu&rsquo;ils avaient osé se révolter contre la domination du blanc pour la liberté et la dignité.<br />
Le colonisateur et ses valets réduisent notre langue au niveau de patois, notre culture au niveau de folklore.<br />
Ces deux réalités font que l&rsquo;enfant et l&rsquo;étudiant réunionnais disposent d&rsquo;un enseignement inadapté à leur personnalité : cela explique en grande partie l&rsquo;état catastrophique dans lequel se trouve l&rsquo;enseignement et le malaise dans le milieu étudiant.</p>
<p style="text-align: justify;">Chers amis, chers frères de combat,<br />
Que ce soit dans le domaine économique, politique et social ou culturel, la réalité réunionnaise est une réalité coloniale. La contradiction principale de notre société se situe entre le peuple réunionnais et l&rsquo;impérialisme français.<br />
Tout changement est impossible, tant que la France demeurera présente dans notre pays, et ceci quelque soit le gouvernement français en place.<br />
Pour finir avec la domination et l&rsquo;exploitation coloniales, pour sortir notre pays de son sous-développement, pour permettre l&rsquo;épanouissement d&rsquo;une culture authentiquement réunionnaise, il est nécessaire d&rsquo;expulser de notre sol l&rsquo;impérialisme français et ses valets locaux. Il est indispensable de créer un état réunionnais, libre, indépendant, et souverain.<br />
Sur le plan INTERNATIONNAL, la Réunion indépendante et souveraine pratiquera le NON ALIGNEMENT actif et œuvrera pour une communauté Indiano-Océanique, au sein de laquelle les liens seront basés sur le respect réciproque de la souveraineté des États membres et sur la solidarité.<br />
Les liens avec le peuple de France seront débarrassés de leur contenu de domination et la coopération entre les deux pays sera renforcée.<br />
La lutte du peuple réunionnais se confond avec celle de la NAMIBIE, et des autres peuples du sud, et du continent africain pour se débarrasser du régime odieux de l&rsquo;apartheid, du joug des divers impérialismes.<br />
La Réunion indépendante participera à toutes les rencontres internationales, visant à faire de l&rsquo;OCEAN INDIEN une ZONE DE PAIX, c&rsquo;est-à-dire sans base militaire, sans flotte de guerre opérationnelle dans la région.<br />
Nous, les indépendantistes réunionnais, nous sommes fiers de ne plus être les oubliés de la décolonisation et d&rsquo;avoir rejoint le rang de tous ceux qui luttent pour la libération de leur patrie et l&rsquo;émancipation de leur peuple.<br />
Malgré les difficultés, les trahisons, la répression,<br />
Malgré l&rsquo;assimilation, et les conditions de toutes sortes,<br />
Malgré le chantage, l&rsquo;assistance, la corruption,<br />
Malgré le contexte régional défavorable dû aux intrigues de l&rsquo;impérialisme français avec les gouvernements des États voisins, les patriotes réunionnais, stimulés par la lutte des peuples frères des soi-disant &lsquo;DOM-TOM&rsquo;, ne reculeront devant aucun sacrifice pour libérer la Réunion du joug colonial.</p>
<p style="text-align: justify;">VIVE LA SOLIDARITÉ DES PEUPLES FRÈRES DES DERNIÈRES COLONIES FRANÇAISES<br />
VIVE LA SOLIDARITÉ DE TOUS LES PEUPLES EN LUTTE CONTRE LA COLONISATION<br />
ET LA NEOCOLONISATION ET POUR LA LIBERTÉ ET LA DIGNITÉ<br />
VIVE LA CONFÉRENCE DES DERNIÈRES COLONIES FRANÇAISES</p>
<p><img decoding="async" class="size-medium wp-image-170 alignleft" src="http://tikreol.re/wp-content/uploads/2014/03/SINIMALE-Serge-219x300.jpg" alt="SINIMALE Serge" width="219" height="300" srcset="https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/03/SINIMALE-Serge-219x300.jpg 219w, https://www.tikreol.re/wp-content/uploads/2014/03/SINIMALE-Serge.jpg 382w" sizes="(max-width: 219px) 100vw, 219px" /></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
